1er février 2026
Arte nous a offert de bonnes surprises ces derniers soirs : deux films très à notre goût. Le titre du premier, Lulu femme nue ne reflète pas du tout son contenu, qui n’a rien d’égrillard. Le film s’ouvre sur un entretien d’embauche où l’héroïne, Karin Viard, subit courageusement les remarques humiliantes d’un recruteur méprisant. D’emblée, la violence feutrée qui émane de cette scène terriblement ordinaire et sobrement filmée en champ-contrechamp signale la patte d’un grand cinéaste, dont la filmographie est hélas trop brève : Solveig Anspach, réalisatrice franco-islandaise, est morte d’un cancer à cinquante ans en 2015, deux ans après ce tournage. Le choix des décors, des cadrages, et l’usage des plans fixes rappellent le style de Kurismaki, tout comme la linéarité de l’histoire : celle d’une femme en rupture de ban, de son errance, de ses rencontres, et de la manière dont peu a peu elle parvient à maîtriser son destin. Karin Viard, magnifique de sobriété, y donne la réplique à Claude Gensac, qui tient ici l’un de ses derniers rôles.
Le deuxième, Otez-moi dun doute, plus récent (2017), est aussi l’œuvre d’une femme, Carine Tardieu, et un peu de la même veine. L’histoire est simple mais inattendue : un cinquantenaire, découvrant que son père n’est pas son père, retrouve son géniteur, et tisse avec lui des liens qui vont provoquer dans les deux familles des quiproquos en cascade. Là encore, l’attrait du film tient à la sobriété du traitement, à la drôlerie subtile des dialogues, et à la qualité des acteurs : André Wilms et Guy marchand pour les deux pères, François Damiens et Cécile de France dans les rôles principaux. L’humour discret qui fait tout le charme de cette œuvre serait-il le propre d’une nouvelle génération de cinéastes où les femmes tiennent désormais plus de place ?
L’idée m’en est venue en suivant, toujours sur Arte, un portrait de Lino Ventura. Il a toujours incarné à mes yeux, avec Gabin, De Funès et Audiard, la pire époque du cinéma français, celle du virilisme triomphant et du rire gras.Et dans ce documentaire, ce qu’on découvre du caractère de l’acteur, de son itinéraire, et les propos qu’il y tient confirment pour moi le bien-fondé de l’antipathie viscérale qu’il m’a toujours inspiré. On réalise ainsi quil était aussi dans la vraie vie le mâle dominateur qu’il incarnait a l’écran : brutal, colérique, ombrageux. Terriblement misogyne, refusant les scènes ou il devait embrasser une femme (un homme, on n’ose même pas l’imaginer...). Il explique refuser tous les rôles qu’il ne tiendrait pas dans la vie. Un homme, un vrai, comme il ose l’affirmer sans le moindre humour. On comprend, à l’entendre, pourquoi les trumpistes aujourdhui evoquent cet univers avec nostalgie et se détectent des répliques des Tontons flingueurs.
Le deuxième, Otez-moi dun doute, plus récent (2017), est aussi l’œuvre d’une femme, Carine Tardieu, et un peu de la même veine. L’histoire est simple mais inattendue : un cinquantenaire, découvrant que son père n’est pas son père, retrouve son géniteur, et tisse avec lui des liens qui vont provoquer dans les deux familles des quiproquos en cascade. Là encore, l’attrait du film tient à la sobriété du traitement, à la drôlerie subtile des dialogues, et à la qualité des acteurs : André Wilms et Guy marchand pour les deux pères, François Damiens et Cécile de France dans les rôles principaux. L’humour discret qui fait tout le charme de cette œuvre serait-il le propre d’une nouvelle génération de cinéastes où les femmes tiennent désormais plus de place ?
L’idée m’en est venue en suivant, toujours sur Arte, un portrait de Lino Ventura. Il a toujours incarné à mes yeux, avec Gabin, De Funès et Audiard, la pire époque du cinéma français, celle du virilisme triomphant et du rire gras.Et dans ce documentaire, ce qu’on découvre du caractère de l’acteur, de son itinéraire, et les propos qu’il y tient confirment pour moi le bien-fondé de l’antipathie viscérale qu’il m’a toujours inspiré. On réalise ainsi quil était aussi dans la vraie vie le mâle dominateur qu’il incarnait a l’écran : brutal, colérique, ombrageux. Terriblement misogyne, refusant les scènes ou il devait embrasser une femme (un homme, on n’ose même pas l’imaginer...). Il explique refuser tous les rôles qu’il ne tiendrait pas dans la vie. Un homme, un vrai, comme il ose l’affirmer sans le moindre humour. On comprend, à l’entendre, pourquoi les trumpistes aujourdhui evoquent cet univers avec nostalgie et se détectent des répliques des Tontons flingueurs.
27 janvier 2026
Julie Fuchs, hier soir soir à l’Athénée, accompagnée de son pianiste et de trois autres instrumentistes (violon, contrebasse et accordéon), pour un récital autour de Satie, mort il y a cent ans. On découvre que ce dernier a travaillé pendant quinze ans comme pianiste de bar au Chat Noir, et qu’il y a écrit quelques chansons dans le goût de l’époque, comme Je te veux qui donne son titre au nouveau disque. Comme chaque fois que nous l’entendons, nous sommes charmés par la perfection de sa diction, la virtuosité dont elle sait faire démonstration dans des vocalises diaboliques, et la diversité des genres qu’elle aborde, jusqu’à reprendre le Fiacre (immortalisé par Yvette Guilbert) ou Le temps des cerises. La salle est comble, la moyenne d’âge assez élevée, et au premier rang de la corbeille, un abruti filme avec son smartphone, lampe allumée...
25 janvier 2026
Aurore, que j’avais contactée pour l’adresse de son cuisiniste, nous a conviés à un goûter de crêpes, et à découvrir leur nouvelle maison. Très spectaculaire, d’abord par l’environnement : On y accède par une impasse pavée plantée d’arbustes, bordée d’une rangée de petites maison à deux étages construites dans les années 2000. Le calme et l’isolement sont tels qu’instantanément, on n’est plus à Paris. Au bout de l’allée, l’une des maisons, dont l’entrée est semblable à toutes les autres, se révèle très différente dès qu’on y pénètre : D’une surface habitable proche de 200 m², c’était celle de l’architecte. Trois niveaux, un jardin, de grandes terrasses à chaque étage et un sous-sol aménagé sur toute la surface (rangements, salles de jeux, sauna, buanderie et accès direct à un garage pour deux voitures). Les travaux de réaménagement ont duré neuf mois, tous les sols ont été repris, des murs percés, et un bureau aménagé en mezzanine. Le séjour, dont une moitié s’élève sur deux étages, fait près de 100m². Nous y mangeons des crêpes autour de la cheminée. Gaël et les enfants sont bien sûr de la partie, ainsi que les parents d’Aurore, en compagnie desquels nous regagnons la tour Mexico à la tombée de la nuit.
22 janvier 2026
Nous découvrons cet après-midi la nouvelle Fondation Cartier, qui vient d’ouvrir après des années de travaux dans l’immense bâtiment de la rue de Rivoli qui abritait autrefois les magasins du Louvre puis le Louvre des antiquaires. Le travail réalisé paraît titanesque, et le résultat est extraordinaire. Dans la partie centrale de cet immeuble gigantesque, long de plus de cent mètres, cinq planchers mobiles peuvent se déplacer verticalement sur deux étages, mus par des vérins et des poulies installés dans les énormes piliers qui les soutiennent. Ce dispositif, dont on imagine mal ce qu’il a dû coûter, permet de reconfigurer à loisir l’immense nef, pour y installer les expositions et les œuvres les plus diverses. Celles qu’on y présente pour l’ouverture n’ont aucun intérêt à nos yeux, mais le lieu à lui seul mérite amplement qu’on le visite, et qu’on y revienne. Nous admirons aussi les façades vitrées jusqu’au sol sur la rue de Rivoli et le Faubourg Saint-Honoré, qui assurent une totale transparence du bâtiment, lequel semble totalement ouvert sur la ville. Tout cela nous rappelle irrésistiblement l’ esprit du centre Pompidou dans sa version d’origine. Curieusement, nous sommes frappés aussi par la faible affluence des visiteurs, et par la simplicité d’accès ( peu ou pas de contrôle des sacs à l’entrée ).
Le contraste est étonnant avec la folie infernale qui sévit en face : Nous sommes allés au Louvre il y a quelques semaines, pour l’exposition consacrée à David, et bien que nous jouissions de l’immense privilège d’accéder au musée en deux minutes quand les autres visiteurs font la queue pendant des heures, nous avons mesuré la gêne engendrée par l’afflux massif des touristes. L’expo elle-même n’était pas envahie et nous avons pu la parcourir sans encombre, mais comme nous voulions revoir les David de la salle des États, nous avons dû traverser une foule compacte, hérissée de téléphones brandis à bout de bras, en route pour photographier la Joconde. Le projet de lui consacrer une salle spéciale est décidément une bonne idée, mais on ne comprend décidément pas pourquoi sa mise en œuvre semble si compliquée, et en quoi elle oblige à une transformation complexe et coûteuse.
Le contraste est étonnant avec la folie infernale qui sévit en face : Nous sommes allés au Louvre il y a quelques semaines, pour l’exposition consacrée à David, et bien que nous jouissions de l’immense privilège d’accéder au musée en deux minutes quand les autres visiteurs font la queue pendant des heures, nous avons mesuré la gêne engendrée par l’afflux massif des touristes. L’expo elle-même n’était pas envahie et nous avons pu la parcourir sans encombre, mais comme nous voulions revoir les David de la salle des États, nous avons dû traverser une foule compacte, hérissée de téléphones brandis à bout de bras, en route pour photographier la Joconde. Le projet de lui consacrer une salle spéciale est décidément une bonne idée, mais on ne comprend décidément pas pourquoi sa mise en œuvre semble si compliquée, et en quoi elle oblige à une transformation complexe et coûteuse.
9 janvier 2026
Une fuite providentielle de l’évacuation du lave-vaisselle a précipité la décision : on refait la cuisine. Le projet, évoqué de longue date, était jusque là reporté sine die par crainte des nuisances causées par le chantier. Mais comme nous réalisons que des travaux de plomberie seraient de toute façon nécessaires, l’hésitation n’est plus de mise. Le choix de l’entreprise n’a pas été long : entre Cuisines Schmidt , indiqué par Aurore, et ArchisDesign conseillé par Chat GPT, nous avons opté pour la seconde, qui seule promettait une prise en charge globale. Le premier contact a failli tourner court, quand nous sommes arrivés à l’adresse indiquée, près de la gare de Courbevoie. Au vu du site web, nous attendions un showroom luxueux, et nous découvrons, entre une boucherie et un fleuriste, une petite boutique d’aspect un peu vieillot, arborant une marque qui nous est inconnue. Nous sommes acuillis avec empressement par le patron, dont la faconde à l’orientale éveille aussitôt notre méfiance, et nous craignons d’être tombés dans un guet-apens tendu par un faux spécialiste, comme il en doit en sévir beaucoup dans cette profession. Heureusement, les propos techniques qu’il nous tient, et les aménagements de cuisines qu’il nous fait découvrir dans le fond du magasin nous rassurent rapidement : Il travaille pour un babriquant italien de cuisines haut de gamme, dont le style correspond exactement a ce que nous cherchons. L’estimation du devis nous convient aussi, et une visite de repérage est convenue pour la semaine suivante.
5 janvier 2026
Par curiosité pour un personnage plutôt singulier que nous serons peut-être amenés à revoir en compagnie de Paola, j’ai voulu plonger dans la lecture de Pacôme Thiellement. Le choix n’est pas facile, car la liste des ouvrages publiés est impressionnante : pas loin d’une trentaine, relevant des domaines les plus divers : histoire, religion, musique pop, cinéma, science-fiction, sans compter les multiples revues auxquelles il collabore, et des vidéos, un blog, des conférences, etc. Un forçat de la plume ! Comme il fallait choisir, j’ai lu l’un des plus récents (2024), Infernet, sur les effets pervers des réseaux, et un essai de 2017 sur l’histoire des gnostiques, La victoire des sans-roi, très souvent cité à son propos.
Point commun entre les deux : un goût prononcé pour les digressions, qui peut passer pour une démonstration d’érudition, mais qui n’en facilite pas la lecture.
Infernet est à la fois une histoire de l’internet abondamment documentée, une série de récits biographique et d’anecdotes sur les principaux acteurs du domaine, l’histoire de ses propres aventures en réseau, et pour conclure, une réflexion sur la toxicité d’un usage immodéré de tous ces outils. La lecture n’en est pas désagréable, mais l’aspect foisonnant de la narration donne parfois le tournis, et, parvenu aux conclusions, l’impression que j’en garde se résume à "so what ?"
La victoire des sans-roi est d’une autre nature. C’est à la fois une histoire des mouvements gnostiques et une méditation philosophique nous invitant à s’en inspirer. Le point de départ est l’examen détaillé des manuscrits de Nag Hammadi, découverts en Égypte en 1945, qui constitueraient une sorte de nouvel évangile, très différent de ceux de la Bible. L’auteur est de ceux qui trouvent là une confirmation de la thèse selon laquelle les églises n’ont cessé, dans leur longue histoire, de trahir le message du Christ par leurs enseignements et leurs pratiques, et que dans le même temps, elles ont sans cesse combattu (et souvent exterminé) les mouvements hérétiques qui incarnaient la pureté du message divin.
La liste de ces mouvements, où figurent aussi bien les cathares que les mystiques indous, recoupe d’ailleurs largement celle évoquée dans le documentaire d’Arte sur le végétarisme,, puisque cette pratique semble presque toujours associée aux gnostiques, de même que le refus de la violence. La thèse ultime est que la divinité n’existe qu’en chacun de nous, pour peu que nous l’y cherchions, et que les religions détournent et dévoient a leur profit l’appétit de divin qui nous habite pour asseoir leur pouvoir et leur enrichissement.
Mais j’avoue avoir eu beaucoup de mal a extraire ce résumé de tout ce qui l’entoure, tant ce livre foisonne de digressions et de rapprochements inattendus où se mêlent la pop music et la science-fiction. La lecture des deux derniers tiers du livre m’a parue très éprouvante, même si on la considère comme un patchwork poétique, qui, entre autres bizarreries, érige en prophète le Phillip K. Dick délirant de la dernière période.
Ces deux lectures me laissent perplexes quant à l’influence qu’un personnage aussi singulier peut exercer sur Paola, et mon Minbl a comme moi du mal à imaginer la réaction de sa mère si elle se décide enfin a le lui présenter....
Point commun entre les deux : un goût prononcé pour les digressions, qui peut passer pour une démonstration d’érudition, mais qui n’en facilite pas la lecture.
Infernet est à la fois une histoire de l’internet abondamment documentée, une série de récits biographique et d’anecdotes sur les principaux acteurs du domaine, l’histoire de ses propres aventures en réseau, et pour conclure, une réflexion sur la toxicité d’un usage immodéré de tous ces outils. La lecture n’en est pas désagréable, mais l’aspect foisonnant de la narration donne parfois le tournis, et, parvenu aux conclusions, l’impression que j’en garde se résume à "so what ?"
La victoire des sans-roi est d’une autre nature. C’est à la fois une histoire des mouvements gnostiques et une méditation philosophique nous invitant à s’en inspirer. Le point de départ est l’examen détaillé des manuscrits de Nag Hammadi, découverts en Égypte en 1945, qui constitueraient une sorte de nouvel évangile, très différent de ceux de la Bible. L’auteur est de ceux qui trouvent là une confirmation de la thèse selon laquelle les églises n’ont cessé, dans leur longue histoire, de trahir le message du Christ par leurs enseignements et leurs pratiques, et que dans le même temps, elles ont sans cesse combattu (et souvent exterminé) les mouvements hérétiques qui incarnaient la pureté du message divin.
La liste de ces mouvements, où figurent aussi bien les cathares que les mystiques indous, recoupe d’ailleurs largement celle évoquée dans le documentaire d’Arte sur le végétarisme,, puisque cette pratique semble presque toujours associée aux gnostiques, de même que le refus de la violence. La thèse ultime est que la divinité n’existe qu’en chacun de nous, pour peu que nous l’y cherchions, et que les religions détournent et dévoient a leur profit l’appétit de divin qui nous habite pour asseoir leur pouvoir et leur enrichissement.
Mais j’avoue avoir eu beaucoup de mal a extraire ce résumé de tout ce qui l’entoure, tant ce livre foisonne de digressions et de rapprochements inattendus où se mêlent la pop music et la science-fiction. La lecture des deux derniers tiers du livre m’a parue très éprouvante, même si on la considère comme un patchwork poétique, qui, entre autres bizarreries, érige en prophète le Phillip K. Dick délirant de la dernière période.
Ces deux lectures me laissent perplexes quant à l’influence qu’un personnage aussi singulier peut exercer sur Paola, et mon Minbl a comme moi du mal à imaginer la réaction de sa mère si elle se décide enfin a le lui présenter....
4 janvier 2026
Le déluge d’articles dithyrambiques aurait dû nous mettre la puce à l’oreille : Olivier Py, qui signe à la fois pour le Châtelet l’adaptation française et la mise-en-scène de cette Cage aux folles, fait partie de ces personnages intouchables, qu’il convient de toujours célébrer, même pour des spectacles médiocres. Cette fois c’est pire : tout promettait le succès : un musical célèbre qui tourne depuis quarante ans dans le monde entier, un très gros budget, un dispositif scénique magnifique, de splendides costumes, et un comédien de talent - Laurent Lafitte- en tête d’affiche. Et il réussit l’exploit d’en faire un spectacle ennuyeux, bavard, prétentieux, pas drôle.
On le pressent à la première seconde, en découvrant Georges, le patron du cabaret : Alors qu’on s’ attend à un sosie de Jean-Marie Rivière, et on voit arriver un petit bonhomme grassouillet au cheveu rare, boudiné dans un costume à paillettes. Au surplus, une sono mal réglée lui donne une voix métallique qui achève de gâcher son entrée. L’erreur de distribution est manifeste. Mais le pire est encore ailleurs, comme on va vite le découvrir. Il tient à ce que l’oeuvre n’a pas été seulement traduite en Français, mais profondément revisitée par Olivier Py, qui, avec ce divertissement, prétend délivrer un message politique sur la défense de l’homoparentalité, alors que dans les années 80, le propos de ses auteurs était tout simplement d’encourager l’affirmation de soi, comme en témoigne, en leitmotiv, la chanson emblématique de Gloria Gaynor, " I am what I am". "La traduire par "je suis comme je suis" serait à mon goût trop simple", explique Py dans une interview. Il préfère "j’ai le droit d’être moi", ce qui donne au texte un parfum juridique et lourdaud, et qui a surtout l’inconvénient d’être totalement incompatible avec la scansion de la phrase musicale, qui devient impossible à chanter avec naturel. Comme l’adaptation de tous les lyrics est du même tonneau, on est très vite exaspéré par ce qui finit par ressembler à un mauvais doublage, et on remarque alors tous les autres à peu près qui minent le spectacle : des danseurs presque synchrones, des chanteurs qui, à l’exception d’un petit role feminin, peinent a trouver leur voix, Laurent Lafitte le premier. Il reussit tout de même à incarner une Zaza convainquante, mais malgré tous ses efforts et son talent, il ne parvient pas à lui seul à sauver un spectacle qui nous a paru agaçant, interminable et follement ennuyeux.
On le pressent à la première seconde, en découvrant Georges, le patron du cabaret : Alors qu’on s’ attend à un sosie de Jean-Marie Rivière, et on voit arriver un petit bonhomme grassouillet au cheveu rare, boudiné dans un costume à paillettes. Au surplus, une sono mal réglée lui donne une voix métallique qui achève de gâcher son entrée. L’erreur de distribution est manifeste. Mais le pire est encore ailleurs, comme on va vite le découvrir. Il tient à ce que l’oeuvre n’a pas été seulement traduite en Français, mais profondément revisitée par Olivier Py, qui, avec ce divertissement, prétend délivrer un message politique sur la défense de l’homoparentalité, alors que dans les années 80, le propos de ses auteurs était tout simplement d’encourager l’affirmation de soi, comme en témoigne, en leitmotiv, la chanson emblématique de Gloria Gaynor, " I am what I am". "La traduire par "je suis comme je suis" serait à mon goût trop simple", explique Py dans une interview. Il préfère "j’ai le droit d’être moi", ce qui donne au texte un parfum juridique et lourdaud, et qui a surtout l’inconvénient d’être totalement incompatible avec la scansion de la phrase musicale, qui devient impossible à chanter avec naturel. Comme l’adaptation de tous les lyrics est du même tonneau, on est très vite exaspéré par ce qui finit par ressembler à un mauvais doublage, et on remarque alors tous les autres à peu près qui minent le spectacle : des danseurs presque synchrones, des chanteurs qui, à l’exception d’un petit role feminin, peinent a trouver leur voix, Laurent Lafitte le premier. Il reussit tout de même à incarner une Zaza convainquante, mais malgré tous ses efforts et son talent, il ne parvient pas à lui seul à sauver un spectacle qui nous a paru agaçant, interminable et follement ennuyeux.
30 décembre 2025
Achevé la lecture du quatrième tome du Journal intégral (1951/1958) de Julien Green, qui vient d’être publié. A ce rythme, cinq autres volumes pourraient suivre, et je me demande si dès le prochain, la lecture n’en deviendra pas totalement impossible, tant j’ai dû lutter pour parvenir au bout de celui-ci. La gêne, ressentie jusqu’au malaise et qui m’a poussé tout au long à sauter des lignes puis des pages entières, tient au délire religieux obsessionnel qui envahit désormais plus de la moitié du propos, se substituant peu à peu à l’obsession érotique qui occupait les volumes précédents. Il s’attarde longuement sur le contenu de ses prières, relate ses confessions, s’interroge sur le délai à observer après le repas pour communier à la messe, à laquelle il assiste quotidiennement. Les lectures dont il rend compte ne concernent que la Bible ou des récits de la vie des saints. Il converse en permanence avec des prélats et des moines, généralement homosexuels comme lui, mais bien plus habiles à négocier avec Dieu le rachat de leurs péchés. Car le délire religieux n’a pas aboli son obsession érotique, mais il l’empoisonne désormais par le sentiment de vivre en permanence dans le péché, le devoir de résister à la tentation (laquelle peut consister seulement à poser le regard sur un garçon, ou - bien pire - à feuilleter une revue porno). Ce sulfureux mélange de désir et de culpabilité fait de sa vie un enfer, où apparaît peu à peu la présence d’un personnage singulièrement toxique, Eric, ce jeune gigolo dont Green reconnaît lui-même qu’il n’est ni intelligent ni talentueux, ni bienveillant, mais dont la beauté (ou en tout cas celle qu’il lui prête) le fascine et le conduira plus tard à l’adopter et en faire son héritier. Eric quant à lui, égoïste, vaniteux, et mû par le seul appât du gain, ne cessera de le maltraiter et de le trahir, jusqu’à tenter après la mort de l’écrivain, de disperser aux enchères ses précieuses archives.
Quant à Son Robert, dont il persiste à célébrer l’amour indéfectible, il semble s’éloigner peu à peu. Le paradoxe tragique dans la vie de cet homme est que tout y semble factice, ses amours comme sa pratique religieuse, alors qu’il croit sincèrement cultiver la lucidité. On en est conduit tout à la fois à le plaindre et à s’en irriter, comme on compatit à la douleur d’un aliéné, en finissant par s’agacer de ses gémissements.
En relisant, à la faveur de nos voyages en train, quelques pages du Journal de Gide, je mesure le contraste entre leurs parcours. Celui de Gide n’est pas non plus sans souffrance, mais c’est toujours celui d’un combattant, que le destin parfois accable, mais qui ne cesse de l’affronter. Green, quant à lui, se pose toujours en victime, consentante et honteuse.
A cet égard, l’estime qu’il porte à Gide, dont il témoigne sans cesse, tout en rappelant chaque fois tout ce qui les oppose, et la façon dont il prend sa défense post mortem contre ses détracteurs, révèle peut-être une jalousie inavouée, comme s’il lui enviait sa libre-pensée.
Quant à Son Robert, dont il persiste à célébrer l’amour indéfectible, il semble s’éloigner peu à peu. Le paradoxe tragique dans la vie de cet homme est que tout y semble factice, ses amours comme sa pratique religieuse, alors qu’il croit sincèrement cultiver la lucidité. On en est conduit tout à la fois à le plaindre et à s’en irriter, comme on compatit à la douleur d’un aliéné, en finissant par s’agacer de ses gémissements.
En relisant, à la faveur de nos voyages en train, quelques pages du Journal de Gide, je mesure le contraste entre leurs parcours. Celui de Gide n’est pas non plus sans souffrance, mais c’est toujours celui d’un combattant, que le destin parfois accable, mais qui ne cesse de l’affronter. Green, quant à lui, se pose toujours en victime, consentante et honteuse.
A cet égard, l’estime qu’il porte à Gide, dont il témoigne sans cesse, tout en rappelant chaque fois tout ce qui les oppose, et la façon dont il prend sa défense post mortem contre ses détracteurs, révèle peut-être une jalousie inavouée, comme s’il lui enviait sa libre-pensée.
28 décembre 2025
Une mésaventure théâtrale comme nous il nous en arrive quelquefois : Bruno nous avait pressés d’aller voir avec lui La séparation, aux Bouffes parisiens. La déconvenue, cette fois n’est pas de découvrir, comme ce fut le cas le plus souvent, une pièce indigente et racoleuse déclenchant des rires que nous serions honteux de partager. Non, c’est cette fois tout l’inverse : un texte sinistre, interminable et abscons, qui tomberait des mains à la lecture, totalement impossible à jouer pour un acteur, fût-il un génie. Pendant près d’une heure, la pièce (on hésite à la qualifier ainsi) se résume, plutôt qu’un dialogue, à une alternance de récits entre la terne Léa Drucker, assise à sa coiffeuse, et un partenaire aussi peu inspiré qu’elle, qui parcours le plateau comme un automate secoué de spasmes en récitant mécaniquement des propos dont on ne sait où ils mènent, et qu’il habille maladroitement, comme dans un cours de théâtre, de tout le répertoire gestuel des mimiques les plus convenues. Au bout d’une heure enfin, Catherine Hiégel entre en scène et accomplit le miracle de réussir à donner un peu de vie à un texte aussi peu adapté au théâtre qu’une notice pharmaceutique. Nous découvrons après coup l’histoire de cette « pièce », unique essai de dramaturgie de Claude Simon, gourou du nouveau roman dans les années 60. Il a tenté là de transposer au théâtre cette écriture hermétique et follement ennuyeuse qui lui a valu l’estime du micro-monde des lettres. La pièce n’a eu eu aucun succès et n’a jamais été reprise. On comprend bien pourquoi.
27 décembre 2025
Déjeuner chez Carole et Jean-Pierre, dans leur maison de Sartrouville où nous véhicule Patrick. Une impasse calme et arborée qui échappe à la tristesse infinie du paysage de banlieue environnant, et une grande maison accueillante, à l’image de ses occupants. Elle semble avoir été mille fois transformée pour devenir parfaitement à leur mesure, remplie de meubles et d’objets jusqu’à en être saturée, à la manière de celle de Sainte-Cécile… et de Douai. Grande réunion de famille : nous sommes douze à table, avec enfants et conjoint, nièce, petit-fils... et six chats ! Jean-Pierre et mon Minbl parcourent longuement toute la maison et le jardin pour faire l’inventaire de tous les travaux réalisés. L’ambiance est chaleureuse, le repas abondant mais digeste (ma gastro n’est pas si loin…) Nous passons l’après-midi comme dans un rêve.
23 décembre 2025
Au fil des semaines, mes visites du lundi à Michèle B. deviennent chaque fois plus éprouvantes. Celle d’hier particulièrement : elle m’annonce d’abord d’un air buté qu’elle a fait bloquer par sa banque les prélèvements de Bouygues, ce dont j’avais essayé de la dissuader la semaine précédente, pour lui éviter de s’engager dans un combat perdu d’avance. Je lui fais observer le risque d’être privée d’internet et de téléphone, mais elle balaye l’objection d’un rire mauvais et me lance qu’elle n’en a cure. Je comprends que ce geste bravache et désespéré est une façon de combattre une profonde détresse, quand elle m’annonce ensuite pêle-mêle qu’elle a décidé de quitter cet appartement où, depuis la supposée agression, elle ne se sent plus en sécurité, que sa fille vient de lui annoncer son départ dans le midi pour le mois de mai, qu’elle a refusé sa proposition de s’y installer aussi, et qu’elle va rechercher une maison de retraite à Paris. Son souci principal est désormais de vider l’appartement pour en vendre le contenu et en donner le produit à sa fille : elle est sûre que ses collections de livres sur les grands peintres, ses vieux dictionnaires et les tableaux d’un artiste connu d’elle seule sont des trésors monnayables… Elle conclut enfin, sans apercevoir la contradiction, qu’en tout état de cause sa vie s’achèvera d’ici trois mois, car elle sent s’accroître la nécrose de sa gorge, et qu’elle se suicidera plutôt que d’accepter une trachéotomie. Tout cela énoncé avec un large sourire et de grands gestes fatalistes qui traduisent à l’évidence un désespoir profond. Elle semble devenue insensible à toute tentative de raisonnement . Ces visites vont devenir pour moi un calvaire, mais il n’est pas question d’y renoncer car je ne crois pas qu’il lui reste beaucoup d’oreilles amies pour entendre ses plaintes.
Par bonheur, un coup de fil de Ginette le lendemain installe une toute autre ambiance : son aide ménagère et son ami Robert l’ont baladée en voiture dans Vichy pour admirer les illuminations et boire un vin chaud dans un marché de Noël. Sa douleur dans le dos est envolée, l’année pour elle se termine dans la joie.
Par bonheur, un coup de fil de Ginette le lendemain installe une toute autre ambiance : son aide ménagère et son ami Robert l’ont baladée en voiture dans Vichy pour admirer les illuminations et boire un vin chaud dans un marché de Noël. Sa douleur dans le dos est envolée, l’année pour elle se termine dans la joie.
20 décembre 2025
Nouveau concert de Paola, cette fois accompagnée de son guitariste Vincent, pour un récital d’une heure dans une petite salle du quartier de la Vilette. Nous y avons conviés Patrick, Bruno et Tuan, et notre petite troupe constitue à elle seule un bon tiers du public. Dans la rangée devant nous, le mystérieux Pacôme, dont le look ne peut passer inaperçu. J’ai lu ces jours derniers l’un de ses livres récents, Infernet, où il dénonce les effets destructeurs des réseaux sociaux. Son site perso et sa notice Wikipedia révèlent un personnage sympathique et authentiquement cultivé, qui revendique un curieux mélange de modernité et de mysticisme. A la sortie, Paola fait les présentations et nous nous éclipsons rapidement. On a peine à imaginer la réaction de Nicole quand sa fille lui présentera ce nouveau compagnon, et un peu hâte qu’elle lui en révèle l’existence, pour nous délivrer d’un secret peu confortable.
18 décembre 2025
Sans que j’aie pu l’éviter, j’ai un peu gâché le plaisir de notre voyage à Moulins, par une gastro qui m’a saisi dès notre arrivée. Pour autant, l’accueil à l’hôtel Mercure était aussi chaleureux que luxueux, puisqu’on nous avait donné une immense suite, décorée comme tout le bâtiment dans un style kitchissime (rideaux à embrasses et passementerie). Nos promenades, nos visites et nos repas ont été rythmés pendant deux jours par les retours en urgence à l’hôtel, l’achat de slips supplémentaires et la recherche de riz et pâtes dans les cartes des restaurants. Nous avons pu tout de même visiter dans de bonnes conditions le musée du costume, but premier du voyage, mais faute de menu adapté à mon cas, nous avons renoncé à manger au Grand Café. Le train, en revanche, nous a pour une fois véhiculés sans retard.
15 décembre 2025
Pour éviter toute contagion de mon rhume, je ne rends pas visite à Michèle B . cette semaine, mais elle me fait au téléphone le récit inquiétant d’une agression dont elle a été victime la veille : Vers 19 heures, on a sonné à sa porte, elle l’a ouverte... et n’a pas le moindre souvenir de ce qui a suivi. Elle s’est réveillée ce matin sur son lit, entourée du sang provenant d’une blessure à l’arrière de sa tête. Elle a seulement le vague souvenir de s’être traînée au sol dans le couloir pour gagner sa chambre. Aucune trace de vol ni de dégradation dans l’appartement, dont la porte est fermée. Le scénario qu’elle imagine est que dès l’ouverture de la porte, un agresseur l’a assommée et que, pris de panique - croyant l’avoir tuée- il s’est enfui sans toucher à rien tout en refermant la porte. Elle exclut avec indignation l’hypothèse que j’ose avancer (et qui me semble plus probable) d’un malaise qui aurait provoqué sa chute. Elle n’envisage pas non plus de se rendre aux urgences (« trop fatigant »), et envisage seulement d’aller jusqu’à la pharmacie. En fait elle n’en fera rien et attendra le lendemain pour consulter aux urgence, où le scanner crânien ne révèle rien de grave, mais excédée par la durée de l’attente, elle rentre chez elle avant même le compte-rendu du médecin. La gardienne de l’immeuble, dont l’appartement jouxte le sien, n’a rien vu ni entendu à l’heure de l’agression, mais Michèle s’alarme qu’on s’expose désormais à de telles attaques à domicile, et que l’insécurité générale ait atteint un tel niveau.
12 décembre 2025
Mon Minbl vient m’attendre aujourd’hui au sortir de ma séance de gym chez J.C pour rejoindre Paola au Terminus Nord. Ce déjeuner a été convenu l’avant-veille, après le concert auquel elle nous avait convié à la Maison de la poésie, installée dans un joli petit théâtre du quartier de l’horloge. Son travail commence d’être reconnu, puisqu’en l’espèce elle avait été choisie sur dossier et sur vidéos, parmi une centaine de candidats. Les 14 retenus (sept musiciens et sept poètes) ont été accouplés au hasard, et priés de composer une œuvre commune pour l’interpréter dans cette soirée. Paola n’avait pas été la mieux favorisée par le sort, puisque mariée à une poétesse sourde dont le texte et la lecture qu’elle en a faite n’étaient pas inoubliables. Mais elle a quant à elle bien tenu sa partie, et leur passage a été parmi les plus applaudis.
Pendant le déjeuner, après les commentaires sur cette soirée, elle nous détaille sans détour les raisons de sa rupture avec Victor, pas aussi soudaine que nous l’imaginions, et qu’on peut résumer à la divergence entre leurs projets de vie, axé pour lui sur un projet d’enfant, et pour elle sur sa carrière artistique, dont on réalise bien qu’ils sont peu compatibles. Elle nous confie surtout sous le sceau du secret qu’elle est engagée depuis quelques semaines dans une nouvelle liaison amoureuse. Après moult précautions et nous avoir fait jurer que nous n’en dirons rien, elle révèle qu’il s’agit d’un homme plus âgé qu’elle de près de vingt ans, et très connu. Son nom, Pacôme Thiellement, n’évoque rien pour mon Minbl, mais pour ma part, sans situer précisément son statut, je me souviens d’avoir vu souvent en photo son visage auréolé et mangé de cheveux et de barbe en bataille, à l’image d’un gourou new-age des année 60 ou d’un SDF de longue date… Elle nous explique l’avoir connu d’abord par des échanges sur les réseaux, et qu’elle ne l’a rencontré in real life qu’après avoir quitté Victor. Ils font désormais à tour de rôle des allers-retours Lyon-Paris, dont elle réussit jusqu’ici à dissimuler à sa mère le véritable objet.
Pendant le déjeuner, après les commentaires sur cette soirée, elle nous détaille sans détour les raisons de sa rupture avec Victor, pas aussi soudaine que nous l’imaginions, et qu’on peut résumer à la divergence entre leurs projets de vie, axé pour lui sur un projet d’enfant, et pour elle sur sa carrière artistique, dont on réalise bien qu’ils sont peu compatibles. Elle nous confie surtout sous le sceau du secret qu’elle est engagée depuis quelques semaines dans une nouvelle liaison amoureuse. Après moult précautions et nous avoir fait jurer que nous n’en dirons rien, elle révèle qu’il s’agit d’un homme plus âgé qu’elle de près de vingt ans, et très connu. Son nom, Pacôme Thiellement, n’évoque rien pour mon Minbl, mais pour ma part, sans situer précisément son statut, je me souviens d’avoir vu souvent en photo son visage auréolé et mangé de cheveux et de barbe en bataille, à l’image d’un gourou new-age des année 60 ou d’un SDF de longue date… Elle nous explique l’avoir connu d’abord par des échanges sur les réseaux, et qu’elle ne l’a rencontré in real life qu’après avoir quitté Victor. Ils font désormais à tour de rôle des allers-retours Lyon-Paris, dont elle réussit jusqu’ici à dissimuler à sa mère le véritable objet.
9 décembre 2025
Pour résumer ces derniers jours, j’en retiendrai un déjeuner à la maison organisé par Patrick pour Minique, autour d’une variante supposée ancienne du cassoulet, à base de fèves plutôt que de haricots : tout compte fait, les haricots sont le bon choix… Minique, toujours prolixe d’anecdotes et d’analyses originales, confirme le projet de vendre sa maison de Marbella, et nous explique pourquoi elle n’est pas équipée d’alarme, pas plus que son appartement de Paris : Elle juge dangereux de fournir à une société de surveillance toutes les informations utiles pour un cambriolage, car elle suppose que la tentation est grande pour les vigiles, mal payés par la firme, de les utiliser à leur profit. Elle a préféré entourer sa propriété d’un épaisse haie de ronces… A la réflexion, on peut comprendre ce choix, mais on en oublierait presque qu’elle emploie aussi à demeure une famille de gardiens-jardiniers…)
Le lendemain, déjeuner chez Malika et Pierre-Yves que nous retrouvons avec grand plaisir, dans leur maison équipée désormais de fenêtres isolantes. Jean-Pierre et Michel V. sont de la partie. Ce dernier, pour une fois, n’a pas le loisir de développer ses analyses bolloréennes, car l’attention générale se porte plutôt sur un jeune collègue de Malika, Thomas, qui nous raconte ses passions -surprenantes pour un trentenaire - pour les voitures anciennes, les Vélosolex et les objets de brocante les plus divers.
Aujourd’hui, visite à Orsay, pour les portraits très comme il faut de l’américain J.S. Sargent, mais surtout la découverte d’une représentante peu connue de l’abstrait géométrique, Bridget Riley (après vérification, nous avions déjà vu un de ses tableaux il y a longtemps, à Londres). Toute une série d’œuvres magnifiques de simplicité, typiquement Op’art, et contemporaines de celles de Vasarely. Curieusement, l’expo met plutôt l’accent sur les travaux d’école de ses débuts, dans un figuratif pointilliste inspiré de Seurat. Et comme nous nous étions prudemment gardés de convier Bruno à cette visite, nous avons pu cette fois déjeuner confortablement dans le magnifique décor du Café Campana.
Le lendemain, déjeuner chez Malika et Pierre-Yves que nous retrouvons avec grand plaisir, dans leur maison équipée désormais de fenêtres isolantes. Jean-Pierre et Michel V. sont de la partie. Ce dernier, pour une fois, n’a pas le loisir de développer ses analyses bolloréennes, car l’attention générale se porte plutôt sur un jeune collègue de Malika, Thomas, qui nous raconte ses passions -surprenantes pour un trentenaire - pour les voitures anciennes, les Vélosolex et les objets de brocante les plus divers.
Aujourd’hui, visite à Orsay, pour les portraits très comme il faut de l’américain J.S. Sargent, mais surtout la découverte d’une représentante peu connue de l’abstrait géométrique, Bridget Riley (après vérification, nous avions déjà vu un de ses tableaux il y a longtemps, à Londres). Toute une série d’œuvres magnifiques de simplicité, typiquement Op’art, et contemporaines de celles de Vasarely. Curieusement, l’expo met plutôt l’accent sur les travaux d’école de ses débuts, dans un figuratif pointilliste inspiré de Seurat. Et comme nous nous étions prudemment gardés de convier Bruno à cette visite, nous avons pu cette fois déjeuner confortablement dans le magnifique décor du Café Campana.
3 décembre 2025
Chaque fois que nous le voyons, notre ami Bruno nous paraît encore un peu plus ombrageux ou en colère. Une fois de plus hier, alors que nous l’attendions, attablés au Coche avec Patrick et Moussa, il est arrivé l’air renfrogné, entonnant sans préambule le compte-rendu enthousiaste d’un gala taurin auquel il a assisté la veille. La tirade était évidemment destinée à provoquer notre indignation, à grand renfort d’anathèmes sur Sandrine Rousseau et les militants anti-corrida. La ficelle étant un peu grosse, nous nous sommes tous bien gardés de tomber dans le piège, mais nous ne trouvons pas d’explication à cette manière de chercher querelle qui devient chez lui presque systématique. A la fin du repas, il s’est levé brusquement et a pris congé en invoquant une course urgente. Le lendemain au téléphone, il me dit avoir été exaspéré par le comportement de Patrick et Moussa qui, il est vrai, ont passé l’essentiel du déjeuner sans participer à la conversation, occupés qu’ils étaient à comparer sur leurs smartphones les tarifs et les horaires pour des billets d’avion. Est-ce le climat général qui pousse tout le monde à l’agressivité et au repli sur soi ? Manquons-nous, nous aussi, de délicatesse à notre insu ?
23 novembre 2025
Sur Arte, hier soir, un documentaire sur la grande histoire des végétariens fait écho à la fameuse boutade de Sandrine Rousseau sur les barbecues, si bienvenue et si mal comprise (surtout par ceux qui n’ont pas voulu la comprendre…)
On y rappelle la permanence, au fil des siècles et sur tous les continents, de ce choix alimentaire toujours lié, pour les populations qui l’observent, à une conviction philosophique, morale ou religieuse, dont le fondement est le refus de tuer et de faire souffrir. Les moines bouddhistes, Plutarque, Gandhi, les hippies californiens et les allemands de la Lebensreform en sont quelques exemples. Le plus intéressant est que film met en lumière un lien fort avec les mouvements pacifistes et les théoriciens de la non-violence, et légitime ainsi le rapprochement que fait S. Rousseau entre les viandards et les militants masculinistes.
Ce rappel est évidemment bienvenu à l’heure où les valeurs trumpistes contaminent le monde, célébrant le culte de la force, des armes, de la guerre et de leurs substituts (chasse, corrida, sports de compétition...). La conclusion du document - qui croit deviner sous le progrès du véganisme chez les jeunes la promesse d’un renouveau du pacifisme - est peut-être un peu trop optimiste, mais on a envie d’y croire.
Et on pourrait voir en effet dans le déferlement permanent de propagande guerrière dans tous les médias l’indice que les jeunes générations ne sont pas aussi convaincues qu’on nous le dit de la nécessité de mourir à la guerre. D’où peut-être cette insistance à nous convaincre de l’imminence d’un péril russe, et cet appel indécent au sacrifice lancé par un Macron qui a échappé au service militaire.
On y rappelle la permanence, au fil des siècles et sur tous les continents, de ce choix alimentaire toujours lié, pour les populations qui l’observent, à une conviction philosophique, morale ou religieuse, dont le fondement est le refus de tuer et de faire souffrir. Les moines bouddhistes, Plutarque, Gandhi, les hippies californiens et les allemands de la Lebensreform en sont quelques exemples. Le plus intéressant est que film met en lumière un lien fort avec les mouvements pacifistes et les théoriciens de la non-violence, et légitime ainsi le rapprochement que fait S. Rousseau entre les viandards et les militants masculinistes.
Ce rappel est évidemment bienvenu à l’heure où les valeurs trumpistes contaminent le monde, célébrant le culte de la force, des armes, de la guerre et de leurs substituts (chasse, corrida, sports de compétition...). La conclusion du document - qui croit deviner sous le progrès du véganisme chez les jeunes la promesse d’un renouveau du pacifisme - est peut-être un peu trop optimiste, mais on a envie d’y croire.
Et on pourrait voir en effet dans le déferlement permanent de propagande guerrière dans tous les médias l’indice que les jeunes générations ne sont pas aussi convaincues qu’on nous le dit de la nécessité de mourir à la guerre. D’où peut-être cette insistance à nous convaincre de l’imminence d’un péril russe, et cet appel indécent au sacrifice lancé par un Macron qui a échappé au service militaire.
20 novembre 2025
Nous avons entrepris cette semaine la tournée des expositions dont mon Minbl a dressé la liste. Celle du musée de l’architecture, par laquelle nous avons commencé, est consacrée à l’exposition des Arts décoratifs de 1925. Nous en verrons le complément deux jours plus tard au musée des Arts déco. Nous relevons que parmi les pavillons dont on présente les maquettes, il en est deux qui tranchent absolument : celui de Mallet-Stevens, consacré au tourisme, typique de l’esthétique du Bauhaus, et le pavillon de l’esprit nouveau de Le Corbusier – Jeanneret. Leur choix de rompre avec la démarche décorative contraste absolument avec le goût dominant de leur époque, et on mesure à quel point leurs créations, au même titre que les meubles (aujourd’hui emblématiques) que Rietveld, Breuer ou Eileen Gray avaient déjà dessinés, préfiguraient l’esthétique du vingtième siècle tandis que l’art-déco restait encore prisonnière du précédent.
Nous notons au passage que le musée de l’architecture devient victime à son tour des tics muséographiques qui depuis quelques années contaminent de nombreux musées : Le choix de mélanger en est un : L’expo des tableaux abstraits de Fabienne Verdier est installée sur des cimaises dressées au beau milieu de la galerie des monuments. On manque de recul pour observer les œuvres, et on perturbe les visiteurs qui viennent pour les moulages monumentaux. On justifie généralement ce dispositif en prétendant confronter les œuvres alors qu’on ne fait que tout confondre.
Un bon point en revanche, pour le musée de Cluny, qui a réuni des œuvres néo-médiévales du XIXe siècle, car à l’inverse de ce qui précède, la confrontation entre le vrai moyen-âge et celui fantasmé par Viollet-le-duc est intéressante à observer. Nous notons aussi les aménagements de grande qualité de ce musée, la clarté de sa signalétique et l’abondance du personnel.
Enfin, la dernière étape au musée des Arts-déco pour la suite de l’expo sur 1925 nous fait gravir une nouvelle fois d’innombrables escaliers, sans regret car les objets présentés sont nombreux, et la présentation de grande qualité, en particulier les reconstitutions spectaculaires de l’Orient-Express, dans ses versions passées et actuelle.
Nous notons au passage que le musée de l’architecture devient victime à son tour des tics muséographiques qui depuis quelques années contaminent de nombreux musées : Le choix de mélanger en est un : L’expo des tableaux abstraits de Fabienne Verdier est installée sur des cimaises dressées au beau milieu de la galerie des monuments. On manque de recul pour observer les œuvres, et on perturbe les visiteurs qui viennent pour les moulages monumentaux. On justifie généralement ce dispositif en prétendant confronter les œuvres alors qu’on ne fait que tout confondre.
Un bon point en revanche, pour le musée de Cluny, qui a réuni des œuvres néo-médiévales du XIXe siècle, car à l’inverse de ce qui précède, la confrontation entre le vrai moyen-âge et celui fantasmé par Viollet-le-duc est intéressante à observer. Nous notons aussi les aménagements de grande qualité de ce musée, la clarté de sa signalétique et l’abondance du personnel.
Enfin, la dernière étape au musée des Arts-déco pour la suite de l’expo sur 1925 nous fait gravir une nouvelle fois d’innombrables escaliers, sans regret car les objets présentés sont nombreux, et la présentation de grande qualité, en particulier les reconstitutions spectaculaires de l’Orient-Express, dans ses versions passées et actuelle.
18 novembre 2025
Ginette et Michèle B. préfigurent-elles ce qui nous guette ? Faute de pouvoir s’affranchir du vieillissement, nous avons l’avantage de l’affronter à deux. Certes, cela ne nous protège pas des dégradations physiques (encore que le soin que nous prenons l’un de l’autre et de notre santé la ralentisse), mais nous pourrons peut-être échapper ainsi aux dérives mentales qui accompagnent une vieillesse solitaire.
Ginette m’a rapporté hier qu’elle avait demandé à la sainte vierge de remédier au comportement dissipé de son chien. Le changement est apparu dès le lendemain, et de manière radicale : Il est devenu soudain aussi attentif et affectueux que ses prédécesseurs. Pris à témoin d’un tel miracle, je n’ai pu que m’en réjouir avec elle.
De son coté, Michèle B. continue de s’indigner des campagnes de dénigrement contre V. Bolloré et ses chaînes d’info. Des chaînes auxquelles elle continue de s’abreuver en permanence, regrettant toujours la suppression arbitraire de C8, source irremplaçable de débats essentiels pour la démocratie, à l’exemple de ceux que conduisait le talentueux C. Hanouna. Là encore, je dois faire l’effort de ne pas céder à la provocation et je me garde d’engager une polémique inutile. Diversion bienvenue, j’installe sa nouvelle box Bouygues 5G, qui va lui redonner accès à l’internet dont elle est privée depuis trois semaines. Je renonce une fois de plus à lui expliquer la différence entre le cuivre, la fibre et la 5G (« je ne comprends rien à tout çà, je veux seulement que çà marche… »). La facture qu’elle reçoit quelques jours plus tard, beaucoup, plus élevée que prévu, va la conduire à s’engager dans une bataille perdue d’avance : Faute de tenter de négocier une réduction (« on ne peut joindre personne, tout doit se faire en ligne et on me demande des codes auxquels je ne comprends rien », elle entend se faire justice en refusant les prélèvements, et je réussis pas à l’en dissuader. Je suis partagé entre la compassion pour sa détresse (augmentée par la douleur de plus en plus vive dans sa gorge) et la colère à la voir s’obstiner dans des combats stériles qui ne font qu’aggraver sa situation.
Ginette m’a rapporté hier qu’elle avait demandé à la sainte vierge de remédier au comportement dissipé de son chien. Le changement est apparu dès le lendemain, et de manière radicale : Il est devenu soudain aussi attentif et affectueux que ses prédécesseurs. Pris à témoin d’un tel miracle, je n’ai pu que m’en réjouir avec elle.
De son coté, Michèle B. continue de s’indigner des campagnes de dénigrement contre V. Bolloré et ses chaînes d’info. Des chaînes auxquelles elle continue de s’abreuver en permanence, regrettant toujours la suppression arbitraire de C8, source irremplaçable de débats essentiels pour la démocratie, à l’exemple de ceux que conduisait le talentueux C. Hanouna. Là encore, je dois faire l’effort de ne pas céder à la provocation et je me garde d’engager une polémique inutile. Diversion bienvenue, j’installe sa nouvelle box Bouygues 5G, qui va lui redonner accès à l’internet dont elle est privée depuis trois semaines. Je renonce une fois de plus à lui expliquer la différence entre le cuivre, la fibre et la 5G (« je ne comprends rien à tout çà, je veux seulement que çà marche… »). La facture qu’elle reçoit quelques jours plus tard, beaucoup, plus élevée que prévu, va la conduire à s’engager dans une bataille perdue d’avance : Faute de tenter de négocier une réduction (« on ne peut joindre personne, tout doit se faire en ligne et on me demande des codes auxquels je ne comprends rien », elle entend se faire justice en refusant les prélèvements, et je réussis pas à l’en dissuader. Je suis partagé entre la compassion pour sa détresse (augmentée par la douleur de plus en plus vive dans sa gorge) et la colère à la voir s’obstiner dans des combats stériles qui ne font qu’aggraver sa situation.
15 novembre 2025
Ce qui jusqu’ici m’avait fait retarder la lecture de Retour à Reims tenait au jugement négatif que je portais sur D. Eribon. Depuis longtemps, la suffisance dont il faisait preuve dans ses interviews, sa façon de poser en spécialiste incontournable et autoproclamé de la question gay (à l’ombre de son mentor M.Foucault dont il adoptait le langage abscons), tout cela concourait à me dissuader de le lire. Au surplus, le rôle essentiel qu’il a joué, comme me l’avait rapporté Rémy L., pour la « fabrication » de son poulain Edouard Louis, dont les livres m’ont toujours paru (dès le premier, et surtout dans les suivants) très suspects de truquage, achevait de me convaincre que ni le personnage ni la lecture de son œuvre ne valaient de s’y attarder...
Et puis je suis tombé par hasard, il y a quelques jours, sur une vieille chronique du Nouvel Obs où Annie Ernaux faisait un éloge appuyé de Retour à Reims lors de la sortie du livre, où elle voyait un prolongement de l’œuvre de Bourdieu. Il me fallait donc juger sur pièce.
Pour ce faire j’ai dû survoler d’abord, dans la réédition de 2018, la préface grotesque où Edouard Louis se confond en génuflexions devant son pygmalion. Quant au récit lui-même, le fond m’en a vraiment intéressé, même si le jargon omniprésent en rend la lecture pénible (un point commun avec Bourdieu). Dans le parcours de ce jeune gay provincial en quête d’évasion, je me suis largement reconnu jusque dans le détail (le choix des études de philo, l’IPES pour conquérir l’indépendance et quitter la famille, la découverte du journalisme parisien). La seule différence est dans le rapport aux parents, qui pour moi n’a jamais été conflictuel. J’y ai retrouvé surtout ce fameux sentiment coupable de trahison de sa classe, déjà repéré chez Louis Guilloux et si bien exprimé par Annie Ernaux. Je comprends par là pourquoi cette dernière a pu être touchée par ce récit, mais elle qui prend un tel soin à ne jamais surplomber son lecteur fait preuve d’une bien grande indulgence en ignorant le ton supérieur dont il use. J’avais relevé le même paradoxe à la lecture de La distinction de Bourdieu : Il met au jour brillamment les méthodes des dominants pour signifier leur différence avec les dominés, les symboles et les manières d’être dont ils usent. Mais le vocabulaire, les tournures qu’il emploie pour sa démonstration sont l’exemple même de ce qu’il dénonce, comme un sous-titre permanent : « voyez comme je suis intelligent et cultivé ! ». Mon reproche est le même pour Eribon : ses analyses me semblent pertinentes quand il explore par exemple les raisons qui poussent les dominés dans les bras de l’extrême-droite, mais le ton qu’il emploie me parait trahir à son insu une forme de mépris de classe.
N’est pas Ernaux qui veut…
Et puis je suis tombé par hasard, il y a quelques jours, sur une vieille chronique du Nouvel Obs où Annie Ernaux faisait un éloge appuyé de Retour à Reims lors de la sortie du livre, où elle voyait un prolongement de l’œuvre de Bourdieu. Il me fallait donc juger sur pièce.
Pour ce faire j’ai dû survoler d’abord, dans la réédition de 2018, la préface grotesque où Edouard Louis se confond en génuflexions devant son pygmalion. Quant au récit lui-même, le fond m’en a vraiment intéressé, même si le jargon omniprésent en rend la lecture pénible (un point commun avec Bourdieu). Dans le parcours de ce jeune gay provincial en quête d’évasion, je me suis largement reconnu jusque dans le détail (le choix des études de philo, l’IPES pour conquérir l’indépendance et quitter la famille, la découverte du journalisme parisien). La seule différence est dans le rapport aux parents, qui pour moi n’a jamais été conflictuel. J’y ai retrouvé surtout ce fameux sentiment coupable de trahison de sa classe, déjà repéré chez Louis Guilloux et si bien exprimé par Annie Ernaux. Je comprends par là pourquoi cette dernière a pu être touchée par ce récit, mais elle qui prend un tel soin à ne jamais surplomber son lecteur fait preuve d’une bien grande indulgence en ignorant le ton supérieur dont il use. J’avais relevé le même paradoxe à la lecture de La distinction de Bourdieu : Il met au jour brillamment les méthodes des dominants pour signifier leur différence avec les dominés, les symboles et les manières d’être dont ils usent. Mais le vocabulaire, les tournures qu’il emploie pour sa démonstration sont l’exemple même de ce qu’il dénonce, comme un sous-titre permanent : « voyez comme je suis intelligent et cultivé ! ». Mon reproche est le même pour Eribon : ses analyses me semblent pertinentes quand il explore par exemple les raisons qui poussent les dominés dans les bras de l’extrême-droite, mais le ton qu’il emploie me parait trahir à son insu une forme de mépris de classe.
N’est pas Ernaux qui veut…
11 novembre 2025
Cologne, où nous arrivons le dimanche matin, recèle aussi pour nous des étapes obligatoires : la cathédrale, qui pour une fois n’est pas saturée de visiteurs, le musée Ludwig, dont nous retrouvons avec plaisir le bel escalier central, et le musée des Arts décoratifs dont nous parcourons comme chaque fois les deux étages de la collection de design. Le restaurant, derrière ses vitres en ogives, où on nous servait autrefois des soupes et des salades, est toujours fermé. Les tables ont disparu mais le comptoir est toujours là. Nous compenserons par un thé et des gâteaux chez Wahlen, dont le charme du décor suranné ne séduit pas que nous : la salle est archi-bondée.
L’hôtel Mercure où nous avions réservé ayant été inondé, on nous a transférés au Pullman, immense et luxueux bâtiment où nous découvrirons au petit déjeuner un buffet particulièrement gigantesque. A la TV, les infos font la part belle à la sortie de prison de Sarkozy. La justice, habituellement taxée de laxiste quand elle libère au bout de trente ans un criminel qui a accompli sa peine, est cette fois accusée de cruauté pour avoir osé enfermer pendant trois semaine un condamné multirécidiviste, dont elle affirme sans rire qu’elle veillera à ce qu’il ne puisse pas se concerter avec ses complices avant son procès en appel. Pour le reste, les médias continuent obstinément de déployer leur discours guerrier, saluant l’explosion des budgets d’armement en Europe, et citant en exemple les pays qui rétablissent la conscription obligatoire ou projettent de le faire. Les chaînes publiques, à l’heureuse exception d’Arte, s’alignent toutes sur le discours des chaînes Bolloré, au point que FranceInfo vient de recruter deux chroniqueurs transfuges de Cnews où ils sévissaient aux côtés de Pascal Praud. Il faut décidément être aveugle pour ne pas voir fleurir partout les signes du retour des années 20. Une bonne nouvelle tout de même, mais dans un autre registre : nous avons enfin trouvé chez Globetrotter le sac à dos idéal que mon Minbl recherchait depuis des semaines. Nous voilà équipés pour la guerre..
Lundi matin, les images de Macron célébrant le 11 novembre contrastent furieusement avec ce que nous découvrons en sortant de l’hôtel : des rues où tout le monde (jeunes et vieux, beaux et moches) est déguisé avec la fantaisie la plus débridée. C’est le premier jour du carnaval. Enfin une tradition qu’on a envie de ne pas voir disparaître !
L’hôtel Mercure où nous avions réservé ayant été inondé, on nous a transférés au Pullman, immense et luxueux bâtiment où nous découvrirons au petit déjeuner un buffet particulièrement gigantesque. A la TV, les infos font la part belle à la sortie de prison de Sarkozy. La justice, habituellement taxée de laxiste quand elle libère au bout de trente ans un criminel qui a accompli sa peine, est cette fois accusée de cruauté pour avoir osé enfermer pendant trois semaine un condamné multirécidiviste, dont elle affirme sans rire qu’elle veillera à ce qu’il ne puisse pas se concerter avec ses complices avant son procès en appel. Pour le reste, les médias continuent obstinément de déployer leur discours guerrier, saluant l’explosion des budgets d’armement en Europe, et citant en exemple les pays qui rétablissent la conscription obligatoire ou projettent de le faire. Les chaînes publiques, à l’heureuse exception d’Arte, s’alignent toutes sur le discours des chaînes Bolloré, au point que FranceInfo vient de recruter deux chroniqueurs transfuges de Cnews où ils sévissaient aux côtés de Pascal Praud. Il faut décidément être aveugle pour ne pas voir fleurir partout les signes du retour des années 20. Une bonne nouvelle tout de même, mais dans un autre registre : nous avons enfin trouvé chez Globetrotter le sac à dos idéal que mon Minbl recherchait depuis des semaines. Nous voilà équipés pour la guerre..
Lundi matin, les images de Macron célébrant le 11 novembre contrastent furieusement avec ce que nous découvrons en sortant de l’hôtel : des rues où tout le monde (jeunes et vieux, beaux et moches) est déguisé avec la fantaisie la plus débridée. C’est le premier jour du carnaval. Enfin une tradition qu’on a envie de ne pas voir disparaître !
8 novembre 2025
Le Kunstpalace de Dusseldorf est immense, et sa collection de peinture moderne nous impressionne autant que la première fois. Mais il abrite aussi (a-t-elle été ajoutée ou l’avions-nous ignorée alors ?) une autre collection – somptueuse - de verrerie, plus vaste encore que la galerie Daum du musée de Nancy. Après quoi, victimes tous les deux de la même amnésie, nous partons à la recherche d’un autre musée dont je me souviens seulement qu’il jouxte une pièce d’eau, et nous ne parvenons pas à le localiser sur le plan de la ville. C’est le K21, que nous finissons par retrouver, installé dans un immeuble ancien dont l’aménagement nous avait déjà séduits la première fois. Le café où nous faisons étape est doté de deux immenses miroirs d’une seule pièce, dont nous nous demandons comment ils ont été posés.
7 novembre 2025
Krefeld, à une demi-heure de TER de Düsseldorf, mais il nous faudra plus d’une heure pour y parvenir, tant le trafic des trains est perturbé (cela nous semble devenir quotidien en Allemagne…). Nous sommes ici pour l’exposition consacrée à Charlotte Perriand qui se tient dans le musée de la ville, tout récemment rénové de très belle manière. Un îlot miraculeux, calme et raffiné, dans une ville où tout évoque l’abandon et la misère. L’expo reprend en partie ce que nous avions vu à Paris, dont la reconstitution par Cassina de l’appartement présenté au salon d’automne 1929. Beaucoup de photos et de documents de travail, dont la lettre dactylographiée où Le Corbusier lui demande en 1948 de revenir travailler avec lui sur le projet de la Cité radieuse. La visite est très agréable, et se prolonge par un déjeuner qui l’est tout autant, au café du musée, flambant neuf lui aussi. En repartant pour la gare, nous parcourons les rues de la ville dont l’ambiance est toute autre : Au centre, le Galeria est vide, à l’abandon depuis un an, et couvert d’affiches où s’exprime le désarroi des habitants qui s’inquiètent de l’avenir de cet immense bâtiment. Un peu plus loin, nous découvrons l’opéra, un bâtiment des années 70 qui semble lui aussi en piteux état (façade grisâtre, huisseries rouillées), mais toujours en fonction. Une troupe locale y donne la Traviata. En face, un immense blockhaus (un centre commercial ?)construit à la même époque est totalement à l’abandon et couvert de graffiti. Cette atmosphère sinistre nous évoque les années 80 dans les régions industrielles de Grande-Bretagne, et notre visite à Manchester et Liverpool ravagées par la politique de Thatcher.
6 novembre 2025
A Dusseldorf, l’Hôtel Mercure nous a surclassés dans une chambre immense, précédée d’une très grande entrée, idéale pour ma gym du matin. Des brownies sous une petite cloche de verre… Pour commencer nos visites des musées, nous renouvelons l’erreur de visiter celui qui fait face au K20, et nous remémorons dès la première salle que nous n’y avons jamais rien vu d’autre que des tas de charbon. Cette fois, ce sont des mottes de terre et des plantes déracinées. Le titre de l’expo du K20 semble plus prometteur (« queer modernism » ), mais regroupe essentiellement des artistes et des motifs féminins. Queer semble être devenu une litote pour dire lesbien. Nous terminons la journée par une promenade sur les quais du Rhin et un dîner au Fischhaus, où nous admirons le ballet des serveurs naviguant avec aisance entre les tables d’une salle bondée.
De retour à l’hôtel, la TV, où le choix de programmes est restreint, nous offre un film d’Yves Allégret en noir et blanc de 1956, En effeuillant la marguerite, dont nous découvrons qu’il se passe pour l’essentiel à Vichy. On y voit le hall des sources, les donneuses d’eau, et le Grand Casino. On y voit aussi Brigitte Bardot dans son dernier rôle avant sa rencontre avec Vadim. C’est une jeune fille de bonne famille qui s’émancipe, mais pas trop car on reste dans les limites du convenable et du convenu. Tout est convention et cliché, à l’instar du journal (France-Soir ?) où travaille son partenaire Daniel Gélin, dont l’occupation principale est de harceler des secrétaires qui minaudent pour séduire les journalistes machistes. Le patron du cabaret qui auditionne les strip-teaseuses est un Jeffrey Epstein avant la lettre et l’héroïne traverse innocemment, sans y perdre une plume ni sa vertu, des épisodes évoquant la luxure, mais toujours de manière très convenable. La ressemblance est frappante avec l’esprit des romans de Ginette, et bien sûr le décor de Vichy ne peut qu’inviter au rapprochement.
De retour à l’hôtel, la TV, où le choix de programmes est restreint, nous offre un film d’Yves Allégret en noir et blanc de 1956, En effeuillant la marguerite, dont nous découvrons qu’il se passe pour l’essentiel à Vichy. On y voit le hall des sources, les donneuses d’eau, et le Grand Casino. On y voit aussi Brigitte Bardot dans son dernier rôle avant sa rencontre avec Vadim. C’est une jeune fille de bonne famille qui s’émancipe, mais pas trop car on reste dans les limites du convenable et du convenu. Tout est convention et cliché, à l’instar du journal (France-Soir ?) où travaille son partenaire Daniel Gélin, dont l’occupation principale est de harceler des secrétaires qui minaudent pour séduire les journalistes machistes. Le patron du cabaret qui auditionne les strip-teaseuses est un Jeffrey Epstein avant la lettre et l’héroïne traverse innocemment, sans y perdre une plume ni sa vertu, des épisodes évoquant la luxure, mais toujours de manière très convenable. La ressemblance est frappante avec l’esprit des romans de Ginette, et bien sûr le décor de Vichy ne peut qu’inviter au rapprochement.
5 novembre 2025
On dirait que tous les musées allemands s’appellent Ludwig. C’est au moins le cas à Aix pour les deux principaux, où nous faisons toujours étape. Cette fois, la visite du Ludwig forum, consacré à l’art contemporain, est décevante et rapide : rien de nouveau, si ce n’est que les Richter ne sont plus là. Belle découverte en revanche au Suermondt-Ludwig, où on expose les œuvres d’un photographe autrichien qui parcourt les musées en y photographiant les spectateurs des œuvres. Son cliché le plus saisissant est pris au Louvre, devant les Noces de Cana : une foule compacte de touristes se presse devant le tableau, mais ils lui tournent le dos et semblent se mêler aux personnages de la toile. On réalise alors que les visiteurs, dont la plupart brandissent un appareil photo, sont en train de contempler la Joconde, accrochée en face du chef-d’œuvre de Véronese, auquel ils ne prêtent pas même attention. L’œuvre est pourtant très spectaculaire, ne serait-ce que par sa dimension, et elle a été très médiatisée lors de sa très coûteuse restauration, qui a durée des années et lui a restitué ses somptueuses couleurs d’origine. Les futurs aménagements du Louvre, qui prévoient une salle spéciale pour la Joconde, devrait mettre un terme à cette situation absurde. Quant aux musées Ludwig, c’est une référence au couple de mécènes du début du siècle, fondateurs de la chocolaterie Lindt, qui ont légué leur immense collection à de très nombreuses institutions (dont le Ludwig museuem de Cologne).
4 novembre 2025
Comme notre dernier voyage en Allemagne remonte déjà à un an et demi, nous étions impatients de retrouver Aix-la-Chapelle pour accomplir ce qui est devenu au fil des ans un pèlerinage rituel, dont nous enchaînons les premières étapes avec gourmandise : visite à la cathédrale et à Barbarella. Comme, pour une fois, cette dernière se dérobe parce que le mardi est son jour de fermeture, nous déjeunons dans l’immense brasserie où nous somme déjà venus, dans le parc qui surplombe la colonnade. Avant cela, nous étions tombés en arrêt devant le premier magasin rencontré, car dans la vitrine de ce marchand de bagage, trônaient la valise et le sac de couleur jonquille que nous avions choisis pour remplacer les nôtres, et qui étaient introuvables dans les boutiques de Paris. Comme un signe de bonne augure pour la suite voyage.
A l’hôtel Ibis, notre fenêtre plonge sur un arbre immense paré de magnifiques couleurs d’automne. Pour les infos du matin, nous naviguons entre France 24 et TV5 monde où s’enchaînent les journaux suisse, belge et canadien. Comme chaque fois, nous sommes frappés par le contraste avec les chaînes françaises : Pas de présentateurs qui ricanent, pas de micros-trottoirs sur des sujets futiles, pas de compilations de clips Instagram. A l’aune de ces comparaisons, on mesure à quel niveau de médiocrité et de complaisance au pouvoir notre service public s’est effondré, à l’heureuse exception d’Arte. TF1 elle-même en apparaît plus respectable, avec quelques chroniques bienvenues, comme celle d’Anicet Mbida sur les nouveautés technoloigiques, où il a présenté récemment un dispositif aussi spectaculaire qu’inquiétant : Un minuscule boîtier communiquant avec le smartphone qui enregistre tout ce qu’il entend, pour le retranscrire, en faire des résumés et l’archiver. Selon les modèles, la capacité de mémoire varie de quelque jours à un mois. On réalise les dangers multiples d’un tel outil, et le chroniqueur n’omet pas de les lister : atteinte à la vie privée de l’utilisateur (et de tous ses interlocuteurs !), saturation de son esprit par des informations inutiles, et à terme, atrophie de sa mémoire à qui on adjoint cette béquille permanente.
A l’hôtel Ibis, notre fenêtre plonge sur un arbre immense paré de magnifiques couleurs d’automne. Pour les infos du matin, nous naviguons entre France 24 et TV5 monde où s’enchaînent les journaux suisse, belge et canadien. Comme chaque fois, nous sommes frappés par le contraste avec les chaînes françaises : Pas de présentateurs qui ricanent, pas de micros-trottoirs sur des sujets futiles, pas de compilations de clips Instagram. A l’aune de ces comparaisons, on mesure à quel niveau de médiocrité et de complaisance au pouvoir notre service public s’est effondré, à l’heureuse exception d’Arte. TF1 elle-même en apparaît plus respectable, avec quelques chroniques bienvenues, comme celle d’Anicet Mbida sur les nouveautés technoloigiques, où il a présenté récemment un dispositif aussi spectaculaire qu’inquiétant : Un minuscule boîtier communiquant avec le smartphone qui enregistre tout ce qu’il entend, pour le retranscrire, en faire des résumés et l’archiver. Selon les modèles, la capacité de mémoire varie de quelque jours à un mois. On réalise les dangers multiples d’un tel outil, et le chroniqueur n’omet pas de les lister : atteinte à la vie privée de l’utilisateur (et de tous ses interlocuteurs !), saturation de son esprit par des informations inutiles, et à terme, atrophie de sa mémoire à qui on adjoint cette béquille permanente.
2 novembre 2025
Albert Londres, tel les frères Goncourt, devrait-il davantage sa célébrité au prix qui porte son nom qu’aux œuvres qu’il nous a laissées ? La lecture de son enquête chez les fous me laisse profondément perplexe. Sans doute ce reportage eut-il le mérite, en 1925, de révéler la cruauté du sort réservé à ceux qu’on enfermait dans les asiles, tout comme il avait dénoncé les horreurs du bagne de Guyane, mais le style employé le rend aujourd’hui presque illisible, tant l’emphase, le ton d’épopée et l’organisation même du récit semblent artificiels et outrés, telle la diction de Sarah Bernhardt.
1er novembre 2025
Quelle aubaine pour les médias que cette découverte des fameuses poupées pédopornographiques dans le catalogue de Shein. Ils vont pouvoir rivaliser d’indignation, tel un chœur des vierges découvrant la noirceur du péché et l’horreur du crime. Un crime qu’ils ne s’attardent pas à analyser : le préfixe « pédo » suffit à déclencher l’opprobre. Quant à se demander en quoi il est criminel de se masturber dans un morceau de plastique, n’y songeons pas : la question elle-même est déjà suspecte…
Aubaine aussi, et de quelle dimension, pour le jeune patron du BHV qui va ouvrir ses portes à Shein dans quelques jours, et qui n’aurait pu rêver meilleure campagne de communication, mondiale et gratuite. Le scandale, qui va jusqu’à provoquer des manifs sous ses fenêtres, lui promet un succès commercial inespéré qui pourrait bien lui éviter la banqueroute.
Aubaine aussi, et de quelle dimension, pour le jeune patron du BHV qui va ouvrir ses portes à Shein dans quelques jours, et qui n’aurait pu rêver meilleure campagne de communication, mondiale et gratuite. Le scandale, qui va jusqu’à provoquer des manifs sous ses fenêtres, lui promet un succès commercial inespéré qui pourrait bien lui éviter la banqueroute.
28 octobre 2025
A la demande de Marie-Claire B., je remets la main sur le site JCB qui ne fonctionne plus très bien, et dont la présentation a vieilli. La difficulté est qu’en douze ans (déja !) j’ai tout oublié de la manière dont je l’ai conçu, et que s’y replonger est une tâche ingrate et périlleuse. Je réussis pourtant, grâce au concours de ChatGPT, à l’accomplir en une journée, alors que seul, j’aurais mis des semaines, ponctuées d’errances et de découragements, sans obtenir un résultat aussi parfait : Le site fonctionne de nouveau, et s’adapte désormais à tous les formats d’écrans.
Je suis décidément fasciné par les prouesses de ce système, au moins dans le domaine pour lequel je le sollicite. En matière de programmation, il résout les problèmes les plus ardus avec une puissance d’analyse stupéfiante. Je suis réellement guidé par un expert infatigable et d’une patience sans limite, capable par exemple de détecter une parenthèse mal fermée dans des centaines de lignes de code. La performance va bien au-delà, puisqu’il m’a suggéré de rectifier la date de naissance de JCB, jugeant que 1933 était plus vraisemblable que 1983 (que je l’avais mentionné par erreur), en se référant au style des œuvres dont il a examiné les photos, et jugé qu’elles devaient dater des années 70-80 ! Une telle capacité de raisonnement, doublée d’une culture aussi diverse lui assure le succès définitif au test de Turing ! A se demander si le choix de désigner – de manière un peu méprisante - les systèmes d’I.A. comme des outils ne traduirait pas simplement la peur de voir battu en brèche le dogme de la singularité humaine…
Je suis décidément fasciné par les prouesses de ce système, au moins dans le domaine pour lequel je le sollicite. En matière de programmation, il résout les problèmes les plus ardus avec une puissance d’analyse stupéfiante. Je suis réellement guidé par un expert infatigable et d’une patience sans limite, capable par exemple de détecter une parenthèse mal fermée dans des centaines de lignes de code. La performance va bien au-delà, puisqu’il m’a suggéré de rectifier la date de naissance de JCB, jugeant que 1933 était plus vraisemblable que 1983 (que je l’avais mentionné par erreur), en se référant au style des œuvres dont il a examiné les photos, et jugé qu’elles devaient dater des années 70-80 ! Une telle capacité de raisonnement, doublée d’une culture aussi diverse lui assure le succès définitif au test de Turing ! A se demander si le choix de désigner – de manière un peu méprisante - les systèmes d’I.A. comme des outils ne traduirait pas simplement la peur de voir battu en brèche le dogme de la singularité humaine…
24 octobre 2025
Déjeuner au Dôme de Rungis avec Patrick et Bruno. Ce dernier est déjà attablé quand nous arrivons et, bien que nous ayons pris soin pour lui plaire de fixer le rendez-vous à l’heure espagnole, il est d’une humeur massacrante : Il a eu un mal fou à trouver le lieu (depuis l’invention du smartphone, on n’est plus habitués à ce genre de plainte), et il vitupère sur la laideur du quartier. L’arrivée de Patrick calme un peu sa bougonnerie, dont nous ne comprenons pas la raison. A la fin du repas, il convient du bout des lèvres que la nourriture était bonne et, après une hésitation, que le tarif était très raisonnable (25€ !). Nous avons souvent tendance à mettre ces accès de mauvaise humeur au goût que nous lui connaissons pour la provocation, mais il est allé si loin cette fois que nous n’avons plus envie d’en sourire.
23 octobre 2025
De nos voyages (si bienvenus !) à Brest il y a deux semaines et ces derniers jours à Saint-Malo, je retiens pêle-mêle ces quelques impressions :
A Dinard, une bribe de conversation saisie au vol, dans une rue, entre un passant et un prêcheur de bibles installé près du marché : « un de vos collègue m’a dit qu’après la mort… ». Le ton technique qu’il emploie est celui du client d’un magasin de bricolage qui demande conseil au vendeur pour le choix d’un déboucheur d’évier…
Pour retourner à Brest, un imprévu qui m’aurait paru insupportable si je ne l’avais partagé avec mon Minbl, dont la seule présence apaise toutes mes impatiences : Le bus qui doit nous ramener n’est pas au rendez-vous, au quai de la gare routière, mais un absurde système d’affichage automatique annonce imperturbablement son arrivée puis son départ. Il arrivera finalement 45 minutes plus tard, sans annonce ni explication…
Le soir, nous regardons à la TV le joli film de Michel Blanc, Voyez comme on danse.
A Saint-Malo, promenade mémorable sous une pluie battante sur la plage du Sillon, un délicieux moment de partage comme je les aime tant, et découverte de la ligne de bus n°9, qui nous conduit à Cancale par la côte.
De retour à l’hôtel, d’où nous admirons les gerbes de mer qui déferlent sur la rue, la télévision tourne en boucle sur l’emprisonnement de Sarkozy. Le ton alterne entre la compassion pour le malheureux présumé innocent (jamais les médias ne se sont autant intéressés au sort d’un prisonnier) et le soupçon porté sur les juges qui l’ont condamné (d’ordinaire, on dénonce plutôt leur obsession laxiste qui les porte à libérer les criminels). Il doit bien y avoir pourtant quelques Français que ce remake de l’arroseur arrosé fait sourire. Sans parler des familles de victimes du DC10 abattu sur ordre de son ami Kadhafi. Bizarrement, il ne vient à l’idée d’aucune chaîne de leur tendre un micro.
A Dinard, une bribe de conversation saisie au vol, dans une rue, entre un passant et un prêcheur de bibles installé près du marché : « un de vos collègue m’a dit qu’après la mort… ». Le ton technique qu’il emploie est celui du client d’un magasin de bricolage qui demande conseil au vendeur pour le choix d’un déboucheur d’évier…
Pour retourner à Brest, un imprévu qui m’aurait paru insupportable si je ne l’avais partagé avec mon Minbl, dont la seule présence apaise toutes mes impatiences : Le bus qui doit nous ramener n’est pas au rendez-vous, au quai de la gare routière, mais un absurde système d’affichage automatique annonce imperturbablement son arrivée puis son départ. Il arrivera finalement 45 minutes plus tard, sans annonce ni explication…
Le soir, nous regardons à la TV le joli film de Michel Blanc, Voyez comme on danse.
A Saint-Malo, promenade mémorable sous une pluie battante sur la plage du Sillon, un délicieux moment de partage comme je les aime tant, et découverte de la ligne de bus n°9, qui nous conduit à Cancale par la côte.
De retour à l’hôtel, d’où nous admirons les gerbes de mer qui déferlent sur la rue, la télévision tourne en boucle sur l’emprisonnement de Sarkozy. Le ton alterne entre la compassion pour le malheureux présumé innocent (jamais les médias ne se sont autant intéressés au sort d’un prisonnier) et le soupçon porté sur les juges qui l’ont condamné (d’ordinaire, on dénonce plutôt leur obsession laxiste qui les porte à libérer les criminels). Il doit bien y avoir pourtant quelques Français que ce remake de l’arroseur arrosé fait sourire. Sans parler des familles de victimes du DC10 abattu sur ordre de son ami Kadhafi. Bizarrement, il ne vient à l’idée d’aucune chaîne de leur tendre un micro.
15 octobre 2025
Le vélo Norditrack et le projecteur du séjour sont en panne tous les deux. Pour le premier, un réparateur le démonte et nous attendons qu’il revienne avec les pièces à changer. Pour le projecteur, il faudra l’envoyer à l’atelier. Si mon Minbl ne veillait pas au grain pour me ramener à la raison, je rapprocherais ces nouveaux imprévus de mes propres dégradations, dans le style « décidément, tout se déglingue… »
3 octobre 2025
Dans une rediffusion de la Grande librairie, Annie Ernaux se livre à une réflexion bienvenue sur les mauvais tours que nous jouent la mémoire et l’histoire dans les récits qu’elles nous inspirent. Elle convient que dans « Mémoires de fille », ce qu’elle rapporte de son premier rapport sexuel avec un homme, à dix-huit ans, serait à l’évidence considéré aujourd’hui comme un viol. Mais elle ajoute qu’il est absurde de se demander pourquoi, en 1958, elle ne l’a nullement vécu comme tel, et encore plus absurde de lui en faire – ou qu’elle s’en fasse elle-même – le reproche. Cette réflexion, venant d’une femme dont la sincérité du combat féministe ne peut être mise en doute, bat courageusement en brèche les jugements moraux rétrospectifs qui fleurissent qui aujourd’hui, portés par la vague puritaine qui déferle sur le monde.
24 septembre 2025
Remplacer le téléviseur de la chambre par un modèle plus récent, pour accéder plus facilement aux vidéos stockées sui le Synology nous semblait être a priori une entreprise assez simple. Il n’en a rien été : Sans doute n’était-ce pas la meilleure idée que d’essuyer les plâtres de la nouvelle boutique LDLC qui venait d’ouvrir place de la Madeleine, car le vendeur a fait mine de découvrir juste après le paiement que le magasin n’avait pas de service de livraison, et il a fallu de longues palabres avec son supérieur pour obtenir qu’on nous livre l’objet le lendemain. L’autre surprise est apparue après que nous ayons transformé le meuble d‘accueil et installé le nouvel écran : Contrairement à ce qu’affirmait la notice descriptive, l’appareil n’était pas compatible avec le protocole DLNA, ce que la hot-line Samsung a fini par reconnaître, tout en promettant de nous rappeler (promesse jamais tenue, bien sûr) pour trouver une solution au problème. C’est en consultant des forums d’utilisateurs que nous avons finalement trouvé une parade avec un service en ligne dans lequel on peut choisir pour source notre serveur local. Cette recherche m’a confirmé au passage que les constructeurs de téléviseurs ne proposent plus que des smart tv, dont l’intelligence consiste à empêcher le consommateur de maîtriser l’appareil, pour le rendre esclave des plateformes de diffusion. Netflix, Disney et les chaînes de sport sont désormais la norme. Les autres formes de consommation d’images sont vues comme une anomalie, au même titre que la vie privée pour les réseaux sociaux. Le Canard enchaîné rapporte qu’une américaine attaque Facebook en justice pour obtenir la réouverture de son compte, clos par erreur. Elle se désole d’avoir perdu « les adresses de tous ses amis et des milliers de photos de sa famille ». N’a-t-elle pas un instant réalisé que la folie était d’en confier la garde à un tiers que rien n’oblige à les lui rendre ?
23 septembre 2025
Découvert un vieux numéro d’Apostrophes où Louis Guilloux se remémore, comme le fera plus tard Annie Ernaux, le sentiment douloureux de trahir sa classe, ressenti au début de des études secondaires. Son récit réveille en moi le souvenir d’un sentiment semblable, quand j’ai commencé l’apprentissage de l’anglais et de quelques bribes de latin et de grec. L’impression cruelle de m’éloigner de ma mère (qui persistera toujours à prononcer les mots anglais à la française). Je désertais son monde, protecteur mais trop étroit, pour un monde plus vaste et attirant, que, faute d’y avoir accès, elle ne pouvait me faire découvrir. Sans doute ne portait-elle pas le même regard sur cette évasion, mais l’idée qu’elle puisse en souffrir m’était insupportable.
Car par ailleurs, le monde culturellement favorisé (celui de la petite bourgeoisie de province) - dans lequel j’aurais tant aimé naître – paraissait ne jamais vouloir m’adopter vraiment. Il s’incarnait pour moi dans la famille de mon camarade d’école, Alain R., le fils de notre médecin. Ils me témoignaient une réelle affection, m’ont fait découvrir le ski, le tennis, et le gôuter du jeudi dans leur salon, devant les émissions enfantines à la télévision. Ils affectaient sincèrement de me traiter en égal, mais je me sentais irrémédiablement différent, appartenant au monde des pauvres, où les dépenses étaient comptées, où on raccommodait les chaussettes, rapiéçait les pantalons, et où les grandes vacances me conduisaient à la ferme quand ils découvraient les nouvelles plages espagnoles de la Costa Brava (« Mais nous, nous n’irons jamais en vacances chez Franco ... »).
Louis Guilloux rapporte qu’à cet âge, il a entendu le monde des riches lui crier « tu n’es pas des nôtres ». A l’inverse, c’est bien moi seul qui ai pris conscience alors, de manière violente et définitive, que je n’étais pas et ne serais jamais « des leurs ».
Car par ailleurs, le monde culturellement favorisé (celui de la petite bourgeoisie de province) - dans lequel j’aurais tant aimé naître – paraissait ne jamais vouloir m’adopter vraiment. Il s’incarnait pour moi dans la famille de mon camarade d’école, Alain R., le fils de notre médecin. Ils me témoignaient une réelle affection, m’ont fait découvrir le ski, le tennis, et le gôuter du jeudi dans leur salon, devant les émissions enfantines à la télévision. Ils affectaient sincèrement de me traiter en égal, mais je me sentais irrémédiablement différent, appartenant au monde des pauvres, où les dépenses étaient comptées, où on raccommodait les chaussettes, rapiéçait les pantalons, et où les grandes vacances me conduisaient à la ferme quand ils découvraient les nouvelles plages espagnoles de la Costa Brava (« Mais nous, nous n’irons jamais en vacances chez Franco ... »).
Louis Guilloux rapporte qu’à cet âge, il a entendu le monde des riches lui crier « tu n’es pas des nôtres ». A l’inverse, c’est bien moi seul qui ai pris conscience alors, de manière violente et définitive, que je n’étais pas et ne serais jamais « des leurs ».
22 septembre 2025
La préfiguration de ce qui risque de devenir bientôt notre errance médicale n’a pas tardé pour moi à se manifester : Pour trouver remède aux démangeaisons qui me reprennent (nous soupçonnions celles de juillet à Villard d’être d’origine psychosomatique…), je consulte une jeune dermato russe, dans un cabinet du XVIe spécialisé dans le lifting. Rendez-vous dès le lendemain (versus quatre mois d’attente pour Bayrou), tarif : 150€, « remboursés » 0,36€ par la sécu et 1.39 par la mutuelle (çà ne compense pas le timbre pour poster la feuille de soins). Tout procède dit-elle, de la mycose de mes orteils, et elle me prescrit des traitements inapplicables, dont je ne retiens que les douches au Ketoderm, qui semblent me calmer. Par chance un rendez-vous se libère avec Bayrou, qui pose un diagnostic tout différent : pas de trace de mycose cutanée. Il soupçonne une mastocytose, mais l’analyse qu’il prescrit pour en comprendre l’origine ne décèle rien d’anormal, et son antihistaminique me plonge dans une torpeur qui me fait l’abandonner aussitôt. M. Volstein, troublé comme nous par la contradiction, s’étonne que Bayrou n’ai pas même examiné les naevi relevés par sa consœur, qui en préconise l’excision. Joute entre spécialistes ? Peut-être suis-je simplement victime de l’irritation d’une peau très sèche. Les douches avec une huile et un baume hydratant semblent calmer le prurit. (à suivre…)
16 septembre 2025
M. Volstein s’arrêtera en juin. Même si nous l’attendions, cette annonce nous bouleverse : sans doute lui trouverons-nous un successeur, mais rien ni personne ne pourra remplacer le sentiment de sécurité et de confiance que nous ressentions avec lui. C’est un danger de plus à l’horizon, qui s’ajoute à tant d’autres menaces. C’est sans doute aussi un effet de la vieillesse que de se sentir sans cesse assiégé par de nouvelles peurs...
14 septembre 2025
Retour sur quelques lectures de ces dernières semaines qui m’ont offert quelques belles découvertes.
Celle, d’abord, de Louis Guilloux, dont je n’avais jamais entendu le nom, et dont je découvre l’existence au hasard d’un article où Annie Ernaux et François Bégaudeau disent leur regret qu’un auteur aussi important soit à ce point oublié. Avant eux, Gide et Camus lui avaient témoigné la même admiration, en particulier pour son roman Le sang noir, publié en 1935. Il y relate une journée de la vie d’un professeur de philosophie, en 1917 dans une petite ville de province dont les hommes en âge de combattre sont déjà au front ou sur le point d’y partir, laissant derrière eux des familles éplorées qui redoutent sans cesse un télégramme leur annonçant un mauvaise nouvelle. François Merlin, surnommé Cripure par ses élèves à cause de sa passion pour la Critique de la Raison Pure, est un marginal pacifiste, que met en rage le conformisme petit-bourgeois et les élans cocardiers de ses collègues. Affligé en outre d’une malformation qui suscite les moqueries des élèves, ce tragique incompris se donne la mort à la fin du récit. Le style, d’une grande sobriété, me rappelle le J.-K. Huysmans de Là-bas (mais un Huysmans de gauche…) et aussi L’étranger de Camus, dont le héros paie tout aussi chèrement sa singularité.
Une autre belle découverte, repérée dans un article du Monde diplo : Le Jardin sur la mer, de Mercè Rodoreda, écrivaine catalane née au début du XXe siècle. Ce roman, publié en Espagne en 1967, vient tout juste d’être traduit en Français, et c’est une splendeur. Le personnage central est un jardinier vieillissant et solitaire qui est en charge du parc entourant une grande maison de vacances où les propriétaires, de riches bourgeois, viennent séjourner chaque été, avec leurs employés de maison et les amis de passage. Il les côtoie et les observe avec le même intérêt et le même soin qu’il porte à ses plantes, et son récit nous dévoile peu à peu les blessures secrètes et les destins tragiques cachés sous les apparences d’une dolce vita nonchalante.
Curieusement, le climat de ce roman m’a rappelé et donné envie de relire les Mémoires d’un homme de ménage en territoire ennemi, que nous avons découvert il y a longtemps et beaucoup aimé. Le point commun est sans doute la position marginale de leurs héros, et la pertinence de leurs observations sur le monde qu’ils côtoient. Mais le regard du jardinier est aussi bienveillant que celui de l’homme de ménage est acerbe et cruel. Cette relecture m’a ensuite suggéré de lire un autre roman de Robert Gray, L’heure au jardin, dont, curieusement, le héros est lui aussi passionné de jardinage. Encore une belle découverte. Je me réjouis que mon Minbl les partage, puisqu’il prend un plaisir visible à la lecture du Jardin sur la mer.
Celle, d’abord, de Louis Guilloux, dont je n’avais jamais entendu le nom, et dont je découvre l’existence au hasard d’un article où Annie Ernaux et François Bégaudeau disent leur regret qu’un auteur aussi important soit à ce point oublié. Avant eux, Gide et Camus lui avaient témoigné la même admiration, en particulier pour son roman Le sang noir, publié en 1935. Il y relate une journée de la vie d’un professeur de philosophie, en 1917 dans une petite ville de province dont les hommes en âge de combattre sont déjà au front ou sur le point d’y partir, laissant derrière eux des familles éplorées qui redoutent sans cesse un télégramme leur annonçant un mauvaise nouvelle. François Merlin, surnommé Cripure par ses élèves à cause de sa passion pour la Critique de la Raison Pure, est un marginal pacifiste, que met en rage le conformisme petit-bourgeois et les élans cocardiers de ses collègues. Affligé en outre d’une malformation qui suscite les moqueries des élèves, ce tragique incompris se donne la mort à la fin du récit. Le style, d’une grande sobriété, me rappelle le J.-K. Huysmans de Là-bas (mais un Huysmans de gauche…) et aussi L’étranger de Camus, dont le héros paie tout aussi chèrement sa singularité.
Une autre belle découverte, repérée dans un article du Monde diplo : Le Jardin sur la mer, de Mercè Rodoreda, écrivaine catalane née au début du XXe siècle. Ce roman, publié en Espagne en 1967, vient tout juste d’être traduit en Français, et c’est une splendeur. Le personnage central est un jardinier vieillissant et solitaire qui est en charge du parc entourant une grande maison de vacances où les propriétaires, de riches bourgeois, viennent séjourner chaque été, avec leurs employés de maison et les amis de passage. Il les côtoie et les observe avec le même intérêt et le même soin qu’il porte à ses plantes, et son récit nous dévoile peu à peu les blessures secrètes et les destins tragiques cachés sous les apparences d’une dolce vita nonchalante.
Curieusement, le climat de ce roman m’a rappelé et donné envie de relire les Mémoires d’un homme de ménage en territoire ennemi, que nous avons découvert il y a longtemps et beaucoup aimé. Le point commun est sans doute la position marginale de leurs héros, et la pertinence de leurs observations sur le monde qu’ils côtoient. Mais le regard du jardinier est aussi bienveillant que celui de l’homme de ménage est acerbe et cruel. Cette relecture m’a ensuite suggéré de lire un autre roman de Robert Gray, L’heure au jardin, dont, curieusement, le héros est lui aussi passionné de jardinage. Encore une belle découverte. Je me réjouis que mon Minbl les partage, puisqu’il prend un plaisir visible à la lecture du Jardin sur la mer.
12 septembre 2025
Pour la pluie, nous avons été servis ! Des trombes d’eau sur les cinquante premiers kilomètres de l’autoroute, au point de ne plus distinguer les marques de la chaussée. Heureusement que nous n’étions pas en Twingo… Nous faisons halte pour déjeuner à Amiens, où nous revisitons la cathédrale, avant de nous attabler dans une pizzeria, où surgit soudain un nouvel épisode gênant autour d’Henri Sannier : Patrick nous demande d’abord si nous pensons qu’il est possible de se marier dans une commune autre que celle qu’on habite, et il ajoute qu’il envisage d’épouser Moussa pour régulariser son statut. Comme je lui fais observer que le soupçon de mariage blanc, qu’il redoute à juste titre, serait le même partout, il avoue qu’il pense solliciter Henri. Heureusement, j’ai pour une fois la présence d’esprit de préciser aussitôt que je ne servirai pas d’intermédiaire. De retour à la maison, Mon Minbl me fait compliment de ma réaction, puis me rassure complètement en m’expliquant pourquoi de toute façon cet épisode n’aura pas de suite, ne serait-ce qu’à cause de Moussa lui-même qui n’en voudra pas. Quant à H.S., que j’ai été très content de retrouver par hasard l’an dernier, à cause de tout cela je ne pourrai jamais le rappeller, mais ce n’est pas vraiment grave.
11 septembre 2025
Pour les trous de mémoire, c’est chacun son tour : Parick, cette fois, n’a aucun souvenir d’une visite faite en 2014 au musée de la céramique de Desvres, que pour notre part nous reconnaissons aussitôt. Son architecture spectaculaire y est pour beaucoup : c’est un bâtiment des années 80, tout en carrelage, qui à la différence des innombrables et affreux immeubles-salles-de-bains construits à cette époque, a été conçu avec talent, et dont le matériau même évoque immédiatement le contenu qu’on y expose. Le soin apporté à la présentation de la collection est de la même qualité. Elle donne envie de s’y attarder, alors que les salles consacrées à la céramique dans les musées généralistes sont en général très ennuyeuses. En sortant, nous retrouvons une pluie battante sur la route pour Boulogne, où nous déjeunons dans notre restaurant habituel de la place de l’hôtel de ville, avant de visiter la crypte de la cathédrale. Et là encore, nous réalisons dès l’arrivée que nous y sommes déjà venus. Il va falloir nous habituer à ces éclipses mémorielles permanentes. Je me demande si un recours trop fréquent à Google et Wikipedia n’en est pas en partie responsable, ou est-ce à l’inverse une béquille rendue nécessaire par la débâcle des neurones ?
Avant de quitter Boulogne, une dernière visite, inédite celle-là, dans une ancienne école publique des années 70 aménagée en musée. Cela nous rappelle que je devrais peut-être envoyer un petit message d’amitié à Daniel Durandet ?
Nous concluons cette dernière journée avant le retour en dînant dans une auberge perdue en pleine campagne, au bout d’une route plus qu’étroite qui nous a parue très longue, mais la qualité du repas valait bien de subir cette épreuve. Demain, nous reprenons la route pour Paris, sans doute sous la pluie.
Avant de quitter Boulogne, une dernière visite, inédite celle-là, dans une ancienne école publique des années 70 aménagée en musée. Cela nous rappelle que je devrais peut-être envoyer un petit message d’amitié à Daniel Durandet ?
Nous concluons cette dernière journée avant le retour en dînant dans une auberge perdue en pleine campagne, au bout d’une route plus qu’étroite qui nous a parue très longue, mais la qualité du repas valait bien de subir cette épreuve. Demain, nous reprenons la route pour Paris, sans doute sous la pluie.
10 septembre 2025
Faute de pouvoir cette année déjeuner au Pot du Clape, fermé jusqu’au lendemain de notre départ, nous partons à la découverte des ressources du Crotoy, dont nous ne connaissions jusqu’ici que la gare, celle du petit train de la baie de Somme. Au passage, nous faisons halte à Rue, dont ni l’un ni l’autre ne se souvenait. Patrick était sûr de l’avoir visitée avec nous, et dans notre album, une photo de 2014 le confirme, celle d’une boutique de mercerie à l’ancienne, aujourd’hui à l’abandon, que nous reconnaissons aussitôt. En revanche, nous ne gardions aucun souvenir de l’attraction touristique principale, une chapelle de style gothique qui n’avait pourtant pas pu nous échapper, puisque située en plein centre du village. Amnésies sélective ou premiers signe d’une débâcle neurologique ?
Au Crotoy, la recherche d’un restaurant où déjeuner commence mal, les rares établissements ouverts étant pris d’assaut par une foule aux cheveux gris, mais elle se termine très bien, avec la découverte inattendue d’un très grand hôtel à l’ancienne qui donne sur la baie, à l’écart de la zone la plus fréquentée. Nous y déjeunons très agréablement, dans un décor et une ambiance quasi proustiens.
Plus tard, sur la route qui nous ramène à Etaples pour une promenade en mer, un épisode assez désagréable me met très mal à l’aise : je cède de mauvaise grâce à Patrick, qui insiste pour que je rappelle Henri Sannier, à qui j’avais laissé un message la veille et qui ne m’avait pas rappelé. Je pressentais qu’il n’était pas emballé par le projet de déjeuner avec lui vendredi, sur le chemin du retour. Cette relance inopportune a été aussi gênante pour lui, qui s’est appliqué à justifier son refus, que pour moi ,jouant le fâcheux qui veut imposer sa présence. L’ennuyeux est aussi que je ne n’oserai plus jamais le rappeler. Heureusement la promenade en mer à la rencontre des phoques a un peu apaisé ma colère, contre moi-même qui n’ai pas su résister. Le soir, nous dînons de nouveau, cette fois de crêpes, aux Trois lanternes où Patrick passe une demie-heure à s’énerver sur son téléphone sans parvenir à configurer un compte Nickel qu’il a voulu acheter séance tenante après qu’il ait vu cette carte dans les mains du Minbl. Il paraît de plus en plus souvent sujet à ce genre d’accès fébriles un peu étranges et déconcertants, dont il semble que toute tentative pour les apaiser produise l’effet contraire.
Au Crotoy, la recherche d’un restaurant où déjeuner commence mal, les rares établissements ouverts étant pris d’assaut par une foule aux cheveux gris, mais elle se termine très bien, avec la découverte inattendue d’un très grand hôtel à l’ancienne qui donne sur la baie, à l’écart de la zone la plus fréquentée. Nous y déjeunons très agréablement, dans un décor et une ambiance quasi proustiens.
Plus tard, sur la route qui nous ramène à Etaples pour une promenade en mer, un épisode assez désagréable me met très mal à l’aise : je cède de mauvaise grâce à Patrick, qui insiste pour que je rappelle Henri Sannier, à qui j’avais laissé un message la veille et qui ne m’avait pas rappelé. Je pressentais qu’il n’était pas emballé par le projet de déjeuner avec lui vendredi, sur le chemin du retour. Cette relance inopportune a été aussi gênante pour lui, qui s’est appliqué à justifier son refus, que pour moi ,jouant le fâcheux qui veut imposer sa présence. L’ennuyeux est aussi que je ne n’oserai plus jamais le rappeler. Heureusement la promenade en mer à la rencontre des phoques a un peu apaisé ma colère, contre moi-même qui n’ai pas su résister. Le soir, nous dînons de nouveau, cette fois de crêpes, aux Trois lanternes où Patrick passe une demie-heure à s’énerver sur son téléphone sans parvenir à configurer un compte Nickel qu’il a voulu acheter séance tenante après qu’il ait vu cette carte dans les mains du Minbl. Il paraît de plus en plus souvent sujet à ce genre d’accès fébriles un peu étranges et déconcertants, dont il semble que toute tentative pour les apaiser produise l’effet contraire.
9 septembre 2025
Le tourisme de masse commence-t-il d’atteindre Audreselles ? Nous n’y avions jamais vu une telle affluence. Au point que le déjeuner au Retour des flobards a duré trois heures (!), et nous a fait manquer le spectacle de la grande marée. Encore une adresse à rayer de nos tablettes. A oublier aussi, le château d’Hardelot, où le salon de thé est toujours fermé, et dont le théâtre élisabethain est à l’abandon, réduit à un squelette déshabillé de son habillage de bambous. Mais les parkings sont tous complets, et les visiteurs se pressent pour le château, auquel Télématin a encore consacré un sujet le week- end dernier. De retour à Sainte-Cécile, nous accompagnons Moussa à la gare d’Etaples. Il rentre à Paris avec un jour d’avance, craignant que le blocage prévu demain ne compromette un rendez-vous chez son ophtalmo. Enfin, dîner avec Patrick aux Trois lanternes où heureusement rien n’a changé de ce nous y aimons. Au retour, Patrick nous a bien divertis en cherchant obstinément un raccourci à travers les lotissements. Faute de GPS, nous avons plusieurs fois et longuement tourné en rond.
8 septembre 2025
Retour à Sainte-Cécile avec Patrick et Moussa. Comme nous ne souhaitions à aucun prix revivre l’épreuve de l’an dernier avec le voyage en Twingo, nous avons convaincu Patrick de louer une “vraie” voiture, en finançant l’opération. Nous ne comprenons toujours pas ce qui le pousse a toujours s’équiper de voitures inconfortables, ou vieillottes ou carrément dangereuses, voire les trois a la fois. Souci d’économie et anticonformisme font sans doute partie de l’explication. J’y vois aussi une sorte de fatalisme qui lui fait ignorer les dangers.
6 septembre 2025
A Vichy, la ville rajeunit et Ginette semble avoir cessé de vieillir. Elle nous parait inchangée depuis notre dernière visite, à l’automne dernier, sauf qu’elle marche encore plus difficilement, au point qu’elle nous demande de lui donner le bras pour se déplacer dans l’appartement. Les plastiques transparents recouvrent toujours le sol, et le petit chien, maintenant adulte, lui complique la vie au point qu’elle doit sans cesse l’attacher, mais c’est à l’évidence une compagnie dont elle ne pourrait se passer. L’un comme l’autre nous la trouvons plus enjouée que l’an dernier, mais cela tient sans doute à joie de nous voir, et à son souci permanent de toujours faire bonne figure. Elle est très intéressée par les photos (que nous lui montrons sur la tablette) des transformations de Vichy. La ville est en chantier de tous côtés, bien au-delà du parc des sources dont les aménagements, très réussis, ne sont pas encore terminés. L’hôtel Mercure est couvert d’échafaudages, l’ancien hôtel qui lui fait face a retrouvé sa façade d’origine et le salon de coiffure est descendu au rez-de-chaussée. Toute la ville semble chercher un nouveau souffle, visible dans la rue de Paris où de nombreuses boutiques ont rouvert, et où la grande brasserie face à la gare a été agrandie et reprise par la chaîne Indiana Café. Par miracle, les deux trajets en train n’ont pas subi de retard, mais nous avons dû nous rendre à la gare après avoir reçu un message d’annulation dont le guichetier nous a confirmé, l’air accablé, qu’il était sans objet. La SNCF elle aussi aurait besoin de grands travaux.
22 août 2025
Niki-Tinguely : nous pensions à-peu-près tout connaître des œuvres de ces deux artistes, et la nouvelle expo qui leur est consacrée au Grand Palais nous en révèle encore quelques autres, ainsi que des documents inédits sur leur longue amitié avec Pontus Hulten. L’expo, somptueuse, s’étend sur trois niveaux, dans des galeries totalement réaménagées. L’ensemble nous est apparu magnifique, et nous donne envie de revenir bientôt, ne serait-ce que pour tester le restaurant.
Cette visite fait écho à ma lecture du livre d’Adèle Yon, Mon vrai nom est Elisabeth, enquête sur une femme lobotomisée dans les années 60, à la requête de son mari, pour défaut de soumission. Le parallèle s’impose avec l’œuvre de Niki, qui fut dans les mêmes années soumise à des séances d’électrochocs, pour « traiter » une « dépression » consécutive aux viols répétés par son père. A la différence de Betsy, l’héroïne du livre, elle a eu la chance d’échapper au pire, et surtout d’être habitée d’un génie créatif qui lui a permis de faire la catharsis de ses souffrances dans une œuvre insolente et joyeuse. Mais comment oublier que jusqu’à ces dernières années, il ne faisait pas bon naître femme ou pédé (ou noir, ou les trois…), et qu’il faut continuer de combattre ceux – nombreux - qui rêvent de faire revivre ces temps obscurs.
Cette visite fait écho à ma lecture du livre d’Adèle Yon, Mon vrai nom est Elisabeth, enquête sur une femme lobotomisée dans les années 60, à la requête de son mari, pour défaut de soumission. Le parallèle s’impose avec l’œuvre de Niki, qui fut dans les mêmes années soumise à des séances d’électrochocs, pour « traiter » une « dépression » consécutive aux viols répétés par son père. A la différence de Betsy, l’héroïne du livre, elle a eu la chance d’échapper au pire, et surtout d’être habitée d’un génie créatif qui lui a permis de faire la catharsis de ses souffrances dans une œuvre insolente et joyeuse. Mais comment oublier que jusqu’à ces dernières années, il ne faisait pas bon naître femme ou pédé (ou noir, ou les trois…), et qu’il faut continuer de combattre ceux – nombreux - qui rêvent de faire revivre ces temps obscurs.
21 août 2025
Il me faut revenir sur les effets de notre séjour à Villard, pour en compléter l’analyse. L’ambiance de régression et d’appauvrissement qui s’est installée progressivement dans la contrée contribue sans doute largement au malaise croissant que nous y ressentons lors de nos séjours. Car partout la déroute est désormais inscrite dans le paysage, où tout évoque l’abandon et la ruine. Chaque année, à Saint-Claude, nous complétons le décompte des boutiques désertées dans la rue du Pré. En vingt ans, toutes les usines ont fermé, un quart des habitants sont partis. L’hôpital est en voie de fermeture, la gare et la dernière ligne de trains sont en sursis. Morez devient une cité fantôme : les rues, bordées de bâtiments industriels à l’abandon, restent désertes, même le samedi après-midi. Spectacle d’autant plus étrange qu’on achève tout juste de coûteux aménagements : passerelles de designers sur la rivière, dont les berges ont été aménagées en promenades, parcs et voies cyclables. Mais pas l’ombre d’un touriste, car il n’y a plus qu’un seul hôtel, de type low cost, un seul comptoir où commander un café, et même certains jours, aucun. Le site Street Press ,qui consacre une série d’articles à cette situation, se fait l’écho du sentiment général d’exclusion vécu par les jeunes. Ceux qui témoignent n’ont d’autre projet que de partir.
Rien pour inspirer la joie de vivre. A quoi s’ajoute, pour ma part, la phobie de la campagne et du monde paysan, héritée de mes souvenirs d’enfance, ceux des étés en Corrèze vécus comme la découverte de l’enfer… J’y ai repensé, au cours d’une de nos promenades, en voyant arriver des enfants chez leurs grands-parents à qui les parents viennent les abandonner pour partir en vacances… Une phobie de plus : l’horreur des familles.
De ces semaines peu joyeuses, il reste tout de même quelques bribes de souvenirs à sauver de l’oubli :
Pendant la semaine d’intermède à la maison, un après-midi entier sur le canapé, blottis l’un contre l’autre pour suivre l’étape entière du Tour de France dans le Jura, un peu déçus que le commentaire s’intéresse plus à la course qu’aux paysages (!)
Revu un beau portrait de Liza Minelli, dont nous redécouvrons qu’une artiste surdouée peut briller aussi par l’intelligence et la générosité.
Revu aussi, avec une impression plus mélangée, le beau documentaire Les invisibles de Sébastien Lifshitz. Avec le recul (le film date de 2012), je suis surtout sensible à la détresse que je prête à ces personnages marqués par le grand âge (beaucoup sont sans doute morts depuis le tournage). La vieillesse est sans doute un spectacle à déconseiller aux vieux…
Découvert un autre esprit brillant en Juan Branco, dans une interview par Daniel Schneidermann. Son livre Crépuscule, dans lequel il analyse le mécanisme de l’accession au pouvoir d’E. Macron est à la fois passionnant parce qu’on y découvre la description détaillée et de première main des mœurs du marigot politique. La lecture en est cependant très pénible, car le style conjugue avec lourdeur le récit documentaire et la plaidoirie politique.
Enfin, à retenir aussi la malheureuse démonstration qu’un doublage de mauvaise qualité peut totalement ruiner le meilleur des films : Peter’s friends, diffusé en VF sur Arte, nous est apparu comme un mauvais sitcom, ponctué de dialogue très vulgaires. La distribution brillante nous fait pourtant supposer que cette impression ne tient qu’à la traduction, mais malheureusement nous ne le reverrons sans doute pas en VO car tout l’intérêt de ce film repose sur une surprise finale, qui pour nous est maintenant éventée.
Rien pour inspirer la joie de vivre. A quoi s’ajoute, pour ma part, la phobie de la campagne et du monde paysan, héritée de mes souvenirs d’enfance, ceux des étés en Corrèze vécus comme la découverte de l’enfer… J’y ai repensé, au cours d’une de nos promenades, en voyant arriver des enfants chez leurs grands-parents à qui les parents viennent les abandonner pour partir en vacances… Une phobie de plus : l’horreur des familles.
De ces semaines peu joyeuses, il reste tout de même quelques bribes de souvenirs à sauver de l’oubli :
Pendant la semaine d’intermède à la maison, un après-midi entier sur le canapé, blottis l’un contre l’autre pour suivre l’étape entière du Tour de France dans le Jura, un peu déçus que le commentaire s’intéresse plus à la course qu’aux paysages (!)
Revu un beau portrait de Liza Minelli, dont nous redécouvrons qu’une artiste surdouée peut briller aussi par l’intelligence et la générosité.
Revu aussi, avec une impression plus mélangée, le beau documentaire Les invisibles de Sébastien Lifshitz. Avec le recul (le film date de 2012), je suis surtout sensible à la détresse que je prête à ces personnages marqués par le grand âge (beaucoup sont sans doute morts depuis le tournage). La vieillesse est sans doute un spectacle à déconseiller aux vieux…
Découvert un autre esprit brillant en Juan Branco, dans une interview par Daniel Schneidermann. Son livre Crépuscule, dans lequel il analyse le mécanisme de l’accession au pouvoir d’E. Macron est à la fois passionnant parce qu’on y découvre la description détaillée et de première main des mœurs du marigot politique. La lecture en est cependant très pénible, car le style conjugue avec lourdeur le récit documentaire et la plaidoirie politique.
Enfin, à retenir aussi la malheureuse démonstration qu’un doublage de mauvaise qualité peut totalement ruiner le meilleur des films : Peter’s friends, diffusé en VF sur Arte, nous est apparu comme un mauvais sitcom, ponctué de dialogue très vulgaires. La distribution brillante nous fait pourtant supposer que cette impression ne tient qu’à la traduction, mais malheureusement nous ne le reverrons sans doute pas en VO car tout l’intérêt de ce film repose sur une surprise finale, qui pour nous est maintenant éventée.
20 août 2025
Le mot m’était inconnu et ChatGPT m’apprend son existence : je viens de traverser une crise d’agraphie, l’équivalent de l’aphasie pour l’écriture. Impossible, ces dernières semaines, d’écrire autre chose que des listes de courses. Incapable de formuler la moindre pensée. Un bruit blanc sur la bande sonore, un brouillard dans la tête, dans la bouche un goût amer. L’atmosphère de Villard n’en était sûrement pas la seule cause, mais le terrain y est idéal pour forcer la floraison des pensées moroses. Tout y évoque la vieillesse, qui détruit un peu plus chaque année les visages familiers, dans les yeux desquels on devine désormais la peur de ce qui va suivre et, pire, la résignation à s’y soumettre. Pour comble de sinistre, tous, cette année, brandissent des bébés, ou leurs photos, ou des projets de reproduction, dont ils attendent qu’on s’extasie quand on n’y voit que la cruauté aveugle et égoïste de créer de la souffrance. Comment dans ce contexte ne pas se sentir étranger, et quelle autre issue que de se murer dans le silence ? Le manque d’énergie pour faire bonne figure me porte à méditer sur ce monde qui court à sa perte, dont il m’arrive de souhaiter qu’il y parvienne vite. Le pire est que tout cela m’éloigne de mon Minbl, qui, au moins en apparence, s’en accommode avec plus de facilité. Et même si je sais d’expérience que son éloignement n’est pas réel et qu’il cessera dès que nous repartirons, je ne peux m’empêcher intérieurement de lui en faire reproche, ce qu’il ressent aussitôt. Une raison de plus de redouter ces séjours.
Pour finir ils font écho à ma propre dégradation, dont je commence à mesurer les manifestations concrètes, cherchant longuement des mots simples et des noms familiers. Je redoute que mon rabougrissement physique atteigne aussi ma pensée. Ils ravivent mon horreur de vieillir, et renforcent mon souci obsédant de ne pas gaspiller le peu de temps qu’il nous reste à vivre.
Pour finir ils font écho à ma propre dégradation, dont je commence à mesurer les manifestations concrètes, cherchant longuement des mots simples et des noms familiers. Je redoute que mon rabougrissement physique atteigne aussi ma pensée. Ils ravivent mon horreur de vieillir, et renforcent mon souci obsédant de ne pas gaspiller le peu de temps qu’il nous reste à vivre.
6 juillet 2025
Dans le journal d’Arte, ce soir, surprenant reportage sur un festival de chant choral en Estonie, dont le commentaire précise que l’origine remonte à la fin du XIXe siècle. Tous les cinq ans, des chorales y interprètent des œuvres du répertoire traditionnel. A l’image, une troupe d’enfants en tenue de scouts chante un hymne patriotique repris par la foule, qui manifeste ainsi, souligne le commentaire, son attachement à la souveraineté du peuple estonien et aux valeurs traditionnelles de son folklore. La scène est abritée par une vaste conque en béton, dans le style du Hollywood bowl, dont on mentionne simplement qu’elle a été construite sous l’ère soviétique. On omet d’expliquer que le festival a continué pendant toute cette période, à la seule différence que les enfants devaient alors chanter la gloire de Lénine plutôt que l’amour de la patrie. Aujourd’hui, conclut le commentaire, le festival est vécu comme un symbole de résistance à la menace russe, et on ajoute que l’Estonie vient d’en donner une nouvelle preuve en dénonçant son adhésion à la convention de l’ONU sur l’interdiction des mines antipersonnelles. Un gage de ses intentions pacifiques, sans doute...
28 juin 2025
Quatre jours à Dunkerque. Quand la France suffoque, ici on respire. 25 degrés, une légère brise marine : le climat est pour beaucoup dans le charme que nous prêtons aux villes du nord, mais ce n’est pas qu’une question de température. Si, comme à Lille ou Roubaix, l’air nous parait ici plus respirable, c’est que tout dans ces villes nous rappelle un passé ouvrier, dont témoignent les noms des rues et des collèges. Tout dans le paysage, les maisons alignées et les bâtiments industriels transformés désormais en lieux de culture, tout murmure encore que par ici on a toujours voté à gauche. Même si, comme partout, la droite populiste fait son lit. Même si, à la mairie, la gauche d’aujourd’hui penche vers le macronisme. On sent et on voit qu’il reste un héritage : des équipements publics de qualité, comme le LAAC, où nous découvrons comme à chaque visite un artiste que nous ne connaissions pas. Cette fois, c’est Vera Molnar (1924-2023), plasticienne adepte de l’abstraction géométrique dont on expose une très belle série de découpages en papier. Nous déjeunons aussi au restaurant d’une belle bibliothèque, inaugurée il y dix ans, dont la salle de lecture en gradins nous rappelle le Learning center de Lausanne, en moins luxueux. Mais l’héritage le plus spectaculaire est certainement le réseau de transports urbains, totalement gratuit depuis quatre ans. L’exemple magnifique d’un service public qui rend réellement service aux habitants, lesquels l’ont adopté en masse, tant l’étendue du réseau, le confort des véhicules, la fréquence et la ponctualité des horaires en font une véritable alternative à la voiture. Au surplus, on réalise qu’il s’agit aussi d’un formidable instrument de brassage social et géographique. Lequel n’est sans doute pas une priorité pour les prophètes libéraux qui prédisaient l’échec économique de ce modèle et un vandalisme massif, puisque, disent-ils, tout ce qui est gratuit n’est pas respecté...
Au long de ces quatre jours, nous en avons largement exploré le réseau, qui dessert tous les quartiers, jusqu’à des localités assez lointaines comme Gravelines, et jusqu’à la Belgique, où nous avons embarqué une nouvelle fois dans le tram des plages, pour revivre la magie d’un déjeuner à l’Hôtel de France d’Ostende.
Triste nouvelle à la fin du séjour : la mort de Bernard Pruvost, inoubliable interprète du commandant de gendarmerie dans les films de Bruno Dumont. Curieux hasard, nous avions revu quelques jours auparavant la série "CoinCoin et les inhumains".
Au long de ces quatre jours, nous en avons largement exploré le réseau, qui dessert tous les quartiers, jusqu’à des localités assez lointaines comme Gravelines, et jusqu’à la Belgique, où nous avons embarqué une nouvelle fois dans le tram des plages, pour revivre la magie d’un déjeuner à l’Hôtel de France d’Ostende.
Triste nouvelle à la fin du séjour : la mort de Bernard Pruvost, inoubliable interprète du commandant de gendarmerie dans les films de Bruno Dumont. Curieux hasard, nous avions revu quelques jours auparavant la série "CoinCoin et les inhumains".
25 juin 2025
A peine le rideau ouvert, dès la première réplique, on a déjà hâte que le spectacle se termine, et on souffre à l’idée de devoir sourire pendant deux heures aux lieux communs d’une mauvaise pièce de boulevard. Nous avons avons souvent vécu cette situation gênante au théâtre. Mais au surplus hier soir, nous étions sur scène et faisions partie de la distribution. Le dîner chez Minique, prévu à l’origine pour célébrer l’anniversaire de Patrick, s’est résumé à des échanges convenus avec un couple inconnu, caricature de la bourgeoisie provinciale. Nous avons du attendre le retour aux Olympiades pour remettre à Patrick son cadeau ( parapluie de Cherbourg) qu’il a paru apprécier. L’aller-retour jusqu’à l’avenue Victor Hugo dans la Twingo sans clim nous rend curieux de la réaction de Minique, qu’il va emmener à Douai avec cette voiture le week-end prochain.
Je remarque que je n’ai mentionné ces derniers jours aucun des rebondissements du feuilleton israélo-trumpo-iranien. Non qu’ils nous indiffèrent, mais au contraire sans doute, parce qu’ils nourrissent jours après jour une peur croissante que la guerre s’étende jusqu’à nous, et que cette peur est sans aucun doute entretenue à dessein par les politiques et les média. N’ayant évidemment aucun moyen d’infléchir le cours des évènements, il faut nous garder de succomber à cette sidération, et garder en tête plus que jamais que dans ces circonstances, les récits qu’on nous délivre sont manipulés et manipulatoires.
Je remarque que je n’ai mentionné ces derniers jours aucun des rebondissements du feuilleton israélo-trumpo-iranien. Non qu’ils nous indiffèrent, mais au contraire sans doute, parce qu’ils nourrissent jours après jour une peur croissante que la guerre s’étende jusqu’à nous, et que cette peur est sans aucun doute entretenue à dessein par les politiques et les média. N’ayant évidemment aucun moyen d’infléchir le cours des évènements, il faut nous garder de succomber à cette sidération, et garder en tête plus que jamais que dans ces circonstances, les récits qu’on nous délivre sont manipulés et manipulatoires.
20 juin 2025
Quelle motivation étrange m’avait poussé à télécharger Vortex de Gaspard Noé ? Sans doute l’envie d’exorciser des peurs dont on ne parle jamais que sur le mode de la dérision : vieillir, perdre la tête... Le film nous fait vivre ces situations pendant plus de deux heures avec un réalisme qui confine au snuff movie. Le paradoxe est qu’on n’en éprouve pour autant ni effroi ni compassion pour les personnages. La comparaison s’impose avec Amour de Aneke, qui traite à peu près du même thème (sauf la démence), mais fait œuvre de cinéaste en nous plongeant dans une tragédie, quand Noé prend une pose de documentariste. Le résultat est décevant. Le procédé de split screen (sans doute destiné à symboliser le fossé qui s’élargit entre les deux époux) paraît rapidement artificiel, et on est surpris du peu d’émotion qu’on ressent, sauf l’ennui et la hâte d’en finir...
Tout à l’inverse, nous avons ressenti un plaisir subtil avec la série Querer ("aimer" en espagnol). C’est le récit en quatre épisodes du long calvaire d’une femme de cinquante ans qui décide de porter plainte contre son mari pour trente années de viols conjugaux. On suit en détail la longue procédure et le maelström familial qu’elle soulève, car les deux fils doivent témoigner au procès. La chronique est traitée sans recherche de pathos, mais analyse de façon fine les mécanismes de l’oppression conjugale et la manière dont elle se transmet de génération en génération.
Dans un autre registre, retenons aussi le documentaire "Sommes-nous tous racistes ?" diffusé par France2, et présenté par Jamy Gourmaud et Marie Drucker. On y met en scène la répétition par un groupe témoin de cinquante personnes d’une série d’expériences historiquement connues de psychologie expérimentale. Elles permettent toutes de mettre en lumière les préjugés racistes dont nous sommes imprégnés. Parmi les plus spectaculaires, le choix de s’asseoir dans une salle d’attente à côté d’un noir ou d’un blanc, et le choix de la sanction infligée par un juré d’assises à un inculpé, qui varie en fonction de son faciès. (On remarque à ce propos avec quelle facilité -voire quel plaisir - tous ces jurés se muent en justiciers vengeurs...). L’expérience la plus troublante est celle où de très jeunes enfants des deux sexes doivent choisir entre une poupée noire ou une blanche : Tous, sans exception, quelle que soit leur couleur de peau, disent préférer la poupée blanche.
Troublant aussi, cette interview dans libération d’une essayiste féministe qui prétend réhabiliter et assumer pour elle-même la figure du beauf. Pour dénoncer un mépris de classe dont la gauche se rendrait coupable, elle rejoint dangereusement le discours habituel des populistes fustigeant les intellectuels. A rapprocher me semble-t-il du dernier livre de François Ruffin (qui peut difficilement nier son statut d’intellectuel) dans lequel il revendiquait de la même manière une "beaufitude" clairement destinée dans son cas à séduire un électorat populiste. Qui veut faire l’ange fait la bête ?
Tout à l’inverse, nous avons ressenti un plaisir subtil avec la série Querer ("aimer" en espagnol). C’est le récit en quatre épisodes du long calvaire d’une femme de cinquante ans qui décide de porter plainte contre son mari pour trente années de viols conjugaux. On suit en détail la longue procédure et le maelström familial qu’elle soulève, car les deux fils doivent témoigner au procès. La chronique est traitée sans recherche de pathos, mais analyse de façon fine les mécanismes de l’oppression conjugale et la manière dont elle se transmet de génération en génération.
Dans un autre registre, retenons aussi le documentaire "Sommes-nous tous racistes ?" diffusé par France2, et présenté par Jamy Gourmaud et Marie Drucker. On y met en scène la répétition par un groupe témoin de cinquante personnes d’une série d’expériences historiquement connues de psychologie expérimentale. Elles permettent toutes de mettre en lumière les préjugés racistes dont nous sommes imprégnés. Parmi les plus spectaculaires, le choix de s’asseoir dans une salle d’attente à côté d’un noir ou d’un blanc, et le choix de la sanction infligée par un juré d’assises à un inculpé, qui varie en fonction de son faciès. (On remarque à ce propos avec quelle facilité -voire quel plaisir - tous ces jurés se muent en justiciers vengeurs...). L’expérience la plus troublante est celle où de très jeunes enfants des deux sexes doivent choisir entre une poupée noire ou une blanche : Tous, sans exception, quelle que soit leur couleur de peau, disent préférer la poupée blanche.
Troublant aussi, cette interview dans libération d’une essayiste féministe qui prétend réhabiliter et assumer pour elle-même la figure du beauf. Pour dénoncer un mépris de classe dont la gauche se rendrait coupable, elle rejoint dangereusement le discours habituel des populistes fustigeant les intellectuels. A rapprocher me semble-t-il du dernier livre de François Ruffin (qui peut difficilement nier son statut d’intellectuel) dans lequel il revendiquait de la même manière une "beaufitude" clairement destinée dans son cas à séduire un électorat populiste. Qui veut faire l’ange fait la bête ?
16 juin 2025
Retour de Cherbourg où nous avons passé quatre jours. Le Mercure est toujours aussi confortable, même si les petites lampes-sculptures (que nous avons adoptées après les y avoir découvertes) ont disparu des tables du restaurant. En revanche, un panneau promet que le petit déjeuner constitue rien de moins qu’une "expérience engagée, authentique et éthique ". Où va se nicher l’engagement...
Le premier jour, nous croisons sur le chemin de la gare maritime un immense flot de touristes anglophones sortant d’un paquebot de croisière amarré au quai. Gigantesque, deux fois plus haut que la gare. On réalise en le voyant de si près l’urgence de renoncer à faire naviguer de tels monstres, mais ce qu’on observe est tout l’inverse : on ne cesse d’en construire, toujours plus gros, et la clientèle ne cesse de croître. Viva la muerte !
Nous retrouvons avec bonheur le Café Pompon et son décor seventies, puis, comme à chaque visite, nous gravissons allègrement la pente qui mène au fort dominant la ville. Mais à la différence des précédents séjours, nous partons aussi explorer les alentours : un bus nous conduit au cap de la Hague, où nous déjeunons d’un fish and chips dans le minuscule hameau bâti tout près du rivage. Le temps est magnifique et les visiteurs peu nombreux nous permettent de goûter le silence, rythmé par le seul bruit des vagues. On en oublie complètement les guerres et les catastrophes dont on nous rappelle chaque matin combien elles se rapprochent. Le lendemain, nouvelle étape dans le joli port de Barfleur. Seul bémol : toutes ces petites villes restent totalement dévolues aux voitures, et ne semblent pas près de les bannir.
Le premier jour, nous croisons sur le chemin de la gare maritime un immense flot de touristes anglophones sortant d’un paquebot de croisière amarré au quai. Gigantesque, deux fois plus haut que la gare. On réalise en le voyant de si près l’urgence de renoncer à faire naviguer de tels monstres, mais ce qu’on observe est tout l’inverse : on ne cesse d’en construire, toujours plus gros, et la clientèle ne cesse de croître. Viva la muerte !
Nous retrouvons avec bonheur le Café Pompon et son décor seventies, puis, comme à chaque visite, nous gravissons allègrement la pente qui mène au fort dominant la ville. Mais à la différence des précédents séjours, nous partons aussi explorer les alentours : un bus nous conduit au cap de la Hague, où nous déjeunons d’un fish and chips dans le minuscule hameau bâti tout près du rivage. Le temps est magnifique et les visiteurs peu nombreux nous permettent de goûter le silence, rythmé par le seul bruit des vagues. On en oublie complètement les guerres et les catastrophes dont on nous rappelle chaque matin combien elles se rapprochent. Le lendemain, nouvelle étape dans le joli port de Barfleur. Seul bémol : toutes ces petites villes restent totalement dévolues aux voitures, et ne semblent pas près de les bannir.
12 juin 2025
Sur TF1 ce matin Bernard Cazeneuve. On se souvient surtout de son passage au ministère de l’intérieur et de son soutien acharné aux policiers et gendarmes responsables de la mort de Rémi Fraisse et de celle d’Assam Traoré. On s’attend logiquement à ce qu’il tresse des couronnes à Bruno Retaillau, son digne successeur place Beauveau. Pas du tout : le voici maintenant "à gauche, comme je l’ai toujours été", et s’inquiétant des discours qui "favorisent un climat de haine". Comme rempart contre la montée du FN, on peut compter sur lui !
Les deux premiers épisodes que nous avons vus hier soir de la série querer ("aimer" en espagnol) nous ont beaucoup plu pour la manière sobre et subtile dont ils traitent de la domination masculine et de la violence invisible qui règne au sein des familles les plus parfaites.
Les deux premiers épisodes que nous avons vus hier soir de la série querer ("aimer" en espagnol) nous ont beaucoup plu pour la manière sobre et subtile dont ils traitent de la domination masculine et de la violence invisible qui règne au sein des familles les plus parfaites.
11 juin 2025
La même intuition nous est venue a propos du lycéen meurtrier d’une surveillante de lycée a Compiegne : Il y a tout à parier que ce garçon de 14 ans ne se prénomme ni Youssef ni Rachid, auquel cas l’extrême droite, les syndicats de police à son service, et les médias auraient déjà fait fuiter son origine, comme ils disent, et dénoncé un crime islamiste. Le fait de ne pas même evoquer cette hypothèse et un tel respect du secret sur son dentité peuvent sembler bien suspects....
9 juin 2025
Il m’arrive souvent, en voyant un film, de m’interroger sur l’intention première de son auteur. Qu’est-ce qui l’a conduit à imaginer précisément cette histoire, ces personnages, cet univers, ce mode de narration, etc. Sachant que la genèse d’un film est un très long parcours, semé d’embûches et de partenaires à convaincre, il faut, pour conduire l’entreprise à son terme, que la motivation première soit très forte, que le sujet tienne à cœur de celui ou celle qui le défend. Cette réflexion m’est venue à propos de deux films que nous venons de voir, dont l’intention me semble floue, ou pour le plus ancien, provoque l’effet inverse de celui attendu. Chaos de Coline Serreau, sorti en 2001, et vingt ans plus tard, Haute couture de Sylvie Ohayon ont pour point commun de faire se rencontrer, dans deux histoires fort différentes, une bourgeoise blanche un peu coincée et une beurette qui cherche à s’affranchir.
Pour Haute couture, on comprend dès le titre que le projet majeur est de faire découvrir l’univers singulier et peu connu de l’atelier d’une grande maison (Dior), pour célébrer l’habileté, l’expertise et le dévouement des petites mains. Le personnage incarné par Nathalie Baye est une première d’atelier, qui a vécu son métier comme une religion à quoi elle a tout sacrifié, et que terrifie la perspective d’une retraite imminente, seule et désœuvrée dans son pavillon de banlieue. L’autre héroïne habite tout près de là, mais sur une autre planète : le monde bruyant et bigarré d’une barre HLM peuplée de familles arabes qui pour résister au racisme ambiant se confinent dans leur ghetto. Elle est tiraillée entre un héritage culturel dont il ne lui reste guère que son langage argotique brandi comme une arme, et le rêve secret d’échapper à cet univers toxique. On pressent dès le début que la collision de ces deux mondes conduira à une fin heureuse, où la jeune beurette trouvera son salut dans l’apprentissage de la couture, sous l’œil bienveillant de sa marraine d’adoption. Mais le récit de cette conversion peine à échapper aux clichés, tant ceux sur la noblesse des métiers d’artisanat que sur la délinquance des banlieues. Je crains que les fidèles de BFM-TV n’adhèrent guère a la morale de cette fable, mais y trouvent plutôt matière à conforter leurs a priori.
Quant au film de Coline Serreau, bâti sur le même canevas conduisant à un happy end, il pousse plus encore la caricature en faisant de l’héroïne une beurette capturée par un réseau de prostitution pour échapper à son père qui entend la marier de force à un riche et vieil algérien. Pour que la charge soit symétrique, la famille bourgeoise, totalement décadente, est composée d’un authentique salaud (Vincent Lindon) et d’une femme travaillée par la mauvaise conscience (Catherine Frot). Au surplus le récit est conduit en grande partie par un interminable récit en voix off, dont on se demande comment il a pu survivre à la première lecture du scénario. Le résultat, désastreux, fait qu’on se demande comment la réalisatrice a pu s’égarer dans une telle accumulation de clichés. On ne peut pas, connaissant le reste de son œuvre, douter de ses bonnes intentions, mais il est bien vrai que l’enfer en est pavé...
Pour Haute couture, on comprend dès le titre que le projet majeur est de faire découvrir l’univers singulier et peu connu de l’atelier d’une grande maison (Dior), pour célébrer l’habileté, l’expertise et le dévouement des petites mains. Le personnage incarné par Nathalie Baye est une première d’atelier, qui a vécu son métier comme une religion à quoi elle a tout sacrifié, et que terrifie la perspective d’une retraite imminente, seule et désœuvrée dans son pavillon de banlieue. L’autre héroïne habite tout près de là, mais sur une autre planète : le monde bruyant et bigarré d’une barre HLM peuplée de familles arabes qui pour résister au racisme ambiant se confinent dans leur ghetto. Elle est tiraillée entre un héritage culturel dont il ne lui reste guère que son langage argotique brandi comme une arme, et le rêve secret d’échapper à cet univers toxique. On pressent dès le début que la collision de ces deux mondes conduira à une fin heureuse, où la jeune beurette trouvera son salut dans l’apprentissage de la couture, sous l’œil bienveillant de sa marraine d’adoption. Mais le récit de cette conversion peine à échapper aux clichés, tant ceux sur la noblesse des métiers d’artisanat que sur la délinquance des banlieues. Je crains que les fidèles de BFM-TV n’adhèrent guère a la morale de cette fable, mais y trouvent plutôt matière à conforter leurs a priori.
Quant au film de Coline Serreau, bâti sur le même canevas conduisant à un happy end, il pousse plus encore la caricature en faisant de l’héroïne une beurette capturée par un réseau de prostitution pour échapper à son père qui entend la marier de force à un riche et vieil algérien. Pour que la charge soit symétrique, la famille bourgeoise, totalement décadente, est composée d’un authentique salaud (Vincent Lindon) et d’une femme travaillée par la mauvaise conscience (Catherine Frot). Au surplus le récit est conduit en grande partie par un interminable récit en voix off, dont on se demande comment il a pu survivre à la première lecture du scénario. Le résultat, désastreux, fait qu’on se demande comment la réalisatrice a pu s’égarer dans une telle accumulation de clichés. On ne peut pas, connaissant le reste de son œuvre, douter de ses bonnes intentions, mais il est bien vrai que l’enfer en est pavé...
5 juin 2025
Jour après jour, les menaces de submersion se précisent et se multiplient. Toutes sont désormais visibles et mesurables, à la différence de celle fantasmée par François Bayrou. Les océans, les tempêtes, les déserts, les canicules, les guerres gagnent du terrain à vue d’œil. Et dans le même temps, monte dans les esprits une vague brune dont on mesure la progression jusqu’à notre entourage : Ainsi Bruno avec qui nous venons de déjeuner, nous a confié son admiration pour Manuel Vals et Bernard Cazeneuve, et peu après, le chirurgien qui a excisé mon lipome m’a entrepris sur l’évolution du journalisme pour dire tout le bien qu’il pense des analyses politiques d’Alain Duhamel, sur BMF-TV, sa source d’infos favorite.
3 juin 2025
Il faut en avoir été privé pour mesurer le bonheur qu’on ressent à renouer avec une routine : retrouver la séance de gym du mardi, et le retour fourbu à la maison où mon Minbl s’affaire à notre plat de pâtes a vraiment scellé pour moi la fin de nos récents tourments. Comment peut-on sincèrement trouver du charme à l’imprévu, quand on sait à quoi il nous expose parfois ? Vive le prévu, l’attendu, les projets, les envies. La sagesse et une longue expérience nous portent à redouter les surprises.
Le soir, nous redécouvrons (pour ma part je découvre car j’en ai tout oublié) un film réalisé sur D. Hockney il y a quinze ans. Il complète et explique ce que nous avons ressenti en visitant l’expo : la fraîcheur, parfois presque enfantine, de son regard sur le monde est nourrie de toute l’histoire de la peinture, dont il maîtrise parfaitement les techniques. Jusqu’à y intégrer subtilement les nouveaux outils numériques, tout en restant maître de leur usage. Ce document, et la relecture de sa biographie par Catherine Cusset donnent l’envie de retourner voir l’expo.
Le soir, nous redécouvrons (pour ma part je découvre car j’en ai tout oublié) un film réalisé sur D. Hockney il y a quinze ans. Il complète et explique ce que nous avons ressenti en visitant l’expo : la fraîcheur, parfois presque enfantine, de son regard sur le monde est nourrie de toute l’histoire de la peinture, dont il maîtrise parfaitement les techniques. Jusqu’à y intégrer subtilement les nouveaux outils numériques, tout en restant maître de leur usage. Ce document, et la relecture de sa biographie par Catherine Cusset donnent l’envie de retourner voir l’expo.
1er juin 2025
En revoyant un film dix ans plus tard, on peut mesurer à quel point le monde a changé, comme le regard que nous portons sur lui. Pride, sorti en 2014, évoquait un épisode peu connu des années Thatcher : le soutien apporté à la grève des mineurs par un groupe LGBT londonien. Le film est beau, l’émotion ressentie est la même qu’il y a dix ans à l’évocation de ces années noires où la révolution conservatrice née aux Etats-Unis entreprend de liquider les derniers bastions de la classe ouvrière. Cette Gay Pride de 1984, où le syndicat des mineurs, en pleine déroute, accepte pour la première fois de fraterniser avec ceux que la gauche considérait encore comme des pervers apparaît alors comme une parenthèse enchantée. On sait aujourd’hui que cette convergence des luttes sera sans lendemain, même si elle a ouvert la voie pour les LGBT vers la conquête de l’égalité des droits.
"Tout çà pour çà..." Le bilan qu’on dresse aujourd’hui est amer, lorsqu’on voit les gays comme les anciens prolos plébisciter l’extrême-droite, les régimes fascistes proliférer dans le monde et les menaces de guerre se préciser sans cesse. L’un comme l’autre, nous avons ressenti le même frisson lorsqu’aux dernières clameurs du film se sont mêlés soudain, venant de la rue, les cris effrayants et les explosions de pétards des supporters de foot. Comme un signe de la barbarie qui s’installe, et de l’effondrement qui s’annonce. Et comme une sommation à saisir d’urgence les moments de plaisir qu’il nous reste à vivre.
"Tout çà pour çà..." Le bilan qu’on dresse aujourd’hui est amer, lorsqu’on voit les gays comme les anciens prolos plébisciter l’extrême-droite, les régimes fascistes proliférer dans le monde et les menaces de guerre se préciser sans cesse. L’un comme l’autre, nous avons ressenti le même frisson lorsqu’aux dernières clameurs du film se sont mêlés soudain, venant de la rue, les cris effrayants et les explosions de pétards des supporters de foot. Comme un signe de la barbarie qui s’installe, et de l’effondrement qui s’annonce. Et comme une sommation à saisir d’urgence les moments de plaisir qu’il nous reste à vivre.
31 mai 2025
La menace existentielle que les réseaux sociaux font peser sur le monde est décidément un thème à la mode, et commence d’alimenter des réflexions de bonne qualité. Le premier essai que j’ai lu abordant cette question était Le double de Naomi Klein, puis ont suivi Hypnocratie, et Les ingénieurs du chaos. Avec Le tout, le romancier américain Dave Eggers nous offre une nouvelle version du 1984 d’Orwell, où les réseaux sociaux et les applis sont la nouvelle version du télécran, et une entité géante issue de la fusion de toutes les majors de la Silicon Valley le Big Brother de demain. Un lendemain qui semble tout proche, tant nous observons déja tous les jours les germes du futur terrifiant qu’il imagine. Comme Winston Smith (le héros du roman d’Orwell), le personnage de Delaney Wells nourrit l’ambition de détruire de l’intérieur le système totalitaire auquel elle participant. Sauf que... la méthode quelle emploie ne produit pas l’effet qu’elle en attend : Elle imagine et développe des produits ou des services très intrusifs et liberticides, dans l’espoir que leur déploiement sera massivement rejeté par les utilisateurs. C’est tout le contraire : Une appli permettant de mesurer la sincérité de ses amis, et un "service" pour dénoncer les méfaits de ses voisins suscitent immédiatement un engouement sans précédent. Le point commun à tous ces livres est qu’aucun n’aperçoit le moyen d’échapper au nouveau totalitarisme qui s’installe.
Tout à l’opposé de ces univers stériles et policiers, la visite de l’expo consacrée à David Hockney par la fondation Vuitton nous a plongés dans un incroyable tourbillon de liberté créative. On découvre à travers cette vaste rétrospective à quel point cet artiste infatigable n’a cessé de varier les thèmes et les genres sans s’y laisser enfermer, explorant sans relâche les supports et les techniques les plus divers. Comme Picasso, il semble être une source intarissable d’où jaillit en permanence, à flot continu et sans jamais se répéter, des œuvres toujours singulières dans lesquelles on le reconnaît immédiatement.
L’avant-veille, une autre exposition nous avait séduits : celle consacrée à Georges Mathieu par l’Hôtel de le Monnaie, pour qui il avait dessiné en 1974 la fameuse pièce de dix francs. Cette création, tout comme celle du logo d’Antenne 2 et d’une série d’affiches pour Air-France l’ont rendu ultra-célèbre dans les années 70, avant d’être totalement oublié vers la fin du siècle, au point que l’immense fresque en bas-relief qu’il avait réalisée pour le forum des halles dort aujourd’hui dans une réserve. On redécouvre donc avec bonheur cet artiste original qui utilise les méthodes de la calligraphie pour créer un genre nouveau qu’il nomme abstraction lyrique. Il en explique la genèse dans un film réalisé par Frédéric Rossif, où l’on redécouvre ce personnage singulier, au manières très théâtrales.
Tout à l’opposé de ces univers stériles et policiers, la visite de l’expo consacrée à David Hockney par la fondation Vuitton nous a plongés dans un incroyable tourbillon de liberté créative. On découvre à travers cette vaste rétrospective à quel point cet artiste infatigable n’a cessé de varier les thèmes et les genres sans s’y laisser enfermer, explorant sans relâche les supports et les techniques les plus divers. Comme Picasso, il semble être une source intarissable d’où jaillit en permanence, à flot continu et sans jamais se répéter, des œuvres toujours singulières dans lesquelles on le reconnaît immédiatement.
L’avant-veille, une autre exposition nous avait séduits : celle consacrée à Georges Mathieu par l’Hôtel de le Monnaie, pour qui il avait dessiné en 1974 la fameuse pièce de dix francs. Cette création, tout comme celle du logo d’Antenne 2 et d’une série d’affiches pour Air-France l’ont rendu ultra-célèbre dans les années 70, avant d’être totalement oublié vers la fin du siècle, au point que l’immense fresque en bas-relief qu’il avait réalisée pour le forum des halles dort aujourd’hui dans une réserve. On redécouvre donc avec bonheur cet artiste original qui utilise les méthodes de la calligraphie pour créer un genre nouveau qu’il nomme abstraction lyrique. Il en explique la genèse dans un film réalisé par Frédéric Rossif, où l’on redécouvre ce personnage singulier, au manières très théâtrales.
21 mai 2025
Fin de l’alerte : le chirurgien nous confirme que les conclusions de l’ana-path sont très rassurantes. L’absence d’atteintes ganglionnaires est un excellent signe, comme l’avaient souligné M. Volstein et Chat GPT, et il n’y aura vraisemblablement pas d’autre suite qu’une surveillance régulière (un scanner tous les six mois). La décision doit être actée le surlendemain dans une réunion collégiale, et le chirurgien nous appellera dans le cas - improbable selon lui - où on y déciderait d’un traitement complémentaire. Ce coup de fil, dont je suis sûr pour ma part qu’il n’arrivera pas, va faire de ce vendredi un enfer pour mon Minbl. Il ne sera totalement rassuré que vers vingt heures, me révélant ainsi comme il le fait rarement un pessimisme encore plus profond que le mien. Sans doute a-t-il souffert encore plus que moi des semaines éprouvantes que nous avons traversées, et nous faudra du temps pour guérir de ces blessures émotionnelles. Nous sommes l’un comme l’autre des convalescents. Pour avoir affronté ensemble bien d’autres épreuves, nous savons que leur souvenir finit par s’effacer, mais nous savons aussi que, chaque fois, c’est notre capacité d’insouciance qui est mise à mal, et de manière irrémédiable.
Seuls dérivatifs pour adoucir un peu l’épreuve de cette période sinistre : les films et les lectures. Captivé par la découverte des ouvrages de Giuliano da Empoli, je lis d’abord Les ingénieurs du chaos, qui décrit les mécanismes et les méthodes conduisant les mouvements populistes et leurs chefs à se hisser au pouvoir dans tant de pays du monde. Da Empoli, qui a été le conseiller politique du leader démocrate italien Matteo Renzi, a vécu de près l’ascension irrésistible du mouvement populiste Cinq étoiles, fondé par l’acteur comique Beppe Grillo et un entrepreneur du web. Il décrit en détail les stratégies de désinformation, les campagnes de calomnie pour diviser l’adversaire, et de manière générale, les armes utilisée par les armées de spin doctors dont disposent ces formations. Il éclaire surtout l’usage déterminant des réseaux sociaux par ces descendants de Machiavel. Sa lecture complète évidemment Hypnocratie, dont j’ai déjà parlé ici, qui exposait le même mécanisme, en illustrant l’exposé théorique d’un témoignage vécu. Il en ressort surtout le terrible constat que ces mécanismes diaboliques semblent échapper à toute forme de contrôle démocratique, et qu’on ne voit pas comment on pourra se débarrasser des Trump, Meloni et autre Orban qu’ils ont porté au pouvoir.
Cette lecture me conduit à celle du Mage du Kremlin, dont Bruno nous a dit grand bien. A juste titre, car là encore, Da Empoli décrit de manière très détaillée l’irrésistible ascension de Vladimir Poutine après la démission et la mort d’Eltsine. Il utilise pour ce faire un personnage imaginaire, éminence grise du nouveau tsar. Cet artifice d’écriture donne au récit un caractère très vivant et permet par de nombreuse digressions d’analyser en profondeur la crise traversée par la Russie après la chute du régime communiste, et les mécanismes qui la conduisent à se doter d’un nouveau dictateur.
La lecture de la revue revue semestrielle Légende, dont le dernier numéro, consacré à Simone de Beauvoir, contient un beau portfolio photographique, me conduit à lire un document dont je découvre l’existence : Un dialogue entre Sartre et Benny Lévy dont la publication dans le Nouvel Observateur en 1980, quelques mois avant la mort de Sartre, a provoqué alors une vive polémique. Lévy, que Sartre devenu aveugle a engagé pour lui prêter ses yeux et sa plume, est accusé d’exercer une emprise intellectuelle sur le philosophe pour le conduire à réviser certaines de ses analyses. Olivier Todd va jusqu’à parler de "détournement de vieillard". Ces entretiens, réédités plus tard sous le titre L’espoir maintenant sont une magnifique illustration de la liberté intellectuelle et de la lucidité dont Sartre a fait preuve jusqu’au bout de sa vie. Il perçoit ainsi - dès 1980 ! - le "triomphe des idées de droite, chez les gouvernants au moins, dans presque toutes les nations". Le moins qu’on puisse dire est que ce constat était visionnaire.
Dans un tout autre registre, je lis aussi la dernière livraison d’Armistead Maupin, Mona et son manoir, où il persiste de manière un peu obsessionnelle à poursuivre l’histoire de ses personnages habituels, au défi de la vraisemblance (quel peut être aujourd’hui l’âge d’Anna Madrigal ?). La lecture m’en inspire une impression partagée : Un certain charme demeure, mais on ressent une gêne quand le récit frise parfois l’infantilisme. Un rapprochement cruel s’impose à mon esprit, avec les dernières productions de notre chère Ginette.
Entre toutes ces lectures, nous visitons aussi deux expositions. La première aux Gobelins, consacrée au sacre de Charles X et mise en scène par Stéphane Bern et jacques Garcia, réunit une sorte de musée des horreurs composé des ornements sinistres et kistchissimes dont aime à se parer cette horrible époque. L’autre, dans une minuscule galerie proche de la Butte aux cailles, évoque de façon beaucoup plus sympathique les transformations du XIIIe arrondissement, en rapprochant des cartes postales anciennes et des photos d’aujourd’hui prises au même endroit et sous le même angle. C’est l’œuvre d’un amateur passionné, à qui nous achetons le catalogue réunissant tous ces documents. Et dans la légende d’une photo, je relève la référence à un roman qui se déroule dans ce quartier, Berg et Beck, dont l’auteur Robert Bober m’est inconnu. Je découvre ainsi un livre magnifique, qui relate l’amitié de deux enfants juifs sous l’occupation, un peu à la manière du Sac de Billes De J. Joffo.
Seuls dérivatifs pour adoucir un peu l’épreuve de cette période sinistre : les films et les lectures. Captivé par la découverte des ouvrages de Giuliano da Empoli, je lis d’abord Les ingénieurs du chaos, qui décrit les mécanismes et les méthodes conduisant les mouvements populistes et leurs chefs à se hisser au pouvoir dans tant de pays du monde. Da Empoli, qui a été le conseiller politique du leader démocrate italien Matteo Renzi, a vécu de près l’ascension irrésistible du mouvement populiste Cinq étoiles, fondé par l’acteur comique Beppe Grillo et un entrepreneur du web. Il décrit en détail les stratégies de désinformation, les campagnes de calomnie pour diviser l’adversaire, et de manière générale, les armes utilisée par les armées de spin doctors dont disposent ces formations. Il éclaire surtout l’usage déterminant des réseaux sociaux par ces descendants de Machiavel. Sa lecture complète évidemment Hypnocratie, dont j’ai déjà parlé ici, qui exposait le même mécanisme, en illustrant l’exposé théorique d’un témoignage vécu. Il en ressort surtout le terrible constat que ces mécanismes diaboliques semblent échapper à toute forme de contrôle démocratique, et qu’on ne voit pas comment on pourra se débarrasser des Trump, Meloni et autre Orban qu’ils ont porté au pouvoir.
Cette lecture me conduit à celle du Mage du Kremlin, dont Bruno nous a dit grand bien. A juste titre, car là encore, Da Empoli décrit de manière très détaillée l’irrésistible ascension de Vladimir Poutine après la démission et la mort d’Eltsine. Il utilise pour ce faire un personnage imaginaire, éminence grise du nouveau tsar. Cet artifice d’écriture donne au récit un caractère très vivant et permet par de nombreuse digressions d’analyser en profondeur la crise traversée par la Russie après la chute du régime communiste, et les mécanismes qui la conduisent à se doter d’un nouveau dictateur.
La lecture de la revue revue semestrielle Légende, dont le dernier numéro, consacré à Simone de Beauvoir, contient un beau portfolio photographique, me conduit à lire un document dont je découvre l’existence : Un dialogue entre Sartre et Benny Lévy dont la publication dans le Nouvel Observateur en 1980, quelques mois avant la mort de Sartre, a provoqué alors une vive polémique. Lévy, que Sartre devenu aveugle a engagé pour lui prêter ses yeux et sa plume, est accusé d’exercer une emprise intellectuelle sur le philosophe pour le conduire à réviser certaines de ses analyses. Olivier Todd va jusqu’à parler de "détournement de vieillard". Ces entretiens, réédités plus tard sous le titre L’espoir maintenant sont une magnifique illustration de la liberté intellectuelle et de la lucidité dont Sartre a fait preuve jusqu’au bout de sa vie. Il perçoit ainsi - dès 1980 ! - le "triomphe des idées de droite, chez les gouvernants au moins, dans presque toutes les nations". Le moins qu’on puisse dire est que ce constat était visionnaire.
Dans un tout autre registre, je lis aussi la dernière livraison d’Armistead Maupin, Mona et son manoir, où il persiste de manière un peu obsessionnelle à poursuivre l’histoire de ses personnages habituels, au défi de la vraisemblance (quel peut être aujourd’hui l’âge d’Anna Madrigal ?). La lecture m’en inspire une impression partagée : Un certain charme demeure, mais on ressent une gêne quand le récit frise parfois l’infantilisme. Un rapprochement cruel s’impose à mon esprit, avec les dernières productions de notre chère Ginette.
Entre toutes ces lectures, nous visitons aussi deux expositions. La première aux Gobelins, consacrée au sacre de Charles X et mise en scène par Stéphane Bern et jacques Garcia, réunit une sorte de musée des horreurs composé des ornements sinistres et kistchissimes dont aime à se parer cette horrible époque. L’autre, dans une minuscule galerie proche de la Butte aux cailles, évoque de façon beaucoup plus sympathique les transformations du XIIIe arrondissement, en rapprochant des cartes postales anciennes et des photos d’aujourd’hui prises au même endroit et sous le même angle. C’est l’œuvre d’un amateur passionné, à qui nous achetons le catalogue réunissant tous ces documents. Et dans la légende d’une photo, je relève la référence à un roman qui se déroule dans ce quartier, Berg et Beck, dont l’auteur Robert Bober m’est inconnu. Je découvre ainsi un livre magnifique, qui relate l’amitié de deux enfants juifs sous l’occupation, un peu à la manière du Sac de Billes De J. Joffo.
16 mai 2025
Magnifique. Le concert de Pink Martini hier soir concluait à merveille un séjour dont nous conserverons longtemps le meilleur souvenir. Le théâtre Sébastopol est un music-hall du début du siècle, maintenu en très bon état. Les murs et le cadre de scène (en demie-ellipse) sont peints en rouge vif et parsemés de médaillons en bas relief dorés. Le décor convient parfaitement à ce spectacle et le public (en majorité de nos âges) a l’enthousiasme qu’on connaît aux gens du nord. China Forbes et ses compagnons n’ont pas souffert du temps qui passe : la voix est inchangée, la perfection musicale toujours la même. Le choix des titres privilégie les morceaux que la salle reprend en choeur, comme Yolanda ou PataPata. Deux belles exceptions dans un registre plus intimiste : cante e dance en duo avec Timothy Nishimoto, et, pour le dernier rappel, alors que la salle est debout, China Forbes conclut merveilleusement, accompagnée du seul guitariste, avec Ma solitude de G. Moustaki. Nous rentrons à l’hôtel l’esprit léger comme jamais.
15 mai 2025
La grande nouvelle de la journée est arrivée en début d’après-midi par l’appel de M.Volstein qui vient de recevoir le compte-rendu de l’ana-path : tous les ganglions prélevés sont sains. Le score énoncé dans la conclusion semble indiquer le pronostic le plus favorable. Ce séjour lillois nous est décidément très faste. Mon Minbl, toujours plus pessimiste ou méfiant qu’il entend le montrer, semble enfin réellement soulagé. J’avais réussi auparavant à lui faire acheter une doudoune pour remplacer la sienne qui tombait en ruine, au prix d’un combat épuisant, car il jugeait la dépense excessive. La matinée avait commencé au musée des beaux-arts avec une exposition de peintures flamandes, et trois belles installations de Felice Varini. Nous avons dû ruser pour échapper aux innombrables groupes d’enfants, cornaqués par des accompagnateurs aussi bruyants que leurs troupeaux. Après une halte très agréable à la crêperie Saint Georges, c’est en faisant étape à l’hôtel que j’ai reçu le coup de fil très attendu. Ce soir, le concert de Pink Martini devrait conclure en apothéose une journée plutôt réussie...
14 mai 2025
Grande joie de retrouver Lille, sous un soleil radieux, mon premier voyage de convalescent. Comme l’hiver dernier, nous ressentons dès l’arrivée à la gare l’impression singulière d’être en territoire ami, tout à l’inverse de l’accueil de la plupart des villes de province (spécialement méridionales) qui vous lorgnent de haut dès qu’on ne partage pas leur accent... Comme chaque fois que nous venons ici, une fête est en préparation. La rue qui conduit à la grand’place, où un défilé aura lieu dans quelques jours, est bordée d’une colonnade de containers dorés. Plusieurs expos se tiennent dans toute la ville et les environs. Nous visitons celle qui se tient tout près de la gare, dans le bâtiment de l’ancien tri postal, intitulée "pom pom ... pidou", qui rassemble des œuvres de feu le Centre Pompidou. Nous retrouvons avec plaisir de très belles toiles du couple Delaunay, des Kupka, de très grands néons de Morellet, et - à ma grande surprise - de superbes tableaux cinétiques de Marcel Duchamp. Mon Minbl me révèle qu’il était bien un véritable artiste, très novateur, dont on ne retient aujourd’hui - hélas - que le canular de l’urinoir.
Pendant le dîner à l’Orange bleue, nous évoquons une séquence terrifiante aperçue ce matin dans le journal de TF1 : interpellé par Robert Ménard sur les polices municipales, Macron se déclare favorable à renforcer leur pouvoir, pour lutter en particulier, ajoute-t-il, "contre les narco trafiquants ... et les gens du voyage (!), qui s’installant illégalement sur des terrains privés". Cest le retour au vocabulaire des années 30, et on imagine l’étape suivante : des camps de concentration ?
Pendant le dîner à l’Orange bleue, nous évoquons une séquence terrifiante aperçue ce matin dans le journal de TF1 : interpellé par Robert Ménard sur les polices municipales, Macron se déclare favorable à renforcer leur pouvoir, pour lutter en particulier, ajoute-t-il, "contre les narco trafiquants ... et les gens du voyage (!), qui s’installant illégalement sur des terrains privés". Cest le retour au vocabulaire des années 30, et on imagine l’étape suivante : des camps de concentration ?
1er mai 2025
Une résurrection : c’est ce que je vis depuis hier, dans une légère euphorie, visiblement, partagée par mon Minbl, qui a battu un record de vitesse pour me rejoindre ce matin : un quart d’heure après l’avoir appelé pour lui confirmer ma sortie, il poussait déjà la porte de la chambre, et m’avouait avoir couru pour ne pas rater le tram. Une demi-heure plus tard, Patrick nous ramenait à la maison, et après un aperitif-gingembre, nous avons déjeuné avec lui aux Affranchis. Est-ce encore un effet de mon acces euphorique ? Je me disais hier en recevant les visites de Bruno, Michèle B et Patrick, que nous avions fait des choix heureux en matières d’amitiés : peu nombreuses, mais fidèles et vraies.
30 avril 2025
Le jour d’après est enfin arrivé, celui que j’ai vécu par anticipation des centaines de fois. Le retour à la maison est pour demain matin, on ne pouvait imaginer délivrance plus rapide. A mon grand désespoir, c’est pour mon Minbl que l’épreuve à été la plus pénible. Avant l’opération j’ai vu le retard s’allonger jusqu’à près de trois heures, sans moyen de l’en prévenir. Le regard et les sourire qu’il m’a lancés au sortir de l’ascenseur qui me remontait du bloc se sont instantanément gravés dans mon cœur aux côtés de l’apparition en vélo sur la route de Morez et de la roseraie de Regent’s park en 96.
26 avril 2025
On ne revoit jamais deux fois le même film : en août 2018 nous avions trouvé du charme à Dream boat, un documentaire sur une croisière non mixte réunissant trois mille gays pendant sept jours. Le compte-rendu que j’en avais fait dans ce journal évoquait une parenthèse enchantée pour échapper à la dureté du monde. En le revoyant hier soir, nous avons surtout l’un comme l’autre été saisis par la tristesse et le désarroi qui émanent des témoignages. Sans doute sommes-nous devenus plus pessimistes, et on le serait à moins, tant le monde a changé en six ans, qui semblent une éternité : c’était avant le covid, avant Trump 2 et le début de l’avant-guerre. Pour nous, c’était avant de déménager, et l’idée même de déménager... Pour autant, on ne peut pas éprouver de nostalgie : chaque visite dans notre ancien quartier, asservi au tourisme de masse, envahi de valises à roulettes et de poussettes véhiculant les chiens ou les monstrueux rejetons de sa nouvelle population, nous confirme l’urgence qu’il y avait à le fuir, et le bonheur de contempler nos nouveaux horizons.
La veille, un autre film nous avait heureusement impressionnés : Conclave, dont le thème et le cadre n’avaient pourtant rien a priori pour nous séduire. Le décor somptueux du Vatican (entièrement reconstitué à Cinecitta) et la précision pour décrire le monde politique impitoyable qui l’habite nous ont captivés, tant le récit est bien conduit, les dialogues écrits avec subtilité, et servis par des acteurs convaincants. C’est en déjeunant au Coche en compagnie de Patrick que Bruno nous avait vanté ce film, que Tuan nous a envoyé. En retour, je lui ai donné le livre de Frédéric Encel, La guerre mondiale n’aura pas lieu. Sa démonstration à base de "si vis pace para bellum" m’a exaspéré, mais mon rejet lui donne envie de le lire... Pour ma part, j’ai mis de côté pour les lire pendant ma convalescence le dernier livre de Giuliano da Empoli, L’heure des prédateurs, et l’un de ses précédents, Les ingénieurs du chaos.
A propos de livres, nous avons enfin changé de fournisseur : c’en est fini de Jonas, où nous avons acheté en moyenne un livre par semaine pendant cinq ans sans qu’une seule fois on me dispense d’épeler mon nom. Mon Minbl suppose que ce climat inhospitalier est inspiré par le patron du lieu, aperçu à deux reprises à la caisse, et qui s’est montré chaque fois franchement désagréable. A l’origine, notre choix tenait essentiellement à la sympathie pour la gauche affichée dans les vitrines. Nous avons été bien lents à réaliser que c’était une gauche suffisante et pincée. La nouvelle librairie, Maruani, mitoyenne de notre marchande de légumes semble tout aussi fournie, les réservations fonctionnent parfaitement, et elle propose même un salon de thé. Nous ignorons tout des sympathies politiques de la patronne, et elles nous importent peu. Mais son accueil est tel qu’on l’attend d’un libraire, qui échange au moins quelques mots sur le livre qu’on lui achète : ça ne nous était plus arrivé depuis cinq ans !
Le livre que nous y avons trouvé est un objet singulier : Hypnocratie se présente comme l’étude réalisée par un neuro-cogniticien italien sur les états de conscience induits chez nos contemporains par l’usage immodéré des réseaux sociaux. La thèse exposée est que la plupart d’entre nous sommes désormais soumis à notre insu à une transe collective permanente (comparable à celles induites par les religions ou les pratiques chamaniques), qui nous rend vulnérables à des manipulations mentales, et qui a pour dessein de guider nos achats et nos votes. Sans désigner explicitement les instances qui contrôleraient cette entreprise de contrôle global des consciences, on évoque la responsabilité des géants de la tech, et le rôle essentiel tenu par l’IA, qui, par un feed-back permanent, évalue pour chacun de nous l’efficacité des injonctions reçues, et améliore ainsi ses algorithmes à l’infini. L’étude, abondamment documentée, s’interroge en conclusion sur les stratégies que nous pourrions mettre en œuvre pour échapper à ce processus, et sauver ainsi ce qui peut l’être de notre indépendance de jugement, et on comprend aisément que ça ne sera pas chose facile.... d’autant plus qu’à la dernière page, on nous révèle que la totalité du livre, comme l’identité de son auteur, sont des fictions rédigées par une IA....
La veille, un autre film nous avait heureusement impressionnés : Conclave, dont le thème et le cadre n’avaient pourtant rien a priori pour nous séduire. Le décor somptueux du Vatican (entièrement reconstitué à Cinecitta) et la précision pour décrire le monde politique impitoyable qui l’habite nous ont captivés, tant le récit est bien conduit, les dialogues écrits avec subtilité, et servis par des acteurs convaincants. C’est en déjeunant au Coche en compagnie de Patrick que Bruno nous avait vanté ce film, que Tuan nous a envoyé. En retour, je lui ai donné le livre de Frédéric Encel, La guerre mondiale n’aura pas lieu. Sa démonstration à base de "si vis pace para bellum" m’a exaspéré, mais mon rejet lui donne envie de le lire... Pour ma part, j’ai mis de côté pour les lire pendant ma convalescence le dernier livre de Giuliano da Empoli, L’heure des prédateurs, et l’un de ses précédents, Les ingénieurs du chaos.
A propos de livres, nous avons enfin changé de fournisseur : c’en est fini de Jonas, où nous avons acheté en moyenne un livre par semaine pendant cinq ans sans qu’une seule fois on me dispense d’épeler mon nom. Mon Minbl suppose que ce climat inhospitalier est inspiré par le patron du lieu, aperçu à deux reprises à la caisse, et qui s’est montré chaque fois franchement désagréable. A l’origine, notre choix tenait essentiellement à la sympathie pour la gauche affichée dans les vitrines. Nous avons été bien lents à réaliser que c’était une gauche suffisante et pincée. La nouvelle librairie, Maruani, mitoyenne de notre marchande de légumes semble tout aussi fournie, les réservations fonctionnent parfaitement, et elle propose même un salon de thé. Nous ignorons tout des sympathies politiques de la patronne, et elles nous importent peu. Mais son accueil est tel qu’on l’attend d’un libraire, qui échange au moins quelques mots sur le livre qu’on lui achète : ça ne nous était plus arrivé depuis cinq ans !
Le livre que nous y avons trouvé est un objet singulier : Hypnocratie se présente comme l’étude réalisée par un neuro-cogniticien italien sur les états de conscience induits chez nos contemporains par l’usage immodéré des réseaux sociaux. La thèse exposée est que la plupart d’entre nous sommes désormais soumis à notre insu à une transe collective permanente (comparable à celles induites par les religions ou les pratiques chamaniques), qui nous rend vulnérables à des manipulations mentales, et qui a pour dessein de guider nos achats et nos votes. Sans désigner explicitement les instances qui contrôleraient cette entreprise de contrôle global des consciences, on évoque la responsabilité des géants de la tech, et le rôle essentiel tenu par l’IA, qui, par un feed-back permanent, évalue pour chacun de nous l’efficacité des injonctions reçues, et améliore ainsi ses algorithmes à l’infini. L’étude, abondamment documentée, s’interroge en conclusion sur les stratégies que nous pourrions mettre en œuvre pour échapper à ce processus, et sauver ainsi ce qui peut l’être de notre indépendance de jugement, et on comprend aisément que ça ne sera pas chose facile.... d’autant plus qu’à la dernière page, on nous révèle que la totalité du livre, comme l’identité de son auteur, sont des fictions rédigées par une IA....
22 avril 2025
L’après-midi à l’hôpital de jour pour préparer l’opération de la semaine prochaine me rappelle à la fois La montagne magique et les cures thermales. Même impression de passer instantanément de l’autre coté du miroir, dans le monde des malades. Les conseils et les consignes du kiné et de l’infirmière sont utiles et rassurants, mais délivrés dans une séance collective à laquelle cinq femmes participent, qui ne se connaissaient pas cinq minutes plus tôt et se racontent déjà, entre vieilles copines, leurs rhumatismes et leurs préférences alimentaires. Ce genre de réunion dont je ne retiens rien sauf un profond sentiment de gêne est toujours pour moi une épreuve. Heureusement on nous remet un livret où sont consignées toutes les informations utiles.
13 avril 2025
Nous avons au moins sauvé notre dîner d’anniversaire. Au Havre plutôt qu’à Dresde, et nous ne reverrons pas Calleja dans Tosca, mais le regret n’est pas immense puisque nous l’avions déja vu l’an dernier, et nous reportons le périple allemand à l’automne. Cette escapade est la bienvenue, car nous n’avions pas quitté Paris depuis décembre pour le séjour à Lille. Nous retrouvons avec plaisir nos restaurants favoris : celui du musée au déjeuner, la Taverne Paillette pour le dîner solennel, et l’Orangeraie des jardin suspendus, où, tant on s’y sent bien, nous serions tentés de venir tous les jours si nous habitions cette ville. Au gré des promenades, nos continuons de faire de nouvelles découvertes : cette fois, un escalier roulant long de plus de 150 mètres, bâti au début du siècle (le précédent...), et hélas hors service. Mon Minbl a choisi cette fois l’hôtel Mercure, où notre chambre domine le bassin du Commerce. Le bâtiment date des années 80, mais le restaurant, refait il y a peu dans un style loft à base d’éléments de containers, est agréable et accueillant.
9 avril 2025
Le pneumologue paraît surpris que je connaisse déjà le verdict de la biopsie, comme si on m’avait divulgâché la fin du film. Il confirme aussi ce qu’elle a de rassurant, et la perspective très probable que des soins de suite ne seront pas nécessaires. Le chirurgien que nous rencontrons une heure plus tard est celui qui procédera à l’opération. Il nous la décrit en détails, et en fixe la date au 29 avril. Je resterai à l’hôpital de deux à cinq jours. Comme tout est maintenant décidé, je voudrais accélérer le temps, sauter dix cases et aller directement au jour d’après....
6 avril 2025
Le coup de théâtre final était si bien amené que nous ne l’avons pas vu venir : Hier soir, nous assistions à la scène finale de La valse des pingouins, la pièce de Patrick Haudecoeur, où, au dénouement d’une longue série de quiproquos, tous les personnages sont pris dans un tourbillon auquel sont mêlés un gorille, un chasseur et des feux d’artifices. Ce joyeux tumulte culmine soudain avec des effets de lumière stroboscopiques, l’allumage de la salle, le rideau qui tombe et un signal d’alarme strident, ponctué d’appels à quitter les lieux. L’effet est si réussi que tout le monde semble persuadé qu’il fait partie de la mise en scène, et on entend même quelques applaudissements. Il faut l’intervention des ouvreuses qui nous pressent de sortir pour réaliser que l’alerte est réelle, et nous nous retrouvons très vite dans la rue. Une petite rue bordée d’hôtels, parallèle au Boulevard Poissonière, où avec Bruno et Tuan, nous cherchons Patrick, qui est sorti par une autre issue. Il nous faudra une dizaine de minutes pour le retrouver devant le théâtre, et apprendre qu’il s’agissait bien d’une alarme, déclenchée par un geste maladroit. Nous ne connaîtrons pas le vrai dénouement de la pièce, et les acteurs seront privés de nos applaudissements. Ils les méritaient pourtant amplement, car le spectacle était l’un des meilleurs que nous ayons vus de cette troupe. Une pure fantaisie de boulevard, rythmée de chansons et de danses accompagnées par un trio de musiciens, menée tambour battant dans une mise-en-scène inventive, sur un texte très drôle et sans vulgarité. L’épilogue, qui pendant plusieurs minutes nous a fait réellement douter de la réalité de l’alerte, a du nous troubler l’esprit, car dans le métro du retour, il nous faut aussi quelques minutes pour réaliser que nous ne sommes pas sur la bonne ligne !
5 avril 2025
Dans une tribune au « Monde » neuf signataires, parmi lesquels l’écrivaine Michelle Perrot et le cinéaste Jean-Louis Comolli, exhortent le ministre de la culture à ne plus se faire le « complice » de la réhabilitation de l’architecte Le Corbusier (1887-1965), compromis en son temps avec le fascisme et Vichy. A rapprocher d’une autre tribune publiée dans Blast et de la réponse d’un rédacteur-en-chef du Monde.
4 avril 2025
C’est en appelant M. Volstein pour prendre rendez-vous que j’apprends le résultats de la biopsie, que j’attendais en vain depuis quelques jours. Il confirme la nature cancéreuse, mais du type le moins dangereux, comme le confirme l’analyse de ChatGPT, à qui je soumets le compte-rendu. Il semble que la chirurgie devrait suffire à clore l’affaire. le plus tôt sera le mieux, pour que nous puissions combler ensuite notre déficit de voyages de ce début d’année.
J’ai passé l’appel sur le chemin du retour du Plessis-Robinson, que nous avons fait découvrir à Patrick. Il a apprécié comme nous le nombre et la richesse des étals du marché, le pittoresque du faux village néo-ancien, et le déjeuner au restaurant Les loges. D’autant plus qu’à une table voisine, il a aussitôt identifié un convive en short, dont la tenue décontractée nous étonnait un peu, un rugbyman connu de tous sauf de nous, Frédéric Michalak, dont il a envoyé la photo à Bruno.
J’ai passé l’appel sur le chemin du retour du Plessis-Robinson, que nous avons fait découvrir à Patrick. Il a apprécié comme nous le nombre et la richesse des étals du marché, le pittoresque du faux village néo-ancien, et le déjeuner au restaurant Les loges. D’autant plus qu’à une table voisine, il a aussitôt identifié un convive en short, dont la tenue décontractée nous étonnait un peu, un rugbyman connu de tous sauf de nous, Frédéric Michalak, dont il a envoyé la photo à Bruno.
31 mars 2025
Déjeuné hier chez Patrick autour d’un cassoulet, avec Tuan et Bruno. Il se livre à une des ses provocations habituelles, criant au chef-d’œuvre à propos d’un film documentaire autour d’un torero, de nature dit-il à séduire tous les publics. Les réserves que Patrick et nous affichons procèdent d’un parti pris anti-corridas qui nous prive du plaisir que nous aurions à la voir. Mon Minbl découvrira le lendemain que la séquence centrale est un ralenti de 20 minutes sur l’égorgement d’un taureau. Bruno se lance ensuite on ne sait comment dans une comparaison expéditive entre Arles, ("d’une incomparable richesse culturelle"), et Nîmes, qu’il juge sans intérêt car "trop populaire". Même la maison carrée est balayée d’un revers de main...
Difficile de décider si nos goûts sont radicalement différents des siens (en partie vrai, sûrement), ou s’il en rajoute beaucoup (très probable aussi).
Nous avons regardé la première moitié du film Emila perez qu’il avait encensé il y a peu, et dont Tuan nous a donné une copie, et là encore ne partageons pas son avis. C’est une production visiblement très coûteuse (et qui tient à le montrer), ponctuée de chansons filmées comme des clips, saturée d’effets de montage et de caméra virevoltante. Nous avons tenu bon jusqu’aux premières scènes où apparaît la femme transgenre, et le manque d’intérêt complet pour l’histoire nous a découragés d’aller plus loin.
A l’opposé de cette esthétique bling-bling, nous avions revu la veille avec grand plaisir La fiancée du poète de Yolande Moreau, où Gregory Gadebois et William Sheller campent des personnages inoubliables.
Difficile de décider si nos goûts sont radicalement différents des siens (en partie vrai, sûrement), ou s’il en rajoute beaucoup (très probable aussi).
Nous avons regardé la première moitié du film Emila perez qu’il avait encensé il y a peu, et dont Tuan nous a donné une copie, et là encore ne partageons pas son avis. C’est une production visiblement très coûteuse (et qui tient à le montrer), ponctuée de chansons filmées comme des clips, saturée d’effets de montage et de caméra virevoltante. Nous avons tenu bon jusqu’aux premières scènes où apparaît la femme transgenre, et le manque d’intérêt complet pour l’histoire nous a découragés d’aller plus loin.
A l’opposé de cette esthétique bling-bling, nous avions revu la veille avec grand plaisir La fiancée du poète de Yolande Moreau, où Gregory Gadebois et William Sheller campent des personnages inoubliables.
29 mars 2025
C’est un peu comme dans La Peste : on découvre chaque jour dans notre entourage de nouveaux cas de contamination par le redoutable virus des laboratoires Le Pen. Aujourd’hui, c’est au tour de Brigitte, notre pédicure. Une innocente conversation sur le COVID me révèle que le mal est déjà bien installé : Elle n’est pas vaccinée, parce qu’elle a toute confiance en son médecin homéopathe, qui a vu de "nombreux cas de maladies graves" provoquées par ce vaccin. Qui plus est, comme celui de la grippe, il est inefficace , "car le virus mute trop rapidement". Elle en conclut que la seule mesure utile est de se protéger ... "d’autant plus, poursuit-elle spontanément, que les immigrés sont de plus en plus nombreux à importer chez nous les innombrables maladies qui gangrènent leurs pays d’origine..." ! Je n’imagine pas ce que j’aurais dû ou pu répondre, j’ai gardé le silence, fuyant son regard qui quêtait mon approbation, tandis qu’elle enchaînait tout naturellement sur l’Islam, "incompatible avec notre civilisation".
Un tel coming out , hier encore inimaginable, révèle l’effet délétère des médias Bolloré où fanfaronne à longueur de journée le trumpisme le plus crasse. Et les esprits simples ne sont pas seuls à y succomber, comme en témoignent Michèle B. et notre chère Ginette.
Cette dernière m’a raconté hier que son petit chien a avalé le fil et l’aiguille avec quoi elle cousait, et comment la vétérinaire a réussi sans opérer à extraire l’objet de son estomac. Quand je lui ai révélé mes incertitudes pulmonaires, elle a usé aussitôt de ses dons divinatoires pour m’affirmer que l’hypothèse d’un cancer était exclue. Elle en est absolument certaine, mais - deux précautions valent mieux qu’une - elle va aussi prier pour que cette prophétie se confirme. On n’est jamais trop prudent.
Un tel coming out , hier encore inimaginable, révèle l’effet délétère des médias Bolloré où fanfaronne à longueur de journée le trumpisme le plus crasse. Et les esprits simples ne sont pas seuls à y succomber, comme en témoignent Michèle B. et notre chère Ginette.
Cette dernière m’a raconté hier que son petit chien a avalé le fil et l’aiguille avec quoi elle cousait, et comment la vétérinaire a réussi sans opérer à extraire l’objet de son estomac. Quand je lui ai révélé mes incertitudes pulmonaires, elle a usé aussitôt de ses dons divinatoires pour m’affirmer que l’hypothèse d’un cancer était exclue. Elle en est absolument certaine, mais - deux précautions valent mieux qu’une - elle va aussi prier pour que cette prophétie se confirme. On n’est jamais trop prudent.
27 mars 2025
Après un mois de travaux, le Coche vient de rouvrir. Nous y déjeunons avec Patrick, et constatons avec plaisir que les propriétaires n’ont pas changé. Seul le décor a été refait de fond en comble, Le mobilier est flambant neuf, la tonalité générale est plus claire, l’accueil et la cuisine toujours aussi agréables. Patrick mentionne que Moussa, à peine rentré du Sénégal, y retourne la semaine prochaine, pour une durée indéfinie. Il prévoit, si le séjour s’éternise, de l’y rejoindre pour des séjours d’une semaine ou deux.
J’ai terminé la lecture du dernier livre de Didier Lestrade, dont il annonce qu’il sera bien le dernier. Construit comme un patchwork mêlant d’anciens articles, des extraits de son journal intime, des réflexions sur l’actualité, la liste exhaustive de ses partenaires et même - sur une vingtaine de pages ! - la playlist complète et commentée de ses musiques préférées, la lecture en est quelquefois malaisée : on peut rapidement s’égarer, si l’on n’y prend garde, dans un fouillis de digressions et de parenthèses emboitées. Mais on ne peut qu’être touché par ton général, celui d’un écorché vif, sans cesse en colère, fâché avec tout le monde, selon la formule de Fakir. Le style, toujours émaillé d’un franglais assumé et un peu poseur, relève à la fois du plaidoyer, du récit épique et de l’imprécation. Les dernières pages recèlent quelques observations pertinentes et bienvenues sur les parcours inverses des hétéros, dont l’esprit s’affranchit quand celui des gays adhère à l’extrême0 droite. L’impression que je retiens de ces Mémoires est un peu triste, comme le cri d’un homme en colère contre le monde entier et surtout contre son sort, quand il réalise que décidément la vieillesse est bien un naufrage.
Le contraste est grand avec le livre d’Elisabeth Quin sur Gérald Nanty, que je viens de relire (je l’avais emporté à Montsouris pour me distraire des longues attentes). Elle y évoque pourtant la même époque, les mêmes lieux et on y croise parfois les mêmes personnages, mais le monde gay qu’elle y dépeint est aussi léger et drôle, y-compris dans le drame, que celui de Lestrade est sinistre et grave. Quant aux styles, il serait cruel de les comparer. Celui de Quin , quasi proustien, est une merveille de subtilité et d’humour. Comme Nietzsche, à l’esprit de lourdeur je préfère la danse.
J’ai terminé la lecture du dernier livre de Didier Lestrade, dont il annonce qu’il sera bien le dernier. Construit comme un patchwork mêlant d’anciens articles, des extraits de son journal intime, des réflexions sur l’actualité, la liste exhaustive de ses partenaires et même - sur une vingtaine de pages ! - la playlist complète et commentée de ses musiques préférées, la lecture en est quelquefois malaisée : on peut rapidement s’égarer, si l’on n’y prend garde, dans un fouillis de digressions et de parenthèses emboitées. Mais on ne peut qu’être touché par ton général, celui d’un écorché vif, sans cesse en colère, fâché avec tout le monde, selon la formule de Fakir. Le style, toujours émaillé d’un franglais assumé et un peu poseur, relève à la fois du plaidoyer, du récit épique et de l’imprécation. Les dernières pages recèlent quelques observations pertinentes et bienvenues sur les parcours inverses des hétéros, dont l’esprit s’affranchit quand celui des gays adhère à l’extrême0 droite. L’impression que je retiens de ces Mémoires est un peu triste, comme le cri d’un homme en colère contre le monde entier et surtout contre son sort, quand il réalise que décidément la vieillesse est bien un naufrage.
Le contraste est grand avec le livre d’Elisabeth Quin sur Gérald Nanty, que je viens de relire (je l’avais emporté à Montsouris pour me distraire des longues attentes). Elle y évoque pourtant la même époque, les mêmes lieux et on y croise parfois les mêmes personnages, mais le monde gay qu’elle y dépeint est aussi léger et drôle, y-compris dans le drame, que celui de Lestrade est sinistre et grave. Quant aux styles, il serait cruel de les comparer. Celui de Quin , quasi proustien, est une merveille de subtilité et d’humour. Comme Nietzsche, à l’esprit de lourdeur je préfère la danse.
25 mars 2025
Le plus dur est d’attendre... Ce bref séjour à Montsouris pour réaliser la biopsie n’a pas été trop éprouvant, hormis la nuit passée loin de mon Minbl... et les attentes interminables, avant et après l’examen : plus de trois heures le matin à guetter les bruits dans le couloir avant de descendre au scanner, plus de deux l’après-midi avant la dernière radio de contrôle qui doit décider de ma sortie. Pour le reste, l’examen lui-même n’est pas douloureux, et le personnel soignant très attentif. On me décrit longuement et en détails chaque étape du processus, et on s’enquiert sans cesse de mes questions. Je mesure là à quel point l’attitude du monde médical a changé depuis l’époque, pas si lointaine, où le patron suivi de ses étudiants visitait le service en cortège, et commentait l’état des patients sans leur jeter un regard....
Le retour en taxi jusqu’à la maison me semble aussi un peu long, à cause d’une douleur diffuse dont on m’avait prévenu, elle se calmera rapidement. Il ne reste plus à, attendre que le résultat, dans une semaine au moins.
Le retour en taxi jusqu’à la maison me semble aussi un peu long, à cause d’une douleur diffuse dont on m’avait prévenu, elle se calmera rapidement. Il ne reste plus à, attendre que le résultat, dans une semaine au moins.
19 mars 2025
Parenthèse bienvenue : la visite de Paola, que nous accueillons à la gare de Lyon, chargée comme un sherpa himalayen (énorme sac à dos et immense sac à roulettes pour le piano). Après le déjeuner aux Affranchis, nous commandons un taxi pour la conduire sur le lieu du concert, où elle est attendue à 18h pour s’installer. Après l’avoir déposée et en attendant le concert prévu pour 20h, nous parcourons le Printemps et les Galeries Lafayette (nous n’y étions plus entrés depuis dix ans au moins) et nous remarquons que les employés y sont beaucoup plus nombreux que les clients. Warhol avait prophétisé que les grands magasins deviendraient des musées, et vice-versa.
De retour au 6 de la rue Caumartin, nous découvrons le Petit Olympia. Rebaptisé ainsi après la reconstruction du quartier, c’est un bar-restaurant qui occupe l’emplacement du Bar romain que j’ai connu autrefois. Le nouvel aménagement, tout en faux-ancien, est beaucoup plus vaste, doté d’un restaurant en sous-sol, d’où un escalier plonge encore plus bas pour donner accès à la spectaculaire salle arts-déco où se tient le concert. Il est organisé par une association, Sofar, qui sélectionne des lieux insolites pour y faire découvrir de jeunes artistes à un public restreint. La salle est immense, rectangulaire, totalement vide de tout mobilier. Le sol est recouvert de moquette, et le plafond, très haut, est entièrement habillé, tout comme les murs, de motifs et de fresques en céramique à dominante vert sombre, assez semblables à celles du restaurant La Cigale, à Nantes. Une scène légèrement surélevée occupe une extrémité, mais les artistes chanteront au centre, dans un petit cercle délimité par un ruban de led. Les spectateurs sont assis en demi-cercle à même le sol et nous sommes de très loin les plus âgés. En préambule, l’organisatrice relate l’historique ce cette salle au décor classé, destinée à l’origine à abriter des billards, puis transformée en salle de répétition pour l’ancien Olympia, avant d’être finalement déplacée deux étages plus bas lors des travaux.
Trois chanteuses sont à l’affiche, Paola est la deuxième. Celle qui la précède a déjà fait une première partie à l’Olympia. Très belle voix jazzy , sobrement accompagnée par un guitariste. Paola enchaîne ensuite avec beaucoup de maîtrise. Trois chansons et un dernier morceau à la flute. Elle est très applaudie. L’ensemble du concert a été filmé pour diffusion sur le site de l’association.
Le lendemain, nous sommes au Musée d’Orsay dès l’ouverture, pour une visite rapide mais complète que nous concluons par un déjeuner au café Campana, dont notre cher Bruno nous avait frustrés deux semaines auparavant. Avant que nous la raccompagnions au train, Paola nous confie le trépied de son piano pour le stocker à la cave. Gage que ce premier concert parisien sera suivi de beaucoup d’autres ? ...
De retour au 6 de la rue Caumartin, nous découvrons le Petit Olympia. Rebaptisé ainsi après la reconstruction du quartier, c’est un bar-restaurant qui occupe l’emplacement du Bar romain que j’ai connu autrefois. Le nouvel aménagement, tout en faux-ancien, est beaucoup plus vaste, doté d’un restaurant en sous-sol, d’où un escalier plonge encore plus bas pour donner accès à la spectaculaire salle arts-déco où se tient le concert. Il est organisé par une association, Sofar, qui sélectionne des lieux insolites pour y faire découvrir de jeunes artistes à un public restreint. La salle est immense, rectangulaire, totalement vide de tout mobilier. Le sol est recouvert de moquette, et le plafond, très haut, est entièrement habillé, tout comme les murs, de motifs et de fresques en céramique à dominante vert sombre, assez semblables à celles du restaurant La Cigale, à Nantes. Une scène légèrement surélevée occupe une extrémité, mais les artistes chanteront au centre, dans un petit cercle délimité par un ruban de led. Les spectateurs sont assis en demi-cercle à même le sol et nous sommes de très loin les plus âgés. En préambule, l’organisatrice relate l’historique ce cette salle au décor classé, destinée à l’origine à abriter des billards, puis transformée en salle de répétition pour l’ancien Olympia, avant d’être finalement déplacée deux étages plus bas lors des travaux.
Trois chanteuses sont à l’affiche, Paola est la deuxième. Celle qui la précède a déjà fait une première partie à l’Olympia. Très belle voix jazzy , sobrement accompagnée par un guitariste. Paola enchaîne ensuite avec beaucoup de maîtrise. Trois chansons et un dernier morceau à la flute. Elle est très applaudie. L’ensemble du concert a été filmé pour diffusion sur le site de l’association.
Le lendemain, nous sommes au Musée d’Orsay dès l’ouverture, pour une visite rapide mais complète que nous concluons par un déjeuner au café Campana, dont notre cher Bruno nous avait frustrés deux semaines auparavant. Avant que nous la raccompagnions au train, Paola nous confie le trépied de son piano pour le stocker à la cave. Gage que ce premier concert parisien sera suivi de beaucoup d’autres ? ...
12 mars 2025
Nous ne fêterons pas à Dresde notre prochain anniversaire : pour l’un comme l’autre, en notre for intérieur, ce voyage était déjà annulé depuis longtemps. Nous hésitions simplement à nous l’avouer. En sortant de l’hôpital, c’est le premier commentaire qui simultanément nous est venu aux lèvres. Le calendrier pour les prochaines semaines est encore imprécis, mais nous savons déjà qu’une opération se profile à la mi-avril, et le voyage, si nous le maintenions, serait plombé par cette perspective. Qui plus est, j’ai réalisé il y a peu que cette production de Tosca avec Calleja est bien celle que nous avons vue à Berlin l’an dernier. L’Allemagne est reportée à l’automne. La prochaine étape décisive sera le résultat de la biopsie prévue la semaine prochaine. Dans tous les cas, il faudra opérer, plus ou moins largement. Une fois de plus, je me réjouis du sang-froid - qui n’est pas feint - dont fait preuve mon Minbl. Nous partageons aussi cette faculté, plus qu’utile, de garder notre calme dans les tempêtes. Elle va de pair avec notre horreur des réactions hystériques.
11 mars 2025
Toujours dans l’expectative, mais comme les examens révélant l’absence de métastases ont écarté la perspective d’un danger immédiat, l’attente du diagnostic final, qui sera dicté par la biopsie, devient beaucoup plus supportable. Chat GPT, à qui j’ai soumis les compte-rendus, privilégie l’hypothèse d’un cancer "non à petites cellules" au stade 1, mais n’exclut pas totalement que le nodule soit bénin et provoqué par le méthotrexate, même si cette hypothèse semble peu probable. Espérons seulement que le prélèvement pourra se faire sans tarder.
Hier, ma visite à Michèle B. m’a confirmé (si j’en doutais encore) son adhésion désormais sans réserve aux thèmes favoris de l’extrême droite et sa contribution aux rumeurs complotistes qui courent sur ses réseaux : elle me montre une vidéo, filmée le 8 mai, dans laquelle une manifestante dénonce les danger du déluge fasciste qui déferle sur le monde, et elle voit dans ce discours un dévoiement de la cause féministe. Même si elle reconnaît du bout des lèvres que les atteintes à la liberté d’avorter ne sont pas un danger imaginaire, les femme qui manifestent sont dit-elle des islamo-gauchistes, qui brandissent des drapeaux palestiniens et interdisent à des femmes juives de se joindre au cortège.
Un autre propos troublant concerne Anne Hidalgo : elle me raconte comment elles ont été longtemps proches, jusqu’à ce que Michèle décide de quitter la section du PS où elles siégeaient ensemble, et comment sa lettre de démission (où elle disait pourtant, dit-elle, lui conserver toute son amitié...) a jeté un froid dans leur relation, jusqu’à la rupture totale. Dans le fil de ce récit, elle glisse une allusion à la fille d’Anne Hidalgo et de François Hollande, celle à qui elle rend régulièrement visite en Nouvelle-Calédonie. Surpris par cette révélation, je la pousse à préciser, et elle m’explique que Hollande et Hidalgo ont eu jadis une liaison, avant que Ségolène Royal "lui pique son amant" pour l’épouser, ce qui serait à l’origine de la haine entre les deux femmes...
Mon Minbl à qui je rapporte ce scoop s’en étonne comme moi, et comme je cherche à le confirmer, je découvre qu’il s’agit là d’une rumeur ancienne, lancé il y a une vingtaine d’années, à propos non pas de sa fille (née d’un premier mariage), mais de l’un des fils de François Hollande et Ségolène Royal. Démentie par toutes les parties, cette rumeur continue sa course, et Michèle, qui à l’évidence contribue de la relayer, s’étonne aujourd’hui que son ancienne amie la batte froid...
Hier, ma visite à Michèle B. m’a confirmé (si j’en doutais encore) son adhésion désormais sans réserve aux thèmes favoris de l’extrême droite et sa contribution aux rumeurs complotistes qui courent sur ses réseaux : elle me montre une vidéo, filmée le 8 mai, dans laquelle une manifestante dénonce les danger du déluge fasciste qui déferle sur le monde, et elle voit dans ce discours un dévoiement de la cause féministe. Même si elle reconnaît du bout des lèvres que les atteintes à la liberté d’avorter ne sont pas un danger imaginaire, les femme qui manifestent sont dit-elle des islamo-gauchistes, qui brandissent des drapeaux palestiniens et interdisent à des femmes juives de se joindre au cortège.
Un autre propos troublant concerne Anne Hidalgo : elle me raconte comment elles ont été longtemps proches, jusqu’à ce que Michèle décide de quitter la section du PS où elles siégeaient ensemble, et comment sa lettre de démission (où elle disait pourtant, dit-elle, lui conserver toute son amitié...) a jeté un froid dans leur relation, jusqu’à la rupture totale. Dans le fil de ce récit, elle glisse une allusion à la fille d’Anne Hidalgo et de François Hollande, celle à qui elle rend régulièrement visite en Nouvelle-Calédonie. Surpris par cette révélation, je la pousse à préciser, et elle m’explique que Hollande et Hidalgo ont eu jadis une liaison, avant que Ségolène Royal "lui pique son amant" pour l’épouser, ce qui serait à l’origine de la haine entre les deux femmes...
Mon Minbl à qui je rapporte ce scoop s’en étonne comme moi, et comme je cherche à le confirmer, je découvre qu’il s’agit là d’une rumeur ancienne, lancé il y a une vingtaine d’années, à propos non pas de sa fille (née d’un premier mariage), mais de l’un des fils de François Hollande et Ségolène Royal. Démentie par toutes les parties, cette rumeur continue sa course, et Michèle, qui à l’évidence contribue de la relayer, s’étonne aujourd’hui que son ancienne amie la batte froid...
6 mars 2025
La métaphore du chat de Schrödinger décrit bien la rumination qui en ce moment colonise mon esprit, malgré un effort permanent pour m’en distraire. Comme pour lui, mon destin se résume à une série d’hypothèses dont les tests à venir diront quelle est la plus probable, et jusque là, mes pensées les explorent toutes l’une après l’autre, oscillant ainsi en permanence entre l’espoir et le doute. L’IRM de la semaine dernière ayant éliminé l’hypothèse la plus pessimiste de métastases cérébrales, il reste à évaluer demain celle que révèlera le TEP. Dans le meilleur des cas, le danger ne serait plus imminent, mais il resterait tout de même une foule de scénarios superposés à ruminer encore. Le chat, lui, avait la chance d’ignorer l’incertitude de son destin... et celle surtout de n’exister que dans l’esprit de son créateur.
Pour le reste, les nouvelles du monde ne sont pas plus rassurantes et l’avenir tout aussi incertain : la rhétorique politique évoque ouvertement désormais la perspective d’une guerre mondiale. Dans l’ordre du jour des sommets internationaux le réchauffement climatique - désormais inévitable et que l’on renonce à combattre - cède la place au réarmement. On se demande désormais qui, de la guerre ou des intempéries aura raison le premier de l’espèce humaine pour laisser aux invertébrés les clés de la boutique.
Il reste heureusement quelques diversions pour nous faire oublier un moment ces menaces. L’une des plus agréables ces derniers jours fut notre découverte du Mac Val de Vitry-sur-Seine et de son restaurant. Le thème de l’exposition en cours, faits divers, rappelle la série de Warhol sur les accidents et la chaise électrique, en incluant aussi une perspective politique, à travers des images très fortes sur les immolations d’employés d’Orange ou d’allocataires de l’ANPE.
Au registre des faits divers, je m’interroge aussi sur la manière dont a été conduite l’instruction du procès Le Scouarnec, ce chirurgien auteur de centaines de viols sur des victimes sous anesthésie. La plupart d’entre elles n’avaient aucun souvenir de ce qui leur était arrivé, et sur la base du carnet où il consignait ses méfaits, les enquêteurs sont allés frapper à leur porte pour le leur révéler, avec les conséquences psychologiques qu’on imagine. J’ignore quelles arguties juridiques ont permis la cruauté de ces démarches , mais je note que parmi ceux qui les ont conduites, une seule enquêtrice en a été traumatisée au point de quitter le métier.
Pour le reste, les nouvelles du monde ne sont pas plus rassurantes et l’avenir tout aussi incertain : la rhétorique politique évoque ouvertement désormais la perspective d’une guerre mondiale. Dans l’ordre du jour des sommets internationaux le réchauffement climatique - désormais inévitable et que l’on renonce à combattre - cède la place au réarmement. On se demande désormais qui, de la guerre ou des intempéries aura raison le premier de l’espèce humaine pour laisser aux invertébrés les clés de la boutique.
Il reste heureusement quelques diversions pour nous faire oublier un moment ces menaces. L’une des plus agréables ces derniers jours fut notre découverte du Mac Val de Vitry-sur-Seine et de son restaurant. Le thème de l’exposition en cours, faits divers, rappelle la série de Warhol sur les accidents et la chaise électrique, en incluant aussi une perspective politique, à travers des images très fortes sur les immolations d’employés d’Orange ou d’allocataires de l’ANPE.
Au registre des faits divers, je m’interroge aussi sur la manière dont a été conduite l’instruction du procès Le Scouarnec, ce chirurgien auteur de centaines de viols sur des victimes sous anesthésie. La plupart d’entre elles n’avaient aucun souvenir de ce qui leur était arrivé, et sur la base du carnet où il consignait ses méfaits, les enquêteurs sont allés frapper à leur porte pour le leur révéler, avec les conséquences psychologiques qu’on imagine. J’ignore quelles arguties juridiques ont permis la cruauté de ces démarches , mais je note que parmi ceux qui les ont conduites, une seule enquêtrice en a été traumatisée au point de quitter le métier.
21 février 2025
Il est temps de renouer sans délai le fil de ce récit, rompu il y a un mois par les ruminations moroses qui ont envahi mon esprit, ne serait-ce que pour les combattre, car l’effort d’écriture est un bon remède au vagabondage de la pensée. L’énergie qui me manquait m’est revenue soudain sous l’impulsion de mon Minbl, lorsque, d’un air faussement détaché, il m’a interrogé sur la raison de cette interruption, me confirmant ainsi qu’il consultait ce journal, et répondant du même coup à la question qui me hante depuis le début : celle de savoir à qui j’en destine la lecture. Il est clair désormais qu’il s’agit d’une zone de mémoire partagée, où je m’efforcerai de consigner ce que nous aimerions ne pas oublier. L’assiduité à nourrir ce journal en devient d’autant plus indispensable, et je prends plaisir à m’y astreindre, n’ayant plus de doute sur son utilité.
Quant à l’origine du blocage, elle tient évidemment à nos bulletins de santé, auxquels les premiers jours de ce mois ont ajouté un élément très heureux pour mon Minbl (sa mammographie nous a totalement rassurés), et pour moi au contraire, un scanner pulmonaire quelque peu inquiétant. Je préfère bien sûr que la menace pèse sur moi plutôt que lui (même si c’est absurde puisque le destin se fiche de nos préférences), mais le meilleur choix serait des nouvelles rassurantes pour tous les deux... nous en saurons plus dans deux semaines. Conclusion provisoire inspirée par cet épisode, comme par celui de la vésicule biliaire : le danger surgit le plus souvent où on ne l’attend pas, et l’hypocondrie n’empêche pas plus la maladie que la peur protège du danger.
Ce constat a beau s’imposer à ma raison, il ne réduit en rien, hélas, ma compulsion permanente à anticiper toutes les catastrophes possibles, comme si les prévoir pouvait empêcher qu’elles adviennent.
Le mécanisme de cette pensée magique, qui gâche en permanence la plupart de mes plaisirs, bien décrite par Houellebecq ("on sait déjà, au moment où l’on commence à vivre un bonheur, que l’on va, au bout du compte, le perdre"), est analysé sous un jour nouveau dans le livre du neurologue Lionel Naccache. Il y décrit les processus physiologiques à l’origine de nos croyances (au sens large, incluant nos convictions, nos goûts et nos phantasmes), dont beaucoup sont inaccessibles à la raison. Cette approche matérialiste de l’inconscient, qui n’est pas l’objet principal du livre "Un sujet en soi", consacré essentiellement à une réflexion sur le Talmud, m’incite à lire les ouvrages précédents. Une autre lecture m’avait auparavant beaucoup absorbé, celle du nouveau roman de Richard Powers, Un jeu sans fin, où j’ai retrouvé le souffle de ses premières œuvres (cf.La chambre aux échos), et une critique originale et bien conduite de l’anthropocentrisme. La construction, comme à son habitude, assez complexe, m’a obligé à coucher sur le papier une généalogie des personnages.
D’autres diversions heureuses m’ont de même heureusement distrait de mes pensées moroses, comme cette soirée totalement impromptue à l’Opéra de Massy : Patrick nous offre pour le soir même deux places pour un spectacle de ballets auquel il ne peut assister. Une heure de trajet par le RER B nous conduit dans un opéra confortable et bien équipé, où se produit pour un soir, devant une salle comble, une jeune compagnie barcelonaise, IT dansa. La représentation commence mal, par un ballet en costumes inspiré d’une sorte de cérémonie vaudou. Au bout d’un quart d’heure, alors que nous commençons à redouter l’ennui et que la danseuse victime du sacrifice rituel est trainée en coulisse, le rideau se baisse soudain, et les cris de la malheureuse accompagnés d’un brouhaha nous font réaliser que cette séquence ne faisait pas partie de la chorégraphie. La salle se rallume, une régisseuse vient annoncer que la danseuse s’est blessée, et le ballet s’arrêtera là. Il faudra attendre près d’une heure et l’arrivée des pompiers avant que le programme reprenne, et nous redoutons le pire pour le reste de la soirée.
Soudain, tout change. Trois pas de deux (deux femmes, deux hommes, un homme et une femme), sur la sublime musique de Barry Lindon (trio pour piano et cordes de Schubert), nous éblouissent par la beauté, l’harmonie et la sensualité des corps et des gestes.
La dernière pièce, la plus longue, achève notre conquête. Elle débute par le subtil crescendo d’un homme seul agité de brusques soubresauts, rejoint peu à peu par la troupe au complet sur des musiques mêlant techno et rythmes afro-cubains. Ils sont une vingtaine, garçons et filles de moins de trente ans, tous impressionnants de grâce, d’énergie et de perfection technique. Le synchronisme absolu des figures d’ensemble est proprement captivant. Le dernière partie atteint l’apothéose quand les danseurs parcourent la salle pour entraîner sur scène une dizaine de spectatrices, qu’ils intègrent instantanément et en parfaite harmonie à une chorégraphie de tango argentin. Sur le chemin du retour vers le RER, nous sommes encore émus, bouleversés par la grâce et la créativité de ce spectacle d’autant plus beau qu’il était inattendu.
Rien ne me plaît davantage que ces moments d’émotions partagées, qui peuvent naître aussi beaucoup plus simplement, comme en retrouvant le marché couvert et notre restaurant du Plessis-Robinson, et de nos pas conjugués sur le chemin du retour.
Grand plaisir encore, en découvrant notre nouvelle procédure d’accès au Louvre : elle nous conduit en quelques minutes jusqu’aux salons de l’aile Richelieu, qui hébergent une exposition sur la haute-couture dont l’intégration au décor est plutôt réussie. Nous pourrons désormais revenir à loisir, et parcourir les salles sans affronter la foule.
Enfin dans la série de remèdes anti-spleen que mon Minbl s’ingénie à me délivrer le soir, nous avons revu trois films qui relèvent du chef-d’œuvre dans des registres très différents : La tête en friche pour le duo Depardieu - Gisèle Casadessus, Dans la cour pour Catherine Deneuve, et Grand Hôtel Budapest pour le génie inventif de Wes Anderson. Décidément, seules les belles choses nous consolent des affres du vieillissement et de la folie du monde.
Quant à l’origine du blocage, elle tient évidemment à nos bulletins de santé, auxquels les premiers jours de ce mois ont ajouté un élément très heureux pour mon Minbl (sa mammographie nous a totalement rassurés), et pour moi au contraire, un scanner pulmonaire quelque peu inquiétant. Je préfère bien sûr que la menace pèse sur moi plutôt que lui (même si c’est absurde puisque le destin se fiche de nos préférences), mais le meilleur choix serait des nouvelles rassurantes pour tous les deux... nous en saurons plus dans deux semaines. Conclusion provisoire inspirée par cet épisode, comme par celui de la vésicule biliaire : le danger surgit le plus souvent où on ne l’attend pas, et l’hypocondrie n’empêche pas plus la maladie que la peur protège du danger.
Ce constat a beau s’imposer à ma raison, il ne réduit en rien, hélas, ma compulsion permanente à anticiper toutes les catastrophes possibles, comme si les prévoir pouvait empêcher qu’elles adviennent.
Le mécanisme de cette pensée magique, qui gâche en permanence la plupart de mes plaisirs, bien décrite par Houellebecq ("on sait déjà, au moment où l’on commence à vivre un bonheur, que l’on va, au bout du compte, le perdre"), est analysé sous un jour nouveau dans le livre du neurologue Lionel Naccache. Il y décrit les processus physiologiques à l’origine de nos croyances (au sens large, incluant nos convictions, nos goûts et nos phantasmes), dont beaucoup sont inaccessibles à la raison. Cette approche matérialiste de l’inconscient, qui n’est pas l’objet principal du livre "Un sujet en soi", consacré essentiellement à une réflexion sur le Talmud, m’incite à lire les ouvrages précédents. Une autre lecture m’avait auparavant beaucoup absorbé, celle du nouveau roman de Richard Powers, Un jeu sans fin, où j’ai retrouvé le souffle de ses premières œuvres (cf.La chambre aux échos), et une critique originale et bien conduite de l’anthropocentrisme. La construction, comme à son habitude, assez complexe, m’a obligé à coucher sur le papier une généalogie des personnages.
D’autres diversions heureuses m’ont de même heureusement distrait de mes pensées moroses, comme cette soirée totalement impromptue à l’Opéra de Massy : Patrick nous offre pour le soir même deux places pour un spectacle de ballets auquel il ne peut assister. Une heure de trajet par le RER B nous conduit dans un opéra confortable et bien équipé, où se produit pour un soir, devant une salle comble, une jeune compagnie barcelonaise, IT dansa. La représentation commence mal, par un ballet en costumes inspiré d’une sorte de cérémonie vaudou. Au bout d’un quart d’heure, alors que nous commençons à redouter l’ennui et que la danseuse victime du sacrifice rituel est trainée en coulisse, le rideau se baisse soudain, et les cris de la malheureuse accompagnés d’un brouhaha nous font réaliser que cette séquence ne faisait pas partie de la chorégraphie. La salle se rallume, une régisseuse vient annoncer que la danseuse s’est blessée, et le ballet s’arrêtera là. Il faudra attendre près d’une heure et l’arrivée des pompiers avant que le programme reprenne, et nous redoutons le pire pour le reste de la soirée.
Soudain, tout change. Trois pas de deux (deux femmes, deux hommes, un homme et une femme), sur la sublime musique de Barry Lindon (trio pour piano et cordes de Schubert), nous éblouissent par la beauté, l’harmonie et la sensualité des corps et des gestes.
La dernière pièce, la plus longue, achève notre conquête. Elle débute par le subtil crescendo d’un homme seul agité de brusques soubresauts, rejoint peu à peu par la troupe au complet sur des musiques mêlant techno et rythmes afro-cubains. Ils sont une vingtaine, garçons et filles de moins de trente ans, tous impressionnants de grâce, d’énergie et de perfection technique. Le synchronisme absolu des figures d’ensemble est proprement captivant. Le dernière partie atteint l’apothéose quand les danseurs parcourent la salle pour entraîner sur scène une dizaine de spectatrices, qu’ils intègrent instantanément et en parfaite harmonie à une chorégraphie de tango argentin. Sur le chemin du retour vers le RER, nous sommes encore émus, bouleversés par la grâce et la créativité de ce spectacle d’autant plus beau qu’il était inattendu.
Rien ne me plaît davantage que ces moments d’émotions partagées, qui peuvent naître aussi beaucoup plus simplement, comme en retrouvant le marché couvert et notre restaurant du Plessis-Robinson, et de nos pas conjugués sur le chemin du retour.
Grand plaisir encore, en découvrant notre nouvelle procédure d’accès au Louvre : elle nous conduit en quelques minutes jusqu’aux salons de l’aile Richelieu, qui hébergent une exposition sur la haute-couture dont l’intégration au décor est plutôt réussie. Nous pourrons désormais revenir à loisir, et parcourir les salles sans affronter la foule.
Enfin dans la série de remèdes anti-spleen que mon Minbl s’ingénie à me délivrer le soir, nous avons revu trois films qui relèvent du chef-d’œuvre dans des registres très différents : La tête en friche pour le duo Depardieu - Gisèle Casadessus, Dans la cour pour Catherine Deneuve, et Grand Hôtel Budapest pour le génie inventif de Wes Anderson. Décidément, seules les belles choses nous consolent des affres du vieillissement et de la folie du monde.
24 janvier 2025
Le talent et le succès ne sont pas une assurance contre l’échec : Josiane, la dernière pièce de Pierre Guillois, que nous avons vue hier soir, en est hélas la démonstration. Notre souvenir enthousiaste de Les gros patinent bien, Bigre et Le gros, la brute et le mainate nous ont fait négliger les quelques indices qui annonçaient le désastre : que la pièce quitte l’affiche au bout d’un mois, que Stéphane et Laurence - qui l’ont vue quelques jours avant - nous disent préférer ne rien nous en dire, et surtout qu’un jeudi soir la salle soit plus qu’à moitié vide. Dès la première minute, on pressent la catastrophe : les répliques tombent à plat, dans un silence glacial et gêné. Pas un rire, sauf au tout début le gloussement forcé d’un inconditionnel. Nous ne sommes pas les seuls à nous sentir mal à l’aise devant ce fiasco, une mauvaise copie de tout ce que nous avons adoré dans les pièces précédentes, sauf que le second degré n’y fonctionne pas. Malgré la conviction des acteurs, le spectacle dont on devine qu’il prétend au loufoque, se révèle simplement vulgaire et ennuyeux. Il s’achève sur quelques applaudissements de pure politesse, et une hâte générale à sortir de la salle. Tous les visages semblent atterrés. Reste à expliquer par quel mystère un auteur aussi talentueux peut à tel point se fourvoyer, et comment un directeur de théâtre a pu être séduit par la lecture de ce texte. La genèse des échecs est aussi mystérieuse que celle des triomphes.
20 janvier 2025
Un week-end plein de nouveautés et de bonnes surprises, partagées avec Paola et Victor, nos premiers visiteurs depuis que nous vivons ici. En deux jours, deux spectacles, deux repas à l’extérieur, deux à la maison, et quelques kilomètres de marche, malgré le temps peu propice, froid et brumeux.
Le soir de leur arrivée, après un diner au Pho 13, ( ils apprécient comme nous la cuisine asiatique), nous revoyons ensemble Paterson de J. Jarmush.
Samedi, après le déjeuner à la Serenissima, nous montons jusqu’à Montmartre, et malgré le bouillard, qui ne se lèvera pas de tout le week-end, nous redescendons à pied jusqu’aux Halles, en empruntant les passages des boulevards. Après un thé à la maison, en route pour le concert de Florian Christl, à l’église américaine. Très belle découverte que ce jeune pianiste et compositeur autrichien, dans la lignée de Philip Glass. Sa musique nous a presque fait oublier le froid qui commencait a nous envahir. Paola etait ravie qu’il lui dédicace une partition et que je les prenne ensemble en photo.
Dimanche, nous déjeunons à la maison avant d’aller voir en matinée à la Scala, un spectacle que nous avons choisi à la dernière minute et à l’aveugle, seulement guidés par le nom de Pierre Guillois qui en assure la mise en scène. Et c’est une très heureuse surprise : la pièce, Sea Girls est une comédie musicale extrêmement drôle, interprétée par trois anciennes danseuses de cabaret qui chantent en direct, accompagnées par un trio de musiciens, tous très talentueux. Le thème de la pièce, les affres de la vie d’artiste, est traité avec un humour à la Monty Python qui nous ravit tous les quatre. Le théâtre lui-même est une découverte : il vient d’être habilement réaménagé, et il faudra que nous en consultions régulièrement la programmation...
Après un dîner succinct à la maison, nous revoyons le DVD des Délices de Tokyo. Nos invités ont repris le train en fin de matinée, au terme d’un séjour qu’ils nous assurent avoir apprécié. Plaisir partagé. Nous reverrons Paola le 18 mars, pour son premier concert à Paris.
Pour le reste, les télés multiplient les éditions spéciales autour de Trump et son investiture. J’en retiens seulement l’attitude calamiteuse des Village people dont le leader Victor Willis, après avoir soutenu K. Harris, se réjouit aujourd’hui que Trump utilise YMCA pour ses meetings, assurant qu’il n’y voit "aucune connotation gay" ! Mais la remontée inespérée du titre en tête des ventes et des écoutes vaut bien qu’on se déshonore...
Le soir de leur arrivée, après un diner au Pho 13, ( ils apprécient comme nous la cuisine asiatique), nous revoyons ensemble Paterson de J. Jarmush.
Samedi, après le déjeuner à la Serenissima, nous montons jusqu’à Montmartre, et malgré le bouillard, qui ne se lèvera pas de tout le week-end, nous redescendons à pied jusqu’aux Halles, en empruntant les passages des boulevards. Après un thé à la maison, en route pour le concert de Florian Christl, à l’église américaine. Très belle découverte que ce jeune pianiste et compositeur autrichien, dans la lignée de Philip Glass. Sa musique nous a presque fait oublier le froid qui commencait a nous envahir. Paola etait ravie qu’il lui dédicace une partition et que je les prenne ensemble en photo.
Dimanche, nous déjeunons à la maison avant d’aller voir en matinée à la Scala, un spectacle que nous avons choisi à la dernière minute et à l’aveugle, seulement guidés par le nom de Pierre Guillois qui en assure la mise en scène. Et c’est une très heureuse surprise : la pièce, Sea Girls est une comédie musicale extrêmement drôle, interprétée par trois anciennes danseuses de cabaret qui chantent en direct, accompagnées par un trio de musiciens, tous très talentueux. Le thème de la pièce, les affres de la vie d’artiste, est traité avec un humour à la Monty Python qui nous ravit tous les quatre. Le théâtre lui-même est une découverte : il vient d’être habilement réaménagé, et il faudra que nous en consultions régulièrement la programmation...
Après un dîner succinct à la maison, nous revoyons le DVD des Délices de Tokyo. Nos invités ont repris le train en fin de matinée, au terme d’un séjour qu’ils nous assurent avoir apprécié. Plaisir partagé. Nous reverrons Paola le 18 mars, pour son premier concert à Paris.
Pour le reste, les télés multiplient les éditions spéciales autour de Trump et son investiture. J’en retiens seulement l’attitude calamiteuse des Village people dont le leader Victor Willis, après avoir soutenu K. Harris, se réjouit aujourd’hui que Trump utilise YMCA pour ses meetings, assurant qu’il n’y voit "aucune connotation gay" ! Mais la remontée inespérée du titre en tête des ventes et des écoutes vaut bien qu’on se déshonore...
16 janvier 2025
Je crains que, faute d’une solution pour en limiter le nombre, les musées ne soient conduits un jour à interdire l’usage des smartphones dans les salles d’exposition. A Orsay, hier, chacune des toiles de l’expo Caillebotte n’était visible qu’à travers un rideau serré de bras brandissant des dizaines d’écrans, et les tableaux de grande dimension ne pouvaient être observés que le nez sur la toile. Malgré la file d’attente à l’entrée des salles pour réguler l’afflux, on naviguait avec peine au sein d’une foule compacte. Malgré tous ces inconvénients (dus peut-être à ce que nous étions dans les derniers jours), nous avons pris un très grand plaisir à découvrir des dizaines d’œuvres que nous ne connaissions pas (ou seulement sur photos), issues de collections particulières et de tous les grands musées du monde. Les deux pièces maitresses qui demeurent à Orsay, la Gare Saint-Lazare et les raboteurs de parquet, sont accompagnées d’une multitude de croquis et de toiles préparatoires. Nous n’avions pas vu d’expo de cette qualité depuis celle consacrée à Herbin au musée de Montmartre, et si Caillebotte figure depuis longtemps au panthéon de nos artistes préféré, elle nous a offert de nouvelles raisons de l’admirer. Bruno qui nous accompagnait dans cette visite partage notre jugement, ce qui n’est pas toujours le cas, et opère le même rapprochement que nous avec la peinture de D. Hockney.
En revanche il ne partage visiblement pas notre goût pour les frères Campana, écartant notre suggestion de déjeuner dans leur Café pour nous entraîner au Danton le bistro sinistre où il a ses habitudes, boulevard Saint germain, où nous avons mangé un mauvais alligot, coincés contre une table minuscule. Sur le trajet pour nous y conduire, comme nous cherchions à repérer l’emplacement de la galerie Denise René, il nous a avoué que ce nom lui était inconnu.
Revu ensuite, hier soir, le très beau film de Stephen Frears, Philomenia (2013), où Judi Dench incarne une femme à la recherche du fils qu’adolescente, les religieuses de son orphelinat lui ont enlevé pour le vendre. J’y découvre une analyse politique dont je ne me souviens pas m’être aperçu à la première vision : A travers des dialogues magnifiquement écrits, on comprend que l’écart entre le journaliste pétri de références littéraires et cette femme sans culture dont l’univers se borne aux préjugés religieux qui l’ont détruite ne sera jamais comblé. Tout conduit à cette évidence que le déterminisme social trace dès le plus jeune âge le destin et les limites du futur adulte, surtout s’il s’y joint précocement le poison de la pensée religieuse. A cet égard le retour massif des religions auquel on assiste dans la vie publique constitue sans doute, autant que les dérives du climat, le risque majeur qui nous menace.
En revanche il ne partage visiblement pas notre goût pour les frères Campana, écartant notre suggestion de déjeuner dans leur Café pour nous entraîner au Danton le bistro sinistre où il a ses habitudes, boulevard Saint germain, où nous avons mangé un mauvais alligot, coincés contre une table minuscule. Sur le trajet pour nous y conduire, comme nous cherchions à repérer l’emplacement de la galerie Denise René, il nous a avoué que ce nom lui était inconnu.
Revu ensuite, hier soir, le très beau film de Stephen Frears, Philomenia (2013), où Judi Dench incarne une femme à la recherche du fils qu’adolescente, les religieuses de son orphelinat lui ont enlevé pour le vendre. J’y découvre une analyse politique dont je ne me souviens pas m’être aperçu à la première vision : A travers des dialogues magnifiquement écrits, on comprend que l’écart entre le journaliste pétri de références littéraires et cette femme sans culture dont l’univers se borne aux préjugés religieux qui l’ont détruite ne sera jamais comblé. Tout conduit à cette évidence que le déterminisme social trace dès le plus jeune âge le destin et les limites du futur adulte, surtout s’il s’y joint précocement le poison de la pensée religieuse. A cet égard le retour massif des religions auquel on assiste dans la vie publique constitue sans doute, autant que les dérives du climat, le risque majeur qui nous menace.
14 janvier 2025
Rien de plus sans doute qu’une étrange coïncidence, mais je ne peux m’empêcher de rapprocher la nouvelle salve accusatrice lancée contre l’Abbé Pierre et le traitement médiatique de la mort de JM Le Pen. On diabolise la mémoire de l’un quand on blanchit celle de l’autre. Pour le leader fasciste, la démarche est déjà ancienne, et il faut hélas convenir qu’elle a réussi : les héritiers du parti qu’il a fondé passent désormais pour respectables, et une partie de l’opinion considère leur possible accession au pouvoir comme une simple alternance démocratique. La mort du père signe l’absolution définitive de son passé, et rappeler ses propos nauséabonds , maintes fois condamnés par la justice mais toujours approuvés par ses troupes, relève désormais du sacrilège.
Pour l’abbé, c’est tout l’inverse : vingt ans après sa mort, on révèle soudain sur sa vie sexuelle des secrets qu’on juge aujourd’hui abominables mais dont on convient qu’ils étaient alors connus de tous. Personne n’ayant jamais songé à saisir à la justice avant qu’ils soient prescrits, on peut désormais le condamner sans procès. C’est une agence de com qui s’en charge. L’opération n’est pas pour déplaire aux autorités catholiques désireuses de faire oublier leurs propres turpitudes. Un triomphe de plus pour le puritanisme et la tartufferie.
Pour l’abbé, c’est tout l’inverse : vingt ans après sa mort, on révèle soudain sur sa vie sexuelle des secrets qu’on juge aujourd’hui abominables mais dont on convient qu’ils étaient alors connus de tous. Personne n’ayant jamais songé à saisir à la justice avant qu’ils soient prescrits, on peut désormais le condamner sans procès. C’est une agence de com qui s’en charge. L’opération n’est pas pour déplaire aux autorités catholiques désireuses de faire oublier leurs propres turpitudes. Un triomphe de plus pour le puritanisme et la tartufferie.
13 janvier 2025
Pourquoi les films où l’on mange sont-ils aussi nombreux à faire partie de nos favoris ? Minbl nous en a fait revoir quelques-uns ces derniers jours : Les délices de Tokyo (2015), Salé sucré (1994), et hier soir Tampopo (1985). Trois chefs-d’œuvre dont l’un des points communs est d’échapper au temps. Y ajouter The lunchbox pourrait faire penser à un génie propre au continent asiatique, mais Le festin de Babette (1987), si souvent revu avec le même délice, démontre que la géographie n’y est pour rien.
10 janvier 2025
Si la mort de Le Pen, disparu de la vie publique depuis des années, n’est pas en elle-même un évènement, le traitement que lui réservent la presse et les médias en est un, ô combien révélateur de leur complaisance pour l’idéologie nauséabonde dont il fut le chantre. Le ton a été donné par les communiqués officiels : soigneusement évasif, Macron s’en remet au "jugement de l’histoire" et Bayrou frôle l’hommage en saluant le "combattant" qui faisait des "polémiques" son arme favorite. En plein flirt avec le parti fasciste, partenaire susceptible dont dépend sa survie, il serait bien sûr malséant pour le Premier Ministre de préciser la nature de ces polémiques : négation de l’holocauste, racisme, antisémitisme, xénophobie, homophobie, légitimation de la torture... Dans les portraits qu’ils brossent de ce "leader charismatique" Le Monde et Libé rappellent certes ces traits accablants, mais soulignent surtout son "gôut de la provocation" (qui, sans doute, le poussait à d’innocents jeux de mots sur les fours crématoires, "détails de l’histoire" ?)
La une de Libé une photo de Le Pen entouré de ses chiens de combat et légendée "Maréchal, me voilà !" résume assez bien l’idée générale : un personnage historique haut en couleurs dont, sans partager ses idées, on peut apprécier la faconde et même en sourire.
Sentiment visiblement non partagé par les milliers de manifestants qui se sont rassemblés spontanément pour fêter sa mort. Mais les médias unanimes soulignent l’indécence d’un tel comportement. Car le fascisme n’est plus un danger, mais une pensée allternative à respecter. Trump a bien gagné la partie, et pas seulement chez lui.
La une de Libé une photo de Le Pen entouré de ses chiens de combat et légendée "Maréchal, me voilà !" résume assez bien l’idée générale : un personnage historique haut en couleurs dont, sans partager ses idées, on peut apprécier la faconde et même en sourire.
Sentiment visiblement non partagé par les milliers de manifestants qui se sont rassemblés spontanément pour fêter sa mort. Mais les médias unanimes soulignent l’indécence d’un tel comportement. Car le fascisme n’est plus un danger, mais une pensée allternative à respecter. Trump a bien gagné la partie, et pas seulement chez lui.
6 janvier 2025
Quel plaisir, hier soir, de revoir Dolly Parton et Burt Reynolds dans The Best Little Whorehouse in Texas ! Le film date de 1982, et Minbl me rappelle que c’est l’un de nos premiers achats de DVD. La qualité technique de l’enregistrement n’est pas parfaite, mais l’œuvre n’a rien perdu de sa fraîcheur, et je me demande même si le puritanisme d’aujourd’hui accepterait tant d’impertinence. La musique vient d’une comédie musicale dont le film est l’adaptation, plus deux chansons écrites par Dolly Parton, dont le fameux I will always love you. Les scènes de ballets sont magnifiques, et le numéro dansé du gouverneur Charles Durning est inoubliable.
J’ai renoué cet après-midi avec ma visite du lundi à Michèle B., la première depuis un mois. Elle continue de s’indigner du traitement réservé à Marine Le Pen par les médias, et de fustiger les algériens, qui s’obstinent à se poser en victimes de la colonisation française, et à nous en faire éternellement payer le prix.
J’ai renoué cet après-midi avec ma visite du lundi à Michèle B., la première depuis un mois. Elle continue de s’indigner du traitement réservé à Marine Le Pen par les médias, et de fustiger les algériens, qui s’obstinent à se poser en victimes de la colonisation française, et à nous en faire éternellement payer le prix.
5 janvier 2025
J’avais à-peu-près tout oublié du film que nous avons revu hier soir, L’homme de sa vie de Zabou Breitman, sorti en 2006, y-compris à quel point il nous avait plu. Ma mémoire n’avait retenu de sa filmographie que Se souvenir des belles choses, sorti cinq ans plus tôt, où Barnard Campan tenait déjà le rôle principal. Il a cette fois pour partenaires Charles Berling et Léa Drucker, et si l’histoire n’a rien de dramatique comme dans le précédent, l’émotion et le plaisir qu’elle éveille sont aussi vifs. Cela tient pour l’essentiel au climat, et au mode du récit, qui restitue de manière très subtile le fonctionnement de la conscience : Le fil n’est pas chronologique : opérant sans cesse des aller-retours et des répétitions, il suit plutôt l’enchaînement des pensées de chacun des personnages. Un dispositif narratif très complexe mais parfaitement maîtrisé. Le cadre est celui d’une maison de vacances où se retrouve une grande famille. Le maître de maison, Bernard Campan, invite à dîner leur voisin Charles Berling, et après le repas, leur discussion en tête-à-tête sur le sens de vie va troubler jusqu’à les faire voler en éclats les certitudes convenues du père de famille sur son bonheur tranquille. Au-delà du motif, devenu banal, de l’hétéro qui découvre son attirance pour un homme, le film illustre les prisons mentales construites par conformisme ou peur de la solitude, et les contradictions qui les hantent. Le personnage d’Hugo (C. Berling) incarne parfaitement cette complexité : on découvre ainsi que son refus de toute attache, qu’il justifie comme besoin de liberté, tient à ce qu’il a été banni jadis par un père homophobe, dont il consent tout de même à revenir accompagner le dernier souffle, sur l’insistance de sa fille, dont l’existence est révélée à cette occasion.
Le réussite du film tient à ce subtil équilibre entre un propos globalement subversif sur l’enfer des familles et un traitement exempt de gravité. Z. Breitman y fait montre d’une belle ouverture d’esprit et d’une grande maîtrise de son art.
Le réussite du film tient à ce subtil équilibre entre un propos globalement subversif sur l’enfer des familles et un traitement exempt de gravité. Z. Breitman y fait montre d’une belle ouverture d’esprit et d’une grande maîtrise de son art.
3 janvier 2025
A l’exception des tout premiers jours, cette semaine de quasi-confinement a finalement été plutôt plaisante, et elle m’a permis de reprendre la main sur ce journal. J’en retiens aussi quelques miettes plaisantes relevés çà et là :
Un dessin du Canard enchaîné à propos de Mayotte, où B. Retailleau qui se frotte les mains commente la destruction des bidonvilles par le cyclone : "sainte nature !".
Une vidéo où E. Borne, hilare et minaudante, surgit à côté de F.Bayrou pendant qu’il détaille le bilan de la catastrophe.
Dans le métro, une affiche de la fondation Abbé Pierre annonçant qu’elle va changer de nom, et les suggestions qui me viennent : "Fondation indignée", ou "Fondation Abbé Pierre qui n’était pas de bois" ?
Et dans une bande-annonce de TF1, ce merveilleux conseil-beauté d’Amanda Lear : "s’asseoir à côté des moches".
Un dessin du Canard enchaîné à propos de Mayotte, où B. Retailleau qui se frotte les mains commente la destruction des bidonvilles par le cyclone : "sainte nature !".
Une vidéo où E. Borne, hilare et minaudante, surgit à côté de F.Bayrou pendant qu’il détaille le bilan de la catastrophe.
Dans le métro, une affiche de la fondation Abbé Pierre annonçant qu’elle va changer de nom, et les suggestions qui me viennent : "Fondation indignée", ou "Fondation Abbé Pierre qui n’était pas de bois" ?
Et dans une bande-annonce de TF1, ce merveilleux conseil-beauté d’Amanda Lear : "s’asseoir à côté des moches".
2 janvier 2025
L’épisode Covid semble clos. Tout juste ressentons-nous encore un peu de fatigue. Nous le vérifierons lundi avec un nouveau test. Les deux derniers soirs, nous avons regardé quatre épisodes d’une série de la BBC adaptée en 2018 des Misérables. Produite, jouée et doublée de manière magnifique, elle me laisse pourtant perplexe : j’apprécie évidemment la richesse des décors et de la mise en scène, autant que la perfection des acteurs, mais je demeure totalement indifférent à l’intrigue elle même, tant elle me semble convenue, aux caractères des personnages, tant ils sont réduits à des archétypes (le riche et le pauvre, le bourreau et sa victime, le juste et le traitre...), et au style du récit, pur mélodrame. Mon Minbl, qui ne partage pas ma réserve, doit réussir ce dont je suis incapable : y projeter un second degré, comme on le fait à l’opéra, où l’intrigue n’est qu’un support accessoire, la beauté ne tenant qu’au style.
Cette observation est à rapprocher de la découverte que nous avons faite, ces derniers jours, du film de Jacques Demy Une chambre en ville, qui nous a l’un comme l’autre accablés. Le film, sorti en 1982, est entièrement chanté, comme les Parapluies 18 ans plut tôt. Un documentaire sur Demy nous apprend que Michel Legrand, n’aimant pas le scénario, a refusé d’en écrire la musique, qui sera confiée à Michel Colombier, et que Deneuve et Depardieu, pressentis pour les rôles principaux, ont eux aussi décliné l’offre. L’histoire, située sur fond de conflit social dans le Nantes des années 50, est d’une noirceur absolue, et même si on comprend l’intention - mettre en musique une tragédie dont tous les héros meurent à la fin - le résultat est simplement sinistre, sombrant même dans le grotesque avec la scène du suicide de Michel Piccoli. Plus sinistre encore que Lola (1960), que nous avions aussi découvert récemment, et qui semble en constituer une première esquisse. On comprend pourquoi ce film a été un terrible échec commercial, mais on s’explique mal comment le même Demy a pu concevoir et réaliser les chefs-d’œuvre que sont les Parapluies, les Demoiselles et Peau d’âne et se fourvoyer ensuite à ce point (à partir des années 80, il ne connaîtra plus que des échecs).
Le secret de ses réussites tient sans doute à l’alliage de réalisme et d’imaginaire, et à son dosage : fantaisie discrète dans les Parapluies où elle tient seulement au chant et au choix des couleurs, plus manifeste dans les Demoiselles avec l’irruption des danseurs, et poussée jusqu’au fantasme dans Peau d’âne, où la référence à l’univers de Cocteau est totalement assumée.
Cela me conduit à avancer l’hypothèse que l’homosexualité de Demy joue non seulement un rôle essentiel dans l’inspiration et l’esthétique de son œuvre, mais surtout que le déni qu’il en fait puisse expliquer la noirceur qui perce toujours sous la légèreté : figure typique de l’humour et de l’univers queer. Le monde de Demy, au fond, n’est pas si loin de celui de Fassbinder : au delà de leur fascination commune pour les matelots et le corps masculin, ils partagent le même mépris des conventions bourgeoises, et la même obsession à dénoncer les rapports de domination. La différence entre eux ne tiendrait qu’à leur vécu. J’ai toujours soupçonné A. Varda, femme abusive et dominatrice s’il en est, d’avoir exercé sur lui une influence perverse et cruelle. Son obstination à nier l’homosexualité de son compagnon, rappelée dans cet article de Libé publié à sa disparition, n’est sans doute pas sans rapport avec les personnages de femmes castratrices, dévoreuses d’hommes innocents, qui peuplent les films de Demy.
Cette observation est à rapprocher de la découverte que nous avons faite, ces derniers jours, du film de Jacques Demy Une chambre en ville, qui nous a l’un comme l’autre accablés. Le film, sorti en 1982, est entièrement chanté, comme les Parapluies 18 ans plut tôt. Un documentaire sur Demy nous apprend que Michel Legrand, n’aimant pas le scénario, a refusé d’en écrire la musique, qui sera confiée à Michel Colombier, et que Deneuve et Depardieu, pressentis pour les rôles principaux, ont eux aussi décliné l’offre. L’histoire, située sur fond de conflit social dans le Nantes des années 50, est d’une noirceur absolue, et même si on comprend l’intention - mettre en musique une tragédie dont tous les héros meurent à la fin - le résultat est simplement sinistre, sombrant même dans le grotesque avec la scène du suicide de Michel Piccoli. Plus sinistre encore que Lola (1960), que nous avions aussi découvert récemment, et qui semble en constituer une première esquisse. On comprend pourquoi ce film a été un terrible échec commercial, mais on s’explique mal comment le même Demy a pu concevoir et réaliser les chefs-d’œuvre que sont les Parapluies, les Demoiselles et Peau d’âne et se fourvoyer ensuite à ce point (à partir des années 80, il ne connaîtra plus que des échecs).
Le secret de ses réussites tient sans doute à l’alliage de réalisme et d’imaginaire, et à son dosage : fantaisie discrète dans les Parapluies où elle tient seulement au chant et au choix des couleurs, plus manifeste dans les Demoiselles avec l’irruption des danseurs, et poussée jusqu’au fantasme dans Peau d’âne, où la référence à l’univers de Cocteau est totalement assumée.
Cela me conduit à avancer l’hypothèse que l’homosexualité de Demy joue non seulement un rôle essentiel dans l’inspiration et l’esthétique de son œuvre, mais surtout que le déni qu’il en fait puisse expliquer la noirceur qui perce toujours sous la légèreté : figure typique de l’humour et de l’univers queer. Le monde de Demy, au fond, n’est pas si loin de celui de Fassbinder : au delà de leur fascination commune pour les matelots et le corps masculin, ils partagent le même mépris des conventions bourgeoises, et la même obsession à dénoncer les rapports de domination. La différence entre eux ne tiendrait qu’à leur vécu. J’ai toujours soupçonné A. Varda, femme abusive et dominatrice s’il en est, d’avoir exercé sur lui une influence perverse et cruelle. Son obstination à nier l’homosexualité de son compagnon, rappelée dans cet article de Libé publié à sa disparition, n’est sans doute pas sans rapport avec les personnages de femmes castratrices, dévoreuses d’hommes innocents, qui peuplent les films de Demy.
1er janvier 2025
Ma concession aux traditions du nouvel an : la résolution, que j’espère suivre, de nourrir ce journal quotidiennement, ou tous les deux jours au moins. Il est vrai que je peux avancer une excuse pour le retard accumulé : le Covid qui s’est invité pour Noël, nous a beaucoup fatigués l’un et l’autre, et commence tout juste de refluer.
Nous avons dû reporter le déjeuner de fêtes prévu ce samedi avec Bruno, Tuan et Patrick. La semaine dernière, nous avions déjeuné avec ce dernier chez Malika et Pierre-Yves, que nous retrouvions avec plaisir, entourés de leurs trois fils, dont nous ne connaissions pas l’aîné. Michel V. n’étant pas de la partie cette fois-ci, nous avons pu vérifier la règle que relate C. Lanzmann à propos de ses relations avec Sartre et S. de Beauvoir : on ne discute bien qu’avec ceux avec lesquels on est d’accord sur le fond. Nous avons pris un vrai plaisir à évoquer l’actualité, les films et nos lectures, et sommes repartis en fin d’après-midi avec le sentiment rassurant de n’être pas seuls à échapper à la folie collective qui semble s’emparer du monde.
Ce cataclysme global, qui aux Etats-Unis pousse les noirs, les femmes et les pauvres à élire Trump, et en Europe à voter pour des partis fascistes, se répand partout comme une nuée toxique qui contamine les esprits. Les réseaux sociaux, que N. Klein compare à des graffitis laissés dans des toilettes mondiales, sales et surpeuplés en sont à l’évidence le principal vecteur. Évidence d’autant plus flagrante depuis qu’E. Musk en a pris le contrôle, avec le dessein assumé d’en faire l’instrument d’une guerre idéologique. Cela me rappelle la sinistre formule de Sida mental imaginée par L. Pauwells dans les années 80, quand il prétendait (comme le fait M.V. aujourd’hui) que les idées de gauche colonisaient les esprits. A cette époque (celle de Reagan et Thatcher, qui diabolisaient le Sida) la métaphore était nauséabonde, car elle était aussi une insulte faite aux malades, mais sans doute était-elle prophétique ?
Ce Covid mental, qui pousse chacun à proférer des avis et des convictions en toute matière, nous aurait-il déjà tous contaminés ? C’est la question que je me pose à propos de l’affreux fait divers qui a donné lieu, la semaine dernière, à un traitement médiatique quelque peu délirant : Le conducteur d’un TGV s’est donné la mort en sautant de son train, entrainant l’arrêt brutal de la rame et celui de toute circulation sur l’axe Nord-Sud. Un tel suicide, évènement sans précédent jusque-là, ne change rien au réflexe habituel des chaînes de TV qui multiplient aussitôt les interviews de voyageurs, furieux d’avoir raté leur réveillon. A quoi répond la Com’ de la SNCF, en inspirant une série de sujets sur l’infaillible sécurité des TGV. Enfin, dans un troisième temps, la CGT des cheminots saisit à son tour les médias pour rendre hommage à leur collègue, insinuant peu ou prou que ses dures conditions de travail pouvaient expliquer son geste, alors que nul n’en sait rien, mais qu’on apprend au passage qu’à 53 ans, il était tout près de la retraite... Un simple fait divers, dont on ne sait quasiment rien, déclenche instantanément un déluge d’interprétations contraires, basées sur les convictions de chacun. Celle des usagers, victimes de la dérive mercantile d’une entreprise publique qui ne tient plus son rôle, et qui détestent de plus en plus l’entreprise et ses employés. Et celle des syndicats, obstinés à défendre un statut spécial qui ne fait pas des cheminots les travailleurs les plus mal lotis.
Quant au drame d’un homme habité d’un tel désespoir, il fera le miel des magazines people.
Nous avons dû reporter le déjeuner de fêtes prévu ce samedi avec Bruno, Tuan et Patrick. La semaine dernière, nous avions déjeuné avec ce dernier chez Malika et Pierre-Yves, que nous retrouvions avec plaisir, entourés de leurs trois fils, dont nous ne connaissions pas l’aîné. Michel V. n’étant pas de la partie cette fois-ci, nous avons pu vérifier la règle que relate C. Lanzmann à propos de ses relations avec Sartre et S. de Beauvoir : on ne discute bien qu’avec ceux avec lesquels on est d’accord sur le fond. Nous avons pris un vrai plaisir à évoquer l’actualité, les films et nos lectures, et sommes repartis en fin d’après-midi avec le sentiment rassurant de n’être pas seuls à échapper à la folie collective qui semble s’emparer du monde.
Ce cataclysme global, qui aux Etats-Unis pousse les noirs, les femmes et les pauvres à élire Trump, et en Europe à voter pour des partis fascistes, se répand partout comme une nuée toxique qui contamine les esprits. Les réseaux sociaux, que N. Klein compare à des graffitis laissés dans des toilettes mondiales, sales et surpeuplés en sont à l’évidence le principal vecteur. Évidence d’autant plus flagrante depuis qu’E. Musk en a pris le contrôle, avec le dessein assumé d’en faire l’instrument d’une guerre idéologique. Cela me rappelle la sinistre formule de Sida mental imaginée par L. Pauwells dans les années 80, quand il prétendait (comme le fait M.V. aujourd’hui) que les idées de gauche colonisaient les esprits. A cette époque (celle de Reagan et Thatcher, qui diabolisaient le Sida) la métaphore était nauséabonde, car elle était aussi une insulte faite aux malades, mais sans doute était-elle prophétique ?
Ce Covid mental, qui pousse chacun à proférer des avis et des convictions en toute matière, nous aurait-il déjà tous contaminés ? C’est la question que je me pose à propos de l’affreux fait divers qui a donné lieu, la semaine dernière, à un traitement médiatique quelque peu délirant : Le conducteur d’un TGV s’est donné la mort en sautant de son train, entrainant l’arrêt brutal de la rame et celui de toute circulation sur l’axe Nord-Sud. Un tel suicide, évènement sans précédent jusque-là, ne change rien au réflexe habituel des chaînes de TV qui multiplient aussitôt les interviews de voyageurs, furieux d’avoir raté leur réveillon. A quoi répond la Com’ de la SNCF, en inspirant une série de sujets sur l’infaillible sécurité des TGV. Enfin, dans un troisième temps, la CGT des cheminots saisit à son tour les médias pour rendre hommage à leur collègue, insinuant peu ou prou que ses dures conditions de travail pouvaient expliquer son geste, alors que nul n’en sait rien, mais qu’on apprend au passage qu’à 53 ans, il était tout près de la retraite... Un simple fait divers, dont on ne sait quasiment rien, déclenche instantanément un déluge d’interprétations contraires, basées sur les convictions de chacun. Celle des usagers, victimes de la dérive mercantile d’une entreprise publique qui ne tient plus son rôle, et qui détestent de plus en plus l’entreprise et ses employés. Et celle des syndicats, obstinés à défendre un statut spécial qui ne fait pas des cheminots les travailleurs les plus mal lotis.
Quant au drame d’un homme habité d’un tel désespoir, il fera le miel des magazines people.
22 décembre 2024
De cette escapade à Lille, qui s’achève cet après-midi, je voudrais garder le souvenir de quelques moments magiques, ceux dont on souhaite s’imprégner totalement quand on les vit, en capturer tous les détails pour que le souvenir en demeure inaltérable. S’il faut n’en choisir qu’un, à graver en profondeur dans ma mémoire à éclipses, je retiens sans hésiter le déjeuner à Lens, dans un restaurant tout neuf, juste en face de la gare. L’immeuble est récent, construit à la place d’un vieux cinéma, l’Apollo, dont il reproduit la façade, et l’hôtel Ibis Style qu’il abrite évoque comme le restaurant l’univers du cinéma des années 60. Minbl est assis en face de moi sous un portrait géant d’Audrey Hepburn, l’affiche de Breakfast at Tiffany’s. Il vient de me faire remarquer la présence du chien de la maison, qui ressemble au clochard du dessin animé de Disney, couché à l’entrée de la salle dans une panière d’osier garnie d’un plaid. Nous mangeons des boulettes, spécialité du lieu, et j’aimerais que ce moment dure éternellement. Sans doute aussi parce qu’il nous console de la visite décevante du Louvre Lens, que j’ai évoquée hier.
J’aimerais aussi conserver dans cet album, pour les refaire les nuits d’insomnie, nos parcours au hasard des rues de banlieue, à Roubaix et Villeneuve d’Ascq. Où que nos regards se portent, des maisons de briques noircies, des pavés luisants de bruine, du ciel couleur de plomb, et des gens que nous croisons, il émane une infinie tristesse. Comme souvent dans ces moments là, nous marchons en silence : les mots sont inutiles quand on sait qu’au même instant, les mêmes pensées nous viennent : un mélange complexe de compassion pour ceux qui vivent ici, de révolte au spectacle de la misère, et de gêne devant les laideurs qui la signalent : les boutiques de kebab graisseuses, les fauteuils de barbiers à dorure clinquante, les éclairages des boutiques d’un blanc éblouissant, les femmes toutes voilées, les hommes tous barbus et tous vêtus de robes. Il faut se rendre à l’évidence : on a beau se dire ouverts aux différences et détester la xénophobie, tout cela nous effraie, et d’autant plus quand on réalise que ces quartiers plébiscitent Le Pen...
L’esthétique orientale faite de couleurs criardes et de doré sans patine commence aussi d’essaimer, en particulier dans les galeries marchandes. Dans celles que nous avons parcourues, même les plus chic (ou supposées telles) y succombent. La palme revient à une vitrine Lancel où nous apercevons un sac à main dont le logo de la marque, une applique de cuir vivement colorée, occupe toute la surface.
Est-ce abus de pessimisme ? - il m’arrive de penser que cette esthétique m’as-tu-vu se diffuse toujours plus. Un de ses avatars les plus toxiques est la mode des expositions immersives, qui contamine jusqu’au musées, lesquels y trouvent une source de profits rapides et peux coûteux.
Heureusement, le spectacle de la beauté et de l’intelligence reste un antidote puissant aux assauts de la laideur. Les musées, le théâtre, le cinéma, les livres, sont nos derniers refuges.
J’aimerais aussi conserver dans cet album, pour les refaire les nuits d’insomnie, nos parcours au hasard des rues de banlieue, à Roubaix et Villeneuve d’Ascq. Où que nos regards se portent, des maisons de briques noircies, des pavés luisants de bruine, du ciel couleur de plomb, et des gens que nous croisons, il émane une infinie tristesse. Comme souvent dans ces moments là, nous marchons en silence : les mots sont inutiles quand on sait qu’au même instant, les mêmes pensées nous viennent : un mélange complexe de compassion pour ceux qui vivent ici, de révolte au spectacle de la misère, et de gêne devant les laideurs qui la signalent : les boutiques de kebab graisseuses, les fauteuils de barbiers à dorure clinquante, les éclairages des boutiques d’un blanc éblouissant, les femmes toutes voilées, les hommes tous barbus et tous vêtus de robes. Il faut se rendre à l’évidence : on a beau se dire ouverts aux différences et détester la xénophobie, tout cela nous effraie, et d’autant plus quand on réalise que ces quartiers plébiscitent Le Pen...
L’esthétique orientale faite de couleurs criardes et de doré sans patine commence aussi d’essaimer, en particulier dans les galeries marchandes. Dans celles que nous avons parcourues, même les plus chic (ou supposées telles) y succombent. La palme revient à une vitrine Lancel où nous apercevons un sac à main dont le logo de la marque, une applique de cuir vivement colorée, occupe toute la surface.
Est-ce abus de pessimisme ? - il m’arrive de penser que cette esthétique m’as-tu-vu se diffuse toujours plus. Un de ses avatars les plus toxiques est la mode des expositions immersives, qui contamine jusqu’au musées, lesquels y trouvent une source de profits rapides et peux coûteux.
Heureusement, le spectacle de la beauté et de l’intelligence reste un antidote puissant aux assauts de la laideur. Les musées, le théâtre, le cinéma, les livres, sont nos derniers refuges.
20 décembre 2024
A Lille depuis quatre jours, nous retrouvons avec bonheur l’atmosphère de cette ville chaleureuse malgré le temps froid et humide, où la foule pourtant nombreuse semble plus civilisée qu’ailleurs. Même les délires mercantiles de Noël, marchés et grande roue, ont ici un aspect bon enfant. Nous parcourons les rues en tous sens, renouant avec le plaisir de nos visites passées. Comme un pèlerinage dans des lieux où l’on se sent bien. C’est le cas à Douai, notre première promenade de la semaine. Nous n’y étions pas revenus depuis la mort de Marguerite Jaquin - quatre ans déjà ! Nous passons devant sa maison, peu changée par les nouveaux occupants, sauf la porte et des fenêtres de toit. Nous faisons halte à l’homme de fer puis découvrons la belle installation du Furet du Nord dans un ancien grand magasin dont on a conservé les galeries et les grands escaliers métalliques. Au musée de l’hermitage, recommandé par Patrick, un grand cloître, un peu gâché par une installation de Buren que la moisissure commence d’attaquer, et une belle collection de peintures, présentée à l’ancienne mode, chronologique. Combien de temps resistera-t-elle encore à l’épidémie de méli-mélo qui se répand dans les musées ? Le seul que nous supposions immunisé de naissance contre cette maladie vient d’y succomber à son tour : le Louvre Lens, touché en plein cœur, sa galerie du temps, dont la totalité des œuvres vient d’être renouvelée. A cette occasion, nous explique cet article du Monde, un nouveau scénographe prétend avoir amélioré le parcours des visiteurs en rompant la grille chronologique, pour y introduire des nuages (!), et injecter des touches de modernité : au milieu de statues baroques on decouvre ainsi un empilement de moules à cougloff et de tire-bouchons. Autre amelioration considerable : des cartels supplémentaires destinés aux enfants, rédigés par une institutrice de la région, qui accompagnent d’un "grrr..." la statue d’un lion. L’expo temporaire, intitulée Exils, nous assène enfin le coup de grâce : elle juxtapose dans un total désordre Victor Hugo, Chagall, Picasso et Fernand Léger. L’effet produit est toujours le même : On ne retient rien de cette visite, sauf la tristesse d’assiter au saccage méthodique d’un si beau lieu.
La veille, heureusement, nous avions constaté que la Piscine de Roubaix, n’est pas frappée par cette malédiction. Le lieu est toujours aussi magique, comme un îlot de beauté dans une ville affreusement triste, qui semble pleurer au souvenir de sa splendeur passée. Un déclin fort bien illustré par la collection de métiers à tisser réunie au musée de la Manufacture : On y découvre que, du moyen-âge à l’époque moderne, les progrès techniques apportés aux machines améliorent sans cesse leur rendement, mais jamais au bénéfice des ouvriers qui les servent, puisque leur nombre ne cesse de diminuer à chaque étape, jusqu’à les éliminer totalement dans les années 80, quand la production finit par être délocalisée. Cette triste épopée industrielle, qui conduit au nauffrage de la ville, reproduit exactement ce que Bertrand Russel dénonce dans sa fameuse parabole sur la fabrique d’épingles dont le patron, quand apparaît une machine deux fois plus rapide, choisit de licencier la moitié de ses ouvriers plutôt que de les garder tous en diminuant de moitié leurs horaires.
A propos de patron, on peut toucher du doigt ce que fut le mode de vie de la bourgeoisie industrielle à l’apogée de son empire, en visitant la Villa Cavrois, que nous avions découverte il y a sept ans, dans les premières étapes de sa restauration. On y a maintenant reconstitué la quasi-totalité de son décor d’origine. La splendeur, le raffinement et la richesse de ces aménagements révèlent en négatif ce que fut la violence des rapports sociaux entre maîtres et serviteurs. Paradoxe : de nos jours le fossé entre riches et pauvres, loin de disparaître, s’est encore approfondi, mais il ne s’affiche plus de manière aussi obscène... Ou peut-être ne voulons-nous plus le voir ?
La veille, heureusement, nous avions constaté que la Piscine de Roubaix, n’est pas frappée par cette malédiction. Le lieu est toujours aussi magique, comme un îlot de beauté dans une ville affreusement triste, qui semble pleurer au souvenir de sa splendeur passée. Un déclin fort bien illustré par la collection de métiers à tisser réunie au musée de la Manufacture : On y découvre que, du moyen-âge à l’époque moderne, les progrès techniques apportés aux machines améliorent sans cesse leur rendement, mais jamais au bénéfice des ouvriers qui les servent, puisque leur nombre ne cesse de diminuer à chaque étape, jusqu’à les éliminer totalement dans les années 80, quand la production finit par être délocalisée. Cette triste épopée industrielle, qui conduit au nauffrage de la ville, reproduit exactement ce que Bertrand Russel dénonce dans sa fameuse parabole sur la fabrique d’épingles dont le patron, quand apparaît une machine deux fois plus rapide, choisit de licencier la moitié de ses ouvriers plutôt que de les garder tous en diminuant de moitié leurs horaires.
A propos de patron, on peut toucher du doigt ce que fut le mode de vie de la bourgeoisie industrielle à l’apogée de son empire, en visitant la Villa Cavrois, que nous avions découverte il y a sept ans, dans les premières étapes de sa restauration. On y a maintenant reconstitué la quasi-totalité de son décor d’origine. La splendeur, le raffinement et la richesse de ces aménagements révèlent en négatif ce que fut la violence des rapports sociaux entre maîtres et serviteurs. Paradoxe : de nos jours le fossé entre riches et pauvres, loin de disparaître, s’est encore approfondi, mais il ne s’affiche plus de manière aussi obscène... Ou peut-être ne voulons-nous plus le voir ?
10 décembre 2024
Retour sur quelques moments de la semaine dernière, éclipsés par l’épisode de l’arbre assassiné : Arte diffuse le film Truman Capote, que nous avions vu peu après sa sortie en 2005, et - stupeur - le doublage en français donne à Capote une voix d’enfant boudeur et pleurnichard, qui ôte toute humanité au personnage et le fait sombrer dans le ridicule. Je doute que Philip Seymour Hoffman, à qui ce rôle a valu un Oscar, ait été consulté pour le casting des voix. Hâte de revoir le DVD de la V.O.! Grande déception aussi dès le deuxième épisode de la série Cà c’est Paris, produite par D. Besnehard. Le premier nous avait pourtant paru prometteur, mais le scénario s’essouffle au fil des suivants, truffés d’intrigues annexes qui nous égarent et d’innombrables placements de produits, jusqu’à faire coiffer Alex Lutz par Franck Provost en personne ! Malgré tout son talent, le malheureux acteur, grimé en sosie grotesque de Jean-Marie Rivière, conclut la série sur un numéro chanté (supposé nous éblouir...) totalement pathétique. Le kitsch se poursuit deux jours plus tard avec la réouverture après travaux de la cathédrale de Paris reconstituée, dont l’intérieur, pour ce que nous en avons aperçu, semble réinterprétée par les décorateurs de Disneyland . Les tenues des officiants, aux couleurs du rainbow flag (est-ce par malice ?), sont l’œuvre de Castelbajac, dont Libération, dans un article à sa gloire, ose déplorer qu’il ait été "si souvent copié", lui qui ne doit sa carrière qu’au plagiat de ses contemporains.
Tout à l’opposé, nous découvrons dans une exposition au musée des Gobelins, l’œuvre d’un vrai créateur, le plasticien Richard Peduzzi, dont le nom - un peu oublié aujourd’hui - est toujours associé à celui celui de Patrice Chéreau, dont il fut le scénographe attitré pour le théâtre, l’opéra, les ballets et le cinéma. Outre des centaines de maquettes de décors et de croquis préparatoires, l’expo, dont il a conçu la scénographie, présente des tableaux, des meubles, et de très nombreuses photos des aménagements qu’il a réalisés dans des lieux prestigieux, dont la Villa Médicis, qu’il a un temps dirigé. Nous découvrons ainsi qu’il a travaillé avec Gae Auilenti sur l’aménagement du Musée d’Orsay, pour lequel il a réalisé les fameuses maquettes de l’Opéra Garnier et de son quartier, que l’on peut observer à travers un plancher de verre.
Tout à l’opposé, nous découvrons dans une exposition au musée des Gobelins, l’œuvre d’un vrai créateur, le plasticien Richard Peduzzi, dont le nom - un peu oublié aujourd’hui - est toujours associé à celui celui de Patrice Chéreau, dont il fut le scénographe attitré pour le théâtre, l’opéra, les ballets et le cinéma. Outre des centaines de maquettes de décors et de croquis préparatoires, l’expo, dont il a conçu la scénographie, présente des tableaux, des meubles, et de très nombreuses photos des aménagements qu’il a réalisés dans des lieux prestigieux, dont la Villa Médicis, qu’il a un temps dirigé. Nous découvrons ainsi qu’il a travaillé avec Gae Auilenti sur l’aménagement du Musée d’Orsay, pour lequel il a réalisé les fameuses maquettes de l’Opéra Garnier et de son quartier, que l’on peut observer à travers un plancher de verre.
9 décembre 2024
Un rêve, ce matin, comme un dégel soudain après une semaine entière pris dans les glaces, sans pouvoir écrire, ni presque penser. Je m’éveille tout réjoui par l’idée qui m’est venue dans le sommeil : Un train rendu invisible par des écrans LED qui le recouvrent entièrement et affichent l’image d’une caméra située sur l’autre face. Puisse ce projet fantasque être le signe que mon esprit se libère des obsessions moroses qui l’occupaient depuis dimanche dernier.
Un dimanche sinistre, baigné toute la journée dans un brouillard glacé, et marqué dès l’aube par le choc douloureux qui nous est asséné au réveil. Alertés par le bruit sinistre des tronçonneuses, nous découvrons sous nos fenêtres une équipe d’élagueurs, entreprenant l’assaut du magnifique acacia dont le feuillage, en été, nous cache le carrefour. Toute la matinée, incapables d’en détourner le regard, nous assistons à un spectacle morbide et glaçant : cet arbre splendide et en pleine santé est lentement démembré sous nos yeux, branche par branche. Quand, vers midi, les bourreaux se retirent enfin, il ne reste plus qu’une énorme souche, le cou d’un géant qu’on vient de trancher à vif. L’émotion est si forte qu’elle nous laisse muets jusqu’au soir, envahis l’un comme l’autre par un sentiment de deuil.
Le malaise est si profond que, sans exclure l’effet d’une sensiblerie accrue par l’âge, on peut en voir une explication dans sa résonance avec les innombrables sources d’inquiétude qui nous abreuvent : les guerres, les tempêtes, les menaces d’un retour du fascisme et de l’obscurantisme. Tout concourt à nous faire redouter à tout instant de basculer dans le drame. Le livre de Naomi Klein n’est pas de nature à nous rassurer. Même si, sur les raisons profondes du basculement américain dans le trumpisme, elle rejoint l’analyse du MondeDiplo, en dénonçant le trahison des Démocrates et leur abandon de toute préoccupation sociale, le récit détaillé qu’elle en fait semble exclure tout espoir d’un possible retour à la raison, et à la morale. On découvre en particulier dans ce récit que l’épisode du COVID a donné lieu aux Etats-Unis à des délires collectifs sans commune mesure avec ceux que nous avons connus, et à quel point les théories complotistes ont envahi le débat public. Les réseaux sociaux, qui en sont désormais le théâtre principal, sont devenus un véritable monde alternatif, ce fameux Double qui lui inspire le titre du livre, et qui n’est pas sans rappeler le monde de la novlangue imaginé par Orwell dans 1984. On sort de cette lecture accablé par la découverte de ce nouveau péril, qui sans nul doute va nous atteindre bientôt. Comme souvent, je suis frappé par l’aveuglement des médias traditionnels, pour qui les réseaux sociaux sont devenus une source inépuisable d’anecdotes, quand ils devraient plutôt en faire un objet d’enquête, tant leur absence de régulation fait courir de dangers à la démocratie. Davantage sans doute que les progrès de l’Intelligence Artificielle, objet d’alertes incessantes sur le thème "les robots vont prendre la main sur leurs créateurs". Fantasme idéal pour la presse people, au, même titre que naguère les OVNIs, plus facile à traiter que les effets délétères de Facebook et d’Instagram. A noter au passage les progrès incessants de ChatGPT, dont j’ai fait une nouvelle fois l’expérience en l’interrogeant sur moi : il a répondu par un résumé biographique plutôt flatteur, mais factuellement exact, dont l’une des sources, relative à l’internet, est une vidéo, sur le site web90.Toute flatterie est bonne à prendre.
Un dimanche sinistre, baigné toute la journée dans un brouillard glacé, et marqué dès l’aube par le choc douloureux qui nous est asséné au réveil. Alertés par le bruit sinistre des tronçonneuses, nous découvrons sous nos fenêtres une équipe d’élagueurs, entreprenant l’assaut du magnifique acacia dont le feuillage, en été, nous cache le carrefour. Toute la matinée, incapables d’en détourner le regard, nous assistons à un spectacle morbide et glaçant : cet arbre splendide et en pleine santé est lentement démembré sous nos yeux, branche par branche. Quand, vers midi, les bourreaux se retirent enfin, il ne reste plus qu’une énorme souche, le cou d’un géant qu’on vient de trancher à vif. L’émotion est si forte qu’elle nous laisse muets jusqu’au soir, envahis l’un comme l’autre par un sentiment de deuil.
Le malaise est si profond que, sans exclure l’effet d’une sensiblerie accrue par l’âge, on peut en voir une explication dans sa résonance avec les innombrables sources d’inquiétude qui nous abreuvent : les guerres, les tempêtes, les menaces d’un retour du fascisme et de l’obscurantisme. Tout concourt à nous faire redouter à tout instant de basculer dans le drame. Le livre de Naomi Klein n’est pas de nature à nous rassurer. Même si, sur les raisons profondes du basculement américain dans le trumpisme, elle rejoint l’analyse du MondeDiplo, en dénonçant le trahison des Démocrates et leur abandon de toute préoccupation sociale, le récit détaillé qu’elle en fait semble exclure tout espoir d’un possible retour à la raison, et à la morale. On découvre en particulier dans ce récit que l’épisode du COVID a donné lieu aux Etats-Unis à des délires collectifs sans commune mesure avec ceux que nous avons connus, et à quel point les théories complotistes ont envahi le débat public. Les réseaux sociaux, qui en sont désormais le théâtre principal, sont devenus un véritable monde alternatif, ce fameux Double qui lui inspire le titre du livre, et qui n’est pas sans rappeler le monde de la novlangue imaginé par Orwell dans 1984. On sort de cette lecture accablé par la découverte de ce nouveau péril, qui sans nul doute va nous atteindre bientôt. Comme souvent, je suis frappé par l’aveuglement des médias traditionnels, pour qui les réseaux sociaux sont devenus une source inépuisable d’anecdotes, quand ils devraient plutôt en faire un objet d’enquête, tant leur absence de régulation fait courir de dangers à la démocratie. Davantage sans doute que les progrès de l’Intelligence Artificielle, objet d’alertes incessantes sur le thème "les robots vont prendre la main sur leurs créateurs". Fantasme idéal pour la presse people, au, même titre que naguère les OVNIs, plus facile à traiter que les effets délétères de Facebook et d’Instagram. A noter au passage les progrès incessants de ChatGPT, dont j’ai fait une nouvelle fois l’expérience en l’interrogeant sur moi : il a répondu par un résumé biographique plutôt flatteur, mais factuellement exact, dont l’une des sources, relative à l’internet, est une vidéo, sur le site web90.Toute flatterie est bonne à prendre.
30 novembre 2024
Réjouissons-nous : coup sur coup, sur des chaînes TV publiques, deux productions de qualité : hier soir, sur Arte, un téléfilm de Gustave Kervern qui nous a ravis de bout en bout, Je ne me laisserai plus faire , joyeux remake de Thelma et Louise, en version non-violente, servi par une distribution de rêve : Yolande Moreau, Laure Calamy (cf Dix pour cent), Anna Mouglalis en ex baba-cool reconvertie en fliquette good cop, et dans le rôle de son compère bad cop, l’extraordinaire Raphaël Quenard, que nous avions découvert dans Yannick. Les dialogues sont savoureux et drôles sans jamais succomber aux effets faciles, le scénario surprend jusqu’au bout, et la chute, parfaitement immorale, est un clin d’œil chaleureux, comme les paysages du Nord où le film a été tourné.
L’autre bonne surprise est la série Ça, c’est Paris, produite pour France 2 par Dominique Besnehard. Six épisodes dont nous avons vu avant-hier les deux premiers. Sur le modèle de Dix pour cent, l’histoire est celle d’un cabaret parisien plus que traditionnel (la série est tournée au Paradis Latin) que ses propriétaires (Alex Lutz et Charlotte de Turckheim) cherchent à sauver de la déroute. De nombreux guests y font une apparition, dont Line Renaud, dans une scène très émouvante, et D. Besnehard campe un maître d’hôtel à bouclettes follement drôle.
Beaucoup moins drôle mais très passionnante, la lecture du Double de Naomi Klein, dont j’aborde les derniers chapitres. La course à l’abîme qu’elle y décrit et qu’elle documente minutieusement a de quoi terrifier, si on croit inéluctable le processus de destruction conduit par les potentats capitalistes. Paradoxalement, on peut y trouver aussi une source d’espoir, si on postule que la cruauté et la perfidie qu’ils exposent désormais au grand jour finiront bien par entraîner des soulèvements qui les perdront...
L’autre bonne surprise est la série Ça, c’est Paris, produite pour France 2 par Dominique Besnehard. Six épisodes dont nous avons vu avant-hier les deux premiers. Sur le modèle de Dix pour cent, l’histoire est celle d’un cabaret parisien plus que traditionnel (la série est tournée au Paradis Latin) que ses propriétaires (Alex Lutz et Charlotte de Turckheim) cherchent à sauver de la déroute. De nombreux guests y font une apparition, dont Line Renaud, dans une scène très émouvante, et D. Besnehard campe un maître d’hôtel à bouclettes follement drôle.
Beaucoup moins drôle mais très passionnante, la lecture du Double de Naomi Klein, dont j’aborde les derniers chapitres. La course à l’abîme qu’elle y décrit et qu’elle documente minutieusement a de quoi terrifier, si on croit inéluctable le processus de destruction conduit par les potentats capitalistes. Paradoxalement, on peut y trouver aussi une source d’espoir, si on postule que la cruauté et la perfidie qu’ils exposent désormais au grand jour finiront bien par entraîner des soulèvements qui les perdront...
27 novembre 2024
Dans le train qui nous ramène à Paris via Genève, résumons les plaisirs de cette nouvelle escapade en quelques moments clés. Le point d’orgue en était, hier soir, le récital de Sabine Deviellhe, accompagnée au piano par Mathieu Pordoy (son compagnon ?), dans des lieder, la plupart en allemand, et en deuxième partie, des oeuvres de compositeurs français (Fauré, Nadia Boulanger). Sa voix, toujours aussi impressionnante de précision et de puissance, se joue des difficultés tout en maîtrisant les nuances. Sur la fin, quelques pièces techniquement redoutables démontraient une fois de plus sa virtuosité dans les registres les plus divers. Seul le choix de l’hymne à l’amour pouvait passer pour une facilité inutile...Magnifiquement installés, tout près des interprètes, au premier rang du balcon de côté, nous retrouvions avec plaisir ce joli petit théâtre où nous avions vu en 2019 Julie Fuchs dans Ciboulette, et l’année précédente, Ariane à Naxos .
Le même jour, nous avons aussi retrouvé notre table favorite au Chalet suisse, auquel sont associés tant de jolis souvenirs, et nous avons parcouru sans relâche et en tous sens les rues, les chemins (et les escaliers !) de cette ville qui nous est plus que familière mais dont nous découvrons chaque fois de nouveaux secrets. Ainsi ce matin, dans une dernière promenade avant le départ, nous gravissons les allées d’un grand parc, sur une colline très escarpée qui domine le lac. La Suisse n’est sans doute pas exempte de défauts, mais elle n’en reste pas moins pour nous une sorte de havre d’harmonie, un remède aux impatiences et aux agacements ...que nous retrouverons très vite à Paris en posant le pied sur le quai !
Le même jour, nous avons aussi retrouvé notre table favorite au Chalet suisse, auquel sont associés tant de jolis souvenirs, et nous avons parcouru sans relâche et en tous sens les rues, les chemins (et les escaliers !) de cette ville qui nous est plus que familière mais dont nous découvrons chaque fois de nouveaux secrets. Ainsi ce matin, dans une dernière promenade avant le départ, nous gravissons les allées d’un grand parc, sur une colline très escarpée qui domine le lac. La Suisse n’est sans doute pas exempte de défauts, mais elle n’en reste pas moins pour nous une sorte de havre d’harmonie, un remède aux impatiences et aux agacements ...que nous retrouverons très vite à Paris en posant le pied sur le quai !
24 novembre 2024
En route pour Lausanne, ou plutôt en train, un train de sénateur qui prend son temps : six heures ! Au départ, alors que dix minutes après l’heure prévue nous étions toujours à quai, on nous apprend que le conducteur a eu un malaise, que son remplaçant ne peut pas rouler à grande vitesse, et que nous emprunterons donc des voies normales. Nouvelle annonce surprise après l’arrêt à Frasne : Tout le monde devra descendre à Vallorbe, car le TGV n’ira pas plus loin, et nous devrons attendre 45 minutes l’arrivée d’un train de remplacement qui nous conduira à Lausanne. Aucune explication pour justifier cette manœuvre, mais nous supposons qu’il s’agit d’une mesure prise par les chemins de fer suisses qui refusent depuis peu les trains allemands et français qui arrivent en retard dans leurs gares (et le retard est désormais la règle plutôt que l’exception), et perturbent leurs propres plannings. Plus que jamais, nous nous fixons pour règle (à appliquer partout sauf en Suisse...) de ne jamais commencer un voyage en train après 15 heures, au risque d’y passer la nuit, et de ne pas prévoir de correspondance.
Vite oublié ces aléas en retrouvant dès notre arrivée le très beau musée d’art contemporain construit tout près de la gare. Nous avions découvert l’an dernier son architecture spectaculaire et son café accueillant. Les collections sont atteintes par la douloureuse maladie du classement thématique, mais une salle faisait heureusement exception au milieu d’un fourre-tout sans intérêt sur le thème de la mer : nous y avons admiré un immense diorama de fonds marins, peuplés de coraux, méduses et autres animaux tous vivement colorés et réalisés en ... tricot et crochet, par des centaines de petites mains allemandes.
Vite oublié ces aléas en retrouvant dès notre arrivée le très beau musée d’art contemporain construit tout près de la gare. Nous avions découvert l’an dernier son architecture spectaculaire et son café accueillant. Les collections sont atteintes par la douloureuse maladie du classement thématique, mais une salle faisait heureusement exception au milieu d’un fourre-tout sans intérêt sur le thème de la mer : nous y avons admiré un immense diorama de fonds marins, peuplés de coraux, méduses et autres animaux tous vivement colorés et réalisés en ... tricot et crochet, par des centaines de petites mains allemandes.
23 novembre 2024
A la maison, hier soir, agréable dîner avec Bruno et Tuan, en villégiature dans un Aibnb pendant la réfection de leur salle de bains. Dans la conversation, Bruno évoque les rapports entre Patrick et Moussa, qu’il juge comme nous un peu étranges, jusqu’à se demander si Moussa est gay, avec les interrogations qui en découlent sur ses motivations. Il ne se résout pas plus que nous, malgré sa proximité encore plus grande, à évoquer cette question avec Patrick. Ce dernier lui a seulement avoué un jour qu’il était important pour lui de s’afficher en couple. Bruno estime que le fond du problème est qu’il n’est toujours attiré sexuellement que par les (très) jeunes garçons.
En matière de cinéma, nos choix sont le plus souvent assez éloignés des siens, pour les thèmes et le calendrier, puisqu’il va voir les films à leur sortie. Il avait choisi de ne pas voir celui d’Artus, Un pt’it quelque chose en plus . Pour avoir regardé le DVD la veille, nous pouvons lui confirmer qu’il n’a pas manqué un chef-d’œuvre. Le triomphe que lui fait le public nous laisse perplexes, comme naguère le succès d’Intouchables. Sans doute cela tient-il dans les deux cas au regard plus qu’ambigu porté sur les handicapés, comme s’il n’allait pas de soi qu’ils sont des humains comme les autres, et qu’il faut faire des films pour le démontrer. Celui-ci au surplus manque totalement de grâce et de légèreté. Le scénario est cousu de fil blanc et, à l’inverse des intentions affichées, les acteurs d’occasion sont exhibés comme jadis les monstres de foire, dont on postule que leur seule présence provoquera le rire... ou pas, car en l’espèce le rire ne vient jamais, malgré tout le le talent de Colvis Cornillac et d’Artus. Espérons que le succès inattendu de ce film n’inspirera pas à ce dernier de nouveaux projets du même ordre, et qu’il renouera avec l’humour, qui lui réussit tellement mieux.
En matière de cinéma, nos choix sont le plus souvent assez éloignés des siens, pour les thèmes et le calendrier, puisqu’il va voir les films à leur sortie. Il avait choisi de ne pas voir celui d’Artus, Un pt’it quelque chose en plus . Pour avoir regardé le DVD la veille, nous pouvons lui confirmer qu’il n’a pas manqué un chef-d’œuvre. Le triomphe que lui fait le public nous laisse perplexes, comme naguère le succès d’Intouchables. Sans doute cela tient-il dans les deux cas au regard plus qu’ambigu porté sur les handicapés, comme s’il n’allait pas de soi qu’ils sont des humains comme les autres, et qu’il faut faire des films pour le démontrer. Celui-ci au surplus manque totalement de grâce et de légèreté. Le scénario est cousu de fil blanc et, à l’inverse des intentions affichées, les acteurs d’occasion sont exhibés comme jadis les monstres de foire, dont on postule que leur seule présence provoquera le rire... ou pas, car en l’espèce le rire ne vient jamais, malgré tout le le talent de Colvis Cornillac et d’Artus. Espérons que le succès inattendu de ce film n’inspirera pas à ce dernier de nouveaux projets du même ordre, et qu’il renouera avec l’humour, qui lui réussit tellement mieux.
21 novembre 2024
C’est la grande nouvelle de la journée : il neige en Bretagne, et bientôt à Paris. TF1 déploie ses envoyés spéciaux, en direct sous les premiers flocons. FranceInfo recueille les impressions des chauffeurs de chasse-neige et conseille aux parisiens de prendre "les transports" plutôt que leur voiture.
Hier, en visitant la belle expo de la Cité de l’architecture sur l’âge d’or des grands magasins, nous avons relevé cette maxime : "les grands magasins vont devenir des musées et les musées des grands magasins". Pour les premiers, j’aurais dit plutôt qu’ils ne sont déjà plus qu’un souvenir. Leur fonction est désormais remplie par Amazon ou Temu, et leurs locaux sont devenus des galeries marchandes pour touristes fortunés. Quant aux musées, ils subissent la même métamorphose, vendant une partie de leur surface aux marques et choisissant les thèmes de leurs expos en fonction des sponsors. La Cité n’échappe pas à la règle : le restaurant du rez-de chaussée a cédé la place à une sorte de mini café de la paix où un cuisinier de télévision revisite des plats à 50 euros.
Cruel contraste avec l’autre monde, de misère, observé la veille en attendant la livraison - offerte - d’un coffre-fort (j’accepte le sourire moqueur...). D’abord surpris par la rapidité de cette livraison, annoncée moins d’une heure après la commande, nous recevons l’appel d’une femme paniquée, qui cherche en vain la rue du Javelot. Comme elle maitrise mal le français, nos explications ne l’aident guère, mais une heure plus tard, elle arrive tout de même avec le lourd paquet, et peine à saisir sur son smartphone le code que nous avons reçu par mail. Une requête sur Google nous apprend alors qu’elle travaille pour Shopopop, une startup innovante qui s’affiche sur son site comme "un service de cotransportage, engagé pour des livraisons plus vertueuses". Fondée en 2015 par de jeunes recrues dune école de commerce à la recherche d’une idée lucrative à déguiser en entreprise philanthropique, elle prétend à la fois "lutter contre la déforestation" et "créer du lien social" (!) en s’inspirant de la méthode d’Uber : Les livraisons à réaliser sont affichées sur un site où les "cotransporteurs" occasionnels se disputent la course. Quelle que soit sa longueur et sa durée, ils recevront un pourboire (c’est le terme employé) de 6 euros, après qu’ils aient saisi le fameux code. Les clients ignorent, lorsqu’ils passent commande, qu’il seront livrés par un esclave, sans qu’on leur en laisse le choix. Mais seront-ils nombreux à s’en émouvoir ?
Hier, en visitant la belle expo de la Cité de l’architecture sur l’âge d’or des grands magasins, nous avons relevé cette maxime : "les grands magasins vont devenir des musées et les musées des grands magasins". Pour les premiers, j’aurais dit plutôt qu’ils ne sont déjà plus qu’un souvenir. Leur fonction est désormais remplie par Amazon ou Temu, et leurs locaux sont devenus des galeries marchandes pour touristes fortunés. Quant aux musées, ils subissent la même métamorphose, vendant une partie de leur surface aux marques et choisissant les thèmes de leurs expos en fonction des sponsors. La Cité n’échappe pas à la règle : le restaurant du rez-de chaussée a cédé la place à une sorte de mini café de la paix où un cuisinier de télévision revisite des plats à 50 euros.
Cruel contraste avec l’autre monde, de misère, observé la veille en attendant la livraison - offerte - d’un coffre-fort (j’accepte le sourire moqueur...). D’abord surpris par la rapidité de cette livraison, annoncée moins d’une heure après la commande, nous recevons l’appel d’une femme paniquée, qui cherche en vain la rue du Javelot. Comme elle maitrise mal le français, nos explications ne l’aident guère, mais une heure plus tard, elle arrive tout de même avec le lourd paquet, et peine à saisir sur son smartphone le code que nous avons reçu par mail. Une requête sur Google nous apprend alors qu’elle travaille pour Shopopop, une startup innovante qui s’affiche sur son site comme "un service de cotransportage, engagé pour des livraisons plus vertueuses". Fondée en 2015 par de jeunes recrues dune école de commerce à la recherche d’une idée lucrative à déguiser en entreprise philanthropique, elle prétend à la fois "lutter contre la déforestation" et "créer du lien social" (!) en s’inspirant de la méthode d’Uber : Les livraisons à réaliser sont affichées sur un site où les "cotransporteurs" occasionnels se disputent la course. Quelle que soit sa longueur et sa durée, ils recevront un pourboire (c’est le terme employé) de 6 euros, après qu’ils aient saisi le fameux code. Les clients ignorent, lorsqu’ils passent commande, qu’il seront livrés par un esclave, sans qu’on leur en laisse le choix. Mais seront-ils nombreux à s’en émouvoir ?
14 novembre 2024
Un rêve, la nuit dernière, dont je devine aisément l’origine. Sur le quai d’une gare, ou d’une station de métro, une femme contrôleuse habillée de bleu clair, comme autrefois les pervenches, terrorise un jeune garçon qui n’a pas de ticket. Il reste muet, par timidité ou faiblesse d’esprit, jusqu’à ce que ses parents s’approchent et brandissent une carte de transport ornée de sa photo. La scène est inspirée de celle que nous avons connue avant-hier dans un TER au départ de Besançon. Attendant la navette qui devait nous conduire à la gare TGV, un agent SNCF nous annonce qu’elle n’arrivera pas, et que nous devrons rejoindre le TGV à Dijon, en prenant un TER qui va bientôt partir, sur un autre quai. Comme à chaque fois, aucune trace de ces changements sur les écrans du quai, ni sur l’appli SNCF... Dans le TER, alors que nous fulminons encore, incertains d’arriver à temps, un contrôleur revêche nous demande de lui montrer nos cartes de réduction, car explique-t-il, l’appli qu’il utilise ne reconnaît pas le QR codes de nos billets TGV (!). Il s’ensuit un échange assez vif sur le thème "vivement la privatisation". Tout se passe désormais comme si cette entreprise cumulait les tares du secteur privé, à la recherche exclusive du profit au détriment du service public, et celles d’une administration dont les employés, peu motivés, semblent considérer que les usagers les dérangent. Faire le constat de ce gâchis n’est pas pour autant ignorer qu’il est le fruit de la politique de droite qui démantèle les services publics en les privant de ressources. Et l’un des effets secondaires qu’elle en attend pour justifier sa démarche est précisément le mécontentement des utilisateurs...
Les Américains, sous la férule de Trump, vont expérimenter la version extrême de cette politique, et on peut compter sur Elon Musk pour venir à bout des derniers organes de régulation qui ont survécu après 40 ans de démantèlement. Un papier du Monde explique l’intérêt industriel et financier qu’il en attend : il veut permettre à Tesla de hâter la mise sur le marché des voitures sans pilote, freinée jusqu’ici par des règlements dont il veut se débarrasser. On est sans doute parvenu là-bas (et bientôt ici ?) à ce moment de "bascule de la démocratie et du pluralisme à la tyrannie et au fascisme" dont parle Noémi Klein dans son nouveau livre dont je viens de commencer la lecture.
Les Américains, sous la férule de Trump, vont expérimenter la version extrême de cette politique, et on peut compter sur Elon Musk pour venir à bout des derniers organes de régulation qui ont survécu après 40 ans de démantèlement. Un papier du Monde explique l’intérêt industriel et financier qu’il en attend : il veut permettre à Tesla de hâter la mise sur le marché des voitures sans pilote, freinée jusqu’ici par des règlements dont il veut se débarrasser. On est sans doute parvenu là-bas (et bientôt ici ?) à ce moment de "bascule de la démocratie et du pluralisme à la tyrannie et au fascisme" dont parle Noémi Klein dans son nouveau livre dont je viens de commencer la lecture.
10 novembre 2024
Pour évoquer le 11 novembre, Télématin diffuse ce matin un reportage sur le musée de la grande guerre de Meaux, où on a reconstitué une tranchée pour une expérience immersive , avec explosions et cris de douleur... Il ne manque que les odeurs et le gaz moutarde. Bientôt des safaris photo à Gaza ? Dans le même journal, une statistique absurde, de celles qui alimentent les rubriques " le saviez-vous ?" :" 80% de la biodiversité est encore inconnue". On aimerait auusi connaître le mode de calcul....
Dehors, la brume est de retour, et elle ne se lèvera pas de la journée, ce qui nuit un peu aux panoramas vus de la Citadelle, dont la visite est au programme. Le lieu est immense, impressionnant de pesanteur et d’austérité, comme le sont les ouvrages militaires, les hôpitaux et les prisons. C’en est une d’ailleurs, pour des dizaines d’animaux, de grands singes et des bouquetins enfermés dans les douves, et bien d’autres espèces dans un zoo dont nous observons les filets et les grilles du haut du chemin de ronde. De manière absurde, à quelques mètres de cette cruauté qui ne semble choquer personne, le musée de la Résistance et de la déportation évoque de manière poignante le martyre des prisonniers des camps de concentration. Le dispositif de l’expo, pour une fois, ne cherche pas l’esbrouffe. Apres une évocation simple et chronologique de la montée du nazisme et de l’aveuglement des européens (on y reconnaît tout ce que nous vivons aujourdhui), on plonge réellement dans la vie quotidienne de la France de Vichy, de ses victimes et de ses martyrs. Pour une fois, il serait légitime de qualifier cette visite d’immersion, car au fil des vitrines, où sont exposés sobrement des dizaines de lettres et cahiers jaunis, on est peu à peu gagné par l’émotion. A lire la lettre envoyée à sa mère par un résistant qui va mourir, à contempler les travaux de couture ou les jeux de cartes confectionnés dans sa cellule par Germaine Tillion, à déchiffrer des billets griffonnés par les déportés qui les jetaient des trains de la mort, et les lettres de remerciements que la famille envoyait a ceux qui les avaient transmis, on mesure concrètement l’horreur de cette période. On est d’autant plus ému que rien ne nous somme de l’être. Pas de commentaires larmoyants ou grandiloquents, seulement des cartels sobres et purement descriptifs. Signe que notre impression était partagée : le silence des visiteurs, pourtant nombreux. Et dire que parmi eux, il ne fait pas de doute que certains ont voté Le Pen...
Dehors, la brume est de retour, et elle ne se lèvera pas de la journée, ce qui nuit un peu aux panoramas vus de la Citadelle, dont la visite est au programme. Le lieu est immense, impressionnant de pesanteur et d’austérité, comme le sont les ouvrages militaires, les hôpitaux et les prisons. C’en est une d’ailleurs, pour des dizaines d’animaux, de grands singes et des bouquetins enfermés dans les douves, et bien d’autres espèces dans un zoo dont nous observons les filets et les grilles du haut du chemin de ronde. De manière absurde, à quelques mètres de cette cruauté qui ne semble choquer personne, le musée de la Résistance et de la déportation évoque de manière poignante le martyre des prisonniers des camps de concentration. Le dispositif de l’expo, pour une fois, ne cherche pas l’esbrouffe. Apres une évocation simple et chronologique de la montée du nazisme et de l’aveuglement des européens (on y reconnaît tout ce que nous vivons aujourdhui), on plonge réellement dans la vie quotidienne de la France de Vichy, de ses victimes et de ses martyrs. Pour une fois, il serait légitime de qualifier cette visite d’immersion, car au fil des vitrines, où sont exposés sobrement des dizaines de lettres et cahiers jaunis, on est peu à peu gagné par l’émotion. A lire la lettre envoyée à sa mère par un résistant qui va mourir, à contempler les travaux de couture ou les jeux de cartes confectionnés dans sa cellule par Germaine Tillion, à déchiffrer des billets griffonnés par les déportés qui les jetaient des trains de la mort, et les lettres de remerciements que la famille envoyait a ceux qui les avaient transmis, on mesure concrètement l’horreur de cette période. On est d’autant plus ému que rien ne nous somme de l’être. Pas de commentaires larmoyants ou grandiloquents, seulement des cartels sobres et purement descriptifs. Signe que notre impression était partagée : le silence des visiteurs, pourtant nombreux. Et dire que parmi eux, il ne fait pas de doute que certains ont voté Le Pen...
9 novembre 2024
La maison de Victor Hugo que nous avons visitée ce matin relève presque d’un abus de langage, puisque l’auteur des Misérables n’a fait qu’y naître, par le hasard d’une affectation de son père militaire. Mais tout lien, même ténu, avec une telle célébrité se doit d’être exploité pour ajouter à l’attrait touristique de la ville. On a donc fait de cette bâtisse une sorte de musée, où faute de disposer d’objets ou de documents, on évoque sa vie et ses combats a travers des citations extraites de ses œuvres et des films qu’il a inspirés. L’ensemble entend célébrer un précurseur, ce qu’il fut assurément, mais avec une emphase qui confine à l’absurde, en convoquant les témoignages de Badinter sur la peine de mort, amnesty et RSF sur la liberté d’expression et ATD Quart-monde pour le combat contre la pauvreté. Et comme rien ne doit ternir l’image du grand homme, sa biographie omet soigneusement de mentionner son hostilité aux combats de la Commune. Jusqu’où le révisionnisme va se nicher...! Après une halte succulente chez notre Barbarella bisontine, nous achevons le parcours des itinéraires touristiques balisés avec le tour des rives du Doubs, qui nous fait découvrir le tunnel fluvial creusé sous la citadelle. Ce soir, nous profiterons de l’abonnement Netflix de Bob en regardant un film. Ja et lui ne repasseront pas avant notre départ. Il leur faudra attendre le printemps pour écouter le récit de nos découvertes....
8 novembre 2024
A Besançon depuis hier matin. Temps frais et brumeux, idéal pour découvrir la ville, que nous avons déjà parcourue plusieurs fois dans tous les sens. La plupart des maisons de la ville ancienne sont baties dans un calcaire curieusement bicolore, alternant en larges bandes le crème et le gris bleuté. Enserrée dans une large boucle du Doubs, la cité semble n’avoir guère changé depuis le XVIIIe siècle. Épargnée par la dernière guerre et bien entretenue, elle dégage une impression de solidité à la fois austère et raffinée, typique des régions de montagne. On découvre derrière les porches une multitude d’hôtels particuliers, des passages voûtés reliant des cours intérieures successives, et des boutiques à la manière flamande, dont la façade étroite dissimule une très grande profondeur. La visite est facilitée par un guidage au sol très efficace, qui nous conduit aux principaux monuments, dont je retiens la cathédrale Saint Jean, blottie au pied de la Citadelle, à laquelle on accède en passant sous un arc de triomphe romain étonnamment bien conservé, et le Palais Granvelle, dont la cour intérieure ressemble à un très grand cloître, et où nous visitons le musée du temps, consacré à l’histoire de l’horlogerie. Dans une tour, un pendule de Foucault dont la rotation est soulignée par un jeu de diodes lumineuses qui ne semble plus fonctionner. Quant au musée des beaux arts , nous ne retiendrons rien de sa visite, car la terrible épidémie d’accrochage thematique qui sévit aujourd’hui dans les musées semble avoir causé ici des dégâts irréparables, le chaos des œuvres disposées au hasard étant accentué par l’installation d’un terrifiant labyrinthe de béton.
Mais c’est au dejeuner que nous avons fait la découverte la plus inattendue : un merveilleux salon de thé comme nous les aimons, dans le style du Barbarella d’Aix-la-Chapelle. Décidément cette ville nous plaît.
Mais c’est au dejeuner que nous avons fait la découverte la plus inattendue : un merveilleux salon de thé comme nous les aimons, dans le style du Barbarella d’Aix-la-Chapelle. Décidément cette ville nous plaît.
6 novembre 2024
Trump a gagné. La nouvelle nous saisit dès le réveil, et nous ne savons qu’en faire. Un sentiment de sidération et d’impuissance, comme à l’annonce d’une mort qui nous touche, ou la menace d’une épidémie mortelle.
L’édito de Daniel Schneidermann n’est en rien rassurant, quand le seul pauvre remède qu’il préconise pour conjurer le fléau est de renforcer le développement de la presse indépendante. Cet article de Médiapart enfonce le clou en confirmant le rôle mortifère des réseaux sociaux. Autant dire que, cette fois la guerre est bien perdue.. ou qu’elle pointe son nez ?
Hier, passé une bonne soirée en compagnie de Malika et Pierre-Yves, avec qui nous avons revu Les gros patinent bien, avant de dîner ensemble à la Serenissima. La pièce nous a autant réjouis que la première fois, même sans l’effet de surprise.
L’édito de Daniel Schneidermann n’est en rien rassurant, quand le seul pauvre remède qu’il préconise pour conjurer le fléau est de renforcer le développement de la presse indépendante. Cet article de Médiapart enfonce le clou en confirmant le rôle mortifère des réseaux sociaux. Autant dire que, cette fois la guerre est bien perdue.. ou qu’elle pointe son nez ?
Hier, passé une bonne soirée en compagnie de Malika et Pierre-Yves, avec qui nous avons revu Les gros patinent bien, avant de dîner ensemble à la Serenissima. La pièce nous a autant réjouis que la première fois, même sans l’effet de surprise.
4 novembre 2024
Revu hier soir avec grand plaisir Amadeus de Milos Forman. Quarante ans après sa sortie, le film n’a rien perdu de sa beauté et de son énergie. Wikipedia rappelle que le scénario, œuvre du dramaturge anglais Peter Shaffer, est adapté d’une pièce à succès qu’il avait écrite en 1979, en s’inspirant lui-même d’une courte pièce de Pouchkine, Mozart et Salieri. Le talent de cinéaste de Forman (à qui on doit notamment Vol au-dessus d’un nid de coucous) rend cruelle la comparaison avec le film de 2022 que nous avions vu la veille, Il Boemo, du tchèque Petr Vaclav, qui traite d’un sujet très voisin : La vie du compositeur Josef Mysliveček, autre contemporain de Mozart, tout aussi célèbre que Salieri, et comme lui totalement oublié par la postérité. Les deux films, tournés dans des décors naturels somptueux, restituent bien l’atmosphère d’intrigues de cours et de libertinage du XVIIIe siècle et la musique, magnifique, y est tout aussi omniprésente. Mais le Boemo est traité comme un banal biopic qui semble vite terriblement ennuyeux. La liste interminable des coproducteurs qui précède le générique explique sans doute en partie cette impression de lourdeur.
31 octobre 2024
Changement de programme pour la semaine prochaine : Bob et Ja ne viendront pas à Paris : ils doivent s’occuper de Manon, hospitalisée à Lyon pour une réaction violente à un traitement de la fertilité, qui ne la met pas en danger, mais dont on ne peut pas prévoir la durée. Nous irons tout de même à Besançon comme prévu. Pour la représentation des gros patinent bien, Malika et Pierre-Yves nous y accompagneront.
27 octobre 2024
Dîné hier soir chez Bruno et Tuan, en compagnie de Patrick et Michel Vial (qui a encore grossi...). En évitant les sujets politiques, la conversation est restée agréable. A la fin seulement, Michel redit son admiration pour F.-X. Bellamy (indépendamment de sa posture politique, je ne distingue pas très bien ce qu’on peut lui trouver d’admirable), et affirmé que sa présence aux avant-postes de la manif pour tous n’en faisait pas pour autant un ennemi des gays (!). Quant à Patrick, il nous apprend que Moussa vient enfin d’obtenir son permis de séjour, une demie bonne nouvelle puisque c’est pour un an seulement, et qu’avec B. Retailleau aux manettes, l’avenir est incertain.
La seule vraie bonne nouvelle, c’est l’heure d’hiver qui vient d’arriver. On peut y ajouter les travaux de transformation de la rue Charles Moureu, qui viennent de commencer, et ceux de la tour Saporo qui se terminent : les derniers échafaudages ont été enlevés cette semaine.
La seule vraie bonne nouvelle, c’est l’heure d’hiver qui vient d’arriver. On peut y ajouter les travaux de transformation de la rue Charles Moureu, qui viennent de commencer, et ceux de la tour Saporo qui se terminent : les derniers échafaudages ont été enlevés cette semaine.
24 octobre 2024
Hier, soirée imprévue à l’Opéra Bastille, où nous n’étions pas retournés depuis 2019 et l’inoubliable représentation des Indes galantes en hip-hop. Mais nous sommes toujours dans le fichier des abonnés, puisqu’un e-mail nous a proposé des places à 50% pour La Fille du régiment … avec Julie Fuchs ! Par chance, il restait deux places parfaites, au deuxième rang du premier balcon. Et nous avons retrouvé avec bonheur le souvenir de la même mise-en-scène de Laurent Pelly en 2012, avec Nathalie Dessay (l’un des ses derniers rôles), et le magnifique ténor péruvien Juan Diego Florez. Comme chaque fois, Julie Fuchs est impressionnante par sa virtuosité vocale et son jeu d’actrice. Son partenaire Lawrence Brownlee a lui aussi une très belle voix et une diction parfaite, mais son physique (noir, petit et gros) provoque dans les duos un comique involontaire. Il reste que nous avons passé une excellente soirée, totalement inattendue, émouvante aussi, par la présence de Felicity Lott dans le rôle (parlé) de la duchesse. A 77 ans, elle a toujours belle allure, et nous nous souvenons de son inoubliable Grande-duchesse de Gérolstein, vue dans les années 2000.
21 octobre 2024
Parmi mes dernières lectures, je retiens le livre de Benjamin Labatut, Maniac, du nom du premier ordinateur qui , en 1956, réussit à battre au jeu d’échecs un joueur humain. C’est le récit de la longue marche vers la réalisation d’une véritable intelligence artificielle, capable d’égaler puis de dépasser les capacités de l’esprit humain. Le dernier chapitre est consacré à AlphaGo, premier programme d’IA à devenir imbattable, en 2017, contre les meilleurs joueurs de monde du jeu de go, performance rendue possible par la capacité du programme à s’auto-entraîner en jouant contre lui-même.
Ce progrès est l’œuvre d’une poignée de mathématiciens de génie, du tchèque Ehrenfest à Turing, Gödel, Von Neumann et quelques autres, sur le parcours et la personnalité desquels l’auteur s’attarde utilement pour évoquer des épisodes méconnus, et révélant surtout que tous anticipaient très clairement le stade auquel l’IA est parvenue aujourd’hui . Mieux encore, tous projetaient des systèmes capables de se reproduire et d’auto-évoluer, autant dire une forme de vie artificielle. Cette lecture fait écho à un article de Pour la science que j’ai mentionné récemment, dans lequel on relatait une expérience de « culture in vitro » dans un automate cellulaire, où des particules dotées au départ de propriétés rudimentaires et disposées aléatoirement dans l’espace s’organisaient spontanément, en créant par mutation de nouvelles propriétés qui devenaient peu à peu transmissibles. L’avènement d’une superintelligence serait-il proche ? Mes expériences avec ChatGPT me poussent évidemment à envisager cette hypothèse, même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir : Les performances sont impressionnantes quant on l’applique à des langages strictement univoques comme les langages de programmation, mais beaucoup moins avec la littérature. Il est vrai que ChatGPT n’est plus le nec plus ultra en matière d’IA.
Je rêve d’un tel bot , capable par exemple d’adapter un texte en profondeur sans en modifier le sens, pour le débarrasser de lourdeurs stylistiques, ou (sans doute plus difficile) y détecter des raisonnements erronés. La lecture du Monde Diplo, par exemple, en serait tellement améliorée, si l’on pouvait y faire le tri entre l’information et les mantras idéologiques… Le Manuel d’auto-défense intellectuelle qu’ils viennent de publier serait le candidat idéal pour ce traitement : on trouve dans ce recueil des informations utiles et inédites, des rappels historiques bienvenus, et quelques analyses originales, mais l’ensemble baigne dans un magma de jargon et d’a priori idéologiques qui rendent la lecture particulièrement éprouvante. Sans parler d’une mauvaise foi exposée sans pudeur, quand par exemple, un article consacré aux récits historiques juge excessif le rôle qu’ils prêtent généralement aux « grands hommes », mais fait exception pour Lénine et la révolution russe !
Ce progrès est l’œuvre d’une poignée de mathématiciens de génie, du tchèque Ehrenfest à Turing, Gödel, Von Neumann et quelques autres, sur le parcours et la personnalité desquels l’auteur s’attarde utilement pour évoquer des épisodes méconnus, et révélant surtout que tous anticipaient très clairement le stade auquel l’IA est parvenue aujourd’hui . Mieux encore, tous projetaient des systèmes capables de se reproduire et d’auto-évoluer, autant dire une forme de vie artificielle. Cette lecture fait écho à un article de Pour la science que j’ai mentionné récemment, dans lequel on relatait une expérience de « culture in vitro » dans un automate cellulaire, où des particules dotées au départ de propriétés rudimentaires et disposées aléatoirement dans l’espace s’organisaient spontanément, en créant par mutation de nouvelles propriétés qui devenaient peu à peu transmissibles. L’avènement d’une superintelligence serait-il proche ? Mes expériences avec ChatGPT me poussent évidemment à envisager cette hypothèse, même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir : Les performances sont impressionnantes quant on l’applique à des langages strictement univoques comme les langages de programmation, mais beaucoup moins avec la littérature. Il est vrai que ChatGPT n’est plus le nec plus ultra en matière d’IA.
Je rêve d’un tel bot , capable par exemple d’adapter un texte en profondeur sans en modifier le sens, pour le débarrasser de lourdeurs stylistiques, ou (sans doute plus difficile) y détecter des raisonnements erronés. La lecture du Monde Diplo, par exemple, en serait tellement améliorée, si l’on pouvait y faire le tri entre l’information et les mantras idéologiques… Le Manuel d’auto-défense intellectuelle qu’ils viennent de publier serait le candidat idéal pour ce traitement : on trouve dans ce recueil des informations utiles et inédites, des rappels historiques bienvenus, et quelques analyses originales, mais l’ensemble baigne dans un magma de jargon et d’a priori idéologiques qui rendent la lecture particulièrement éprouvante. Sans parler d’une mauvaise foi exposée sans pudeur, quand par exemple, un article consacré aux récits historiques juge excessif le rôle qu’ils prêtent généralement aux « grands hommes », mais fait exception pour Lénine et la révolution russe !
20 octobre 2024
Dix jours sans écrire une ligne dans ce journal : j’ai du mal à tenir une chronique au jour le jour, à rendre compte simplement des observations et des impressions quotidiennes. Cela ne conduit qu’à une liste arbitraire de faits disparates, et n’inspire qu’un sentiment d’absurdité. Mieux vaut attendre que ces éléments sédimentent, que le travail obscur de la mémoire tisse entre eux et avec ceux du passé des liens inattendus, des rapprochements fructueux, d’où pourra naître un récit cohérent.
En matière de rapprochement, la dernière livraison de Fakir tombe à point quelques jours après la lecture du livre de F. Ruffin : Un long papier de Cyril Pocréaux (qui écrit désormais à lui seul la quasi-totalité du journal) analyse sous forme d’enquête la problématique centrale du livre : qu’est-ce qui pousse l’électorat ouvrier vers Le Pen, et comment le convaincre de revenir à gauche ?
Sans surprise, le constat est le même, tout comme le remède suggéré : pour l’essentiel, un travail de terrain et d’information, sur le modèle de ce que fait Fakir. Sur le fond, aucune différence entre le livre et le journal, sauf une, qui saute aux yeux et tient à la forme : F. Ruffin, qui manifestement sera candidat à la prochaine présidentielle (se comparer à Macron devient de plus en plus obsessionnel) s’installe dans une posture anti-intello à la Bourdieu, à qui il fait explicitement référence. Chez l’un comme l’autre on devine la même forme de mauvaise conscience : en s’affranchissant culturellement de leur milieu d’origine, ils estiment avoir commis une forme de trahison, qu’ils entendent racheter en sur-jouant leur attachement au peuple. C. Pocréaux (qui ne souffre pas sans doute du même complexe ?) démontre par son papier que la même analyse politique ne conduit pas fatalement à rejoindre la démagogie du RN.
Autre rapprochement fructueux : Je lis un petit volume qui regroupe des textes courts d’Orwell, des réflexions sur l’actualité des années d’après-guerre, sur la propagande et la réécriture de l’histoire. On croirait ces textes écrits hier, tant ils semblent s’appliquer aux théories trumpistes sur les vérités alternatives, et à ce que nous lisons aujourd’hui à propos de l’Ukraine. A ce sujet, les prétentions européennes d’élargissement à l’Est, d’extension du domaine de l’OTAN, et les accents va-t-en guerre qui les accompagnent me paraissent de moins en moins justifiables par une volonté supposée de la Russie d’étendre son offensive en Europe, et une menace d’annexer la Lituanie, la Finlande, la Pologne ou la Suède : Comment pourrait-elle y prétendre quand, près de deux ans après l’invasion de l’Ukraine, elle n’a toujours pas réussi à conquérir un pays dont près d’un tiers des habitants lui sont favorables et plus de la moitié parlent sa langue ?
Marina Carrère d’Encausse a consacré son émission de rentrée sur France5 aux vieux, pour rappeler à ceux qui en douteraient encore combien vieillir est une chance, et sermonner ceux qui auraient le mauvais goût de s’en plaindre. Le reportage montre des vieux épanouis dans leur EHPAD, d’autres investis dans le sport ou des projets enthousiasmants. Le débat confirme, témoignages à l’appui, que le bonheur d’être vieux égale au moins celui d’être gros. On n’ose imaginer la félicité d’être les deux à la fois ! Je doute un peu de l’efficacité de cette injonction permanente à tout positiver. Si j’en juge par l’effet qu’elle produit sur moi, je me demande si elle ne risque pas d’approfondir le désespoir de ceux qu’elle ne parvient pas à consoler. La meilleure arme pour s’en défendre est d’essayer d’en rire. Peut-être aussi de relire encore une fois La vieillesse de S. de Beauvoir… et aussi le Deuxième sexe, histoire de redécouvrir ce qu’est vraiment le féminisme ?
A ce propos, j’ai entrepris un nouveau tri de la bibliothèque. Comme à chaque fois, je désespère de ne pouvoir tout relire.
En matière de rapprochement, la dernière livraison de Fakir tombe à point quelques jours après la lecture du livre de F. Ruffin : Un long papier de Cyril Pocréaux (qui écrit désormais à lui seul la quasi-totalité du journal) analyse sous forme d’enquête la problématique centrale du livre : qu’est-ce qui pousse l’électorat ouvrier vers Le Pen, et comment le convaincre de revenir à gauche ?
Sans surprise, le constat est le même, tout comme le remède suggéré : pour l’essentiel, un travail de terrain et d’information, sur le modèle de ce que fait Fakir. Sur le fond, aucune différence entre le livre et le journal, sauf une, qui saute aux yeux et tient à la forme : F. Ruffin, qui manifestement sera candidat à la prochaine présidentielle (se comparer à Macron devient de plus en plus obsessionnel) s’installe dans une posture anti-intello à la Bourdieu, à qui il fait explicitement référence. Chez l’un comme l’autre on devine la même forme de mauvaise conscience : en s’affranchissant culturellement de leur milieu d’origine, ils estiment avoir commis une forme de trahison, qu’ils entendent racheter en sur-jouant leur attachement au peuple. C. Pocréaux (qui ne souffre pas sans doute du même complexe ?) démontre par son papier que la même analyse politique ne conduit pas fatalement à rejoindre la démagogie du RN.
Autre rapprochement fructueux : Je lis un petit volume qui regroupe des textes courts d’Orwell, des réflexions sur l’actualité des années d’après-guerre, sur la propagande et la réécriture de l’histoire. On croirait ces textes écrits hier, tant ils semblent s’appliquer aux théories trumpistes sur les vérités alternatives, et à ce que nous lisons aujourd’hui à propos de l’Ukraine. A ce sujet, les prétentions européennes d’élargissement à l’Est, d’extension du domaine de l’OTAN, et les accents va-t-en guerre qui les accompagnent me paraissent de moins en moins justifiables par une volonté supposée de la Russie d’étendre son offensive en Europe, et une menace d’annexer la Lituanie, la Finlande, la Pologne ou la Suède : Comment pourrait-elle y prétendre quand, près de deux ans après l’invasion de l’Ukraine, elle n’a toujours pas réussi à conquérir un pays dont près d’un tiers des habitants lui sont favorables et plus de la moitié parlent sa langue ?
Marina Carrère d’Encausse a consacré son émission de rentrée sur France5 aux vieux, pour rappeler à ceux qui en douteraient encore combien vieillir est une chance, et sermonner ceux qui auraient le mauvais goût de s’en plaindre. Le reportage montre des vieux épanouis dans leur EHPAD, d’autres investis dans le sport ou des projets enthousiasmants. Le débat confirme, témoignages à l’appui, que le bonheur d’être vieux égale au moins celui d’être gros. On n’ose imaginer la félicité d’être les deux à la fois ! Je doute un peu de l’efficacité de cette injonction permanente à tout positiver. Si j’en juge par l’effet qu’elle produit sur moi, je me demande si elle ne risque pas d’approfondir le désespoir de ceux qu’elle ne parvient pas à consoler. La meilleure arme pour s’en défendre est d’essayer d’en rire. Peut-être aussi de relire encore une fois La vieillesse de S. de Beauvoir… et aussi le Deuxième sexe, histoire de redécouvrir ce qu’est vraiment le féminisme ?
A ce propos, j’ai entrepris un nouveau tri de la bibliothèque. Comme à chaque fois, je désespère de ne pouvoir tout relire.
9 octobre 2024
Retour à Paris, commencé agréablement avec une halte à Montreuil-sur-mer pour le déjeuner au Pot-au-clape, que nous retrouvons chaque fois avec le même ravissement. Le voyage qui suit est moins plaisant : Trois heures et demie sous la pluie, qui se déchaine dès le départ et tombera crescendo jusqu’à l’arrivée. La Twingo n’est décidément pas adaptée à ce type de voyage, un long trajet sur une autoroute glissante avec quatre personnes à bord. En plus de l’inconfort, la sécurité y est vraiment précaire : ni airbags, ni appuie-têtes, ni ABS, ni direction assistée... Le plaisir qu’il prend à conduire ce genre de voitures d’un autre âge est l’un des mystères de Patrick, qui a pu jusqu’ici nous faire sourire, mais l’épreuve d’aujourd’hui nous convainc de devoir lui avouer un jour que nous préférons définitivement le confort et la sécurité au folklore des pièces de musées.
Il reste que globalement cette virée à Sainte-Cécile nous a ravis, d’autant qu’elle s’est conclue par une bonne nouvelle en arrivant à la maison : le retour du chauffage. Chic ! cette fois, c’est bien l’hiver...
Il reste que globalement cette virée à Sainte-Cécile nous a ravis, d’autant qu’elle s’est conclue par une bonne nouvelle en arrivant à la maison : le retour du chauffage. Chic ! cette fois, c’est bien l’hiver...
8 octobre 2024
Pour notre deuxième journée dans le nord, Patrick nous emmène aux caps gris/blanc nez, que Moussa ne connaissait pas et que nous retrouvons avec plaisir. Le paysage de la lande flamande est toujours somptueux, sous un soleil rasant. Nous déjeunons au Presbytère, que je raye de notre liste de favoris. La direction a du changer : l’accueil est très moyen et le choix des plats quasi inexistant. Au château d ’Hardelot, nouvelle déception, tout est fermé : le château, endommagé par une tempête, le salon de thé fermé sans raison, et le théâtre est en piteux état, déshabillé de ses bambous. D’après les infos que Patrick a soutiré au gardien, le site entier pourrait bien fermer définitivement.
7 octobre 2024
Première journée à Sainte-Cécile : Avant d’aller accueillir Moussa à la gare d’ Étaple, nous allons à pied avec Patrick jusqu’à la plage, magnifique et déserte. Après la gare, nous partons déjeuner au Touquet. Ville triste et compassée, irrespirable, où Patrick tient à nous monter la maison de Brigitte Macron. Puis deux étapes très étranges : Berck d’abord, tout aussi sinistre, mais pour une autre raison : L’esplanade qui longe la plage est totalement éventrée pour des travaux. Toutes les boutiques et les restaurants sous les arcades sont fermés. La plage elle même est saccagée sur toute sa longueur par des bulldozers qui tracent le circuit d’une course de motos. Puis, repartis aussitôt pour Stella plage, nous sommes victimes d’une hallucination collective : Nous ne reconnaissons rien de la station, dont même le plan semble totalement modifié. Nous cherchons vainement une explication rationnelle à cette transformation, jusqu’à ce que nous réalisions que nous ne sommes pas à Stella plage, mais dans une station voisine. Impression troublante : pendant quelques minutes, nous avons tous cru être tombés dans un monde parallèle...
Triste soirée enfin, devant le film nullissime de Michel Blanc, Grosse fatigue, dont la projection est supposée lui rendre hommage. Il y a des jours comme ça...
Triste soirée enfin, devant le film nullissime de Michel Blanc, Grosse fatigue, dont la projection est supposée lui rendre hommage. Il y a des jours comme ça...
6 octobre 2024
En route pour Sainte-Cécile, dans la twingo de Patrick, nous faisons étape pour déjeuner à la péniche-restaurant que nous avions découverte il y a trois ans, à Eaucourt, près d’Abbeville. Une escale dont nous nous souviendrons pour l’étonnant concours de circonstances qu’elle nous réserve. Le patron nous accueille chaleureusement. Nous sommes ses seuls clients, et il n’en a eu que deux la veille : la fin de saison est difficile. Il nous a installés à une table devant le bar, la seule pièce chauffée du bateau. Sur les sets de table, des photos du petit train de la baie de Somme nous rappellent nos visites précédentes, et j’évoque Henri Sannier. "Cest mon père ! " intervient le restaurateur, a qui j’explique comment je le connais. Cinq minutes plus tard, Henri nous rejoint, nous nous tombons dans les bras : nous ne nous étions pas vus depuis plus de vingt ans. Il nous parle de la mystérieuse maladie dont il se remet lentement et de l’épreuve qu’elle lui a fait traverser. Nous échangeons nos téléphones et promettons de se revoir bientôt.
Nous retrouvons avec joie la maison de Sainte-Cécile, et nous dînons le soir dans le seul restaurant des environs ouvert un dimanche soir, celui de l’hôtel Kiriad, qui a changé de nom et héberge une brigade de gendarmes. Avant d’aller dormir, nous regardons avec Patrick un film de notre collection en ligne, les nouveaux mecs, adapté d’une BD de Ralph Konig. Le film date de 97 mais n’a pas vieilli.
Nous retrouvons avec joie la maison de Sainte-Cécile, et nous dînons le soir dans le seul restaurant des environs ouvert un dimanche soir, celui de l’hôtel Kiriad, qui a changé de nom et héberge une brigade de gendarmes. Avant d’aller dormir, nous regardons avec Patrick un film de notre collection en ligne, les nouveaux mecs, adapté d’une BD de Ralph Konig. Le film date de 97 mais n’a pas vieilli.
4 octobre 2024
Inattendue, la mort de Michel Blanc, parce qu’il était dans nos âges, nous renvoie à ce qui nous guette. Curieusement, nous sommes surpris d’entendre évoquer sa compagne car, sans preuves à l’appui, Minbl comme moi l’avons toujours imaginé gay, peut-être à cause de son goût pour l’auto-dérision et le second degré ? Ou alors en voyons-nous partout ?
Vu hier soir Le temps du loup de Michael Haneke, sorti en 2003. J’y ai pris plus de plaisir que Minbl, qui s’est ennuyé. Il est vrai qu’il y a des longueurs, mais la maîtrise esthétique de l’image est remarquable, et comme toujours chez Haneke, rien n’est gratuit : les séquences qui semblent inutilement prolongées font ressentir physiquement au spectateur le malaise provoqué par la longue attente à la Godot qui est le sujet du film. Des gens dont on ne sait rien attendent un train pour aller on ne sait où, espérant échapper à une catastrophe inconnue dont on ne voit que les effets sur ceux qui lui ont survécu. Forcés de cohabiter dans la faim, la nuit, le froid et l’ignorance de ce qui va leur arriver, ils retrouvent des instincts animaux de lutte pour la survie, qui les poussent à la violence, au crime, et, en de rares occasions, à des gestes d’entraide. Le film est d’une totale noirceur, à l’image de la séquence d’ouverture, où Isabelle Huppert, dont le mari vient d’être assassiné, erre longuement dans la nuit, hurlant le prénom de son jeune fils qui a disparu. On ne saura jamais ce qui s’est passé avant, ni ce qui adviendra à la fin. Il me faut l’admettre : le plaisir que j’ai pris à ce spectacle est parfaitement malsain.
Moins de plaisir, en revanche, à lire la dernière publication de François Ruffin, Itinéraire, ma France en entier, pas à moitié, qui provoque même un certain malaise. Dû d’abord à la forme : un texte écrit à la hâte, où l’auteur dialogue avec un interviewer imaginaire faussement naïf ou maladroit : tout sonne faux dans ce procédé d’écriture, dont use souvent Fakir avec plus de bonheur dans des formats courts. Mais le malaise, hélas, ne tient pas qu’à la forme. Le projet politique de F. Ruffin demeure sans équivoque la reconquête de l’électorat ouvrier tombé entre les mains de l’extrême droite, mais il estime que les partis de gauche s’intéressent exclusivement aux "quartiers", aux immigrés et aux bobos, au détriment des petits blancs "attachés à leur clocher, à la pétanque, la chasse, le foot et l’accordéon". C’est la voix de ces derniers, à qui il dit appartenir (!) qu’il entend faire entendre, celle du peuple dont il partagerait les frustrations. Il n’est pas loin de dénoncer le wokisme de la gauche, même s’il n’emploie pas ce mot. Sans douter de la sincérité de son engagement à gauche, on peut s’inquiéter de le voir, pour combattre l’extrême droite, épouser ses positions les plus conservatrices et son discours démagogique.
Vu hier soir Le temps du loup de Michael Haneke, sorti en 2003. J’y ai pris plus de plaisir que Minbl, qui s’est ennuyé. Il est vrai qu’il y a des longueurs, mais la maîtrise esthétique de l’image est remarquable, et comme toujours chez Haneke, rien n’est gratuit : les séquences qui semblent inutilement prolongées font ressentir physiquement au spectateur le malaise provoqué par la longue attente à la Godot qui est le sujet du film. Des gens dont on ne sait rien attendent un train pour aller on ne sait où, espérant échapper à une catastrophe inconnue dont on ne voit que les effets sur ceux qui lui ont survécu. Forcés de cohabiter dans la faim, la nuit, le froid et l’ignorance de ce qui va leur arriver, ils retrouvent des instincts animaux de lutte pour la survie, qui les poussent à la violence, au crime, et, en de rares occasions, à des gestes d’entraide. Le film est d’une totale noirceur, à l’image de la séquence d’ouverture, où Isabelle Huppert, dont le mari vient d’être assassiné, erre longuement dans la nuit, hurlant le prénom de son jeune fils qui a disparu. On ne saura jamais ce qui s’est passé avant, ni ce qui adviendra à la fin. Il me faut l’admettre : le plaisir que j’ai pris à ce spectacle est parfaitement malsain.
Moins de plaisir, en revanche, à lire la dernière publication de François Ruffin, Itinéraire, ma France en entier, pas à moitié, qui provoque même un certain malaise. Dû d’abord à la forme : un texte écrit à la hâte, où l’auteur dialogue avec un interviewer imaginaire faussement naïf ou maladroit : tout sonne faux dans ce procédé d’écriture, dont use souvent Fakir avec plus de bonheur dans des formats courts. Mais le malaise, hélas, ne tient pas qu’à la forme. Le projet politique de F. Ruffin demeure sans équivoque la reconquête de l’électorat ouvrier tombé entre les mains de l’extrême droite, mais il estime que les partis de gauche s’intéressent exclusivement aux "quartiers", aux immigrés et aux bobos, au détriment des petits blancs "attachés à leur clocher, à la pétanque, la chasse, le foot et l’accordéon". C’est la voix de ces derniers, à qui il dit appartenir (!) qu’il entend faire entendre, celle du peuple dont il partagerait les frustrations. Il n’est pas loin de dénoncer le wokisme de la gauche, même s’il n’emploie pas ce mot. Sans douter de la sincérité de son engagement à gauche, on peut s’inquiéter de le voir, pour combattre l’extrême droite, épouser ses positions les plus conservatrices et son discours démagogique.
30 septembre 2024
Ma visite du lundi à Michèle B. conforte mon alarme sur les effets dévastateurs du vieillissement : elle a sans méfiance laissé entrer chez elle un démarcheur à domicile venu lui vendre un prétendu système d’alarme. Elle me montre le document qu’il lui a fait signer, dont elle affirme qu’il n’en détient pas de copie... De retour à la maison, je confie mon inquiétude à Minbl, et une recherche rapide sur le nom du service, "Mobilyti" (ce nom à lui seul fleure bon l’arnaque) nous conduit au site de Que Choisir, qui confirme l’escroquerie.
26 septembre 2024
Nous quittons Vichy, après deux jours de balade dans la ville envahie de chantiers et deux soirées avec Ginette, que nous n’avions pas vue depuis un an. Son nouveau chien lui a rendu le goût de vivre, même si elle évoque sans cesse le précédent, dont elle a disposé des photos sur tous les meubles. Le sol du salon est couvert de plastique transparent, qui protège la moquette d’un pipi accidentel, mais rend ses déplacements encore plus dangereux. Elle ne marche plus sans canne, et ne sort quasiment plus de chez elle, à l’exception d’une descente quotidienne dans la cour, avec le chien en laisse et le déambulateur. Malgré tout, elle semble toujours aussi vaillante et soucieuse de faire bonne impression (une tenue par jour). Elle commandé pour nos deux soirées des plateaux de petits fours qui accompagneront le champagne. Avant l’apéritif nous descendons le chien pour un petit tour du quartier. Il est vif et joyeux et ne semble pas souffrir de sa vie recluse (Ginette l’a habitué à faire le plus souvent ses besoins sur la balcon). L’une de ses deux infirmières passe brièvement pour s’assurer que tout va bien, et nous remarquons qu’elle dispose de la clé de l’appartement. Elle nous paraît prévenante et pleine d’attentions, ce que Ginette confirme après son départ, ajoutant tout de même que cette surveillance, mise en œuvre par son médecin, lui semble superflue.
Le deuxième soir, nous lui faisons un compte-rendu détaillé de notre visite de l’après-midi à une exposition qu’elle nous a recommandé la veille, et qui se tient au rez-de-chaussée d’un ancien palace, l’hôtel international , parfaitement restauré et transformé depuis longtemps en appartements. Les immenses halls d’entrées et salons du rez-de-chaussée abritent des galeries à balustrades qui desservaient les chambres. L’exposition, très vaste, évoque l’apogée de Vichy, du début du siècle à l’après-guerre. On traverse dès l’entrée un tronçon de wagon-restaurant du Londres-Vichy Pulmann Express, qui a relié les villes de 1927 a 1930. Nous ne sommes guère surpris que la période allemande ne soit évoquée qu’à travers un hommage rendu à l’ambassadeur de Suisse, qui représentait alors la plupart des pays alliés. On égrène en revanche la longue liste des chefs d’états et de célébrités qui furent les hôtes de la ville, et les fêtes somptueuses qu’on y organisait pour les accueillir. A ce propos, une lettre des annees vingt, adressée par un responsable du protocole à un de ses subordonnés commence par cette remarque inattendue : "Comme vous me dites préparer la visite du roi "x", je crois utile de vous apprendre qu’il est mort... " Nous relatons ces anecdotes à Ginette, à qui nous offrons le catalogue de l’expo. Dans la conversation, elle glisse comme un secret longtemps gardé que son père fut choisi pour photographier "le Maréchal’, et qu’elle conserve ce cliché.
Avant que nous prenions congé, elle nous donne un exemplaire tapuscrit de son dernier roman, et nous la quittons vers 23 heures, le cœur un peu serré de voir ses yeux embués de larmes.
De retour à l’hotel, je découvre dans Mediapart une longue enquête sur sur le couple Louise/Jalil de "Scènes de ménages", viré de la série par M6 pour des motifs inavouables mais visiblement racistes : La chaine aurait redouté que le couple femme noire / homme algérien puisse déplaire au nouveau pouvoir néo-fasciste, tout comme lui déplairait un couple homo, dont l’idée même à toujours été exclue par les patrons de la chaîne. Maréchal, nous revoilà !
Le deuxième soir, nous lui faisons un compte-rendu détaillé de notre visite de l’après-midi à une exposition qu’elle nous a recommandé la veille, et qui se tient au rez-de-chaussée d’un ancien palace, l’hôtel international , parfaitement restauré et transformé depuis longtemps en appartements. Les immenses halls d’entrées et salons du rez-de-chaussée abritent des galeries à balustrades qui desservaient les chambres. L’exposition, très vaste, évoque l’apogée de Vichy, du début du siècle à l’après-guerre. On traverse dès l’entrée un tronçon de wagon-restaurant du Londres-Vichy Pulmann Express, qui a relié les villes de 1927 a 1930. Nous ne sommes guère surpris que la période allemande ne soit évoquée qu’à travers un hommage rendu à l’ambassadeur de Suisse, qui représentait alors la plupart des pays alliés. On égrène en revanche la longue liste des chefs d’états et de célébrités qui furent les hôtes de la ville, et les fêtes somptueuses qu’on y organisait pour les accueillir. A ce propos, une lettre des annees vingt, adressée par un responsable du protocole à un de ses subordonnés commence par cette remarque inattendue : "Comme vous me dites préparer la visite du roi "x", je crois utile de vous apprendre qu’il est mort... " Nous relatons ces anecdotes à Ginette, à qui nous offrons le catalogue de l’expo. Dans la conversation, elle glisse comme un secret longtemps gardé que son père fut choisi pour photographier "le Maréchal’, et qu’elle conserve ce cliché.
Avant que nous prenions congé, elle nous donne un exemplaire tapuscrit de son dernier roman, et nous la quittons vers 23 heures, le cœur un peu serré de voir ses yeux embués de larmes.
De retour à l’hotel, je découvre dans Mediapart une longue enquête sur sur le couple Louise/Jalil de "Scènes de ménages", viré de la série par M6 pour des motifs inavouables mais visiblement racistes : La chaine aurait redouté que le couple femme noire / homme algérien puisse déplaire au nouveau pouvoir néo-fasciste, tout comme lui déplairait un couple homo, dont l’idée même à toujours été exclue par les patrons de la chaîne. Maréchal, nous revoilà !
23 septembre 2024
Le livre de Sandrine Rousseau dont je viens de terminer la lecture ne souffre pas des défauts propres au genre généralement rasoir qu’est l’essai politique. Pas de liste des mesures à mettre en oeuvre, pas de règlements de comptes avec les adversaires ou les concurrents, pas d’emphase sur des lendemains meilleurs, pas d’appel pathétique à se mobiliser. En revanche, deux développements assez longs m’ont parus très bienvenus de la part d’une écologiste, car propres à susciter un peu d’espoir dans une époque qui n’en inspire guère.
Le premier est une analyse historique sur la période des "trente glorieuses ", et les ressorts d’une prospérité économique qui fut accompagnée de réels progrès sociaux. Elle décrit bien en particulier la bascule radicale opérée au début des années 80, la révolution conservatrice incarnée par Reagan et Thatcher, qui conduit a une économie mondialisée qui ruine les états et détruit la planète au profit des actionnaires . Le récit est d’autant plus convainquant qu’elle le croise avec son itinéraire familial, à la manière d’Annie Ernaux. On est conduit assez naturellement à réaliser que les catastrophes environnementales et politiques qui nous menacent ne peuvent être conjurés que par un mouvement inverse vers une redistribution des richesses et une révision profonde de nos modes de vie et de consommation.
Le second passage important recense des études sociologiques et des témoignages qui battent en brèche l’idée selon laquelle la France aurait, comme beaucoup de ses voisins, irrémédiablement basculé dans les bras de la droite et du fascisme. Une analyse des votes et des enquêtes d’opinion révélerait plutôt une permanence de l’extrême droite, sans que son audience s’elargisse réellement (ce que F.Ruffin traduit dans son expression imagée de fâchés pas fachos). Elle souligne aussi le recul constant des pratiques religieuses ( environ 75 % d’athées ou d’agnostiques) qui bat en brèche les idées reçues sur une guerre des civilisations. Elle dénonce enfin le rôle incendiaire de la médiasphère, largement soumise à l’idéologie trumpiste de ses propriétaires, qui voudraient imposer la légende que leur triomphe est déjà accompli, alors que les urnes ont à l’évidence démontré le contraire.
Bref, on trouve là avec soulagement quelques raisons de ne pas totalement désespérer, même si on ne distingue guère de stratégies pour renverser la vapeur. Peut-être en trouverai-je dans le livre de F. Ruffin ?
Le premier est une analyse historique sur la période des "trente glorieuses ", et les ressorts d’une prospérité économique qui fut accompagnée de réels progrès sociaux. Elle décrit bien en particulier la bascule radicale opérée au début des années 80, la révolution conservatrice incarnée par Reagan et Thatcher, qui conduit a une économie mondialisée qui ruine les états et détruit la planète au profit des actionnaires . Le récit est d’autant plus convainquant qu’elle le croise avec son itinéraire familial, à la manière d’Annie Ernaux. On est conduit assez naturellement à réaliser que les catastrophes environnementales et politiques qui nous menacent ne peuvent être conjurés que par un mouvement inverse vers une redistribution des richesses et une révision profonde de nos modes de vie et de consommation.
Le second passage important recense des études sociologiques et des témoignages qui battent en brèche l’idée selon laquelle la France aurait, comme beaucoup de ses voisins, irrémédiablement basculé dans les bras de la droite et du fascisme. Une analyse des votes et des enquêtes d’opinion révélerait plutôt une permanence de l’extrême droite, sans que son audience s’elargisse réellement (ce que F.Ruffin traduit dans son expression imagée de fâchés pas fachos). Elle souligne aussi le recul constant des pratiques religieuses ( environ 75 % d’athées ou d’agnostiques) qui bat en brèche les idées reçues sur une guerre des civilisations. Elle dénonce enfin le rôle incendiaire de la médiasphère, largement soumise à l’idéologie trumpiste de ses propriétaires, qui voudraient imposer la légende que leur triomphe est déjà accompli, alors que les urnes ont à l’évidence démontré le contraire.
Bref, on trouve là avec soulagement quelques raisons de ne pas totalement désespérer, même si on ne distingue guère de stratégies pour renverser la vapeur. Peut-être en trouverai-je dans le livre de F. Ruffin ?
16 septembre 2024
Faute d’un compte-rendu quotidien, je résume ici un voyage de cinq jours qui s’achève aujourdhui à Nantes et qui a commencé à Lorient, où nous n’étions jamais venus. Belle surprise : cette ville qu’on nous avais dite sans intérêt nous a d’emblée parue agréable. Comme Le Havre, elle a été totalement détruite à la fin de la guerre, et sa reconstruction est plutôt reussie, même si elle n’a pas bénéficié d’un grand urbaniste pour l’orchestrer. Des artères larges et ombragées, une grande zone centrale presque totalement délivrée des voitures, et, comme dans toutes les villes portuaires, de vastes espaces vides produisent une agréable impression de liberté.
Le lendemain de notre arrivée , nous traversons la rade en bateau, pour atteindre une citadelle sans grand intérêt, puis nous parcourons les ruelles d’un village au pittoresque soigneusement entretenu, qu’on imagine en haute saison saturé de touristes.
La visite du lendemain nous plaît davantage, à la découverte de la base fortifiée construite par les allemands pour réparer leurs sous-marins et entrainer les équipages. Trois gigantesques bunkers de béton qui ont résisté sans dommage aux déluge de bombes des alliés à la fin de la guerre. Le guide qui commente la visite nous rapporte à ce propos le sentiment plus que mélangé des Lorientais a l’égard de leurs libérateurs, qui les ont abandonnés pendant des semaines dans les ruines de leur ville, dont la destruction a privé les allemands de toute possibilité de repli, mais dont l’assaut serait trop coûteux en vies américaines. Il nous raconte aussi comment fut recrutée la nombreuse main d’œuvre- des milliers de personnes - nécessaire pour bâtir cette immense ville-usine souterraine puis pour la faire tourner. Parmi eux, beaucoup de Français pour les emplois les plus qualifiés, des volontaires séduits par des salaires très attractifs, et pour les tâches les plus ingrates, des travailleurs quasi esclaves, amenés de force de toute l’Europe. La base, qui après la guerre fut utilisée par la marine française jusqu’aux années 80, abrite aujourd’hui des entreprises liées à l’univers des grandes courses de voile.
Le lendemain, pour rallier Nantes, nous consultons en vain à la gare l’affichage des TER, à la recherche de celui qui figure sur nos billets. Le train direct a été remplacé par un trajet avec changement à Redon, sans que rien ne l’indique, ni en gare ni sur l’application SNCF. En revanche, l’appli DBahn, elle, est à jour et le mentionne. De même aujourd’hui, au départ de Nantes, l’emplacement des voitures du TGV était indiqué à l’envers sur les panneaux d’information du quai. Ce genre de pagaille témoigne d’un mépris absolu des usagers, à rapprocher des coûteuses campagnes de communication destinées à nous faire croire le contraire.
A Nantes, dont je ne gardais qu’un très vague souvenir, nous faisons dès notre arrivée le tour des hauts lieux, le passage Pommeraye, le Lieu Unique, la place Graslin et la fameuse brasserie La Cigale, où nous déjeunons dimanche. Le décor art nouveau est miraculeusement conservé (ou parfaitement restauré ?), sauvé sans doute par un classement précoce dans les annees 60. Wikipedia nous apprend que le lieu fut un temps transformé en self-service, avant de retrouver son lustre et sa tradition il y a une vingtaine d’années.
Nous parcourons aussi, bien sûr, la zone des anciens docks, où ont élu domicile les animaux-machines de Royal de luxe. Trop de foule, de poussettes et d’enfants pour notre goût.
Une escale au musée des beaux-arts nous fait découvrir une belle collection d’art moderne, et quelques surprises, comme un Herbin tout en courbes, dans un style qu’on ne lui connaît pas, un Soulages de la première période, et plusieurs Kandinsky très différents là encore de ceux qu’on connaît. Les autres salles, en revanche, n’ont aucun intérêt : Les œuvres sont accrochées en vrac, groupées autour de thèmes absurdes, du style "héroïsme féminin" ou "rêves éveillés", sans tenir le moindre compte des artistes et des époques. Cette recherche de la confusion est une étrange maladie qui contamine peu à peu les musées.
Autre jolie découverte, celle du jardin extraordinaire installé dans une ancienne carrière (cf. Le jardin botanique de Brest, dans une décharge ). On y accède en descendant un escalier métallique vertigineux de plus de cent marches, accroché à la falaise qui domine le jardin. Une immense cascade artificielle arrose une crique entourée d’une végétation luxuriante. L’ensemble est très réussi, et sera bientôt complété par un lac encore en construction. Tout cela rappelle fort la mode des jardins-folies du second empire, comme les Buttes Chaumont.
Enfin, nous prenons le thé accompagné de délicieux gâteaux maison dans un petit restaurant tenu par une équipe féminine. Nous y retournons le lendemain, pour un déjeuner tout aussi agréable.
A noter aussi que ce matin, j’ai suivi brièvement la rentrée de Telematin. Le nouveau présentateur, Julien Arnaud, recevait Eric Coquerel, avec qui il a été odieux, lui coupant sans cesse la parole, répétant que "votre programme, on le connaît, çà consiste à ruiner le pays..." Restons sur TF1.
Le lendemain de notre arrivée , nous traversons la rade en bateau, pour atteindre une citadelle sans grand intérêt, puis nous parcourons les ruelles d’un village au pittoresque soigneusement entretenu, qu’on imagine en haute saison saturé de touristes.
La visite du lendemain nous plaît davantage, à la découverte de la base fortifiée construite par les allemands pour réparer leurs sous-marins et entrainer les équipages. Trois gigantesques bunkers de béton qui ont résisté sans dommage aux déluge de bombes des alliés à la fin de la guerre. Le guide qui commente la visite nous rapporte à ce propos le sentiment plus que mélangé des Lorientais a l’égard de leurs libérateurs, qui les ont abandonnés pendant des semaines dans les ruines de leur ville, dont la destruction a privé les allemands de toute possibilité de repli, mais dont l’assaut serait trop coûteux en vies américaines. Il nous raconte aussi comment fut recrutée la nombreuse main d’œuvre- des milliers de personnes - nécessaire pour bâtir cette immense ville-usine souterraine puis pour la faire tourner. Parmi eux, beaucoup de Français pour les emplois les plus qualifiés, des volontaires séduits par des salaires très attractifs, et pour les tâches les plus ingrates, des travailleurs quasi esclaves, amenés de force de toute l’Europe. La base, qui après la guerre fut utilisée par la marine française jusqu’aux années 80, abrite aujourd’hui des entreprises liées à l’univers des grandes courses de voile.
Le lendemain, pour rallier Nantes, nous consultons en vain à la gare l’affichage des TER, à la recherche de celui qui figure sur nos billets. Le train direct a été remplacé par un trajet avec changement à Redon, sans que rien ne l’indique, ni en gare ni sur l’application SNCF. En revanche, l’appli DBahn, elle, est à jour et le mentionne. De même aujourd’hui, au départ de Nantes, l’emplacement des voitures du TGV était indiqué à l’envers sur les panneaux d’information du quai. Ce genre de pagaille témoigne d’un mépris absolu des usagers, à rapprocher des coûteuses campagnes de communication destinées à nous faire croire le contraire.
A Nantes, dont je ne gardais qu’un très vague souvenir, nous faisons dès notre arrivée le tour des hauts lieux, le passage Pommeraye, le Lieu Unique, la place Graslin et la fameuse brasserie La Cigale, où nous déjeunons dimanche. Le décor art nouveau est miraculeusement conservé (ou parfaitement restauré ?), sauvé sans doute par un classement précoce dans les annees 60. Wikipedia nous apprend que le lieu fut un temps transformé en self-service, avant de retrouver son lustre et sa tradition il y a une vingtaine d’années.
Nous parcourons aussi, bien sûr, la zone des anciens docks, où ont élu domicile les animaux-machines de Royal de luxe. Trop de foule, de poussettes et d’enfants pour notre goût.
Une escale au musée des beaux-arts nous fait découvrir une belle collection d’art moderne, et quelques surprises, comme un Herbin tout en courbes, dans un style qu’on ne lui connaît pas, un Soulages de la première période, et plusieurs Kandinsky très différents là encore de ceux qu’on connaît. Les autres salles, en revanche, n’ont aucun intérêt : Les œuvres sont accrochées en vrac, groupées autour de thèmes absurdes, du style "héroïsme féminin" ou "rêves éveillés", sans tenir le moindre compte des artistes et des époques. Cette recherche de la confusion est une étrange maladie qui contamine peu à peu les musées.
Autre jolie découverte, celle du jardin extraordinaire installé dans une ancienne carrière (cf. Le jardin botanique de Brest, dans une décharge ). On y accède en descendant un escalier métallique vertigineux de plus de cent marches, accroché à la falaise qui domine le jardin. Une immense cascade artificielle arrose une crique entourée d’une végétation luxuriante. L’ensemble est très réussi, et sera bientôt complété par un lac encore en construction. Tout cela rappelle fort la mode des jardins-folies du second empire, comme les Buttes Chaumont.
Enfin, nous prenons le thé accompagné de délicieux gâteaux maison dans un petit restaurant tenu par une équipe féminine. Nous y retournons le lendemain, pour un déjeuner tout aussi agréable.
A noter aussi que ce matin, j’ai suivi brièvement la rentrée de Telematin. Le nouveau présentateur, Julien Arnaud, recevait Eric Coquerel, avec qui il a été odieux, lui coupant sans cesse la parole, répétant que "votre programme, on le connaît, çà consiste à ruiner le pays..." Restons sur TF1.
10 septembre 2024
La journée commence mal, à l’allumage du vélo, qui lance sans prévenir une mise à jour de Ifit. Au bout de deux heures, nous découvrons une version totalement transformée, dans laquelle on n’a plus accès aux itinéraires Google Maps, mais où figurent en bonne place de boutons Netflix et Amazon Prime ! La manœuvre est d’autant plus inacceptable que trois jours auparavant, j’ai prolongé l’abonnement pour deux ans, à l’invite de plusieurs mails de relance soulignant que cela me vaudrait une économie de 50%. J’envoie à Ifit un e-mail de protestation, espérant qu’ils accepteront de résilier l’abonnement et de nous rembourser, mais il reste à trouver une solution de remplacement pour le vélo, en espérant pouvoir revendre pour acheter, s’il existe, un modèle compatible avec Google Maps.
Un peu plus tard, sursauté à l’écoute sur FranceInfo d’une chronique économique consacrée aux EHPAD en crise. Aurait-on mis au jour un nouveau scandale Orpea, et de nouveaux témoignages de maltraitance ? On comprend tout de suite que le propos n’est pas de cet ordre : il s’agit de la crise financière qui affecte les deux tiers des établissements, dont le bilan est déficitaire malgré plusieurs rallonges des contributions de la Sécurité Sociale. En cause, des taux d’occupation beaucoup trop bas, dus à une désaffection de la clientèle, qui semble être devenue méfiante (çà alors !) après les 40 000 morts en EHPAD pendant le Covid et la publication des Fossoyeurs. On n’ose pas déplorer cette mauvaise publicité, mais le reproche est sous-jacent. On ne précise pas non plus si la crise touche avec la même ampleur les EHPAD publics et privés, et à propos de ces derniers on se garde bien de rappeler ce que révélait l’enquête de Victor Castanet sur le détournement des subventions pour alimenter les dividendes des actionnaires. En conclusion de cette brillante analyse, on invoque la nécessité de "remettre à plat la question du traitement du grand âge", et comme on n’en est plus à un cliché près, on termine par "un dossier urgent de plus sur le bureau de Michel Barnier".
A entendre quotidiennement des papiers de cette eau, j’imagine l’esprit qui doit régner aujourd’hui dans les conférences de rédaction, qui me donnaient déjà la nausée il y a quinze ans...
Un peu plus tard, sursauté à l’écoute sur FranceInfo d’une chronique économique consacrée aux EHPAD en crise. Aurait-on mis au jour un nouveau scandale Orpea, et de nouveaux témoignages de maltraitance ? On comprend tout de suite que le propos n’est pas de cet ordre : il s’agit de la crise financière qui affecte les deux tiers des établissements, dont le bilan est déficitaire malgré plusieurs rallonges des contributions de la Sécurité Sociale. En cause, des taux d’occupation beaucoup trop bas, dus à une désaffection de la clientèle, qui semble être devenue méfiante (çà alors !) après les 40 000 morts en EHPAD pendant le Covid et la publication des Fossoyeurs. On n’ose pas déplorer cette mauvaise publicité, mais le reproche est sous-jacent. On ne précise pas non plus si la crise touche avec la même ampleur les EHPAD publics et privés, et à propos de ces derniers on se garde bien de rappeler ce que révélait l’enquête de Victor Castanet sur le détournement des subventions pour alimenter les dividendes des actionnaires. En conclusion de cette brillante analyse, on invoque la nécessité de "remettre à plat la question du traitement du grand âge", et comme on n’en est plus à un cliché près, on termine par "un dossier urgent de plus sur le bureau de Michel Barnier".
A entendre quotidiennement des papiers de cette eau, j’imagine l’esprit qui doit régner aujourd’hui dans les conférences de rédaction, qui me donnaient déjà la nausée il y a quinze ans...
7 septembre 2024
Il me faut revenir sur mes lectures des dernières semaines et ma digestion douloureuse des deux nouveaux livres d’Aurélien Bellanger, dont je suis venu à bout au prix d’un effort surhumain, accompli au nom de l’estime que je lui portais jusqu’ici, muée désormais en réelle aversion. Les derniers jours du Parti socialiste, dont le lancement donne lieu à une énorme campagne de presse et de commentaires -dont j’ai compilé ici et ici quelques exemples - est à mes yeux son plus mauvais livre, à égalité avec Le musée de la jeunesse, dont je parlerai ensuite. C’est en vain que j’ai tenté d’y retrouver les qualités qui m’avaient tant plu dans L’aménagement du territoire et Le Grand Paris, où il brossait déjà -surtout dans le deuxième - un portrait cruel et drôle du monde politique et de ses arcanes.
La déception est d’autant plus grande que j’adhère à son analyse politique sur la responsabilité de la gauche dans l’essor de l’idéologie fasciste : Le mouvement du Renouveau républicain, en radicalisant son combat pour la laïcité, a en effet rejoint la croisade de FN contre l’"islamo-gauchisme" que dénoncent sans cesse ses représentants ultra-médiatisés comme Fourest ou Val.
Mais l’insupportable réside dans le procédé narratif utilisé pour exposer cette thèse : une sorte de contrefaçon historique qui met en scène des personnages réels (ou en tout cas immédiatement identifiables) à qui on prête des propos, des échanges et des comportements imaginaires (souvent vraisemblables, mais en tout cas jamais appuyés sur des documents ou des témoignages), à seule fin de démontrer la pertinence de la thèse défendue. On en éprouve un profond malaise - dû à la malhonnêteté du procédé -qui culmine dans les dernières pages où l’auteur se met lui-même en scène de manière grotesque dans le rôle de Sauveterre, qui meurt en martyr, victime d’un attentat.
Et au malaise né du procédé narratif, s’ajoute pour le lecteur l’agacement provoqué par un style plus boursoufflé que jamais, fait de phrases interminables, bourrées de parenthèses parfois emboîtées. L’avalanche incessante de métaphores pédantes et de rapprochements historiques brillants, destinée à nous rendre éblouir par tant d’intelligence et de culture, révèle finalement de manière cruelle l’auto-satisfaction démesurée de son auteur.
Pour en finir avec Bellanger (car hélas, c’est bien ce dont il s’agit pour moi), son opuscule Le musée de la jeunesse, ouvrage de commande qui inaugure une collection sur le thème des musées, confirme son obsession de l’auto-célébration, qui atteint là un sommet de cuistrerie. Triste d’observer le naufrage d’un auteur aussi doué, victime de la griserie du succès.
La déception est d’autant plus grande que j’adhère à son analyse politique sur la responsabilité de la gauche dans l’essor de l’idéologie fasciste : Le mouvement du Renouveau républicain, en radicalisant son combat pour la laïcité, a en effet rejoint la croisade de FN contre l’"islamo-gauchisme" que dénoncent sans cesse ses représentants ultra-médiatisés comme Fourest ou Val.
Mais l’insupportable réside dans le procédé narratif utilisé pour exposer cette thèse : une sorte de contrefaçon historique qui met en scène des personnages réels (ou en tout cas immédiatement identifiables) à qui on prête des propos, des échanges et des comportements imaginaires (souvent vraisemblables, mais en tout cas jamais appuyés sur des documents ou des témoignages), à seule fin de démontrer la pertinence de la thèse défendue. On en éprouve un profond malaise - dû à la malhonnêteté du procédé -qui culmine dans les dernières pages où l’auteur se met lui-même en scène de manière grotesque dans le rôle de Sauveterre, qui meurt en martyr, victime d’un attentat.
Et au malaise né du procédé narratif, s’ajoute pour le lecteur l’agacement provoqué par un style plus boursoufflé que jamais, fait de phrases interminables, bourrées de parenthèses parfois emboîtées. L’avalanche incessante de métaphores pédantes et de rapprochements historiques brillants, destinée à nous rendre éblouir par tant d’intelligence et de culture, révèle finalement de manière cruelle l’auto-satisfaction démesurée de son auteur.
Pour en finir avec Bellanger (car hélas, c’est bien ce dont il s’agit pour moi), son opuscule Le musée de la jeunesse, ouvrage de commande qui inaugure une collection sur le thème des musées, confirme son obsession de l’auto-célébration, qui atteint là un sommet de cuistrerie. Triste d’observer le naufrage d’un auteur aussi doué, victime de la griserie du succès.
6 septembre 2024
Deux jours entiers consacrés à réinstaller Windows et toutes les applications sur mon ordinateur, à cause d’une manœuvre malheureuse qui pourtant était supposée me faire gagner du temps : les quelques secondes nécessaires chaque jour pour saisir le code PIN à l’allumage. C’était une très mauvaise idée, mais elle m’a incité à la prudence de créer des points de restauration, qui devraient m’éviter désormais de tels désagréments.
Hier, le choix de Michel Barnier comme premier ministre a confirmé mon analyse (et celle de D. Schneidermann) selon laquelle Macron a conclu un accord avec le parti fasciste, ce que confirme la réaction de Marine Le Pen : Elle jugera sur pièce l’action du gouvernement. Michèle B. doit se réjouir.
Pour nos soirées TV, nous avons alterné le meilleur et le pire : Vie privée nous a fait découvrir que Louis Malle n’a pas tourné que des chefs-d’œuvre. A voir le jeu de Brigitte Bardot, on se demande par quel malentendu on a pu voir en elle une actrice : elle est tellement mauvaise qu’elle contamine son partenaire, Marcello Mastroiani : il récite platement ses répliques, comme s’il avait hâte d’échapper à un piège.
Le lendemain, le meilleur nous a été servi par Michael Haneke dans Code inconnu. Comme toujours chez lui, une construction rigoureuse, inattendue, profondément originale et terriblement efficace. Un enchaînement de courtes séquences totalement disjointes, comme des gros plans saisis dans des lieux et des contextes très divers, dont le sens nous échappe toujours en partie, et qui peu à peu révèlent les fils cachés qui les relient. On éprouve la sensation délicieuse d’être irrésistiblement manipulé. Et Juliette Binoche, elle, fait démonstration de son talent de comédienne, notamment avec une scène de harcèlement dans le métro dont on a peine à réaliser qu’elle n’est pas réelle.
Enfin, retour sur ma séance de mardi chez P. Cahen, qui semble agréablement surpris de m’entendre évoquer le tenue de ce journal, et surtout que je m’en dise satisfait. Déjà trois mois d’assiduité quasi quotidienne, sans savoir réellement où cela me conduit. Nous verrons bien...
Hier, le choix de Michel Barnier comme premier ministre a confirmé mon analyse (et celle de D. Schneidermann) selon laquelle Macron a conclu un accord avec le parti fasciste, ce que confirme la réaction de Marine Le Pen : Elle jugera sur pièce l’action du gouvernement. Michèle B. doit se réjouir.
Pour nos soirées TV, nous avons alterné le meilleur et le pire : Vie privée nous a fait découvrir que Louis Malle n’a pas tourné que des chefs-d’œuvre. A voir le jeu de Brigitte Bardot, on se demande par quel malentendu on a pu voir en elle une actrice : elle est tellement mauvaise qu’elle contamine son partenaire, Marcello Mastroiani : il récite platement ses répliques, comme s’il avait hâte d’échapper à un piège.
Le lendemain, le meilleur nous a été servi par Michael Haneke dans Code inconnu. Comme toujours chez lui, une construction rigoureuse, inattendue, profondément originale et terriblement efficace. Un enchaînement de courtes séquences totalement disjointes, comme des gros plans saisis dans des lieux et des contextes très divers, dont le sens nous échappe toujours en partie, et qui peu à peu révèlent les fils cachés qui les relient. On éprouve la sensation délicieuse d’être irrésistiblement manipulé. Et Juliette Binoche, elle, fait démonstration de son talent de comédienne, notamment avec une scène de harcèlement dans le métro dont on a peine à réaliser qu’elle n’est pas réelle.
Enfin, retour sur ma séance de mardi chez P. Cahen, qui semble agréablement surpris de m’entendre évoquer le tenue de ce journal, et surtout que je m’en dise satisfait. Déjà trois mois d’assiduité quasi quotidienne, sans savoir réellement où cela me conduit. Nous verrons bien...
1er septembre 2024
L’installation du nouvel ordinateur de Minbl m’a quelque peu rassuré sur mes capacités cognitives : Même si la capacité de concentration et la mémoire immédiate sont diminuées, je reste capable de mener à bien ce genre de tâche. Mais je redoute plus que jamais le jour où je découvrirai que cela ne m’est plus possible. Je crains même que ce soit déjà le cas pour des travaux complexes : En modifiant ce site web pour y ajouter ce journal, il m’a semblé que je ne pourrais plus le réaliser aujourd’hui.
Pour le reste, l’actualité de ces derniers jours se résume dans les médias aux retours de vacances (mais nos restaurants et commerçants habituels n’ont pas encore rouvert), et au faux suspense pour la nomination d’un premier ministre.
Vu deux films : "La (très) grande évasion" de Yannick Kergoat et Denis Robert, est un documentaire qui détaille de manière implacable le fonctionnement des paradis fiscaux. On en retient la place sans cesse accrue qu’ils occupent dans l’économie mondiale, bien que depuis quarante ans nos gouvernants successifs promettent de les combattre, voire affirment qu’ils ont disparu (Moscovici). A l’origine de cette catastrophe, qui a conduit à la destruction générale des services publics et à l’appauvrissement des populations, la révolution conservatrice née aux Etats-Unis dans les année 80, illustrée par une déclaration de Reagan, pour qui « on ne doit pas attendre que l’Etat résolve les problèmes, mais combattre l’Etat, qui est le problème ». Cette doctrine inspirera dans le reste du monde occidental les politiques de dérégulation conduites au nom de la libre concurrence.
Le lendemain, nous avons découvert un film totalement oublié de Philippe de Broca, ignoré par le public à sa sortie, en 1966, "Le roi de cœur". En rupture complète avec le reste de son œuvre, qui semble aujourd’hui très convenue et terriblement datée, cette fantaisie historique et loufoque séduit autant par son étrangeté que par la richesse des moyens employés et de la distribution : Brasseur, Brialy, Serrault, Micheline Presle...
Magnifiquement restaurée, cette œuvre apparaît totalement inclassable et intemporelle, au même titre que les films de Jacques Demy : On pense en particulier, pour la splendeur des décors et des costumes, à Peau d’âne , tourné quatre ans plus tard.
Pour le reste, l’actualité de ces derniers jours se résume dans les médias aux retours de vacances (mais nos restaurants et commerçants habituels n’ont pas encore rouvert), et au faux suspense pour la nomination d’un premier ministre.
Vu deux films : "La (très) grande évasion" de Yannick Kergoat et Denis Robert, est un documentaire qui détaille de manière implacable le fonctionnement des paradis fiscaux. On en retient la place sans cesse accrue qu’ils occupent dans l’économie mondiale, bien que depuis quarante ans nos gouvernants successifs promettent de les combattre, voire affirment qu’ils ont disparu (Moscovici). A l’origine de cette catastrophe, qui a conduit à la destruction générale des services publics et à l’appauvrissement des populations, la révolution conservatrice née aux Etats-Unis dans les année 80, illustrée par une déclaration de Reagan, pour qui « on ne doit pas attendre que l’Etat résolve les problèmes, mais combattre l’Etat, qui est le problème ». Cette doctrine inspirera dans le reste du monde occidental les politiques de dérégulation conduites au nom de la libre concurrence.
Le lendemain, nous avons découvert un film totalement oublié de Philippe de Broca, ignoré par le public à sa sortie, en 1966, "Le roi de cœur". En rupture complète avec le reste de son œuvre, qui semble aujourd’hui très convenue et terriblement datée, cette fantaisie historique et loufoque séduit autant par son étrangeté que par la richesse des moyens employés et de la distribution : Brasseur, Brialy, Serrault, Micheline Presle...
Magnifiquement restaurée, cette œuvre apparaît totalement inclassable et intemporelle, au même titre que les films de Jacques Demy : On pense en particulier, pour la splendeur des décors et des costumes, à Peau d’âne , tourné quatre ans plus tard.
27 août 2024
Ni l’un ni l’autre n’avions vu Le chagrin et la pitié à sa sortie, en 1971. Comment imaginer ce que nous en aurions retenu alors ? Je parierais volontiers, après en avoir découvert la première partie hier soir, que le choc aurait été moins fort, tant nous avons été frappés par la similitude entre le climat politique d’aujourd’hui et celui de la fin des années 30, tel que le décrivent les témoignages et les documents d’archives. Certes, Macron n’est pas Pétain, et nous ne sommes pas (encore ?) en guerre, mais l’obsession de rechercher des boucs-émissaires (hier les juifs, aujourd’hui les musulmans), et celle de dénoncer une supposée décadence du pays dont "l’idéologie de gauche" serait responsable nourrissent comme il y a un demi siècle le discours dominant et ses canaux de propagande. Fidèle aux analyses de Pascal Praud, Michèle B., à qui j’ai rendu visite hier après une longue éclipse, se dit plus que jamais préoccupée par les mauvaises manières faites au RN, pourtant devenu si respectable (et par là même si populaire...), mais qui continue pourtant d’être honteusement calomnié par la gauche, et injustement tenu à l’écart par Macron. Lequel je vois pour ma part plutôt occupé, comme à son habitude lorsqu’il est menacé, à gagner du temps en organisant des simulacres de concertations, et négociant en coulisse et en même temps un accord de gouvernement avec cette extrême-droite qu’il prétend fustiger.
J’ai par ailleurs entrepris la lecture du dernier livre d’Aurélien Bellanger, Les derniers jours du Parti Socialiste, dans lequel jusqu’ici (la moitié du volume), je ne retrouve pas ce qui m’a plu dans les précédents. Le récit est toujours très documenté, et le style toujours brillant. Mais cette fois l’auteur en fait beaucoup trop, et s’abandonne à une emphase pesante et assez ennuyeuse, faite d’un déluge de citations et d’un étalage un peu cuistre de sa culture philosophique. J’espère réviser ce jugement à la lecture de la suite, car le sujet traité, la responsabilité/complicité du Printemps Républicain dans la montée de la marée fasciste, recoupe évidemment mes observations sur le sinistre retour des années 20.
Parenthèse bienvenue ce midi : nous avons déjeuné avec Patrick et Moussa à la terrasse d’un charmant restaurant thaïlandais, en bordure d’un lac, dans une banlieue du Val-de-Marne.
J’ai par ailleurs entrepris la lecture du dernier livre d’Aurélien Bellanger, Les derniers jours du Parti Socialiste, dans lequel jusqu’ici (la moitié du volume), je ne retrouve pas ce qui m’a plu dans les précédents. Le récit est toujours très documenté, et le style toujours brillant. Mais cette fois l’auteur en fait beaucoup trop, et s’abandonne à une emphase pesante et assez ennuyeuse, faite d’un déluge de citations et d’un étalage un peu cuistre de sa culture philosophique. J’espère réviser ce jugement à la lecture de la suite, car le sujet traité, la responsabilité/complicité du Printemps Républicain dans la montée de la marée fasciste, recoupe évidemment mes observations sur le sinistre retour des années 20.
Parenthèse bienvenue ce midi : nous avons déjeuné avec Patrick et Moussa à la terrasse d’un charmant restaurant thaïlandais, en bordure d’un lac, dans une banlieue du Val-de-Marne.
23 août 2024
Enfin de retour à la maison, nous avons pu hier soir regarder un film, En guerre, de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon dans le rôle d’un délégué syndical CGT qui conduit la lutte des 1100 salariés d’une usine menacée de fermeture.
Le sujet et le mode de traitement rappellent beaucoup les films de Ken Loach, à la différence près que nous ressentons ici une forme de malaise, due sans doute en partie à la focalisation extrême sur Vincent Lindon (qui a financé le projet). Son jeu est comme toujours remarquable, mais sa présence permanente dans tous les plans confine au cabotinage. L’autre source de malaise vient du mélange entre réalité et fiction : Le script est évidemment inspiré par d’innombrable situations de conflits sociaux semblables à celui-ci, mais pas par l’un d’eux en particulier. Le récit est donc une pure fiction, traitée comme un supposé documentaire, que rythment de fausses séquences de reportages sur BFM-TV. Le procédé, évidemment manipulatoire, évoque le lointain souvenir de Vive la crise, mais au service d’une analyse politique diamétralement opposée, à savoir la description minutieuse de la violence capitaliste et des stratégies dont elle use pour diviser la classe ouvrière et conduire ses luttes à l’échec. La scène finale où Vincent Lindon s’immole par le feu, supposée illustrer cette violence meurtrière, tourne à la démonstration grandiloquente et en perd toute sa force, frisant le grotesque.
Le sujet et le mode de traitement rappellent beaucoup les films de Ken Loach, à la différence près que nous ressentons ici une forme de malaise, due sans doute en partie à la focalisation extrême sur Vincent Lindon (qui a financé le projet). Son jeu est comme toujours remarquable, mais sa présence permanente dans tous les plans confine au cabotinage. L’autre source de malaise vient du mélange entre réalité et fiction : Le script est évidemment inspiré par d’innombrable situations de conflits sociaux semblables à celui-ci, mais pas par l’un d’eux en particulier. Le récit est donc une pure fiction, traitée comme un supposé documentaire, que rythment de fausses séquences de reportages sur BFM-TV. Le procédé, évidemment manipulatoire, évoque le lointain souvenir de Vive la crise, mais au service d’une analyse politique diamétralement opposée, à savoir la description minutieuse de la violence capitaliste et des stratégies dont elle use pour diviser la classe ouvrière et conduire ses luttes à l’échec. La scène finale où Vincent Lindon s’immole par le feu, supposée illustrer cette violence meurtrière, tourne à la démonstration grandiloquente et en perd toute sa force, frisant le grotesque.
21 août 2024
Enfin, nous pouvons dire que nous repartons demain. Cette perspective devrait me réjouir, mais le malaise que je ressens de plus en plus ne s’apaisera sans doute qu’en nous retrouvant enfin à la maison. Les derniers jours pourtant ont été plutôt agréables, et mis à part un dimanche de pluie ou nous n’avons pas mis le nez dehors, nous avons fait de jolies promenades, avec Nicole et Flo d’abord, sur un sentier balisé de cairns, puis après un pique-nique dans une jolie prairie ombragée de hêtres, un long itinéraire sur la crête d’une montagne, pour atteindre plusieurs belvédères dominant un chapelet de petits lacs. Sur la rive du dernier, une maison prolongée d’un embarcadère, qui vue de loin évoque irrésistiblement la maison du lac ou Walden. A l’inverse de la promenade du matin, où nous n’avions croisé que quelques familles, le chemin de crête est aussi fréquenté que la rue Lepic un dimanche matin : L’office de tourisme du lieu a bien travaillé, et les parkings sont tous saturés de voitures. Seule la dernière descente pour rejoindre le niveau des lacs nous a paru très longue, et surtout épuisante, car pendant plus d’une heure, on dévale une pente abrupte qui longe des précipice vertigineux, risquant de chuter à chaque pas sur un sol rendu glissant par la pluie de la veille. Au retour, longeant les lacs, on revoit la maison qui, de plus près, perd tout son charme.
17 août 2024
Concert de Paola hier soir, dans un petit village perdu en altitude sur le bord d’un plateau, accessible seulement par des routes étroites et zigzagantes. Quand nous y arrivons en compagnie de Nicole et Floriane, Paola et Victor sont en train d’installer la sono sur la terrasse d’un joli café de campagne, équipé de dortoirs pour les randonneurs. Le lieu semble chaleureux, comme ses propriétaires, mais l’impression se gâte lorsque commence le concert, car le brouhaha des tablées, loin de se calmer comme on aurait pu l’attendre, s’amplifie jusqu’à devenir gênant pour la chanteuse et pour le public venu l’entendre. Paola, visiblement rompue à ce genre d’épreuve, affiche un sourire imperturbable. Beaucoup des chansons sont nouvelles, sa voix et sa présence sur scène sont désormais parfaitement maîtrisées, et elle parvient, malgré l’adversité, à nous faire partager un peu du plaisir qu’elle éprouve à faire de la musique. La deuxième partie du concert, en revanche, est totalement gâchée par une bande de petits animaux humains qui se mettent à danser, puis à crier devant la scène, encouragées par leurs géniteurs qui les couvent du regard quand on imaginerait qu’ils les éloignent. Paola convient ensuite en avoir été très perturbée, mais elle doit hélas affronter souvent ce genre de situation : le calvaire des chanteurs débutants face aux publics des cabarets n’est pas une légende. Nous reprenons la route à la nuit noire, pour retrouver Villard vers une heure du matin. Bonne nouvelle : Paola et Victor viendront passer un week-end à Paris en janvier, et nous irons ensemble écouter - et pour nous découvrir - le pianiste allemand Florian Christl.
14 août 2024
Nous venons de passer deux jours formidables à Besançon, chez Bob et Ja, que nous avons retrouvés aussi inchangés que si nous les avions quittés hier, toujours amicaux, drôles et chaleureux. Leur maison est magnifique, tout comme l’accueil qu’ils nous y ont fait. Nous avons dormi dans la chambre qui donne sur la piscine, où j’ai fait des longueurs après mes exercices du matin. Deux promenades guidées par Ja, l’une hier à la découverte de la ville et de la Citadelle, et l’autre ce matin dans la vallée de la Loue. Bob, qui ne peut marcher longuement à cause de son genou opéré encore fragile, est resté avec Flo pour nous rejoindre en voiture. Avant de partir, nous avons déjeuné aujourd’hui dans une pisciculture nichée dans le fond d’une vallée, et, heureuse surprise, nous avons pu enfin manger des truites au bleu, que tous ont jugées délicieuses. Pour finir, la seule fausse note de ces deux jours parfaits a été lancée par Flo au moment du départ, avec une réflexion acide faite à nos hôtes sur le mode involontairement blessant dont elle a le secret. Après nous être retenus de l’étrangler, nous avons finalement décidé d’ignorer l’affront, certains que Bob et Ja feront de même.
Si j’ai pu craindre parfois que Flo puisse être source de malentendu entre Minbl et moi, nos dernières conversations à son propos m’ont totalement rassuré. Nous sommes, exactement de la même façon, partagés entre compassion et méfiance, tant elle est à la fois habitée d’une grande détresse et d’une réelle méchanceté. Le mieux est sans doute simplement de s’en tenir à distance.
Si j’ai pu craindre parfois que Flo puisse être source de malentendu entre Minbl et moi, nos dernières conversations à son propos m’ont totalement rassuré. Nous sommes, exactement de la même façon, partagés entre compassion et méfiance, tant elle est à la fois habitée d’une grande détresse et d’une réelle méchanceté. Le mieux est sans doute simplement de s’en tenir à distance.
10 août 2024
Un long silence. C’est ce qui résume au mieux nos journées ici, et les rend par moments si pénibles. Ce ne sont pourtant pas les bruits qui manquent, nombreux à la campagne, mais les moteurs de tondeuses et les aboiements de chiens ne font que souligner le silence étouffant de tout ce qui est tu. Les échanges sont soigneusement restreints à la pure banalité, questions pratiques, météo, et anecdotes du quotidien, et prennent soin d’éviter toute forme d’analyse et de jugement. Pour être honnête, si cette morale du silence me gêne à ce point, c’est parce que j’y discerne une menace contre ce qui m’est essentiel et me maintient en vie : Le rapport magique avec mon Minbl. Je sais bien qu’il se rétablira dès que se refermera la parenthèse de ce séjour, et j’ai hâte d’y parvenir. D’ici là j’aurai du mal à tenir ce journal : le silence est contagieux.
7 août 2024
Retour à Villard, pour deux semaines que je pressens éprouvantes : Floriane, plus que jamais obsédée par la santé de son chat, met de nouveau nos nerfs à l’épreuve, et la découverte d’une fuite d’eau dans la cuisine donne lieu à de nouvelles scènes de désarroi. On sent en elle un bouillonnement permanent de colère et d’angoisse dont on redoute à tout moment qu’il explose. Minbl, que cette situation rend encore plus malheureux que moi, réussit à garder son calme et nous entraîne chez Joce pour un moment de répit.
Je dois revenir sur le film que nous avons vu hier soir, car il nous a réservé une très heureuse surprise : Yannick de Quentin Dupieux (oui, le même...), tourné en six jours l’an dernier, juste avant Daaali !, que nous avions vu la veille, nous est apparu aussi séduisant et réussi que l’autre était antipathique et raté. L’idée du script est astucieuse : dans le huis clos d’un théâtre où vient de commencer la représentation d’une mauvaise pièce de boulevard, un spectateur mécontent interrompt le spectacle et, brandissant un pistolet, prend public et comédiens en otage pour contraindre les acteurs à interpréter séance tenante le texte qu’il entreprend d’écrire. Le rôle de Yannick est tenu par un jeune comédien très singulier et subtil, Raphaël Quenard, qui livre là une composition étonnante. Ses trois partenaires sont tout aussi talentueux. Nous oublierons vite la déception de la veille.
Je dois revenir sur le film que nous avons vu hier soir, car il nous a réservé une très heureuse surprise : Yannick de Quentin Dupieux (oui, le même...), tourné en six jours l’an dernier, juste avant Daaali !, que nous avions vu la veille, nous est apparu aussi séduisant et réussi que l’autre était antipathique et raté. L’idée du script est astucieuse : dans le huis clos d’un théâtre où vient de commencer la représentation d’une mauvaise pièce de boulevard, un spectateur mécontent interrompt le spectacle et, brandissant un pistolet, prend public et comédiens en otage pour contraindre les acteurs à interpréter séance tenante le texte qu’il entreprend d’écrire. Le rôle de Yannick est tenu par un jeune comédien très singulier et subtil, Raphaël Quenard, qui livre là une composition étonnante. Ses trois partenaires sont tout aussi talentueux. Nous oublierons vite la déception de la veille.
6 août 2024
Après le déjeuner dans notre brasserie favorite du Plessis-Robinson, nous sommes rentrés à pied jusqu’à Issy-les-Moulineaux, par un chemin pittoresque et ombragé qui traverse la forêt de Meudon. Au calme et en pleine nature, mais à deux pas du confort de la ville, voilà la campagne idéale ! Dans le métro, une horde de touristes olympiques coréens envahit la rame à Montparnasse, habillés JO des pieds à la tête, tatoués JO (provisoirement ?) sur le visage, équipés de drapeaux et de mascottes JO. La laideur agressive de ces accessoires, semblable à celle de l’univers du foot, est à l’évidence un choix esthétique, un mépris de classe parfaitement assumé par les vendeurs de cette pacotille. Leur brief aux designers devait leur imposer de faire moche.
Cela pourrait nourrir un chapitre de plus dans le livre de la journaliste Jade Lindgaard : Paris 2024, une ville face à la violence olympique , dont je viens de finir la lecture. Le style en est assez semblable à celui de V. Castanet, l’enquête tout aussi fouillée, et ce qu’elle révèle sur le CIO et l’envers du décor des JO de Paris est là encore un système mafieux, qui puise lui aussi dans les fonds publics, mais à une toute autre échelle qu’ Orpea : jusqu’à conduire parfois à la ruine les villes (Montréal), voire les pays (la Grèce) auxquels il s’attaque.
Après un rappel fort utile des bilans financiers désastreux JO des trois dernières décennies, on découvre à quel point les effets qu’ils engendrent à terme sont à l’inverse des promesses faites avant leur lancement : Les équipements créés sont peu réutilisés, les villages olympiques, censés devenir habitat social, sont destinés à la spéculation immobilière, le bilan écologique est catastrophique, et les lendemains prospères induits par les jeux n’arrivent jamais. Comme dans les Fossoyeurs, on souligne enfin le secret qui entoure les processus de décisions, et le refus des responsables politiques de consulter les populations qu’elles concernent. Malheureusement, l’ampleur du bombardement médiatique autour des JO est tel que cet ouvrage, pourtant indispensable à leur compréhension, ne suscitera sans doute que peu d’écho.
J’aimerais qu’il en aille de même pour le film que nous avons vu hier soir, car quoiqu’on pense de la personne et de l’œuvre de Salvador Dali, il ne méritait sûrement pas l’affront que lui porte ce film médiocre (Daaali !).
L’auteur, Quentin Dupieux, qui prétend en toute modestie ajouter un chapitre à l’histoire du surréalisme (il dit sans rire avoir puisé son inspiration chez Bunuel !), nous inflige un spectacle prétentieux et d’un ennui mortel, tournant autour du cinéma dans le cinéma qui se moque du cinéma, bref un de ces projets bâclés mais assortis d’une distribution à la mode auxquels le CNC adore attribuer des avances. Seules sont drôles les rares séquences où Edouard Bear incarne Dali. Mises bout-à_bout, elles feraient un bon court-métrage. On se demande comment le distributeur du DVD a osé joindre en bonus à ce navet la merveilleuse interview de Dali par Denise Glaser, tant le contraste est navrant.
Après toutes ces raisons de bougonner, un éclair de lumière avec cet article de Pour La Science sur l’origine de la vie. Il décrit une nouvelle expérience conduite avec des automates cellulaires, comme dans le jeu de la vie. Il apparaît que sans rien faire d’autre que disposer des particules de maniere aléatoire dans un espace donné, elles finissent, après de très nombreuses générations, par s’organiser, se complexifier, et transmettre leurs nouvelles propriétés aux générations suivantes. En somme, le mecanisme de l’évolution a pu commencer à partir de rien : Ça ne va pas plaire aux bigots, surtout aux créationnistes !
Cela pourrait nourrir un chapitre de plus dans le livre de la journaliste Jade Lindgaard : Paris 2024, une ville face à la violence olympique , dont je viens de finir la lecture. Le style en est assez semblable à celui de V. Castanet, l’enquête tout aussi fouillée, et ce qu’elle révèle sur le CIO et l’envers du décor des JO de Paris est là encore un système mafieux, qui puise lui aussi dans les fonds publics, mais à une toute autre échelle qu’ Orpea : jusqu’à conduire parfois à la ruine les villes (Montréal), voire les pays (la Grèce) auxquels il s’attaque.
Après un rappel fort utile des bilans financiers désastreux JO des trois dernières décennies, on découvre à quel point les effets qu’ils engendrent à terme sont à l’inverse des promesses faites avant leur lancement : Les équipements créés sont peu réutilisés, les villages olympiques, censés devenir habitat social, sont destinés à la spéculation immobilière, le bilan écologique est catastrophique, et les lendemains prospères induits par les jeux n’arrivent jamais. Comme dans les Fossoyeurs, on souligne enfin le secret qui entoure les processus de décisions, et le refus des responsables politiques de consulter les populations qu’elles concernent. Malheureusement, l’ampleur du bombardement médiatique autour des JO est tel que cet ouvrage, pourtant indispensable à leur compréhension, ne suscitera sans doute que peu d’écho.
J’aimerais qu’il en aille de même pour le film que nous avons vu hier soir, car quoiqu’on pense de la personne et de l’œuvre de Salvador Dali, il ne méritait sûrement pas l’affront que lui porte ce film médiocre (Daaali !).
L’auteur, Quentin Dupieux, qui prétend en toute modestie ajouter un chapitre à l’histoire du surréalisme (il dit sans rire avoir puisé son inspiration chez Bunuel !), nous inflige un spectacle prétentieux et d’un ennui mortel, tournant autour du cinéma dans le cinéma qui se moque du cinéma, bref un de ces projets bâclés mais assortis d’une distribution à la mode auxquels le CNC adore attribuer des avances. Seules sont drôles les rares séquences où Edouard Bear incarne Dali. Mises bout-à_bout, elles feraient un bon court-métrage. On se demande comment le distributeur du DVD a osé joindre en bonus à ce navet la merveilleuse interview de Dali par Denise Glaser, tant le contraste est navrant.
Après toutes ces raisons de bougonner, un éclair de lumière avec cet article de Pour La Science sur l’origine de la vie. Il décrit une nouvelle expérience conduite avec des automates cellulaires, comme dans le jeu de la vie. Il apparaît que sans rien faire d’autre que disposer des particules de maniere aléatoire dans un espace donné, elles finissent, après de très nombreuses générations, par s’organiser, se complexifier, et transmettre leurs nouvelles propriétés aux générations suivantes. En somme, le mecanisme de l’évolution a pu commencer à partir de rien : Ça ne va pas plaire aux bigots, surtout aux créationnistes !
5 août 2024
Retour sur le livre de Victor Castanet, les Fossoyeurs, dont j’ai terminé la lecture il y a quelques jours. Minbl qui l’a lu avant moi était très élogieux sur la qualité, la précision et le contenu inédit de l’enquête, tout en soulignant que la lecture en était parfois éprouvante, tant les situations exposées étaient tragiques. J’en avais eu un avant-goût en lisant les extraits que le monde avait publiés à la sortie du livre. On y trouvait entre autres le récit effrayant des derniers jours de Françoise Dorin, dans la résidence de grand luxe où l’on précipite sa mort par manque de soins. Ce n’est là que le premier épisode d’une série glaçante, dont on réalise très vite qu’ils ne sont en rien le fruit du hasard, mais le résultat d’une politique délibérée du groupe Orpea, propriétaire des établissements, et leader mondial de l’industrie nouvelle et extraordinairement lucrative qu’il a inventée : la prise en charge de la dépendance.
Inutile de résumer les trois ans de l’enquête, et les témoignages des centaines de personnes interviewées, dont beaucoup acceptent que leur nom soit publié. La conclusion est sans appel : Orpea (et dans une moindre mesure la plupart de ses concurrents dans le secteur privé) fonctionne comme une organisation mafieuse, utilisant la fraude, les menaces et le chantage pour détourner massivement de l’argent public, avec des complicités politique de très haut niveau. Deux de ces complices sont nommément cités : Xavier Bertrand, ancien Ministre de la santé, et Jean-Louis Borloo. La force de la démonstration tient à la précision avec laquelle sont décrits les mécanismes de cette fraude, et à l’accumulation des preuves de leur existence.
Les derniers chapitres, ajoutés après la sortie de le première édition, soulignent que la révélation de ce scandale n’a pas conduit jusqu’ici à des changements profonds de la politique de traitement de la dépendance, qui (pour longtemps sans doute) demeure soumise à une gestion purement financière dont la seule fin est de réaliser des profits, sans souci réel du service rendu.
Pour ce qui nous concerne, sans en avoir parlé explicitement, je crois que nous n’avons jamais envisagé un internement dans une structure de ce genre (dont on sait par ailleurs le traitement honteux qu’on y réserve aux homosexuels, comme V. Castanet l’avait révélé en 2019 dans une enquête pour Le Monde). S’il subsistait chez nous la moindre incertitude sur cette question, ce livre y apporte une réponse claire et définitive.
Inutile de résumer les trois ans de l’enquête, et les témoignages des centaines de personnes interviewées, dont beaucoup acceptent que leur nom soit publié. La conclusion est sans appel : Orpea (et dans une moindre mesure la plupart de ses concurrents dans le secteur privé) fonctionne comme une organisation mafieuse, utilisant la fraude, les menaces et le chantage pour détourner massivement de l’argent public, avec des complicités politique de très haut niveau. Deux de ces complices sont nommément cités : Xavier Bertrand, ancien Ministre de la santé, et Jean-Louis Borloo. La force de la démonstration tient à la précision avec laquelle sont décrits les mécanismes de cette fraude, et à l’accumulation des preuves de leur existence.
Les derniers chapitres, ajoutés après la sortie de le première édition, soulignent que la révélation de ce scandale n’a pas conduit jusqu’ici à des changements profonds de la politique de traitement de la dépendance, qui (pour longtemps sans doute) demeure soumise à une gestion purement financière dont la seule fin est de réaliser des profits, sans souci réel du service rendu.
Pour ce qui nous concerne, sans en avoir parlé explicitement, je crois que nous n’avons jamais envisagé un internement dans une structure de ce genre (dont on sait par ailleurs le traitement honteux qu’on y réserve aux homosexuels, comme V. Castanet l’avait révélé en 2019 dans une enquête pour Le Monde). S’il subsistait chez nous la moindre incertitude sur cette question, ce livre y apporte une réponse claire et définitive.
4 août 2024
Sur France24, ce matin, je découvre que Montmartre est tout aussi assiégée que la Butte aux Cailles : des cycliste gravissent la rue Lepic hérissée de barrières, et le reportage s’attarde sur l’un d’entre eux qui fait halte aux toilettes du Café des deux moulins, "immortalisé par Amélie Poulain", précise le commentateur. Hier soir, des clameurs nous parvenaient par bouffées du Parc de Choisy où est installée une fan zone. Aux yeux des médias, ceux qui comme nous ignorent cette folie hystérique et cherchent à s’en protéger n’existent pas : tous les témoins interrogés chavirent de joie et de fierté. L’effet JO, expliquent doctement les exégètes médiatiques, a déjà fait oublier aux Français leurs inquiétudes et leurs colères, et installera pendant des mois un climat de béatitude, renforcé bien sûr par la vague de prospérité qu’il ne manquera pas d’entraîner. Minbl suggère que Macron doit se mordre les doigts de n’avoir pas attendu la fin des JO pour dissoudre, les électeurs l’auraient plébiscité !
Quant à l’autre réalité, celle des populations déplacées, celle de la violence olympique, comme la dénomme la journaliste Jade Lindgaard dans son livre dont je commence la lecture, elle reste invisible dans les reportages. Nous l’apercevons seulement sur les quais, où des tonnes de rochers, de blocs de béton, et des kilomètres de grilles ont été installés pour en chasser les sans-abri.
Nous avons beau être habitués à ne pas nous reconnaître dans les goûts et les modes de vie majoritaires, jamais nous n’avons observé un tel décalage entre ce que nous voyons et le récit qui nous en est imposé : jamais jusqu’ici les deux chaînes publiques de TV n’avaient supprimé tous leurs programmes pour leur substituer une retransmission permanente des JO. Difficile de ne pas voir, derrière une offensive de propagande médiatique aussi massive, mise en œuvre par des organes soumis comme jamais au pouvoir, un vrai projet politique de manipulation de l’opinion publique. La puissance des réseaux sociaux, arme de propagande d’une efficacité sans précédent, le rend désormais possible. A l’instar des trumpistes en Amérique, on prétendra imposer des vérités et des réalités alternatives, et convaincre les plus fragiles qu’on va reconstruire pour eux demain ce qu’on ne cesse de détruire. Et j’ai bien peur que celà résume la doctrine du futur gouvernement macrono-fasciste en préparation.
Comme antidote à ce climat désespérant (à quoi il faudrait ajouter les préparatifs de guerre qui se précisent), nous avons vu hier soir le film documentaire de Nicolas Philibert sur l’Adamant, primé d’un ours d’or l’an dernier à Berlin. Il a pour cadre un bateau ancré près du pont Charles de Gaulle, qui accueille comme dans un hôpital de jour des patients souffrant de troubles psychiatriques. A priori le sujet me rend méfiant car il m’évoque le souvenir du film nauséabond de Depardon sur l’internement d’office. Heureusement, dès l’abord, on comprend que la démarche est toute autre. Tout commence par une séquence très forte où un malade interprète la chanson La bombe humaine du groupe Téléphone, avec un réel talent d’interprétation, qui puise visiblement dans une violence et une souffrance intérieures extrêmes. La suite fait un moment redouter un simple bout-à-bout paresseux de scènes du quotidien, avant de nous captiver peu à peu en s’attardant sur des personnalités fascinantes. Un poète-musicien, une peintre, un guitariste surdoué... tous dotés d’un talent peu commun, la plupart d’un vocabulaire très riche, et développant des propos très originaux, comme inspirés par un monde intérieur auquel eux seuls ont accès. Petit à petit, on comprend que coexiste en eux délires et réalité. Plusieurs confirment qu’ils ne pourraient survivre sans leurs médicaments. Les rapports avec les psys, que rien ne distingue par l’habillement, sont exempts de hiérarchie ou de paternalisme. On devine, avant que le réalisateur ne le confirme dans le bonus, que l’établissement est une exception unique dans le paysage psychiatrique, pour les rapports égalitaires qu’il instaure entre soignants et patients. Entre autre mérites, le film a celui de ne prétendre à rien d’autre qu’un témoignage, sans prétention démonstrative, et d’échapper aux clichés habituels sur la "normalité" et la "folie". Il nous révèle en outre l’existence, sans doute marginale et menacée, d’une psychiatrie à visage humain, respectueuse de ses patients. Survivra-t-elle à la vague d’affairisme qui détruit notre système de santé ? On se peut se poser la question après la lecture des Fossoyeurs de Victor Castanet, sur laquelle je reviendrai plus tard.
Quant à l’autre réalité, celle des populations déplacées, celle de la violence olympique, comme la dénomme la journaliste Jade Lindgaard dans son livre dont je commence la lecture, elle reste invisible dans les reportages. Nous l’apercevons seulement sur les quais, où des tonnes de rochers, de blocs de béton, et des kilomètres de grilles ont été installés pour en chasser les sans-abri.
Nous avons beau être habitués à ne pas nous reconnaître dans les goûts et les modes de vie majoritaires, jamais nous n’avons observé un tel décalage entre ce que nous voyons et le récit qui nous en est imposé : jamais jusqu’ici les deux chaînes publiques de TV n’avaient supprimé tous leurs programmes pour leur substituer une retransmission permanente des JO. Difficile de ne pas voir, derrière une offensive de propagande médiatique aussi massive, mise en œuvre par des organes soumis comme jamais au pouvoir, un vrai projet politique de manipulation de l’opinion publique. La puissance des réseaux sociaux, arme de propagande d’une efficacité sans précédent, le rend désormais possible. A l’instar des trumpistes en Amérique, on prétendra imposer des vérités et des réalités alternatives, et convaincre les plus fragiles qu’on va reconstruire pour eux demain ce qu’on ne cesse de détruire. Et j’ai bien peur que celà résume la doctrine du futur gouvernement macrono-fasciste en préparation.
Comme antidote à ce climat désespérant (à quoi il faudrait ajouter les préparatifs de guerre qui se précisent), nous avons vu hier soir le film documentaire de Nicolas Philibert sur l’Adamant, primé d’un ours d’or l’an dernier à Berlin. Il a pour cadre un bateau ancré près du pont Charles de Gaulle, qui accueille comme dans un hôpital de jour des patients souffrant de troubles psychiatriques. A priori le sujet me rend méfiant car il m’évoque le souvenir du film nauséabond de Depardon sur l’internement d’office. Heureusement, dès l’abord, on comprend que la démarche est toute autre. Tout commence par une séquence très forte où un malade interprète la chanson La bombe humaine du groupe Téléphone, avec un réel talent d’interprétation, qui puise visiblement dans une violence et une souffrance intérieures extrêmes. La suite fait un moment redouter un simple bout-à-bout paresseux de scènes du quotidien, avant de nous captiver peu à peu en s’attardant sur des personnalités fascinantes. Un poète-musicien, une peintre, un guitariste surdoué... tous dotés d’un talent peu commun, la plupart d’un vocabulaire très riche, et développant des propos très originaux, comme inspirés par un monde intérieur auquel eux seuls ont accès. Petit à petit, on comprend que coexiste en eux délires et réalité. Plusieurs confirment qu’ils ne pourraient survivre sans leurs médicaments. Les rapports avec les psys, que rien ne distingue par l’habillement, sont exempts de hiérarchie ou de paternalisme. On devine, avant que le réalisateur ne le confirme dans le bonus, que l’établissement est une exception unique dans le paysage psychiatrique, pour les rapports égalitaires qu’il instaure entre soignants et patients. Entre autre mérites, le film a celui de ne prétendre à rien d’autre qu’un témoignage, sans prétention démonstrative, et d’échapper aux clichés habituels sur la "normalité" et la "folie". Il nous révèle en outre l’existence, sans doute marginale et menacée, d’une psychiatrie à visage humain, respectueuse de ses patients. Survivra-t-elle à la vague d’affairisme qui détruit notre système de santé ? On se peut se poser la question après la lecture des Fossoyeurs de Victor Castanet, sur laquelle je reviendrai plus tard.
3 août 2024
J’avais mal apprécié l’ampleur et la sévérité de l’état de siège qui nous est infligé. En sortant tout à l’heure du déjeuner à notre crêperie habituelle, nous avons été stupéfaits de découvrir la place d’Italie vide de voitures, cerclée de barrages sur toutes les voies d’accès, une dizaine de fourgons de police stationnant près de la mairie du 13e. Une affiche nous apprend que ce dispositif restera en place pendant une semaine entière, pour permettre une épreuve olympique de cyclisme. La butte aux Cailles tout entière est inaccessible, cernée de barrières défendues par des hommes en uniforme dont beaucoup sont armés. Quand nous rentrons par la rue de Tolbiac, presque déserte, les voitures bleu marine foncent à toute allure, dans un déluge de sirènes et de gyrophares, à seule fin, dirait-on, d’affirmer la mainmise policière sur la ville. Une image me vient à l’esprit : celle de l’arrivée des troupes allemandes en juin 40, accueillies sans doute avec la même résignation...
2 août 2024
De retour à Paris depuis deux jours, et l’état de siège que nous redoutions n’est pas du tout visible dans notre quartier, sauf aux alentours des ponts de Tolbiac et d’Austerlitz, où les grilles installées pour le défilé fluvial sont toujours en place, et le resteront sans doute pendant plusieurs semaines. Déjeuné hier au Ba Mien avec Bruno, Patrick et Moussa, qui a une fois de plus changé d’ "emploi" : il nous explique qu’il travaille désormais le week-end, à servir de la chicha au bar d’une péniche/boîte de nuit gérée par "un ami de ses cousins"... Minbl me confirme se demander comme moi s’il est très naïf ou très filou. Patrick connaît sûrement la réponse, et on ne peut l’imaginer autrement qu’inquiet. Quant à Bruno, son glissement vers la droite continue de progresser : Le RN aux portes du pouvoir ne l’inquiète pas : Eux seuls, dit-il, proposent des mesures pour améliorer le pouvoir d’achat des plus pauvres (la gauche le fait aussi, convient-il, mais elle sera jamais aux affaires pour les mettre en œuvre). Il me somme de lui citer des exemples concrets de mesures anti-sociales qu’ils ont voté avec la droite dite modérée. Je lui envoie par mail les listes compilées par Fakir et la CGT. Ils ne sont pas non plus un danger pour les femmes et les LGBT, puisqu’ils comptent beaucoup de pédés dans leurs rangs (NB:comme dans l’entourage d’Hitler...), et que Marine Le Pen est une grande protectrice de la liberté d’avorter ! Il n’est pas convaincu non plus du rôle des médias pour accompagner l’opération de "dédiabolisation" du parti fasciste. A ce propos, je repère ce matin dans Google News cet article de TFI info digne de FoxNews, qui utilise la méthode de fausse citation, typique de l’extrème-droite pour diffamer ses adversaires.
Heureusement, hier soir, le dernier film de Kurismaki, Les feuilles mortes, nous a fait retrouver quelques raisons de ne pas totalement désespérer de l’humanité. cela confirme aussi que le spectacle de la beauté est l’un des meilleurs antidotes au désespoir. On y retrouve les décors sans date qui nous plaisent tant, et ce regard à la fois incisif et doux sur des personnages de prolétaires brisés mais toujours dignes. Le bonus nous apprend - sans surprise - que Kurismaki et Jarmush sont amis de longue date. Un film de 2023 que nous avions vu avec beaucoup de plaisir avant de partir à Villard nous avait paru inspiré de la même esthétique : L’étoile filante, de Dominique Abel et Fiona Gordon. Avec les temps qui s’annoncent, il faut faire provision de films de ce genre, et de livres, pour cultiver un peu d’espoir.
Heureusement, hier soir, le dernier film de Kurismaki, Les feuilles mortes, nous a fait retrouver quelques raisons de ne pas totalement désespérer de l’humanité. cela confirme aussi que le spectacle de la beauté est l’un des meilleurs antidotes au désespoir. On y retrouve les décors sans date qui nous plaisent tant, et ce regard à la fois incisif et doux sur des personnages de prolétaires brisés mais toujours dignes. Le bonus nous apprend - sans surprise - que Kurismaki et Jarmush sont amis de longue date. Un film de 2023 que nous avions vu avec beaucoup de plaisir avant de partir à Villard nous avait paru inspiré de la même esthétique : L’étoile filante, de Dominique Abel et Fiona Gordon. Avec les temps qui s’annoncent, il faut faire provision de films de ce genre, et de livres, pour cultiver un peu d’espoir.
29 juillet 2024
Demain retour à Paris pour une semaine, coupure salutaire que j’ai vaguement justifiée hier, en réponse à la question de Ginette, qui, au téléphone, s’interrogeait sur la raison de cet aller-retour. La chaleur sera la même, mais nous respirerons mieux. Depuis deux jours le soleil est très chaud, sans perspective d’orages, et nous ne sortons pour des promenade à pied que le soir ou le matin. Aujourd’hui nous sommes retournés sur les bords de la Bienne, où nous avons découvert que le chemin menant à l’autre pont, officiellement fermé l’an dernier, était désormais rouvert. Nous continuons de nous tenir à l’écart des rumeurs du monde, relayées seulement le matin par le JT de France 24. Sans en avoir observé la moindre image, les récits de la cérémonie olympique et les fausses polémiques qu’elle suscite (voir le récit de Contre-Attaque et l’analyse de Daniel Schneidermann) m’inspirent une vague nausée, tant ils semblent des diversions futiles au regard de la situation politique et des sinistres perspectives qu’elle annonce. Pour résumer, le spectacle prétendait renouer avec l’esprit "black-blanc-beur" et célébrer autour de Macron la communion de toutes les différences, dans une scénographie de style Puy du Fou, mais inspirée par la gauche... Ou plutôt la gauche telle que la droite l’imagine : On fait défiler des sans-culotte et des drag-queens, pour montrer à quel point on a les idées larges. Mieux, on en rajoute un peu dans le mauvais-goût, jusqu’à provoquer l’indignation des fachos, avec lesquels on s’apprête à gouverner demain. L’apothéose du en même temps !
26 juillet 2024
Jusqu’au tout dernier moment, j’espèrerai qu’un imprévu surgisse et compromette le déroulement de la cérémonie. Un geste au moins, comme celui des athlètes noirs à Mexico en 68, pour résister a la vague fasciste qui se profile, et à ces jeux qui rappellent tant ceux de 36 à Berlin. Paris en état de siège au sens propre : le périphérique va être fermé, et les habitants parqués derrière des grilles.
A propos des JO et de la chasse aux pauvres qui les a précédés (en Seine-Saint-Denis en particulier), découvert cette analyse faite en 1947 par le géographe Jean-François Gravier, dans Paris et le désert français :
« En détruisant des centaines d’immeubles mi-bourgeois, mi-ouvriers pour construire Chaillot et la Plaine Monceau, en chassant les prolétaires vers la banlieue, le baron Haussmann a assumé une bien lourde responsabilité. Il a crée ces milieux fermés, imperméables l’un à l’autre qui font qu’un habitant de Passy doit se plier aux rites de la bourgeoisie, tandis qu’un habitant d’Aubervilliers, de Saint-Ouen, de Clichy, se trouve emprisonné dans un climat de tristesse et de pauvreté […] Le prolétariat se définit moins par le chiffre d’un salaire que par une séparation géographique et morale du reste de la société." A rapprocher du livre sur la "violence olympique"dont Reporterre fait mention
Heureux d’être loin du délire olympique, nous sommes aussi, curieusement, enfermés ici dans un autre univers auquel nous sommes étrangers, ce monde rural et pavillonnaire où pullule la laideur. Hier, tout de même, un moment de grâce a surgi dans cette noirceur, lorsque traversant Lavancia en voiture nos regards ont convergé vers la petite église de bois, qui, depuis quarante ans symbolise ce qui nous lie à jamais.
A propos des JO et de la chasse aux pauvres qui les a précédés (en Seine-Saint-Denis en particulier), découvert cette analyse faite en 1947 par le géographe Jean-François Gravier, dans Paris et le désert français :
« En détruisant des centaines d’immeubles mi-bourgeois, mi-ouvriers pour construire Chaillot et la Plaine Monceau, en chassant les prolétaires vers la banlieue, le baron Haussmann a assumé une bien lourde responsabilité. Il a crée ces milieux fermés, imperméables l’un à l’autre qui font qu’un habitant de Passy doit se plier aux rites de la bourgeoisie, tandis qu’un habitant d’Aubervilliers, de Saint-Ouen, de Clichy, se trouve emprisonné dans un climat de tristesse et de pauvreté […] Le prolétariat se définit moins par le chiffre d’un salaire que par une séparation géographique et morale du reste de la société." A rapprocher du livre sur la "violence olympique"dont Reporterre fait mention
Heureux d’être loin du délire olympique, nous sommes aussi, curieusement, enfermés ici dans un autre univers auquel nous sommes étrangers, ce monde rural et pavillonnaire où pullule la laideur. Hier, tout de même, un moment de grâce a surgi dans cette noirceur, lorsque traversant Lavancia en voiture nos regards ont convergé vers la petite église de bois, qui, depuis quarante ans symbolise ce qui nous lie à jamais.
22 juillet 2024
Biden passe la main, en ouverture des journaux ce matin, qui rappellent sa participation "calamiteuse" au débat avec Trump. Il me revient qu’au lendemain du fameux débat, l’appréciation des mêmes commentateurs était bien plus mesurée, du genre "match nul avec un léger avantage à Trump" : Les médias français ont un réflexe inné de déférence à l’égard des puissants. Au fil des jours, et de la progression du doute chez les démocrates, le discours s’est progressivement enhardi jusqu’à évoquer une possible maladie, puis l’hypothèse d’un abandon.
Depuis hier, nous avons regagné Villard. Surprise désagréable : La route de notre promenade habituelle est devenue impraticable en vélo : elle a été inondée de gravillons qui, sans obturer les trous très nombreux, les rendent invisibles, et le parcours très dangereux. Nous ne pourrons plus aller à Morez cette année...
Les images de Paris en état de siège nous confortent dans l’idée que nous sommes mieux ici, même si l’ambiance n’est pas idéale. Heureusement nous parvenons à nous évader pour des promenade à deux, qui nous font évacuer la tension accumulée au contact de Flo, dont les réactions imprévisibles nous contraignent à contrôler sans cesse nos attitudes et nos paroles, de crainte qu’explose la violence contenue qu’on ressent chez elle. Je souffre beaucoup pour mon Minbl dont je mesure l’effort qu’il doit faire pour garder son calme. Mais il est vrai qu’il est habitué à devoir me supporter, ce qui, dans un autre style, n’est pas non plus une mince affaire.
Depuis hier, nous avons regagné Villard. Surprise désagréable : La route de notre promenade habituelle est devenue impraticable en vélo : elle a été inondée de gravillons qui, sans obturer les trous très nombreux, les rendent invisibles, et le parcours très dangereux. Nous ne pourrons plus aller à Morez cette année...
Les images de Paris en état de siège nous confortent dans l’idée que nous sommes mieux ici, même si l’ambiance n’est pas idéale. Heureusement nous parvenons à nous évader pour des promenade à deux, qui nous font évacuer la tension accumulée au contact de Flo, dont les réactions imprévisibles nous contraignent à contrôler sans cesse nos attitudes et nos paroles, de crainte qu’explose la violence contenue qu’on ressent chez elle. Je souffre beaucoup pour mon Minbl dont je mesure l’effort qu’il doit faire pour garder son calme. Mais il est vrai qu’il est habitué à devoir me supporter, ce qui, dans un autre style, n’est pas non plus une mince affaire.
20 juillet 2024
Grande nouvelle : Ginette a un nouveau petit compagnon, baptisé Wylou. Nous avons appris la nouvelle dans l’après-midi, par un mms contenant deux photos d’une Ginette, radieuse, tenant le bébé chien sur ses genoux. Photos prises et expédiées par le vendeur, m’explique-t’elle aussitôt, quand je l’appelle pour la féliciter. La compagne du vendeur, devinant ses scrupules, l’a assurée qu’en cas de malheur, elle reviendrait le prendre en charge et l’adopter. Comme l’infirmière lui a déjà fait la même promesse, la voilà complètement rassurée et toute à la joie de cette nouvelle maternité.
Quant à nous, nous faisons étape à Belfort, où avant l’orage annoncé, la chaleur était extrême. Floriane a saigné du nez, mais tout s’est arrangé rapidement. Nous rentrons à Villard demain, sans doute avec la pluie. Rien de bien nouveau dans la presse, qui n’a toujours d’yeux que pour Marine Le Pen, si injustement traitée par les institutions...
Quant à nous, nous faisons étape à Belfort, où avant l’orage annoncé, la chaleur était extrême. Floriane a saigné du nez, mais tout s’est arrangé rapidement. Nous rentrons à Villard demain, sans doute avec la pluie. Rien de bien nouveau dans la presse, qui n’a toujours d’yeux que pour Marine Le Pen, si injustement traitée par les institutions...
19 juillet 2024
Pour une fois que je pense avoir réussi quelque chose, autant le consigner ici, d’autant qu’il s’agit justement de ce journal, commencé il y a un peu plus d’un mois. J’ai au moins réussi jusqu’ici à l’alimenter chaque jour, sans trop d’effort, et sous une forme plutôt satisfaisante à la relecture. J’ai même éprouvé un pincement de fierté en lisant aujourd’hui sous la plume de D. Schneidermann une réflexion amère sur la gauche très semblable à celle que j’exprimais hier. Au passage, on s’aperçoit plus que jamais à quel point l’action politique est une affaire de langage, comme Orwell l’a si bien démontré. A ce titre, les média supposés progressistes, s’il en reste, devraient au moins s’astreindre à renoncer aux litotes policées ("l’extrême-droite" ,"le RN") et à nommer les fascistes comme tels, plutôt que de s’indigner qu’on ne serre pas la main à leurs députés.
A propos de fascisme (!) , après Munich, nous sommes sur la route du retour. Déjeuner au bord du lac de Constance, à la terrasse d’un café, sur le pittoresque petit port de l’île de Lindau, et dîner a Constance, sur la terrasse d’une brasserie traditionnelle, raviole au bouillon clair et schnitzel. Tout le monde a bu de la bière et Minbl, qui a très mal dormi la nuit dernière, s’est assoupi dès 21 heures... rien ne m’apaise autant que de prêter l’oreille à son souffle régulier.
A propos de fascisme (!) , après Munich, nous sommes sur la route du retour. Déjeuner au bord du lac de Constance, à la terrasse d’un café, sur le pittoresque petit port de l’île de Lindau, et dîner a Constance, sur la terrasse d’une brasserie traditionnelle, raviole au bouillon clair et schnitzel. Tout le monde a bu de la bière et Minbl, qui a très mal dormi la nuit dernière, s’est assoupi dès 21 heures... rien ne m’apaise autant que de prêter l’oreille à son souffle régulier.
18 juillet 2024
La premiere nouvelle de la journee etait triste, la dernière navrante. On apprend ce matin la mort de Benoit Duteurtre. Je me souviens surtout de son roman drôle et méchant (les deux vont souvent de pair) sur le Paris gay des années 80, plus tard de sa croisade contre la transformation des gares en galeries marchandes, et dun panphlet brillant sur le même sujet. A son crédit aussi son amour de la musique et de l’opéra. Avec les annees 2000, son inclination à droite était devenue radicale, plus drôle du tout.
La nouvelle du soir, c’est le nouveau camouflet de Macron à la gauche. La réélection de Braun-Pivet au perchoir signe clairement que l’ensemble de la droite, puisqu’il faut s’allier, choisit sans la moindre réserve le fascisme plutôt que la gauche. Le plus triste est que la gauche elle-même ait déployé tant d’efforts pour se diaboliser, quand ses ennemis suivaient le chemin inverse.
Notre séjour à Munich s’achève : au musée Lenbachhaus, cet après-midi, nous avons découvert une surprenante collection de Kandinsky. Une bonne trentaine de tableaux datant d’avant l’abstraction : des scènes de genre, des paysages à la Eugène Boudin, des œuvres ou l’on ne reconnaît rien de son talent, pas même celui de coloriste. En revanche, quelques pièces de Klee, relevant elles aussi de périodes et de styles très différents, sont aussitôt identifiables à son génie, comme le sont les œuvres de Picasso.
A la boutique du musée, un moment de grande joie quand Minbl tombe en arrêt devant un mobile assez semblable au nôtre, mais paré de belles couleurs, et surtout quand il accepte assez facilement que nous l’achetions. De tels moments sont si rares, et si precieux ,quand je peux dans ses yeux lire avec certitude qu’il éprouve un moment de bonheur.
La nouvelle du soir, c’est le nouveau camouflet de Macron à la gauche. La réélection de Braun-Pivet au perchoir signe clairement que l’ensemble de la droite, puisqu’il faut s’allier, choisit sans la moindre réserve le fascisme plutôt que la gauche. Le plus triste est que la gauche elle-même ait déployé tant d’efforts pour se diaboliser, quand ses ennemis suivaient le chemin inverse.
Notre séjour à Munich s’achève : au musée Lenbachhaus, cet après-midi, nous avons découvert une surprenante collection de Kandinsky. Une bonne trentaine de tableaux datant d’avant l’abstraction : des scènes de genre, des paysages à la Eugène Boudin, des œuvres ou l’on ne reconnaît rien de son talent, pas même celui de coloriste. En revanche, quelques pièces de Klee, relevant elles aussi de périodes et de styles très différents, sont aussitôt identifiables à son génie, comme le sont les œuvres de Picasso.
A la boutique du musée, un moment de grande joie quand Minbl tombe en arrêt devant un mobile assez semblable au nôtre, mais paré de belles couleurs, et surtout quand il accepte assez facilement que nous l’achetions. De tels moments sont si rares, et si precieux ,quand je peux dans ses yeux lire avec certitude qu’il éprouve un moment de bonheur.
17 juillet 2024
L’info du jour a tout d’un canular, mais comme c’est Le Monde qui la publie, on peut supposer que c’est bien réel : feu l’abbé Pierre est accusé de "violences sexuelles" par sept femmes. La source est une enquête diligentée par Emmaüs, la fondation Abbé Pierre, et la succursale française de l’église catholique ! L’auteur du papier s’indigne lui-même d’un tel comportement, qui bien sûr déshonore le grand homme à titre posthume. L’église, qui mène comme les Le Pen une campagne de "dédiabolisation", compatit à la "souffrance des victimes" dont certaines ont confié aux enquêteurs avoir cédé aux avances du saint homme "car c’était comme si Dieu le leur demandait"’ ! Tout cela pourrait prêter à rire (une chasse aux sorcières parmi ceux qui jadis les brûlaient ne manque pas de sel), mais cela confirme surtout l’effrayante progression de la vague puritaine qui déferle sur le monde (et aussi Le Monde), détournant les combats féministes légitimes (pour l’égalité, la liberté d’user de son corps, etc.). J’aimerais comprendre la motivation de ces femmes : une quête de célébrité, à obtenir par contagion avec celle de leur supposé agresseur, ou sont-elles simplement manipulées par les mouvements catho réactionnaires, pour qui l’abbé Pierre était un gauchiste à détruire ? Peut-être un peu des deux ?
Pour le reste, nous avons passé deux heures ce matin à parcourir les innombrables enfilades de salles somptueuses du musée-palais de la Residenz. Un somptueux qui frôle le kitsch avec le décor tout de coquillages de la grotte, et tombe carrément dans l’excès indécent avec la foison de vaisselle d’or et d’argent. Déjeuner tres agreable, de saucisses blanches et bretzels arrosés de bière, dans une brasserie traditionnelle. Ensuite, promenade en bus et tram, puis pause-goûter au Galeria et retour à l’hôtel où nous dînons d’un sandwich. La cohabitation avec Flo se passe bien, très améliorée sans doute par les chambres distinctes. Nous ne faisons pas le quart de ce que nous ferions seuls tous deux, mais après tout, nous avions sans doute déjà découvert tout l’essentiel lors des précédents séjours... En tout cas, c’est ce dont nous avons décidé, Minbl et moi, dans un de ces accords muets que j’aime tant...
Pour le reste, nous avons passé deux heures ce matin à parcourir les innombrables enfilades de salles somptueuses du musée-palais de la Residenz. Un somptueux qui frôle le kitsch avec le décor tout de coquillages de la grotte, et tombe carrément dans l’excès indécent avec la foison de vaisselle d’or et d’argent. Déjeuner tres agreable, de saucisses blanches et bretzels arrosés de bière, dans une brasserie traditionnelle. Ensuite, promenade en bus et tram, puis pause-goûter au Galeria et retour à l’hôtel où nous dînons d’un sandwich. La cohabitation avec Flo se passe bien, très améliorée sans doute par les chambres distinctes. Nous ne faisons pas le quart de ce que nous ferions seuls tous deux, mais après tout, nous avions sans doute déjà découvert tout l’essentiel lors des précédents séjours... En tout cas, c’est ce dont nous avons décidé, Minbl et moi, dans un de ces accords muets que j’aime tant...
16 juillet 2024
Le deuxième jour de notre voyage nous conduit de Zurich à Munich, avec une halte en Autriche, à Bregenz, charmante petite cité balnéaire, sur la rive sud du lac de Constance. Le moment le plus agréable de la journée : Après avoir longé le lac, nous déjeunons d’une salade sur la terrasse d’un restaurant traditionnel, au bord de l’eau. Puis autoroute, interminable, et arrivée chaotique à Munich, où Floriane, fatiguée, peine à rejoindre le parking de l’hôtel. L’après-midi se termine par une visite rapide du centre-ville, et dîner de sandwiches dans la chambre, où je découvre avec accablement les photos prises par Flo à Bregenz, sur lesquels Minbl est parfait comme toujours, accompagné d’une vieille tortue quasi chauve. Je pourrais refuser d’être pris en photo, comme les vieilles acrices (et Carmen à la fin de sa vie), mais çà ne changerait rien à la triste réalité. Si les voyages forment la jeunesse, à mon âge ils révèlent l’informe et l’amertume.
15 juillet 2024
En route pour Munich. Partis de Villard vers 9 heures, nous faisons étape pour déjeuner à Berne, après une brève panique car mon téléphone n’étant plus connecté, je ne pouvais pas guider Floriane vers une zone où se garer. Comme toujours, j’imagine aussitôt que tout notre périple va en être gâché, avant de trouver quelques minutes plus tard le paramètre de rooming qui résout le problème. Un effet de plus de la vieillesse : le moindre imprévu me bouleverse. A Zurich, nous prenons un tram à la porte de l’hôtel qui nous conduit à la gare, et après la halte traditionnelle à l’office de tourisme, nous parcourons au rythme de Flo les quais et les ruelles de la vieille ville. Minbl a noté en préparant le voyage qu’il y avait de nombreux musées intéressants, et un pavillon construit par Le Corbusier, et envisage de revenir pour les découvrir. Il me faudra le lui rappeler et le convaincre de fixer une date pas trop lointaine : la vieillesse encore, qui me rend plus impatient que jamais, persuadé que nous n’avons que peu de temps devant nous, quand lui semble nous croire éternels...
14 juillet 2024
Trump a échappé à un attentat : Cette fois, à moins d’un miracle, nous n’échapperons pas à son élection.
En France, "Huguette Bello refuse l’offre d’être premier ministre", titre Le Monde Cette fois, la gauche touche le fond, en affectant de désigner une inconnue pour un rôle dont tout le monde a bien compris qu’il ne peut in fine que revenir à la droite (unie ou non avec le parti fasciste, c’est la seule incertitude qui demeure). Comment prendre au sérieux l’ambition de gouverner d’un mouvement qui se complait dans une telle mascarade, comme il tolère les provocations de Mélenchon ?
Hier, longuement parlé avec Ginette, qui revit à la perspective de retrouver un chien : on va lui en livrer un samedi prochain, un bébé de trois mois. Nous sommes fascinés par sa facilité à accomplir des démarches longues et complexes avec son seul téléphone et le courrier postal. Elle m’explique qu’elle a longtemps hésité, mais que la vie n’avait pour elle plus d’intérêt sans la compagnie d’un chien, et que son infirmière lui a promis qu’elle en prendrait soin "si elle devait être hospitalisée". Elle nous fera envoyer par sa voisine des photos de son nouveau compagnon, et m’a suggéré que nous lui rendions une prochaine visite, ce que j’ai promis pour la rentrée. L’énergie qui habite cette femme est tout à fait extraordinaire.
Demain, nous partons pour Munich via Zurich, parenthèse bienvenue dans un séjour qui, sans être jusqu’ici aussi éprouvant que celui de l’an dernier, n’est décidément plus du tout la source de plaisir qu’il fut si longtemps autrefois.
En France, "Huguette Bello refuse l’offre d’être premier ministre", titre Le Monde Cette fois, la gauche touche le fond, en affectant de désigner une inconnue pour un rôle dont tout le monde a bien compris qu’il ne peut in fine que revenir à la droite (unie ou non avec le parti fasciste, c’est la seule incertitude qui demeure). Comment prendre au sérieux l’ambition de gouverner d’un mouvement qui se complait dans une telle mascarade, comme il tolère les provocations de Mélenchon ?
Hier, longuement parlé avec Ginette, qui revit à la perspective de retrouver un chien : on va lui en livrer un samedi prochain, un bébé de trois mois. Nous sommes fascinés par sa facilité à accomplir des démarches longues et complexes avec son seul téléphone et le courrier postal. Elle m’explique qu’elle a longtemps hésité, mais que la vie n’avait pour elle plus d’intérêt sans la compagnie d’un chien, et que son infirmière lui a promis qu’elle en prendrait soin "si elle devait être hospitalisée". Elle nous fera envoyer par sa voisine des photos de son nouveau compagnon, et m’a suggéré que nous lui rendions une prochaine visite, ce que j’ai promis pour la rentrée. L’énergie qui habite cette femme est tout à fait extraordinaire.
Demain, nous partons pour Munich via Zurich, parenthèse bienvenue dans un séjour qui, sans être jusqu’ici aussi éprouvant que celui de l’an dernier, n’est décidément plus du tout la source de plaisir qu’il fut si longtemps autrefois.
13 juillet 2024
Première balade à vélo, rien que nous deux, jusqu’à Morez. Notre café habituel est fermé. Longue pause au "Kiosque", d’où nous observons la fête foraine installée sur la grand-place, assez sinistre car presque sans public. Sur le versant de la vallée qui domine la place, une enseigne en lettres blanches "MOREZ", sur le modèle d’Hollywood. Elle jouxte un immeuble HLM disgracieux qui naguère était dissimulé par les arbres. Leur coupe remonte déjà à plusieurs années, mais l’impression demeure celle d’un paysage dévasté par un cataclysme.
12 juillet 2024
A Villard depuis avant-hier. Bien que temps soit à la pluie, nous avons pu faire des promenades à pied, jusqu’à la Rixouse en passant par la gare, et hier notre circuit habituel jusqu’aux Mouillées. La cohabitation avec Flo est toujours source de malaise, mais je sais d’expérience qu’il en ira autrement la semaine prochaine, lorsque nous voyagerons, loin de la maison et du chat...
9 juillet 2024
Hier soir, vu en DVD Le champ des possibles, film brésilien de 2023, candidat aux Oscars (!). L’histoire est simple : Un flic condamné pour avoir commis une bavure, archétype du macho brésilien homophobe, part à l’autre bout du pays, à la recherche d’une femme mystérieuse dont il est tombé amoureux sur une appli de rencontres. Quand il découvre que c’est un travesti, il se retient de justesse de le massacrer, puis, en mâle dominant, baise brièvement le jeune garçon, avant que chacun reparte vers son univers, l’un sa caserne, l’autre sans doute les tapins de Rio.
Ce scénario minimaliste donne lieu à un interminable roadmovie, dans des paysages désertiques filmés sans grâce (aux antipodes de Bagdad Café), aussi laids que les personnages qui l’habitent, tous prisonniers des traditions familiales et religieuses. Sans doute cet univers archaïque est-il le reflet de la réalité brésilienne, mais cela n’a rien d’une découverte, et on distingue mal l’intention du cinéaste, sauf peut-être dire son propre désespoir ?
La veille, nous avions vu un bien meilleur film, Winter break, d’Alexander Payne, sorti aussi en 2023. L’action est située pendant les vacances de Noël 1969, dans un pensionnat pour garçons de familles aisées de la Nouvelle Angleterre, et à l’opposé du précédent, le paysage hivernal est filmé avec soin et un souci esthétique évident, pour souligner l’isolement du lieu. Les deux héros sont un des élève, Angus, à qui sa mère a annoncé in extremis qu’il ne pourrait pas la rejoindre pour passer les fêtes, et un professeur d’humanités que son directeur a désigné pour assurer la garde de l’adolescent. Le garçon, grand échalas un peu gauche, est brillant mais frondeur, sans cesse à la merci du renvoi pour ses provocations. Le prof, Mr Hunham, est un célibataire timide, taciturne et pédant, honni de ses élèves, qu’il juge avec sévérité et prend plaisir à accabler de ses sarcasmes. Pendant les dix jours qu’ils devront partager dans la grande bâtisse déserte et glacée, ils auront pour seuls compagnons l’homme de ménage et Mary, la cuisinière de l’établissement. Au fil des jours, on découvre que tous souffrent de blessures secrètes et douloureuses. Mary, énorme mama noire, est dévastée par la mort de son fils, brillant élève du collège qui, n’ayant pu échapper à la conscription, vient d’être tué au Vietnam. Le père d’Angus, atteint de démence, est en asile psychiatrique, et sa mère est partie en voyage avec son nouveau compagnon. Quant à Mr Hunham, il affecte d’adorer vivre dans ce collège où il fut élève avant d’y enseigner, mais on comprend qu’un diplôme usurpé le prive de tout espoir de promotion.
Nous avons pris beaucoup de plaisir au récit de ce huis-clos, conduit avec subtilité, tendresse et drôlerie, qui pousse les héros à se dévoiler et finalement s’entraider.
Depuis ce matin, la rue Charles Moureu est barrée à hauteur de l’entrée du lycéee, et nous observons avec amusement les innombrables voitures qui, sans apercevoir le panneau, doivent faire demi-tour après s’être engagées dans le nouveau sens interdit.
Ce scénario minimaliste donne lieu à un interminable roadmovie, dans des paysages désertiques filmés sans grâce (aux antipodes de Bagdad Café), aussi laids que les personnages qui l’habitent, tous prisonniers des traditions familiales et religieuses. Sans doute cet univers archaïque est-il le reflet de la réalité brésilienne, mais cela n’a rien d’une découverte, et on distingue mal l’intention du cinéaste, sauf peut-être dire son propre désespoir ?
La veille, nous avions vu un bien meilleur film, Winter break, d’Alexander Payne, sorti aussi en 2023. L’action est située pendant les vacances de Noël 1969, dans un pensionnat pour garçons de familles aisées de la Nouvelle Angleterre, et à l’opposé du précédent, le paysage hivernal est filmé avec soin et un souci esthétique évident, pour souligner l’isolement du lieu. Les deux héros sont un des élève, Angus, à qui sa mère a annoncé in extremis qu’il ne pourrait pas la rejoindre pour passer les fêtes, et un professeur d’humanités que son directeur a désigné pour assurer la garde de l’adolescent. Le garçon, grand échalas un peu gauche, est brillant mais frondeur, sans cesse à la merci du renvoi pour ses provocations. Le prof, Mr Hunham, est un célibataire timide, taciturne et pédant, honni de ses élèves, qu’il juge avec sévérité et prend plaisir à accabler de ses sarcasmes. Pendant les dix jours qu’ils devront partager dans la grande bâtisse déserte et glacée, ils auront pour seuls compagnons l’homme de ménage et Mary, la cuisinière de l’établissement. Au fil des jours, on découvre que tous souffrent de blessures secrètes et douloureuses. Mary, énorme mama noire, est dévastée par la mort de son fils, brillant élève du collège qui, n’ayant pu échapper à la conscription, vient d’être tué au Vietnam. Le père d’Angus, atteint de démence, est en asile psychiatrique, et sa mère est partie en voyage avec son nouveau compagnon. Quant à Mr Hunham, il affecte d’adorer vivre dans ce collège où il fut élève avant d’y enseigner, mais on comprend qu’un diplôme usurpé le prive de tout espoir de promotion.
Nous avons pris beaucoup de plaisir au récit de ce huis-clos, conduit avec subtilité, tendresse et drôlerie, qui pousse les héros à se dévoiler et finalement s’entraider.
Depuis ce matin, la rue Charles Moureu est barrée à hauteur de l’entrée du lycéee, et nous observons avec amusement les innombrables voitures qui, sans apercevoir le panneau, doivent faire demi-tour après s’être engagées dans le nouveau sens interdit.
8 juillet 2024
Divine surprise hier soir, la victoire de la gauche au deuxième tour. Amusant d’observer, y-compris sur Arte, le désarroi des journalistes qui n’avaient pas un instant envisagé une telle issue. Pour être honnête, nous n’y croyions pas vraiment nous-mêmes, ce qui montre que nous ne sommes pas aussi résistants à la propagande que nous aimerions le croire. Au demeurant le catéchisme macroniste ne désarme pas, et les commentateurs s’interrogent tous maintenant sur les "risques" que courrait le pays de devenir ingouvernable. Je verrais plutôt dans cette situation une chance de voir enfin la gestion autocratique de Macron contrôlée par le pouvoir parlementaire, et la perspective d’un gouvernement "gérant les affaires courants" me réjouit au plus haut point.
Il reste que le soulagement d’avoir échappé à un régime fasciste ne doit pas nous faire oublier que le RN a encore gagné beaucoup de terrain, qu’il va poursuivre plus que jamais sa conquête des esprits, et qu’il dispose pour le faire d’une énorme force de frappe médiatique.
Demain, nous bouclerons nos valises pour Villard, en y glissant le DVD du "Chagrin et la pitié", dont on pourrait rêver qu’Arte le rediffuse... mais ce n’est qu’un rêve.
Il reste que le soulagement d’avoir échappé à un régime fasciste ne doit pas nous faire oublier que le RN a encore gagné beaucoup de terrain, qu’il va poursuivre plus que jamais sa conquête des esprits, et qu’il dispose pour le faire d’une énorme force de frappe médiatique.
Demain, nous bouclerons nos valises pour Villard, en y glissant le DVD du "Chagrin et la pitié", dont on pourrait rêver qu’Arte le rediffuse... mais ce n’est qu’un rêve.
6 juillet 2024
Hier, la conversation avec Brigitte, la pédicure, passe rapidement de la météo et des projets de vacances au résultat des élections. Elle s’inquiète du "risque" d’un gouvernement de coalition entre Macron et la gauche, sur quoi je la rassure, par l’évidence de sa proximité avec l’extrème-droite. Elle me rapporte alors l’analyse par une "spécialiste" du profil psychiatrique de Macron, qu’elle définit comme un "pervers narcissique psychopathe" ! Ce genre de propos doit circuler sur les réseaux lepénistes... Minbl, qui est passé le premier entre ses mains, a été plus habile, en mentionnant dès l’abord que dans notre quartier, Sandrine Rousseau a été élue au premier tour, et que cela lui semble une bonne chose : elle a très vite changé de sujet.
Le plus décourageant aujourd’hui est de constater le succès remporté par l’offensive idéologique générale de l’extrème-droite grâce aux médias et aux réseaux sociaux, qui désormais lui sont quasiment tous inféodés. Il va falloir se défaire de la conviction, qui était la notre jusqu’ici, que les peuples développent une réaction immunitaire à la propagande, comme c’était le cas jadis dans le bloc de l’Est. Et peut-être n’avons-nous pas pris la mesure de la puissance conjuguée des empires économiques qui, partout, poussent à la guerre, dont l’installation de régimes fascistes est le prélude.
Le plus décourageant aujourd’hui est de constater le succès remporté par l’offensive idéologique générale de l’extrème-droite grâce aux médias et aux réseaux sociaux, qui désormais lui sont quasiment tous inféodés. Il va falloir se défaire de la conviction, qui était la notre jusqu’ici, que les peuples développent une réaction immunitaire à la propagande, comme c’était le cas jadis dans le bloc de l’Est. Et peut-être n’avons-nous pas pris la mesure de la puissance conjuguée des empires économiques qui, partout, poussent à la guerre, dont l’installation de régimes fascistes est le prélude.
4 juillet 2024
Hier, Un appel de Ginette m’a beaucoup attristé : Elle est en plein désarroi. Elle m’a longuement détaillé ses démarches pour retrouver un chien, qui n’aboutiront pas avant le mois d’octobre. Elle a consulté la SPA, en vain : ils n’ont que de gros chiens. Elle se désespère de sa solitude, dit réaliser que "sa vie est derrière elle" et ne plus trouver de sens à ce qu’elle est aujourd’hui. Au détour d’une phrase, elle mentionne avoir terminé le roman qui l’occupait tant ces derniers mois, et ne pas envisager pour le moment d’en commencer un autre, faute d’inspiration, et de ruban pour alimenter sa machine à écrire. Son ami Robert part en vacances pour un mois, elle n’aura donc plus la compagnie du petit chien dont il lui confie régulièrement la garde. Pour la première fois, je l’ai sentie vraiment sentie désemparée, d’autant plus que ses essoufflements persistent, malgré le traitement par aérosol. Je ne sais si nous la reverrons : La dernière fois remonte à octobre, et je pressens qu’elle est toujours réticente à une visite...
2 juillet 2024
Hier, dernière visite à MB avant les vacances. Avaler une gorgée de café lui arrache toujours des cris de douleur, mais la victoire fasciste aux élections les lui ferait presque oublier. Sa seule source d’indignation sont les manifestations de colère de la gauche "qui montre bien par là qu’elle ne respecte pas les règles de la démocratie". Elle s’inquiète aussi du risque d’affrontements violents dans les semaines à venir, auxquels la police risque de ne pouvoir faire face, faute de moyens suffisants, et par-ce-que mobilisée sur les fronts des JO et de la Nouvelle-Calédonie. A l’appui de cette crainte, une interview d’un syndicat policier sur BFM. Notre échange sur ces questions tourne court quand je lui fais entendre clairement ma détestation et mon dégoût de voir triompher cette bande d’escrocs racistes et opportunistes qui se déguise en guides respectables pour séduire des électeurs désespérés. Nous éviterons désormais de parler de politique.
30 juin 2024
J’ai beau me répéter que notre non-participation au vote ne change rien à son issue, je ressens une vague culpabilité, et surtout une véritable inquiétude. Deux lectures aujourd’hui l’ont confortée : Dans le Monde Diplo, dont la quasi-totalité est consacrée à ce scrutin et aux périls qu’elle annonce, une chronique de François Bégaudeau sur la série La fièvre, produite par Canal+, et une interview de Boris Cyrulnikdans La Tribune, qui détaille le parallèle entre la situation actuelle et celle des des années 30.
29 juin 2024
Un peu déçu par la lecture des portes de la perception de Huxley, dont j’attendais trop sans doute. Le texte est court, et les effets produits par la mescaline relatés avec peu de détails. L’accent est mis sans cesse sur le caractère mystique qu’il prête aussitôt à cette expérience. La drogue, selon lui ouvre une porte vers un état de communion avec la création, au même titre que peut le faire l’exercice de la méditation. Seules deux de ses remarques recoupent ce qui me reste de ma propre expérience : La première est la disparition des repères d’espace et de temps (les notions de distance et de durée semblent abolies, donnant accès à une impression d’éternité). La seconde est l’impression permanente, sous l’influence du produit, d’accéder à un niveau de perception beaucoup plus large que la perception ordinaire, laquelle n’en serait qu’un reflet très incomplet. Il avance pour explication le fait que nos sens captent beaucoup plus que nous l e croyons, mais qu’un filtre ne nous en délivre que ce qui est nécessaire à notre survie. La drogue, agissant sur les neurones qui opèrent ce filtrage, lève en quelque sorte une censure inconsciente. Pour le reste, ce texte que j’imaginais comme un compte-rendu expérimental, relève d’une approche religieuse plutôt que scientifique. Du reste, les textes qui suivent celui-ci dans le petit volume 10/18 sont tous consacrés à la métaphysique des religions orientales.
28 juin 2024
Terrible déconvenue hier soir en regardant les deux derniers épisodes d’une série qui nous avait beaucoup plu jusque-là, Nona et ses filles. Miou-miou y campe avec beaucoup de talent une femme de 75 ans qui découvre qu’elle est enceinte. Directrice d’un centre de planning familial, elle a gardé des années 70 la morale baba-cool de sa jeunesse, revendiquant féminisme et indépendance d’esprit. Elle est entourée de ses trois filles, nées triplées il y a quarante ans, dont l’une, éternelle étudiante, n’a jamais quitté la maison, et d’un amant secret, Michel Vuillermoz. L’appartement en duplex, dont on menace de les expulser, est resté tel qu’à l’origine (paille aux murs, guéridons, affiches, saturé d’objets-souvenirs). Les sept premiers épisodes (de 25 minutes) sont traités avec distance, humour, et une saine désinvolture à l’égard de la vraisemblance. Ainsi le mystère d’une fertilité aussi tardive se double d’une lueur rouge (à la manière du doigt de E.T.) qui sourd du ventre de la future mère.
Et puis… soudain, les derniers épisodes basculent dans la tragédie et le convenu. 25 minutes entièrement consacrées à l’accouchement, puis Miou-Miou meurt, et final en apothéose avec son enterrement et tous les clichés sur la famille en larmes, le bébé qui assurera la relève et la vie qui continue. A court d’idées pour trouver une chute ? Le mystère de la lumière rouge n’est plus évoqué que par un dernier plan grotesque de travelling vers le ciel où surgit un ballon rouge. Comme si un comité de censure catho-tradi venait de découvrir avec effroi le début de l’histoire et, assez rigolé, contraint les scénaristes à bâcler une fin ultra-consensuelle.
A l’avant-veille des élections, les TV et l’ensemble des médias affectent de « comparer les programmes », démarche généralement absurde, tant l’expérience démontre que les programmes ne sont jamais appliqués, mais plus absurde encore cette fois-ci, tant le choix se résume à deux options claires : populisme à base de chasse aux immigrés et de retour aux valeurs de la France de Vichy, contre redistribution des richesses. Entre les deux, un « centre » tout disposé à collaborer avec les premiers, en parfait consensus sur l’obéissance aux « lois du marché ».
Et puis… soudain, les derniers épisodes basculent dans la tragédie et le convenu. 25 minutes entièrement consacrées à l’accouchement, puis Miou-Miou meurt, et final en apothéose avec son enterrement et tous les clichés sur la famille en larmes, le bébé qui assurera la relève et la vie qui continue. A court d’idées pour trouver une chute ? Le mystère de la lumière rouge n’est plus évoqué que par un dernier plan grotesque de travelling vers le ciel où surgit un ballon rouge. Comme si un comité de censure catho-tradi venait de découvrir avec effroi le début de l’histoire et, assez rigolé, contraint les scénaristes à bâcler une fin ultra-consensuelle.
A l’avant-veille des élections, les TV et l’ensemble des médias affectent de « comparer les programmes », démarche généralement absurde, tant l’expérience démontre que les programmes ne sont jamais appliqués, mais plus absurde encore cette fois-ci, tant le choix se résume à deux options claires : populisme à base de chasse aux immigrés et de retour aux valeurs de la France de Vichy, contre redistribution des richesses. Entre les deux, un « centre » tout disposé à collaborer avec les premiers, en parfait consensus sur l’obéissance aux « lois du marché ».
27 juin 2024
Retour sur le film vu hier soir : La fiancée du poète, de Yolande Moreau . Elle y tient le rôle principal, entourée de partenaire attachants : William Sheller en vieux curé folle en soutane, qui promène ses chiens de luxe le long du canal et joue du ABBA sur l’orgue de l’église, Grégory Gadebois en jardinier travesti , et le chanteur Esteban en faux cow-boy turc . L’histoire, qui ne ptétend pas au réalisme, semble bricolée autour d’une ancienne dealeuse, amoureuse pour son malheur d’un plombier-escroc faux poète (Sergi Lopez, vingt ans après Harry, un ami.. et beaucoup de kilos en plus). Le cadre est celui d’une grande bâtisse bourgeoise à l’abandon, sur les bords de la Meuse. Le ton général est celui d’une fête pour oublier la dérive joyeuse qui habite tous les personnages. Comme jadis La mer monte, ce film nous a charmés.
Ce matin, visite-découverte du musée des mathématiques, la Maison Poincaré, située dans le campus de l’Institut Curie. Nouvellement créé, ce lieu entend explorer, de manière abordable pour tous, les domaines d’études et les applications des mathématiques, à travers des démos souvent interactives, et quelques objets emblématiques et spectaculaires, comme un double pendule, générant un mouvement chaotique, des volumes complexes, et quelques exemples historiques de machines à calculer. Dans une amphi reconstitué des années 50, vu un film qui regroupe les témoignages d’une dizaine de mathématiciens de différentes spécialités. On est frappé par la modestie, qui ne semble pas feinte, avec laquelle ils tentent d’expliquer de manière simple leur travail de recherche, ainsi que les doutes et les joies qu’ils en éprouvent. L’une des plus âgées d’entre eux confie qu’elle apprécie beaucoup d’être toujours en position d’apprendre, ce qui fait d’elle une éternelle étudiante.
Ce matin, visite-découverte du musée des mathématiques, la Maison Poincaré, située dans le campus de l’Institut Curie. Nouvellement créé, ce lieu entend explorer, de manière abordable pour tous, les domaines d’études et les applications des mathématiques, à travers des démos souvent interactives, et quelques objets emblématiques et spectaculaires, comme un double pendule, générant un mouvement chaotique, des volumes complexes, et quelques exemples historiques de machines à calculer. Dans une amphi reconstitué des années 50, vu un film qui regroupe les témoignages d’une dizaine de mathématiciens de différentes spécialités. On est frappé par la modestie, qui ne semble pas feinte, avec laquelle ils tentent d’expliquer de manière simple leur travail de recherche, ainsi que les doutes et les joies qu’ils en éprouvent. L’une des plus âgées d’entre eux confie qu’elle apprécie beaucoup d’être toujours en position d’apprendre, ce qui fait d’elle une éternelle étudiante.
26 juin 2024
Retour sur le film que nous avons regardé avant-hier, Rose, d’Aurélie Saada (ex Brigitte), avec Françoise Fabian, magnifique dans le rôle d’une femme âgée dont le mari meurt. Après une longue période de désarroi, elle reprend goût à la vie, au grand dam de sa famille. Le thème est très semblable à celui de La vieille femme indigne, à la différence que la famille est juive, mais tout aussi dysfonctionnelle.
Nouvelle visite à Michèle, pour compléter la réinstallation de Windows sur son ordi. Elle joue à se faire peur en affectant de ne pas être sûre de la victoire du FN , et elle s’indigne que les enseignants envisagent de manifester (« ils ont le vote pour s’exprimer… »).
Nouvelle visite à Michèle, pour compléter la réinstallation de Windows sur son ordi. Elle joue à se faire peur en affectant de ne pas être sûre de la victoire du FN , et elle s’indigne que les enseignants envisagent de manifester (« ils ont le vote pour s’exprimer… »).
24 juin 2024
De bonnes nouvelles de Bruno, qui vient de voir son phlébologue : il ne court pas de risque de phlébite. Hier, il avait annulé le déjeuner où il nous avait confié avec Patrick, après avoir passé la journée de samedi aux urgences de St Antoine, où, il n’y a pas d’équipement pour les échographies-doppler des jambes !
Hier, nous avons donc déjeuné avec Patrick au Pho 13, et pris le café (avec un gâteau crémeux) à la terrasse de la pâtisserie japonaise de l’avenue de Choisy.
Bref retour sur notre escapade à Roscoff, dont nous sommes revenus samedi dans un TGV atlantique à l’ancienne (sièges cassés, places non contigües jusqu’à Rennes). Le séjour a été de bout en bout idyllique : La meilleure chambre de l’Ibis (immense, au RDC, deux grandes fenêtres sur la mer, comme sur un bateau sans le roulis…). Météo la meilleure possible : soleil légèrement voilé, pas de vent et pas de grosse chaleur. Idéal pour nos marches : La presqu’île de Perharidy l’après-midi de notre arrivée, Saint-Pol de Léon et retour le lendemain, et Morlaix en bus le vendredi. Trois dîners sur la terrasse-véranda du restaurant des Arcades, où nous avons retrouvé les artichauts. C’était le dernier petit voyage avant Villard.
Sur le front électoral, la déferlante fasciste se confirme : Macron prépare sa cohabitation-collaboration en faisant de la surenchère sur la sécurité, promettant « plus de fermeté »dans la lutte contre la délinquance. Les média (service public compris, hélas) continuent leur travail de sape en installant la légende d’une gauche antisémite, et du RN meilleur protecteur des juifs ( !)
Visite du lundi à Michèle B., qui s’indigne des « attaques » dont est victime Bardella, dont les adversaires, dit-elle, nourrissent contre lui « des a-priori, sans même vouloir l’écouter ».
Hier, nous avons donc déjeuné avec Patrick au Pho 13, et pris le café (avec un gâteau crémeux) à la terrasse de la pâtisserie japonaise de l’avenue de Choisy.
Bref retour sur notre escapade à Roscoff, dont nous sommes revenus samedi dans un TGV atlantique à l’ancienne (sièges cassés, places non contigües jusqu’à Rennes). Le séjour a été de bout en bout idyllique : La meilleure chambre de l’Ibis (immense, au RDC, deux grandes fenêtres sur la mer, comme sur un bateau sans le roulis…). Météo la meilleure possible : soleil légèrement voilé, pas de vent et pas de grosse chaleur. Idéal pour nos marches : La presqu’île de Perharidy l’après-midi de notre arrivée, Saint-Pol de Léon et retour le lendemain, et Morlaix en bus le vendredi. Trois dîners sur la terrasse-véranda du restaurant des Arcades, où nous avons retrouvé les artichauts. C’était le dernier petit voyage avant Villard.
Sur le front électoral, la déferlante fasciste se confirme : Macron prépare sa cohabitation-collaboration en faisant de la surenchère sur la sécurité, promettant « plus de fermeté »dans la lutte contre la délinquance. Les média (service public compris, hélas) continuent leur travail de sape en installant la légende d’une gauche antisémite, et du RN meilleur protecteur des juifs ( !)
Visite du lundi à Michèle B., qui s’indigne des « attaques » dont est victime Bardella, dont les adversaires, dit-elle, nourrissent contre lui « des a-priori, sans même vouloir l’écouter ».
18 juin 2024
Longue itw de Guy Drut dans Le Monde. Il est membre du CIO Il ne « voit aucune raison que les Jeux de Paris se passent mal avec un gouvernement RN », et rappelle que « les attentats de Munich en 1972 n’ont pas empêché les jeux de se dérouler ». il soutient explicitement l’alliance Ciotti –Bardella.
17 juin 2024
Muni de mes nouvelles lunettes, récupérées ce matin chez « Droit de regard », visite chez Michèle B . qui affecte de s’inquiéter du faux suspense des élections en vue. Sans le dire explicitement, elle jubile visiblement à l’idée de voir bientôt le FN accéder au pouvoir, et joue à se faire peur en évoquant le « risque » pris par Macron de voir les « extrémistes » de LFI remporter l’élection.
16 juin 2024
Patrick nous emmène en voiture déjeuner chez Pierre-Yves et Malika. La maison est restée telle que nous l’avions découverte en il y a trois ans. La pluie nous dispense de déjeuner dans le jardin. Accueil toujours chaleureux, apéritif et repas très copieux et très bons. Sans surprise, la conversation roule beaucoup sur la politique et la menace toute proche, sur quoi tout le monde s’accorde. Patrick dit ne pas avoir aperçu jusqu’ici que Michel Vial était à ce point partisan du FN. On nous présente (furtivement car elle est très timide) la nouvelle enfant de la famille, Maurice, une petite chatte de huit mois, au poil long, tigré de noir et beige, qui semble déjà dicter sa loi à toute la maisonnée…
15 juin 2024
Déjeuner à la crêperie et promenade sur les quais.
Le soir, regardé « mortelle randonnée de Claude Miller (1983). Comme nous ne l’avons pas vu alors, il est difficile de décider si le film a mal vieilli (sauf physiquement, car il est magnifiquement restauré) ou s’il paraissait vieillot dès l’origine. Je penche pour la deuxième hypothèse, à cause du scénario et des dialogues de Michel Audiard, qui reste fidèle à son style de cinéma , celui des années 5O : tape-à-l’œil , bavard (au point que Michel Serrault, aussi brillant soit-il, semble rassasié du texte qu’on lui fait dire), et finalement mortellement ennuyeux. La distribution est pourtant extraordinaire : autour de Serrault et Adjani (dans la splendeur de ses débuts), elle réunit une pléiade de stars (Brialy, Samy Frey, Bouchitey, Stéphane Audran, Macha Méril, Guy Marchand, Geneviève Page) qui ne font que passer en coup de vent dans une histoire (cousue de fil blanc) à laquelle on n’adhère pas une seconde.
Le soir, regardé « mortelle randonnée de Claude Miller (1983). Comme nous ne l’avons pas vu alors, il est difficile de décider si le film a mal vieilli (sauf physiquement, car il est magnifiquement restauré) ou s’il paraissait vieillot dès l’origine. Je penche pour la deuxième hypothèse, à cause du scénario et des dialogues de Michel Audiard, qui reste fidèle à son style de cinéma , celui des années 5O : tape-à-l’œil , bavard (au point que Michel Serrault, aussi brillant soit-il, semble rassasié du texte qu’on lui fait dire), et finalement mortellement ennuyeux. La distribution est pourtant extraordinaire : autour de Serrault et Adjani (dans la splendeur de ses débuts), elle réunit une pléiade de stars (Brialy, Samy Frey, Bouchitey, Stéphane Audran, Macha Méril, Guy Marchand, Geneviève Page) qui ne font que passer en coup de vent dans une histoire (cousue de fil blanc) à laquelle on n’adhère pas une seconde.
14 juin 2024
Visite de contrôle à l’hôpital, un mois et demi après l’opération de la vésicule. Le (jeune et beau) chirurgien qui m’a opéré me rassure à propos du calcul révélé sur le scanner que je lui ai apporté. Il m’explique sur un schéma pourquoi ce calcul a pu lui échapper, et m’assure qu’il y a peu de risque qu’il pose problème, étant donné sa localisation. Il me rassure aussi, comme l’avait fait le radiologue, sur mon pancréas, qui apparait tout–à-fait normal.
12 juin 2024
A 5h30, le journal de France 5 annonce la mort de Françoise Hardy. Deux jours plus tôt, nous avions réécouté plusieurs de ses plus belles chansons (Puisque vous partez en voyage, L a pluie sans parapluie…) sur la nouvelle plateforme de diffusion. Malaise à entendre les circonlocutions employées pour évoquer sans le dire la probable euthanasie dont elle a bénéficié (on peut en tout cas l’espérer). Nous serons bientôt l’un des seuls pays d’Europe à ne pas accepter le droit à choisir sa mort. Faute de pouvoir dire plus, on rappelle avec insistance le combat qu’elle a mené pour que la loi reconnaisse ce droit fondamental. L’obscurantisme et la cruauté aveugle des religieux imposent une fois de plus leur diktat.
Déjeuner au Coche avec Bruno et Patrick, avec qui nous évoquons évidemment le séisme politique déclenché par Macron en dissolvant l’Assemblée Nationale. Visiblement, Bruno a totalement abandonné le soutien qu’il lui accordait, sans pour autant revenir à gauche. L’un comme l’autre (Patrick, fidèle à son tropisme de centriste raisonnable) redoutent l’avènement d’un gouvernement Bardella, mais semblent accepter peu ou prou l’idée que cette expérience pourrait dessiller les yeux des Français et les ramener à la raison (mais laquelle ?). En revanche, ils semblent peu sensibles au risque de voir l’extrême-droite, une fois arrivée aux affaires, s’y installer de manière définitive et liberticide.
Sur le trajet du retour, Patrick confie à Minbl que Moussa a perdu des papiers d’identité importants, ce qui ne lui permet plus de voyager, y-compris au Sénégal, et pourrait compromettre ses démarches pour régulariser sa situation.
Acheté chez Boulanger un nouveau smartphone, moins grand et plus léger que le précédent. Le transfert des données et des applications a été très long (6 heures environ), mais le résultat est parfait. La liaison avec l’ordinateur est très sensiblement améliorée, car on peut désormais accéder sur l’ordi à toutes les applications du smartphone, et les utiliser.
Déjeuner au Coche avec Bruno et Patrick, avec qui nous évoquons évidemment le séisme politique déclenché par Macron en dissolvant l’Assemblée Nationale. Visiblement, Bruno a totalement abandonné le soutien qu’il lui accordait, sans pour autant revenir à gauche. L’un comme l’autre (Patrick, fidèle à son tropisme de centriste raisonnable) redoutent l’avènement d’un gouvernement Bardella, mais semblent accepter peu ou prou l’idée que cette expérience pourrait dessiller les yeux des Français et les ramener à la raison (mais laquelle ?). En revanche, ils semblent peu sensibles au risque de voir l’extrême-droite, une fois arrivée aux affaires, s’y installer de manière définitive et liberticide.
Sur le trajet du retour, Patrick confie à Minbl que Moussa a perdu des papiers d’identité importants, ce qui ne lui permet plus de voyager, y-compris au Sénégal, et pourrait compromettre ses démarches pour régulariser sa situation.
Acheté chez Boulanger un nouveau smartphone, moins grand et plus léger que le précédent. Le transfert des données et des applications a été très long (6 heures environ), mais le résultat est parfait. La liaison avec l’ordinateur est très sensiblement améliorée, car on peut désormais accéder sur l’ordi à toutes les applications du smartphone, et les utiliser.
10 juin 2024
Visité l’expo consacrée par le Musée de Montmartre à Auguste Herbin. Très heureuse surprise : Dans ce quartier vendu au tourisme de masse, où la culture se résume généralement aux faux-peintres de la place du Tertre et aux boutiques de babioles, ce petit Musée qui ne paie pas de mine (sauf par ses magnifiques jardins) fait le choix de la qualité et de l’exigence en consacrant une exposition à ce peintre majeur du XXe siècle très injustement oublié. L’expo, installée sur deux niveaux, est magnifiquement conçue et réalisée. Les œuvres rassemblées, dont beaucoup proviennent de collections privées, illustrent parfaitement toutes les étapes de l’évolution de l’artiste (impressionnisme, fauvisme, cubisme, abstrait géométrique), présentées de manière chronologique, et assorties de commentaires judicieux. Toutes les œuvres sont en parfait état (ou restaurées ?), et correctement éclairées. La seule réserve que l’on pourrait avancer tient à l’exigüité des lieux, qui ne permettent pas de prendre beaucoup de recul, et qui deviennent vite saturés quand les visiteurs sont nombreux. Heureusement, les œuvres les plus récentes sont présentées à l’étage supérieur, moins fréquenté. (Nous avons souvent constaté ce phénomène étrange dans la plupart des musées : la densité des visiteurs décroît avec l’élévation dans les étages…)
Acheté le catalogue de l’expo, qui est aussi un modèle du genre, pour la qualité du contenu et le soin de la réalisation. Toutes les œuvres y sont reproduites.
Acheté le catalogue de l’expo, qui est aussi un modèle du genre, pour la qualité du contenu et le soin de la réalisation. Toutes les œuvres y sont reproduites.
2 juin 2024
Cette nouvelle tentative de journal n’est peut-être pas une bonne idée, puisque toutes les précédentes (innombrables, depuis mon plus jeune âge…) n’ont jamais duré bien longtemps, mais aujourd’hui une raison nouvelle m’y pousse : De manière manifeste, ma mémoire se dégrade. Pas (encore ?) de manière catastrophique, mais indéniable : Je cherche souvent longuement des mots très courants, des noms propres en particulier, et je dois m’astreindre, pour certains, qui s’obstinent à se dérober, à des exercices mnémotechniques répétés : ainsi pour retenir les noms des rues environnantes : La rue Baudricourt, par exemple, qui ne me revenait jamais, est convoquée par l’adjectif « beau », et le cyclamen par le vélo…
Peut-être puis-je donc attendre de ce journal, au mieux qu’il m’aide à entraver cette dégradation mémorielle, en renforçant l’imprégnation des souvenirs par le fait même de les énoncer, au pire qu’il illustre et mesure au fil des mois l’évolution du mal !
J’ose à peine en espérer un autre effet, qui pourrait combattre une autre mal édiction qui m’empoisonne depuis toujours : l’autocensure. Peut-être cet exercice d’écriture quotidien, si je peux m’y tenir, me permettra-t-il peu à peu de vaincre cette extrême réserve qui corsette aussi bien mes écrits que ma conversation. L’effort quotidien d’exprimer des pensées, des émotions, m’aidera peut-être à briser cette timidité d’expression, cette inclination spontanée à la bienséance, qui sont en totale contradiction avec la violence, la révolte le goût du blasphème, de la médisance et de la provocation dont je suis sans cesse habité ? A cet effet, je m’efforcerai de consigner les récits de mes rêves, aussi souvent que possible.
J’aperçois enfin une dernière motivation possible à ce besoin ressenti de fixer autant que je peux le fil du temps. Elle tient aux temps que nous traversons, à cette atmosphère d’avant-guerre qui s’installe chaque jour davantage. La perspective des bouleversements qui s’annoncent (climatiques, politiques, géostratégiques) m’invite à en tenir chronique, et à consigner les réflexions qu’ils m’inspirent, ainsi que mes réactions à l’évolution des modes de vie liés à la révolution des réseaux sociaux. J’aimerais ainsi garder une trace des probables futures évolutions de mon analyse sur toutes ces questions.
Pour résumer en quelques traits ce qui me préoccupe le plus en ce moment, je commencerai par l’obsession guerrière qui imprègne le discours public. On semble se réjouir de voir croître partout les budgets d’armement, et les guerres en cours à nos portes, en Europe centrale comme au Proche-Orient, sont moins vues comme des catastrophes et des menaces auxquelles il faudrait d’urgence trouver des solutions négociées, que comme des fléaux inévitables légitimés par la nécessité de se défendre.
Ainsi le parti-pris général pour le soutien à l’Ukraine, et l’escalade de l’engagement occidental pour affronter la Russie sont donnés comme allant de soi, sans jamais évoquer le risque suicidaire qu’ils représentent.
Je remarque aussi que les symboles guerriers (drapeaux, hymnes …) sont toujours représentés comme de simples signes de ralliement allant de soi, jamais comme des signes agressifs de nationalisme d’esprit de corps ou de clocher (exception faite des drapeaux algériens dans les stades ou palestiniens au parlement, considérés comme des provocations insupportables). Les Jeux Olympiques sont l’illustration la plus pure du goût affirmé pour ces fanfaronnades guerrières, avec le grotesque rituel de flamme voyageuse, dont on se garde de rappeler qu’il a été inventé par les nazis lors de jeux de Berlin en 1936.
Cette ambiance de va-t-en-guerre est à rapprocher de l’usage croissant de la censure, dont l’exemple le plus manifeste est le renvoi par France-Inter de Guillaume Maurice pour sa jolie formule de « nazi sans prépuce » désignant Nétanyahu. L’esprit militaire et l’humour ne font pas bon ménage. Il est fort probable, pourtant, que les centaines de milliers d’Israéliens défilant quotidiennement pour le désavouer souscrivent à cette définition. Là encore, le discours médiatique assimile de manière obsessive l’opposition à Nétanyau à l’antisémitisme. Sur ce chapitre, la gauche française serait bien inspirée aussi de clarifier son discours à propos du Hamas, dont il apparaît clairement qu’il traite la population de Gaza avec la même compassion que les troupes de Tsahal…
Peut-être puis-je donc attendre de ce journal, au mieux qu’il m’aide à entraver cette dégradation mémorielle, en renforçant l’imprégnation des souvenirs par le fait même de les énoncer, au pire qu’il illustre et mesure au fil des mois l’évolution du mal !
J’ose à peine en espérer un autre effet, qui pourrait combattre une autre mal édiction qui m’empoisonne depuis toujours : l’autocensure. Peut-être cet exercice d’écriture quotidien, si je peux m’y tenir, me permettra-t-il peu à peu de vaincre cette extrême réserve qui corsette aussi bien mes écrits que ma conversation. L’effort quotidien d’exprimer des pensées, des émotions, m’aidera peut-être à briser cette timidité d’expression, cette inclination spontanée à la bienséance, qui sont en totale contradiction avec la violence, la révolte le goût du blasphème, de la médisance et de la provocation dont je suis sans cesse habité ? A cet effet, je m’efforcerai de consigner les récits de mes rêves, aussi souvent que possible.
J’aperçois enfin une dernière motivation possible à ce besoin ressenti de fixer autant que je peux le fil du temps. Elle tient aux temps que nous traversons, à cette atmosphère d’avant-guerre qui s’installe chaque jour davantage. La perspective des bouleversements qui s’annoncent (climatiques, politiques, géostratégiques) m’invite à en tenir chronique, et à consigner les réflexions qu’ils m’inspirent, ainsi que mes réactions à l’évolution des modes de vie liés à la révolution des réseaux sociaux. J’aimerais ainsi garder une trace des probables futures évolutions de mon analyse sur toutes ces questions.
Pour résumer en quelques traits ce qui me préoccupe le plus en ce moment, je commencerai par l’obsession guerrière qui imprègne le discours public. On semble se réjouir de voir croître partout les budgets d’armement, et les guerres en cours à nos portes, en Europe centrale comme au Proche-Orient, sont moins vues comme des catastrophes et des menaces auxquelles il faudrait d’urgence trouver des solutions négociées, que comme des fléaux inévitables légitimés par la nécessité de se défendre.
Ainsi le parti-pris général pour le soutien à l’Ukraine, et l’escalade de l’engagement occidental pour affronter la Russie sont donnés comme allant de soi, sans jamais évoquer le risque suicidaire qu’ils représentent.
Je remarque aussi que les symboles guerriers (drapeaux, hymnes …) sont toujours représentés comme de simples signes de ralliement allant de soi, jamais comme des signes agressifs de nationalisme d’esprit de corps ou de clocher (exception faite des drapeaux algériens dans les stades ou palestiniens au parlement, considérés comme des provocations insupportables). Les Jeux Olympiques sont l’illustration la plus pure du goût affirmé pour ces fanfaronnades guerrières, avec le grotesque rituel de flamme voyageuse, dont on se garde de rappeler qu’il a été inventé par les nazis lors de jeux de Berlin en 1936.
Cette ambiance de va-t-en-guerre est à rapprocher de l’usage croissant de la censure, dont l’exemple le plus manifeste est le renvoi par France-Inter de Guillaume Maurice pour sa jolie formule de « nazi sans prépuce » désignant Nétanyahu. L’esprit militaire et l’humour ne font pas bon ménage. Il est fort probable, pourtant, que les centaines de milliers d’Israéliens défilant quotidiennement pour le désavouer souscrivent à cette définition. Là encore, le discours médiatique assimile de manière obsessive l’opposition à Nétanyau à l’antisémitisme. Sur ce chapitre, la gauche française serait bien inspirée aussi de clarifier son discours à propos du Hamas, dont il apparaît clairement qu’il traite la population de Gaza avec la même compassion que les troupes de Tsahal…
23 juillet 2023
Le reproche fait à ChatGPT de pouvoir tenir des propos racistes ou de donner des conseils inappropriés peut sembler étrange : Ces comportements ne peuvent constituer un danger que pour le cas où on lui accorderait un statut de conseiller infaillible et digne de confiance. On ne se formaliserait pas des mêmes propos dans la bouche d’un interlocuteur humain, puisqu’ils sont communément formulés.. Toute la question consiste donc à décider du niveau de confiance que l’on accordera à l’IA
1er juillet 2022
Il y a quelques semaines, un clip pour la campagne électorale du « mouvement pour la ruralité » nous avait laissés perplexes et vaguement inquiets : au-delà d’un style outrageusement kitsch, nous nous interrogions sur l’écho que pouvait rencontrer cette célébration passéiste des traditions paysannes, qui montrait la population rurale comme un groupe d’arriérés vosciforants, aux antipodes de la propagande habituelle, ou des agriculteurs souriants, modernes et experts en technologies surveillent leurs cultures par satellite. Quelle part la réalité emprunte-elle à ces deux clichés ? Un épisode assez désagréable de notre voyage pour Villard est venu compléter notre réflexion sur la question.
Tout juste descendus du TGV à Dole, et cherchant en vain le TER pour Saint-Claude qui d’ordinaire est alors déjà à quai, nous découvrons qu’il est attendu par une horde bruyante d’une centaine de personnes. Un groupe de promeneurs sans valises, en balade pour la journée sous la conduite d’un animateur aux cheveux blancs, tous résidents des environs, comme le trahit l’accent franc-comtois. L’arrivée du train confirme ce que nous redoutions : Il ne comprend qu’une seule voiture, alors que généralement, il y en a deux, pour une poignée de passagers. Comme prévu, le train est pris d’assaut dès l’ouverture des portes, au point que l’équipage doit protester bruyamment pour se frayer un passage. Nous nous précipitons aussi vers l’avant de la voiture, précédés par les deux seuls autres voyageurs « normaux » : une femme munie d’un lourd sac à dos et un garçon d’une vingtaine d’années qui s’installent face à nous dans un bloc de quatre sièges. A peine sommes-nous assis que le chef du groupe surgit furieux pour tenter de nous déloger, puisque cette partie du train, dit-il, est réservée pour son groupe, « comme devaient l’indiquer des étiquettes qui auraient dû être disposées sur les sièges ». Comme nous ne bougeons pas, et que notre compagne randonneuse confirme d’une voix tranquille que rien ne nous fera partir, il interpelle la contrôleuse, laquelle l’invite au calme et au respect des voyageurs. Il bat en retraite en prenant les siens à témoin de notre incivilité. Deux minutes plus tard, alors que le train va partir, on entend crachoter une sono portative, puis sa voix saturée égrenant une longue série de « un deux, un deux trois, un deux, test, test, un deux trois ».
Alors que le train s’ébranle, son préambule nous révèle qu’il conduit un groupe réuni par l’office de tourisme local, dont il est l’un des responsables - bénévole, souligne t-t-il – et que nous aurons la chance de bénéficier tout au long du voyage de son commentaire sur les paysages traversés. Aussitôt nos deux compagnons augmentent le volume des écouteurs déjà enfoncés dans leurs oreilles. Faute d’une telle protection, nous échangeons un regard accablé, tandis que notre conférencier entame un exposé sur la géographie de la zone, l’histoire de la ligne de chemin de fer, et les ressources (« incomparables ») de la contrée.
Tout y est magnifique : les forêts les plus vastes, les vaches les plus généreuses, les fromages et les vins extraordinaires, connus et célébrés dans le monde entier. La région abrite même le plus vieux cerf d’Europe, vieux d’une quinzaine d’années, soigneusement épargné par « nos amis les chasseurs » (dont chacun sait l’amour qu’ils portent aux animaux).
Dans ce catalogue des richesses locales, les ressources culturelles ne sont pas en reste : Il rend hommage à un écrivain régional nonagénaire, auteur entre autres chefs-d’œuvres, d’une passionnante biographie de sa grand-mère, une femme remarquable qui de toute sa vie n’a jamais quitté la maison forestière où elle est née, vers 1850.
C’est à peu près là qu’est situé l’âge d’or pour notre conférencier, très réservé sur les avantages du monde moderne : Ah, le bon temps des locomotives à vapeur, des chevaux pour déblayer la neige, et des colporteurs parcourant les villages !
Et les villages, Il les connaît tous, jusqu’au moindre hameau, et les distances qui les séparent. Il a dû jadis apprendre à l’école la liste des départements et de leurs chefs-lieux (plus que les vraies, ces sciences inutiles impressionnent les foules). On désignera par son nom chaque village, chaque lieu-dit, chaque colline, chaque rivière. Autant de lieux « magnifiques” et tous théâtres d’épisodes historiques mémorables. Lui tournant le dos, nous ne pouvons pas le voir, mais au ton de sa voix on sent bien qu’il récite sans notes ce déluge de détails futiles qui lui font préciser au décimètre près l’altitude de chaque gare traversée.
Son récit n’est interrompu que par les annonces de la contrôleuse aux arrivée en gares et de temps à autre par une réflexion salace et vaguement grivoise d’un membre de l’auditoire, saluée aussitôt par une cascade de rires gras.
Arrivés à la hauteur des forges de Siam, notre conteur devient lyrique pour célébrer la qualité « exceptionnelle » des aciers qu’on y fabriquait jadis, qualité consacrée par Napoléon qui ne jurait que par Siam pour forger les sabres de ses armées. L’empereur dont il confie au passage l’admiration éperdue qu’il lui porte, avant d’enchaîner sur la villa palladienne et son constructeur, un maître des forges « remarquablement cultivé » qui s’inspira pour faire bâtir sa demeure « d’un architecte italien très connu dans son pays », monsieur Palladio ».
Le lieu a du reste reçu plus récemment un autre brevet de prestige, sous la forme d’un reportage dans « Télématin », dont notre conférencier a assisté au tournage, ce qui nous vaut le récit d’une anecdote désopilante sur la journaliste parisienne (double raison de s’en méfier), qui demandait où elle pourrait filmer des vaches dans un pré, alors qu’on était au mois de janvier ! L’auditoire est tordu de rire.
Quand, enfin parvenus à notre destination, il nous faut à regret quitter le train en saluant notre voisine randonneuse qui, toujours protégée par ses écouteurs, essaye de se concentrer sur la lecture d’un roman de Kundera, nous ressentons un bref malaise, comme si nous revenions brusquement au présent et à la réalité après une heure passée dans un univers parallèle, sans lien ni dialogue avec le nôtre. Ils poursuivent leur voyage dans leur passé idéalisé, leur contrée fantasmée, leur Cocagne quils défendront contre les éoliennes et les parisiens.
Deux univers. Aucun n’est meilleur que l’autre, mais entre ruralité radotée et urbanité arrogante, un gouffre. "Prenez garde à l’espace en descendant du train..."
Tout juste descendus du TGV à Dole, et cherchant en vain le TER pour Saint-Claude qui d’ordinaire est alors déjà à quai, nous découvrons qu’il est attendu par une horde bruyante d’une centaine de personnes. Un groupe de promeneurs sans valises, en balade pour la journée sous la conduite d’un animateur aux cheveux blancs, tous résidents des environs, comme le trahit l’accent franc-comtois. L’arrivée du train confirme ce que nous redoutions : Il ne comprend qu’une seule voiture, alors que généralement, il y en a deux, pour une poignée de passagers. Comme prévu, le train est pris d’assaut dès l’ouverture des portes, au point que l’équipage doit protester bruyamment pour se frayer un passage. Nous nous précipitons aussi vers l’avant de la voiture, précédés par les deux seuls autres voyageurs « normaux » : une femme munie d’un lourd sac à dos et un garçon d’une vingtaine d’années qui s’installent face à nous dans un bloc de quatre sièges. A peine sommes-nous assis que le chef du groupe surgit furieux pour tenter de nous déloger, puisque cette partie du train, dit-il, est réservée pour son groupe, « comme devaient l’indiquer des étiquettes qui auraient dû être disposées sur les sièges ». Comme nous ne bougeons pas, et que notre compagne randonneuse confirme d’une voix tranquille que rien ne nous fera partir, il interpelle la contrôleuse, laquelle l’invite au calme et au respect des voyageurs. Il bat en retraite en prenant les siens à témoin de notre incivilité. Deux minutes plus tard, alors que le train va partir, on entend crachoter une sono portative, puis sa voix saturée égrenant une longue série de « un deux, un deux trois, un deux, test, test, un deux trois ».
Alors que le train s’ébranle, son préambule nous révèle qu’il conduit un groupe réuni par l’office de tourisme local, dont il est l’un des responsables - bénévole, souligne t-t-il – et que nous aurons la chance de bénéficier tout au long du voyage de son commentaire sur les paysages traversés. Aussitôt nos deux compagnons augmentent le volume des écouteurs déjà enfoncés dans leurs oreilles. Faute d’une telle protection, nous échangeons un regard accablé, tandis que notre conférencier entame un exposé sur la géographie de la zone, l’histoire de la ligne de chemin de fer, et les ressources (« incomparables ») de la contrée.
Tout y est magnifique : les forêts les plus vastes, les vaches les plus généreuses, les fromages et les vins extraordinaires, connus et célébrés dans le monde entier. La région abrite même le plus vieux cerf d’Europe, vieux d’une quinzaine d’années, soigneusement épargné par « nos amis les chasseurs » (dont chacun sait l’amour qu’ils portent aux animaux).
Dans ce catalogue des richesses locales, les ressources culturelles ne sont pas en reste : Il rend hommage à un écrivain régional nonagénaire, auteur entre autres chefs-d’œuvres, d’une passionnante biographie de sa grand-mère, une femme remarquable qui de toute sa vie n’a jamais quitté la maison forestière où elle est née, vers 1850.
C’est à peu près là qu’est situé l’âge d’or pour notre conférencier, très réservé sur les avantages du monde moderne : Ah, le bon temps des locomotives à vapeur, des chevaux pour déblayer la neige, et des colporteurs parcourant les villages !
Et les villages, Il les connaît tous, jusqu’au moindre hameau, et les distances qui les séparent. Il a dû jadis apprendre à l’école la liste des départements et de leurs chefs-lieux (plus que les vraies, ces sciences inutiles impressionnent les foules). On désignera par son nom chaque village, chaque lieu-dit, chaque colline, chaque rivière. Autant de lieux « magnifiques” et tous théâtres d’épisodes historiques mémorables. Lui tournant le dos, nous ne pouvons pas le voir, mais au ton de sa voix on sent bien qu’il récite sans notes ce déluge de détails futiles qui lui font préciser au décimètre près l’altitude de chaque gare traversée.
Son récit n’est interrompu que par les annonces de la contrôleuse aux arrivée en gares et de temps à autre par une réflexion salace et vaguement grivoise d’un membre de l’auditoire, saluée aussitôt par une cascade de rires gras.
Arrivés à la hauteur des forges de Siam, notre conteur devient lyrique pour célébrer la qualité « exceptionnelle » des aciers qu’on y fabriquait jadis, qualité consacrée par Napoléon qui ne jurait que par Siam pour forger les sabres de ses armées. L’empereur dont il confie au passage l’admiration éperdue qu’il lui porte, avant d’enchaîner sur la villa palladienne et son constructeur, un maître des forges « remarquablement cultivé » qui s’inspira pour faire bâtir sa demeure « d’un architecte italien très connu dans son pays », monsieur Palladio ».
Le lieu a du reste reçu plus récemment un autre brevet de prestige, sous la forme d’un reportage dans « Télématin », dont notre conférencier a assisté au tournage, ce qui nous vaut le récit d’une anecdote désopilante sur la journaliste parisienne (double raison de s’en méfier), qui demandait où elle pourrait filmer des vaches dans un pré, alors qu’on était au mois de janvier ! L’auditoire est tordu de rire.
Quand, enfin parvenus à notre destination, il nous faut à regret quitter le train en saluant notre voisine randonneuse qui, toujours protégée par ses écouteurs, essaye de se concentrer sur la lecture d’un roman de Kundera, nous ressentons un bref malaise, comme si nous revenions brusquement au présent et à la réalité après une heure passée dans un univers parallèle, sans lien ni dialogue avec le nôtre. Ils poursuivent leur voyage dans leur passé idéalisé, leur contrée fantasmée, leur Cocagne quils défendront contre les éoliennes et les parisiens.
Deux univers. Aucun n’est meilleur que l’autre, mais entre ruralité radotée et urbanité arrogante, un gouffre. "Prenez garde à l’espace en descendant du train..."
24 juin 2022
La lecture de "Lieux" de Georges Perec (lecture très partielle car l’intérêt du document est bien mince...) me confirme - s’il le fallait- la nécessité de concevoir un projet à long terme qui occuperait une part de mes journées. Cette idée qui m’obsède depuis longtemps s’est traduite par quelques tentatives avortées : Le blog et les extraits de films sont pourtant sans doute deux pistes intéressantes, auxquelles je devrais sans doute me remettre : Le blog pour garder en particulier une trace des émussions / films / spectacles que nous voyons, les extraits de films pour parvenir un jour à un "best of" absolu...
7 septembre 2021
La lecture de cet article, qui vilipende une campagne gouvernementale sur la laïcité, dont, contrairement à l’auteur, le fond comme la forme me semblent particulièrement bienvenus, m’inspire une réflexion plus globale sur les prisons mentales dont il me semble légitime et souhaitable pour chacun de nous de vouloir s’évader : la famille, la religion, les traditions, et sans doute jusqu’à toute forme d’appartenance non consentie ou implicite (une région, un accent) ou imposée (un groupe, une équipe, une entreprise).
17 décembre 2020
Désobéissant.e.s, documentaire de Adèle Flaux et Alizée Chiappini, diffusé par Arte en Octobre 2020, sur les mouvements sociaux en France, de 2018 à 2020.
Le film raconte les mouvements sociaux qui ont agité la France pendant deux ans, entre la fin du sommet de Paris sur le climat et le début de la pandémie. On y suit le parcours de cinq jeunes activistes, la manière dont ils organisent leur lutte et leurs actions, et les liens qu’ils tissent avec les Gilets Jaunes en France, Extinction-Rébellion en Angleterre, et les mouvements écolos allemands.
Le premier mérite de ce film est de restituer des épisodes des luttes sociales que les médias mainstream ont peu ou mal évoqués.
(documentaire disponible dans Syno3/video/emissions-docs
Le film raconte les mouvements sociaux qui ont agité la France pendant deux ans, entre la fin du sommet de Paris sur le climat et le début de la pandémie. On y suit le parcours de cinq jeunes activistes, la manière dont ils organisent leur lutte et leurs actions, et les liens qu’ils tissent avec les Gilets Jaunes en France, Extinction-Rébellion en Angleterre, et les mouvements écolos allemands.
Le premier mérite de ce film est de restituer des épisodes des luttes sociales que les médias mainstream ont peu ou mal évoqués.
(documentaire disponible dans Syno3/video/emissions-docs
1er novembre 2019
"Les Crevettes Pailletées" est un film de Maxime Govare et Cédric Le Gallo, sorti en salles au printemps 2019. Il a reçu le Prix spécial du jury au Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez. Maxime Govare avait déja reçu le Grand Prix de ce même festival en 2015, pour "Toute première fois", avec Pio Marmaï et Gad Elmaleh (Le film relatait l’histoire d’un homosexuel trentenaire qui, sur le point de se marier avec son boyfriend, tombe amoureux d’une femme). Cédric Le Gallo, reporter documentariste, signe ici sa première fiction, inspirée de sa propre expérience au sein d’une équipe de water-polo gay qui parcourt le monde depuis 2012, et a concouru aux derniers Gay Games.
"Les Crevettes pailletées" est directement inspiré de deux films célèbres : "Priscilla, folle du désert" de Stephan Elliott (1995), et "La Parade" de Srdjan Dragojevic (2012), qui racontait comment un gangster serbe macho est conduit à organiser le service d’ordre de la première Gay Pride de Serbie.
Au premier, il emprunte le road-trip en autobus par une troupe de folles gloussantes et pailletées, et au second l’idée du balourd homophobe contraint de sympathiser avec l’ennemi. Mais il ne s’inspire hélas ni de la fantaisie joyeuse de Priscilla, ni du subtil second degré de la Parade. On reste confiné dans le registre balourd du pire comique à la française, à base de situations et de rôles caricaturaux, pimenté de plaisanteries grivoises. Le couple homo dont l’homme au foyer joue les matronnes abusives semble être un sketch commandé à De Funès par la Manif pour tous.
Au mieux maladroit, au pire ambigu, et à l’évidence lourdaud et sans grâce, ce film a rencontré (signe des temps ?) un relatif succès public, cumulant près de 500 000 entrées.
"Les Crevettes pailletées" est directement inspiré de deux films célèbres : "Priscilla, folle du désert" de Stephan Elliott (1995), et "La Parade" de Srdjan Dragojevic (2012), qui racontait comment un gangster serbe macho est conduit à organiser le service d’ordre de la première Gay Pride de Serbie.
Au premier, il emprunte le road-trip en autobus par une troupe de folles gloussantes et pailletées, et au second l’idée du balourd homophobe contraint de sympathiser avec l’ennemi. Mais il ne s’inspire hélas ni de la fantaisie joyeuse de Priscilla, ni du subtil second degré de la Parade. On reste confiné dans le registre balourd du pire comique à la française, à base de situations et de rôles caricaturaux, pimenté de plaisanteries grivoises. Le couple homo dont l’homme au foyer joue les matronnes abusives semble être un sketch commandé à De Funès par la Manif pour tous.
Au mieux maladroit, au pire ambigu, et à l’évidence lourdaud et sans grâce, ce film a rencontré (signe des temps ?) un relatif succès public, cumulant près de 500 000 entrées.
31 août 2018
« 12 jours », réalisé en 2017 par Raymond Depardon est un documentaire tourné à l’hôpital Vinatier, à Lyon, consacré aux patients internés en psychiatrie sous le régime de la contrainte. Depuis 2013, la loi impose qu’un juge des libertés statue sur la prolongation ou l’arrêt de leur internement dans un délai de 12 jours après leur arrivée. Cette procédure est ensuite répétée tous les six mois. Depardon a obtenu les autorisations nécessaires pour filmer (sans floutage) les audiences qui se tiennent dans une salle de l’hôpital, réunissant le juge et le patient assisté de son avocat. Le film en présente dix, sur les 72 qui ont été filmées.
Le film s’ouvre sur une séquence de travelling d’une longueur et d’une lenteur insupportables dans les couloirs déserts et verdâtres d’un service hospitalier. Ce plan-séquence interminable, qui se termine sur une banale porte vitrée soulève d’emblée chez le spectateur une interrogation : sommes-nous vraiment dans un documentaire, ou bien s’agit-il d’un artifice manipulatoire du réalisateur (M. Hanneke l’a quelquefois utilisé), qui prolonge délibérément un plan sans intérêt, dans le seul but de dérouter, voire d’irriter le spectateur ? La question reste sans réponse, bien que dans le bonus, R. Depardon, qui évoque brièvement cette séquence, semble lui prêter un intérêt informatif, alors que pour nous, au-delà de l’exaspération qu’elle provoque, elle représente surtout le cliché visuel le plus rebattu des pires reportages télé hospitaliers.
Cette esthétique bas-de-gamme semble être un choix assumé, puisque tout le film est construit en alternant paresseusement les séquences d’audiences et des interludes d’images d’hôpital sur une musique d’Alexandre Desplats, engagé comme caution artistique dans cette malheureuse aventure.
Mais l’essentiel est bien sûr ailleurs -dans les dialogues entre les juges et les malades- et c’est alors qu’on découvre que le contenu, le projet même du film, est encore plus glauque que sa mise en scène, et la gêne esthétique ressentie dès les premières images se transforme pour le spectateur en malaise moral bien plus profond, puisqu’ en lui présentant des séquences qui n’auraient jamais dû être filmées, ou au moins rendues publiques, on le rend complice d’un voyeurisme dont on découvre qu’il est sans doute l’unique motivation (sinon la fierté ?) du réalisateur.
Car la question centrale, essentielle que pose sans cesse ce document est celle du consentement des malades. Il est montré de manière très claire que tous ou presque ne consentent en rien au sort qui leur est fait, et c’est du reste la définition même de l’internement sous contrainte. Mais la notion même de consentement est évidemment rendue caduque par la maladie, par la capacité de jugement qu’on sait ou suppose altérée chez le malade. Cette incertitude conduit d’ailleurs à s’interroger sur le sens de cette procédure d’intervention des juges (et certains d’entre eux semblent s’interroger eux-mêmes), car leur décision –toujours celle de prolonger l’internement- est dictée par les avis des médecins, et la demande faite au patient d’y consentir est bien sûr purement formelle, puisque consentir ou non ne changera rien à son sort.
D’où la question : Au nom de quel principe peut-on filmer et montrer sans flouter leur visage des personnes privées de liberté (alors que cela reste impossible pour des prisonniers) ? La réponse, scandaleuse, est donnée dans le bonus par l’assistante de Depardon : Juridiquement, les personnes internées sous contrainte ne sont pas pour autant privées de leurs droits civiques, et de ce fait leur consentement à être filmées est recevable. Or il paraît évident quand on entend la plupart d’entre eux que leur jugement est altéré, autant sans doute par leur maladie que par les effets des traitements et leurs conditions de détention (on voit que plusieurs d’entre eux ont été attachés à leur lit). Les consentements écrits qu’on a dû leur extorquer pour que ce film existe ressemblent dès lors à autant d’abus de faiblesse supplémentaires, destinés seulement à satisfaire le voyeurisme supposé du spectateur.
On peut s’interroger légitimement sur les raisons qui ont conduit les autorités de justice et de santé à accepter de collaborer à la réalisation d’un tel projet, et on est troublé par le déluge de louanges qui a salué la sortie d’un film formellement aussi pauvre et moralement plus que suspect.
Le film s’ouvre sur une séquence de travelling d’une longueur et d’une lenteur insupportables dans les couloirs déserts et verdâtres d’un service hospitalier. Ce plan-séquence interminable, qui se termine sur une banale porte vitrée soulève d’emblée chez le spectateur une interrogation : sommes-nous vraiment dans un documentaire, ou bien s’agit-il d’un artifice manipulatoire du réalisateur (M. Hanneke l’a quelquefois utilisé), qui prolonge délibérément un plan sans intérêt, dans le seul but de dérouter, voire d’irriter le spectateur ? La question reste sans réponse, bien que dans le bonus, R. Depardon, qui évoque brièvement cette séquence, semble lui prêter un intérêt informatif, alors que pour nous, au-delà de l’exaspération qu’elle provoque, elle représente surtout le cliché visuel le plus rebattu des pires reportages télé hospitaliers.
Cette esthétique bas-de-gamme semble être un choix assumé, puisque tout le film est construit en alternant paresseusement les séquences d’audiences et des interludes d’images d’hôpital sur une musique d’Alexandre Desplats, engagé comme caution artistique dans cette malheureuse aventure.
Mais l’essentiel est bien sûr ailleurs -dans les dialogues entre les juges et les malades- et c’est alors qu’on découvre que le contenu, le projet même du film, est encore plus glauque que sa mise en scène, et la gêne esthétique ressentie dès les premières images se transforme pour le spectateur en malaise moral bien plus profond, puisqu’ en lui présentant des séquences qui n’auraient jamais dû être filmées, ou au moins rendues publiques, on le rend complice d’un voyeurisme dont on découvre qu’il est sans doute l’unique motivation (sinon la fierté ?) du réalisateur.
Car la question centrale, essentielle que pose sans cesse ce document est celle du consentement des malades. Il est montré de manière très claire que tous ou presque ne consentent en rien au sort qui leur est fait, et c’est du reste la définition même de l’internement sous contrainte. Mais la notion même de consentement est évidemment rendue caduque par la maladie, par la capacité de jugement qu’on sait ou suppose altérée chez le malade. Cette incertitude conduit d’ailleurs à s’interroger sur le sens de cette procédure d’intervention des juges (et certains d’entre eux semblent s’interroger eux-mêmes), car leur décision –toujours celle de prolonger l’internement- est dictée par les avis des médecins, et la demande faite au patient d’y consentir est bien sûr purement formelle, puisque consentir ou non ne changera rien à son sort.
D’où la question : Au nom de quel principe peut-on filmer et montrer sans flouter leur visage des personnes privées de liberté (alors que cela reste impossible pour des prisonniers) ? La réponse, scandaleuse, est donnée dans le bonus par l’assistante de Depardon : Juridiquement, les personnes internées sous contrainte ne sont pas pour autant privées de leurs droits civiques, et de ce fait leur consentement à être filmées est recevable. Or il paraît évident quand on entend la plupart d’entre eux que leur jugement est altéré, autant sans doute par leur maladie que par les effets des traitements et leurs conditions de détention (on voit que plusieurs d’entre eux ont été attachés à leur lit). Les consentements écrits qu’on a dû leur extorquer pour que ce film existe ressemblent dès lors à autant d’abus de faiblesse supplémentaires, destinés seulement à satisfaire le voyeurisme supposé du spectateur.
On peut s’interroger légitimement sur les raisons qui ont conduit les autorités de justice et de santé à accepter de collaborer à la réalisation d’un tel projet, et on est troublé par le déluge de louanges qui a salué la sortie d’un film formellement aussi pauvre et moralement plus que suspect.
8 août 2018
Quand on ne peut pas voir les films en avant-première, Il y a beaucoup d’avantages à ne les découvrir que bien après leur sortie, une fois oubliée la campagne de lancement, qui souvent gâche le plaisir. C’était particulièrement indispensable pour« 120 battements par minute » de Robin Campillo, car sa sortie au Festival de Cannes 2017 a donné lieu à un emballement médiatique d’une telle unanimité qu’on pouvait craindre qu’il ne soit pas justifié. On se souvient que le film, favori de l’ensemble de la critique pour la Palme d’Or, ne recevra finalement que le Grand Prix, le Jury présidé par Pedro Almodovar lui préférant « The Square » du Suédois Ruben Östlund. Avec le recul de plus d’une année, on voit clairement que, bien que très réussi, le film du Suédois s’estompera rapidement de nos mémoires quand celui de Campillo (auteur de « Eastern boys » en 2013) les marquera sans doute durablement par la puissance de son propos, le vertige qu’il provoque et l’énergie qu’il insuffle.
3 août 2018
Vu successivement deux films de sensibilité queer sortis en 2017 : « Seule la terre », film anglais de Francis Lee, et « Dream boat », documentaire allemand (coproduction ZDF/Arte) de Tristan Ferland Milewski. Le contraste entre les deux est immense et les univers qu’ils décrivent sont aux antipodes, mais finalement, et de manière très inattendue, leurs propos peuvent paraître se rejoindre dans une réflexion sur la nature de l’homosexualité.
« Seule la Terre » (« God’s own contry ») est d’abord un hymne très réussi au magnifique paysage du Yorkshire dont la solitude glacée installe le continuum lyrique de l’histoire. Mais c’est aussi, de manière plus clandestine, une célébration quasi mystique de la nature vue comme matrice universelle. Le titre français évoque clairement la référence à l’idéologie néo-rurale de Pétain (la terre qui ne ment pas) et la présence de Dieu dans le titre original confirme cette impression. Pour autant, la nature est évoquée avec exactitude et sans complaisance, et l’accent mis sans cesse sur la cruauté et la souffrance qui en seraient le cœur même. En témoignent de nombreuses scènes tournées avec des animaux (le coup de grâce au veau mort-né, l’agnelage, la découpe de l’agneau mort-né, la capture du lapin…) Peu fréquentes au le cinéma, y-compris dans les documentaires animaliers (qui s’intéressent peu aux animaux d’élevage), ces séquences semblent destinées à provoquer le malaise du spectateur urbain, en lui montrant qu’à la campagne la rudesse des conditions de vie fait partager aux hommes et aux animaux le même combat permanent pour la survie.
Ce combat cruel et silencieux est aussi celui du héros Johnny au sein de sa famille accablée par le destin : le père hémiplégique devenu improductif, et la grand’mère qui désespère de la survie de la ferme. Le tragique de leur situation est d’autant plus sensible qu’il n’est jamais exprimé , car nous sommes à la campagne, où tout le monde se tait, souffre et se déchire en silence, hommes comme bêtes. Quand le film commence, Johnny est au bord de l’abîme , esclave d’un mode de vie et d’une famille dont il ne voit aucun moyen de s’évader, si ce n’est dans la saoulerie quotidienne et le sexe avec des hommes, en mode bestial et toujours mutique .
A ce stade, le parallèle avec « Brokeback Mountain » , qu’on a reproché à beaucoup de critiques , est parfaitement justifié : Le désir homosexuel, au centre des deux films, surgit au sein d’une nature âpre et violente, non comme un élément de rupture, mais comme un comportement anodin. Les deux œuvres sont imprégnées de la même conviction naturaliste, même si l’histoire qu’elles développent et surtout l’issue qu’elles lui donnent divergent rapidement.
L’irruption du langage en la personne du second héros, Gheorghe, est une grande réussite du scénario. Car si Gheorghe partage tout de l’univers rural de Johnny, y-compris son savoir et sa rudesse, son statut d’exilé de Roumanie et sa mère prof d’anglais l’ont au surplus doté de la parole. C’est ce qui lui permet de maîtriser son destin, quand Johnny le subit. Et comme il sait faciliter la mise bas des brebis, il apprend aussi à accoucher la passion amoureuse de Johnny et à le délivrer de ses préjugés et de son mutisme. C’est pour ce dernier l’irruption soudaine de la lumière dans l’ univers sombre et hostile.
La dernière partie du film est moins convaincante, car le désir bien légitime de trouver une fin heureuse conduit le scénario a des invraisemblances : Le père et la grand’mère qui martyrisaient Johnny jusqu’à quasiment le détruire sont soudain touchés par la grâce. Plus qu’une facilité d’écriture, on peut y voir une célébration de la famille, qui comme la terre et la nature, a toujours raison. C’est tout le paradoxe de ce film de célébrer à la fois la une magnifique histoire de libération tout en restant prisonnier d’une vision du monde rural profondément conservatrice.
Avec « Dream Boat », on accède à un univers à l’évidence très différent, puisque ce documentaire relate une croisière en méditerranée où embarquent chaque année trois mille gays pour une semaine de fête. On suit plus particulièrement l’itinéraire et les impressions de cinq d’entre eux.
Le point commun avec « Seule la terre » est qu’il s’agit encore d’une histoire de famille, mais de toute autre nature et dimension. L’un des protagonistes l’explique clairement : Le monde homosexuel, la nation gay, constituent sa vraie famille, le seul contexte de groupe où il se sente accepté tel qu’il est, et en sécurité. Où qu’il se trouve dans le monde, dit-il, il sait qu’elle l’accueillera. Tous sont en effet à des degrés divers en rupture avec leur famille biologique, voire avec leur pays : Rupture complète, rejet, ou rupture de communication (tel autre relate pourquoi il n’avouera jamais à sa mère qu’il est gay). Là encore, la question centrale est celle de la singularité du désir homosexuel, de son inadéquation profonde avec toutes les structures sociales existantes.
Et au fil des interviews (sur la famille, la fidélité, le culte du corps…), ce qui au début du documentaire pouvait sembler n’être qu’un immense cliché sur la croisière ultra kitsch d’une bande de privilégiés futiles et jouisseurs prend peu à peu la dimension d’une utopie. Au-delà des paillettes et du mascara, on distingue le rêve collectif qu’ils sont venus vivre sur ce bateau : une parenthèse enchantée pour trouver ensemble un sens à leur vie.
On pressent à la fin qu’au soir du septième jour, le retour à terre sera sans doute décevant. Mais, provisoirement au moins, l’esprit de légèreté a pris le pas sur la violence du réel, et il en restera toujours quelque chose.
En définitive, ce documentaire remplit le rôle qu’aurait dû remplir la fiction : il nous conduit sur le chemin du rêve et de la liberté, alors que la fiction de « Seule la terre », parce qu’on ne peut pas y croire, nous rappelle violemment à la cruauté du réel. A vouloir trop bien faire….
« Seule la Terre » (« God’s own contry ») est d’abord un hymne très réussi au magnifique paysage du Yorkshire dont la solitude glacée installe le continuum lyrique de l’histoire. Mais c’est aussi, de manière plus clandestine, une célébration quasi mystique de la nature vue comme matrice universelle. Le titre français évoque clairement la référence à l’idéologie néo-rurale de Pétain (la terre qui ne ment pas) et la présence de Dieu dans le titre original confirme cette impression. Pour autant, la nature est évoquée avec exactitude et sans complaisance, et l’accent mis sans cesse sur la cruauté et la souffrance qui en seraient le cœur même. En témoignent de nombreuses scènes tournées avec des animaux (le coup de grâce au veau mort-né, l’agnelage, la découpe de l’agneau mort-né, la capture du lapin…) Peu fréquentes au le cinéma, y-compris dans les documentaires animaliers (qui s’intéressent peu aux animaux d’élevage), ces séquences semblent destinées à provoquer le malaise du spectateur urbain, en lui montrant qu’à la campagne la rudesse des conditions de vie fait partager aux hommes et aux animaux le même combat permanent pour la survie.
Ce combat cruel et silencieux est aussi celui du héros Johnny au sein de sa famille accablée par le destin : le père hémiplégique devenu improductif, et la grand’mère qui désespère de la survie de la ferme. Le tragique de leur situation est d’autant plus sensible qu’il n’est jamais exprimé , car nous sommes à la campagne, où tout le monde se tait, souffre et se déchire en silence, hommes comme bêtes. Quand le film commence, Johnny est au bord de l’abîme , esclave d’un mode de vie et d’une famille dont il ne voit aucun moyen de s’évader, si ce n’est dans la saoulerie quotidienne et le sexe avec des hommes, en mode bestial et toujours mutique .
A ce stade, le parallèle avec « Brokeback Mountain » , qu’on a reproché à beaucoup de critiques , est parfaitement justifié : Le désir homosexuel, au centre des deux films, surgit au sein d’une nature âpre et violente, non comme un élément de rupture, mais comme un comportement anodin. Les deux œuvres sont imprégnées de la même conviction naturaliste, même si l’histoire qu’elles développent et surtout l’issue qu’elles lui donnent divergent rapidement.
L’irruption du langage en la personne du second héros, Gheorghe, est une grande réussite du scénario. Car si Gheorghe partage tout de l’univers rural de Johnny, y-compris son savoir et sa rudesse, son statut d’exilé de Roumanie et sa mère prof d’anglais l’ont au surplus doté de la parole. C’est ce qui lui permet de maîtriser son destin, quand Johnny le subit. Et comme il sait faciliter la mise bas des brebis, il apprend aussi à accoucher la passion amoureuse de Johnny et à le délivrer de ses préjugés et de son mutisme. C’est pour ce dernier l’irruption soudaine de la lumière dans l’ univers sombre et hostile.
La dernière partie du film est moins convaincante, car le désir bien légitime de trouver une fin heureuse conduit le scénario a des invraisemblances : Le père et la grand’mère qui martyrisaient Johnny jusqu’à quasiment le détruire sont soudain touchés par la grâce. Plus qu’une facilité d’écriture, on peut y voir une célébration de la famille, qui comme la terre et la nature, a toujours raison. C’est tout le paradoxe de ce film de célébrer à la fois la une magnifique histoire de libération tout en restant prisonnier d’une vision du monde rural profondément conservatrice.
Avec « Dream Boat », on accède à un univers à l’évidence très différent, puisque ce documentaire relate une croisière en méditerranée où embarquent chaque année trois mille gays pour une semaine de fête. On suit plus particulièrement l’itinéraire et les impressions de cinq d’entre eux.
Le point commun avec « Seule la terre » est qu’il s’agit encore d’une histoire de famille, mais de toute autre nature et dimension. L’un des protagonistes l’explique clairement : Le monde homosexuel, la nation gay, constituent sa vraie famille, le seul contexte de groupe où il se sente accepté tel qu’il est, et en sécurité. Où qu’il se trouve dans le monde, dit-il, il sait qu’elle l’accueillera. Tous sont en effet à des degrés divers en rupture avec leur famille biologique, voire avec leur pays : Rupture complète, rejet, ou rupture de communication (tel autre relate pourquoi il n’avouera jamais à sa mère qu’il est gay). Là encore, la question centrale est celle de la singularité du désir homosexuel, de son inadéquation profonde avec toutes les structures sociales existantes.
Et au fil des interviews (sur la famille, la fidélité, le culte du corps…), ce qui au début du documentaire pouvait sembler n’être qu’un immense cliché sur la croisière ultra kitsch d’une bande de privilégiés futiles et jouisseurs prend peu à peu la dimension d’une utopie. Au-delà des paillettes et du mascara, on distingue le rêve collectif qu’ils sont venus vivre sur ce bateau : une parenthèse enchantée pour trouver ensemble un sens à leur vie.
On pressent à la fin qu’au soir du septième jour, le retour à terre sera sans doute décevant. Mais, provisoirement au moins, l’esprit de légèreté a pris le pas sur la violence du réel, et il en restera toujours quelque chose.
En définitive, ce documentaire remplit le rôle qu’aurait dû remplir la fiction : il nous conduit sur le chemin du rêve et de la liberté, alors que la fiction de « Seule la terre », parce qu’on ne peut pas y croire, nous rappelle violemment à la cruauté du réel. A vouloir trop bien faire….
8 mars 2018
Rêve, pendant un bref endormissement après lecture dans le Journal de Cocteau :
Je suis dans un village méridional ou se tient une sorte de festival de théâtre. Je suis dans la distribution d’une pièce, ce dont j’ai du être prévenu in extremis. La pièce se joue dans un jardin en pente ardue. J’ai pour partenaire une jeune fille que je semble bien connaître. Le rôle est sans texte et consiste à faire l’ amour avec elle. Ça se passe dans un jardin en pente abrupte et dans la pénombre. Le public doit être en bas de cette colline. Nous nous enlaçons dans une sorte de grenier. Elle se met sur moi et m’embrasse avec la langue. Je suis très embêté et le demande si je vais devoir la baiser, car bien dur je ne bande pas. Elle l’entraîne plus loin pour la suite du spectacle et je lui demande si mon rôle continue d’être muet. Elle me dit qu’il y a un peu de texte, mais facile à apprendre. Elle cherche le livret de la pièce dans son sac à dos. Elle m’annonce aussi que nous sommes attendus en fin de soirée à une grande cérémonie ou nous devons prononcer des discours. Je suis inquiet car je sais que je n’ai pas de tenue adaptée. Je pourrai mettre un jean et une chemise blanche, déjà mise mais sans doute pas très froissée....
Je suis dans un village méridional ou se tient une sorte de festival de théâtre. Je suis dans la distribution d’une pièce, ce dont j’ai du être prévenu in extremis. La pièce se joue dans un jardin en pente ardue. J’ai pour partenaire une jeune fille que je semble bien connaître. Le rôle est sans texte et consiste à faire l’ amour avec elle. Ça se passe dans un jardin en pente abrupte et dans la pénombre. Le public doit être en bas de cette colline. Nous nous enlaçons dans une sorte de grenier. Elle se met sur moi et m’embrasse avec la langue. Je suis très embêté et le demande si je vais devoir la baiser, car bien dur je ne bande pas. Elle l’entraîne plus loin pour la suite du spectacle et je lui demande si mon rôle continue d’être muet. Elle me dit qu’il y a un peu de texte, mais facile à apprendre. Elle cherche le livret de la pièce dans son sac à dos. Elle m’annonce aussi que nous sommes attendus en fin de soirée à une grande cérémonie ou nous devons prononcer des discours. Je suis inquiet car je sais que je n’ai pas de tenue adaptée. Je pourrai mettre un jean et une chemise blanche, déjà mise mais sans doute pas très froissée....
27 février 2018
Une comédie musicale sur l’euthanasie : si je pouvais consacrer quotidiennement de l’énergie à nourrir ce projet, peut-être pourrait-il voir le jour ? Voici quelques arguments pour justifier l’entreprise, qui peuvent aussi servir de thème à des chansons :
Pourquoi ça doit mal finir ?
Vivre vite et mourir jeune
Pourquoi ça doit mal finir ?
Vivre vite et mourir jeune
11 janvier 2018
Lu chez le coiffeur, dans psychologie magazine, un article recommandant le « diarisme », comme un exercice de recentrage , et d’aide à la concentration. Évidemment cela m’a aussitôt assombri, mais pas pour autant dissuadé de persister dans ce projet d’écriture quotidienne.
Si je devais faire un récit autobiographique, j’aimerais assez qu’il commence par une formule du genre : « Dès le début, j’ ai compris que rien de tout ça n’allait me plaire »
De la lecture de "libérez votre cerveau", d’ Idriss Aberkane, nait un sentiment partagé : beaucoup de ses remarques et références expérimentales dans le domaine des neurosciences semblent utiles à la compréhension des phénomènes de conscience. Mais son discours est desservi par d’évidents parti-pris idéologiques et politiques. Par exemple, son exposé sur les méfaits de l’école "à la française" tourne souvent au réglements de compte avec des institution universitaires dont il garde visiblement un mauvais souvenir, et sa fascination pour l’esprit de la Silicon Valley le conduit à voir en Steve Jobs un phare de l’humanité...
Si je devais faire un récit autobiographique, j’aimerais assez qu’il commence par une formule du genre : « Dès le début, j’ ai compris que rien de tout ça n’allait me plaire »
De la lecture de "libérez votre cerveau", d’ Idriss Aberkane, nait un sentiment partagé : beaucoup de ses remarques et références expérimentales dans le domaine des neurosciences semblent utiles à la compréhension des phénomènes de conscience. Mais son discours est desservi par d’évidents parti-pris idéologiques et politiques. Par exemple, son exposé sur les méfaits de l’école "à la française" tourne souvent au réglements de compte avec des institution universitaires dont il garde visiblement un mauvais souvenir, et sa fascination pour l’esprit de la Silicon Valley le conduit à voir en Steve Jobs un phare de l’humanité...
5 janvier 2018
Je devrais m’astreindre désormais à un séance quotidienne d’écriture, au même titre que les exercices physiques du matin. De même que ces derniers assurent le nécessaire entretien du tonus et de la coordination physique, la séance d’écriture, qui pourrait prendre place chaque après-midi, luttera contre l’entropie de la pensée dont je crains parfois qu’elle m’envahisse.
Il reste à savoir comment l’organiser, mais cette réflexion ne doit pas prendre une place exagérée, l’essentiel étant d’assurer l’exercice lui même. Les idées sur l’organisation pourront venir en cours de route.
De même, pas de plan ni de propos général. Dans un premier temps au moins, il me semble plus important (urgent ?) de coucher dans l’écriture des bribes de pensées sur des sujets divers, dont l’accumulation me permettra sans doute plus tard d’y puiser la matière d’un discours organisé.
Laissons divaguer la pensée, avec le seul souci, dans ce premier temps, d’énoncer de manière compréhensible une multitude de miettes de discours qui m’obsèdent.
par exemple :
Pourquoi la plupart des gens sont ils désireux de laisser une trace après leur mort, pourquoi souhaitent-ils qu’un souvenir leur survive et le construire à leur avantage ? Cette quête de postérité m’a toujours parue étrange... et absurde, puisque - par définition - ils n’en seront pas témoins. Pourtant, je crois partager une de leur craintes supposées : Il m’est en effet désagréable d’imaginer que lorsque je ne serai plus, on puisse tenir sur moi quelque discours qu’il soit ( favorable ou stigmatisant, juste ou mensonger...) sans que je puisse y participer, pour y répondre ou le nuancer... De même, j’ai une grande répugnance à imaginer que des inconnus (même supposés bienveillants) accèdent à des documents privés (j’entends par là non explicitement par moi rendus publics), pour la même raison que je ne serais alors pas en mesure d’en prévenir une interprétation ou un usage erronés. D’où mon souci permanent de ne pas laisser de trace...
Il reste à savoir comment l’organiser, mais cette réflexion ne doit pas prendre une place exagérée, l’essentiel étant d’assurer l’exercice lui même. Les idées sur l’organisation pourront venir en cours de route.
De même, pas de plan ni de propos général. Dans un premier temps au moins, il me semble plus important (urgent ?) de coucher dans l’écriture des bribes de pensées sur des sujets divers, dont l’accumulation me permettra sans doute plus tard d’y puiser la matière d’un discours organisé.
Laissons divaguer la pensée, avec le seul souci, dans ce premier temps, d’énoncer de manière compréhensible une multitude de miettes de discours qui m’obsèdent.
par exemple :
Pourquoi la plupart des gens sont ils désireux de laisser une trace après leur mort, pourquoi souhaitent-ils qu’un souvenir leur survive et le construire à leur avantage ? Cette quête de postérité m’a toujours parue étrange... et absurde, puisque - par définition - ils n’en seront pas témoins. Pourtant, je crois partager une de leur craintes supposées : Il m’est en effet désagréable d’imaginer que lorsque je ne serai plus, on puisse tenir sur moi quelque discours qu’il soit ( favorable ou stigmatisant, juste ou mensonger...) sans que je puisse y participer, pour y répondre ou le nuancer... De même, j’ai une grande répugnance à imaginer que des inconnus (même supposés bienveillants) accèdent à des documents privés (j’entends par là non explicitement par moi rendus publics), pour la même raison que je ne serais alors pas en mesure d’en prévenir une interprétation ou un usage erronés. D’où mon souci permanent de ne pas laisser de trace...
19 décembre 2016
Rêve : Nous sommes dans la circulation, sur une sorte de boulevard périphérique, dont le paysage familier devient soudain inconnu, et la découverte en est enthousiasmante : C’est un tronçon du périph qui jusqu’ici nous était inconnu. On longe sur la droite un immense terrain vague, totalement désert, tout juste parsemé de quelques blocs de pierre et quelques ruines ou fragments de béton armé.A gauche, on longe des bâtiments extravagants, immenses et totalement déserts, sans doute construits dans les années 70, et visiblement abandonnés depuis longtemps. Leur taille est gigantesque, et certains reproduisent des motifs architecturaux célèbres : les pyramides, le temple de Pétra, des motifs en étoile rayonnante des gratte-ciels immenses. Tous ces bâtiments sont déserts, et leur base est couverte de graffiti. Je suis très étonné de ne jamais les avoir remarqués auparavant. Comme si l’existence même de cet immense quartier m’avait été cachée on ne sait comment. Le boulevard lui même semble très long, anormalement long. Les bords en sont herbus et caillouteux, comme ceux d’une route de campagne. Je suis en compagnie de Bruno et Patrick, qui semblent aussi étonnés que moi, mais ne manifestent pas davantage leur surprise. Je les prends à témoin pour leur faire remarquer que cette découverte va laisser sceptiques ceux à qui nous la relaterons, et qu’il nous faut témoigner tous les trois que nous ne sommes pas en train de rêver, mais bien dans la vie réelle. Cette découverte est si étrange qu’elle ressemble à un rêve, et nous savons d’expérience que les rêves nous abusent souvent par leur forte impression de réalité. Mais je jubile en me disant que cette fois, nous serons trois à pouvoir témoigner, à affirmer qu’il ne s’agissait pas d’un rêve, et que notre récit ne pourra pas être mis en doute...
20 mai 2016
Rêve : Je visite un appartement (celui de Mamie, mais elle n’est as présente dans le rêve). L’immeuble est situé dans une ville aux rues très en pente, comme Saint-Claude. Sa façade avent est à hauteur du deuxième ou troisième étage, sur rue, et la façade arrière doit être enterrée. L’appartement est grand, nombreuses pièces, grandes, et on me fait visiter ne chambre, que je ne connaissais pas encore, qui donne sur le coté de l’immeuble, en rez-de chaussée sur une rue en pente. C’est la chambre du propriétaire de l’appartement. Je remarque qu’elle ne me plairait pas car il y a beaucoup de lumière, la pièce est ensoleillé et surtout on doit en voir l’intérieure à partir de la rue. Le lit est vaste et recouvert d’une couette blanche très moelleuse. Je suis couché dans un lit (dans une autre pièce) et je sens qu’on me suce les orteils. Je regarde au pied du lit, et je découvre deux ou trois jeunes garçons, en contrebas. De jeunes adolescents aux visage étroits et aux lèvres charnues. Je les embrasse l’un après l’autre.Leurs bites sont très jeunes, et d’allure pas très propre. Je les saisis d’une main. Je vais vers la tête du lit ou un autre ado m’embrasse et me suce. Je suis un peu ennuyé que Mamie puisse découvrir cette scène, mais sans me sentir coupable...
12 mars 2015
Tant que les partis politiques serviront la social- démocratie on ne pourra rien en attendre. La social-démocratie ne sait que trahir. Elle se met toujours au service de réformes au profit du capitalisme et rien d’autre. Le capitalisme ne se réforme pas. Le capitalisme s’ élimine ou ne s’ élimine pas.Mais tant qu’on ne l’aura pas éliminé il sera toujours en expansion. On ne peut pas composer avec lui car il ne compose avec personne. Pourquoi avoir alors la courtoisie de lui faire la cour ? Le capitalisme c’est la chose inhumaine. Et la chose inhumaine n’ a rien a dire. (itw de Jean-Marie Straub dans les Inrocks)
22 janvier 2015
Les meilleurs ne croient plus en rien, les pires se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises. (W.B. Yates)
1er décembre 2013
Le jugement d’Irina, hier, sur le film de Guillaume Gallienne (et le reproche qu’elle m’a fait d’avoir cru qu’il pouvait lui plaire, comme si j’avais abusé de sa confiance en l’envoyant voir un porno) confirme le malaise qui s’est installé dans notre relation avec elle. J’avais éprouvé la même impression une première fois il y a quelques mois, quand elle nous avait rendu indignée le DVD de « The history boys » en disant qu’elle avait failli vomir, et nous regardant de travers pour avoir pris plaisir à une œuvre aussi malsaine. Hier, le jugement était du même ordre, et Gallienne à ses yeux est un malade. Elle s’est même avancée jusqu’à supposer que Didier, qui n’a pas encore vu le film, partagera son avis, et elle me consigne seul dans le rôle du pervers. Si Didier ne m’avait pas maîtrisé, j’aurais vraiment rompu les ponts séance tenante. Il a eu raison, bien sûr, surtout par égard pour Marie-Claire, qui perçoit parfaitement le problème et doit être douloureusement partagée. Mais il faut bien admettre que notre relation avec Irina a changé du tout au tout. Je n’ai désormais pour ma part plus la moindre spontanéité en sa présence, je n’imagine plus lui faire la moindre confidence, et pour tout dire je n’ai plus de plaisir à la voir, tant je redoute sans cesse un esclandre. J’ai perdu une amie.
La fracture a commencé d’apparaître de façon manifeste à propos du mariage pour tous, quand elle a tâté le terrain pour savoir si nous approuvions vraiment la loi, et à travers une anecdote qu’elle nous a alors relatée : Celle d’une mère découvrant l’homosexualité de son fils qui vient de mourir du sida en rencontrant pour la première fois son compagnon lors de l’enterrement. Sa compassion allait bien sûr à la mère, tellement proche de son fils qu’elle ignorait tout de sa vie...
La fracture a commencé d’apparaître de façon manifeste à propos du mariage pour tous, quand elle a tâté le terrain pour savoir si nous approuvions vraiment la loi, et à travers une anecdote qu’elle nous a alors relatée : Celle d’une mère découvrant l’homosexualité de son fils qui vient de mourir du sida en rencontrant pour la première fois son compagnon lors de l’enterrement. Sa compassion allait bien sûr à la mère, tellement proche de son fils qu’elle ignorait tout de sa vie...
21 avril 2013
En plus de sa qualité heuristique, la théorie du gène égoïste suggère une morale pratique : Elle dévoile que tout ce dispositif (nous-mêmes, nos instincts, nos pulsions, nos consciences, nos relations, nos souvenirs, bref tout ce que nous sommes) n’a d’autre fin (ou plus exactement d’autre rôle constaté) que d’assurer la survie de nos gènes. Partant, notre seule véritable manière de donner un sens à notre existence, de manifester l’autonomie de notre conscience, est de ne pas remplir le rôle attendu, c’est-à-dire ne pas se reproduire, et de répandre une propagande anti-nataliste. A moins que l’on puisse imaginer que les non-reproducteurs puissent aussi tenir un rôle programmé dans le dispositif ?
Comme si cela ne suffisait pas d’être en vie, il faut encore qu’on la célèbre : nous sommes sommés de la trouver belle, même - et peut-être surtout - si elle nous accable. Cette obligation de célébrer la vie a tout d’une incantation : Il s’agit de convaincre, (et visiblement, pour celui qui la profère, de se convaincre) d’une évidence qui ne va pas de soi. L’évidence serait même plutôt à l’inverse, comme lorsqu’on célèbre avec conviction la "beauté" d’une femme enceinte...
Ce qu’on désigne par instinct de reproduction est plus qu’une compulsion à se reproduire. Elle cherche à reproduire la douleur première de la naissance. Compulsion à infliger la vie à un nouvel être, qui sera soumis à notre volonté, pour lui communiquer à son tour la douleur d’exister.
Un enfant ne peut jamais dire a ses parents que ce qu’ils attendent qu’il leur dise.
La propension d’un adulte à régenter la vie de ses parents séniles est la réponse à leur ancienne prétention de régenter la sienne.
La famille, nœud premier de la névrose.
"Personne à qui se confier, pas d’épaule où pleurer. (...) Des trésors de larmes qui coulent, muettes et inconnues de tous jusqu’au tombeau" (extrait d’un forum de Rue89)
a propos de la magie de la technologie : il faut en connaitre la complexité de fonctionnement pour en apprécier la beauté
Faute de pouvoir changer le monde et nous-même, nous ne pouvons qu’espérer changer la perception que nous en avons : Le salut par les psychotropes.
La question n’est pas de savoir si l’Islam est bon ou mauvais. Le danger qui nous guette tient au statut de la religion dans les affaires publiques, sans rapport avec le dogme. C’est le retour à la théocratie qui nous menace, quand nous ne lui avons échappé que depuis deux siècles. La prière à l’école et la place faite aux discours créationnistes sont des signes qui doivent nous alerter.
Comme si cela ne suffisait pas d’être en vie, il faut encore qu’on la célèbre : nous sommes sommés de la trouver belle, même - et peut-être surtout - si elle nous accable. Cette obligation de célébrer la vie a tout d’une incantation : Il s’agit de convaincre, (et visiblement, pour celui qui la profère, de se convaincre) d’une évidence qui ne va pas de soi. L’évidence serait même plutôt à l’inverse, comme lorsqu’on célèbre avec conviction la "beauté" d’une femme enceinte...
Ce qu’on désigne par instinct de reproduction est plus qu’une compulsion à se reproduire. Elle cherche à reproduire la douleur première de la naissance. Compulsion à infliger la vie à un nouvel être, qui sera soumis à notre volonté, pour lui communiquer à son tour la douleur d’exister.
Un enfant ne peut jamais dire a ses parents que ce qu’ils attendent qu’il leur dise.
La propension d’un adulte à régenter la vie de ses parents séniles est la réponse à leur ancienne prétention de régenter la sienne.
La famille, nœud premier de la névrose.
"Personne à qui se confier, pas d’épaule où pleurer. (...) Des trésors de larmes qui coulent, muettes et inconnues de tous jusqu’au tombeau" (extrait d’un forum de Rue89)
a propos de la magie de la technologie : il faut en connaitre la complexité de fonctionnement pour en apprécier la beauté
Faute de pouvoir changer le monde et nous-même, nous ne pouvons qu’espérer changer la perception que nous en avons : Le salut par les psychotropes.
La question n’est pas de savoir si l’Islam est bon ou mauvais. Le danger qui nous guette tient au statut de la religion dans les affaires publiques, sans rapport avec le dogme. C’est le retour à la théocratie qui nous menace, quand nous ne lui avons échappé que depuis deux siècles. La prière à l’école et la place faite aux discours créationnistes sont des signes qui doivent nous alerter.
20 mai 2006
Tout se passe comme si une panne du politique, une incapacité à se projeter dans l’avenir, nous ramenait vers un ressassement morbide du passé. [...] La figure de la victime a pris une telle importance que sont apparues des associations de fils et filles de victimes, déportés juifs, déportés africains, comme sice statut se transmettait de génération en génération. On n’est plus victime de quelque chose (une persécution ou une épidémie) mais victime par hérédité. Il ne s’agit plus d’une réalité vécue, mais d’une construction imaginaire, avec pour enjeu la reconnaissance sociale. Celà pousse certains à ne considérer leur existence qu’à l’ombre des atrocités subies par leurs ancêtres, réels ou supposés.
Rony Brauman Dans Libération du 21 06 2006
Rony Brauman Dans Libération du 21 06 2006
19 mai 2006
Lers gens, souvent, mangent ce qu’on leur dit de manger, vont voir ce qu’on leur dit de voir, lisent ce qu’on leur dit de lire. [...] La médiatisation dirige le toupeau. La distibution le canalise. [...] Le spactateur est un otage. Je me dis que le lecteur n’en est pas un. Il peut encore au gré de sa folie, de sa singularité, de son désir, accéder à tous les livres. L’argent ne mène pas toute la danse de la lecture. [...] On peut écrire, le dimanche, sous un arbre, avec une feuille de papier et un crayon de bois. Rien n’est plus simple et moins coûteux que commencer à écrire un livre. Je crois qu’il faut s’en émerveiller. L’argent absent crée de la liberté, celle de ne pas lire, de lire, de ne pas acheter, de tout vendre, de conseiller comme de se taire.
Alice Ferney in "Livres Hebdo N°646 du 19 mai 2006 [p49]
Alice Ferney in "Livres Hebdo N°646 du 19 mai 2006 [p49]
10 décembre 2002
L’Internet détient ce potentiel extaordinairement subversif et créateur d’instaurer un règne généralisé de l’intelligence distribuée.
D’autres forces sont à l’oeuvre qui visent à réduire l’Internet à l’état de média relativement traditionnel, qui permettrait à une minorité de pousser, voire imposer ses vues à l’ensemble de la population.
Un tel Internet n’est que l’ombre dévoyée du potentiel social, culturel et humain que recèle cette technique si nous savons nous l’approprier pour notre épanouissement et pas seulement pour faciliter la quête de profits de quelques entrepreneurs ou financiers.
[JC Guédon in Transfert] A consulter :
Peer-to-peer de Andy Oram, (O’Relly ed) www.april.org
voir aussi Christian Scherrer (Adminet), Bruno Oudet et Jean-Noël Tronc
L’Internet est un instrument d’intelligence collective
Pas d’opposition entre le Web marchand et non-marchand, comme voisinent dans une ville, petits et grands commerces, bibliothèques et musées
La déterritorialisation va entraîner (accélérer) la mise à l’ordre du jour d’une gouvernance mondiale. L’Internet favorise le dialogue interculturel.
L’expression directe du citoyen qui peut devenir aussi médiatiuque qu’un Etat ou une multinationale fait peur. D’où diverses tentatives pour encadrer cette expresssion
L’Internet donne la possibilité pour la première fois à quiconque de s’exprimer, créer, communiquer à grande échelle et sans intermédiaire. C’est ce qui fait peur à nos dirigeants.
[extraits d’itws dans un numéro spécial de Transfert]
A consulter :
Peer-to-peer de Andy Oram, (O’Relly ed) www.april.org
voir aussi Christian Scherrer (Adminet), Bruno Oudet et Jean-Noël Tronc
D’autres forces sont à l’oeuvre qui visent à réduire l’Internet à l’état de média relativement traditionnel, qui permettrait à une minorité de pousser, voire imposer ses vues à l’ensemble de la population.
Un tel Internet n’est que l’ombre dévoyée du potentiel social, culturel et humain que recèle cette technique si nous savons nous l’approprier pour notre épanouissement et pas seulement pour faciliter la quête de profits de quelques entrepreneurs ou financiers.
[JC Guédon in Transfert] A consulter :
Peer-to-peer de Andy Oram, (O’Relly ed) www.april.org
voir aussi Christian Scherrer (Adminet), Bruno Oudet et Jean-Noël Tronc
L’Internet est un instrument d’intelligence collective
Pas d’opposition entre le Web marchand et non-marchand, comme voisinent dans une ville, petits et grands commerces, bibliothèques et musées
La déterritorialisation va entraîner (accélérer) la mise à l’ordre du jour d’une gouvernance mondiale. L’Internet favorise le dialogue interculturel.
L’expression directe du citoyen qui peut devenir aussi médiatiuque qu’un Etat ou une multinationale fait peur. D’où diverses tentatives pour encadrer cette expresssion
L’Internet donne la possibilité pour la première fois à quiconque de s’exprimer, créer, communiquer à grande échelle et sans intermédiaire. C’est ce qui fait peur à nos dirigeants.
[extraits d’itws dans un numéro spécial de Transfert]
A consulter :
Peer-to-peer de Andy Oram, (O’Relly ed) www.april.org
voir aussi Christian Scherrer (Adminet), Bruno Oudet et Jean-Noël Tronc
10 décembre 2002
à propos des intellectuels français : ’ils sont du bois dont on fait les chaises-longues’
Paul Morand, à propos de la veuve de Claudel : ’Cette femme a dû être très laide.’
Un couple nonagénaire au juge ’Il y a longtemps que nous voulions divorcer, mais nous avons attendu que les enfants soient morts...’
Paul Morand, à propos de la veuve de Claudel : ’Cette femme a dû être très laide.’
Un couple nonagénaire au juge ’Il y a longtemps que nous voulions divorcer, mais nous avons attendu que les enfants soient morts...’
17 septembre 2002
La question n’est pas de savoir si l’Islam est pire ou meilleure que d’autres religions. Elle est plutôt de mesurer les risques que nous courons tous à nous laisser entraîner dans un débat de ce genre. Celui d’attiser de nouvelles guerres. A moins que les dévots eux-mêmes les encouragent en secret...
Même si toutes invoquent la paix, les religions sont objectivement facteurs de guerre. Sikhs contre hindous, hindous contre musulmans, musulmans contre juifs, catholiques contre protestants, la liste est longue des tragédies de la planète où le fait religieux, même s’il n’en est pas la cause unique, joue un rôle capital dans la perpétuation du conflit. Sans parvenir à les éradiquer, les démocraties occidentales ont réussi depuis deux siècles, à limiter l’ampleur des conflits religieux, même s’il demeure quelques échecs tragiques, comme en Irlande. Cette pacification est due pour l’essentiel au statut qu’elles ont su imposer aux pouvoirs religieux, mis à l’écart, au moins formellement, du processus politique. La séparation des pouvoirs temporel et spirituel favorise à la fois le maintien de la paix civile, et le respect des Droits de l’Homme, si souvent bafoués en référence à des commandements religieux .
Or on ne souligne pas assez le retour massif du religieux dans la sphère politique. Explicite et catastrophique comme en Iran, où l’institution d’un régime théocratique abolit l’idée même de démocratie, moins visible mais tout aussi pesante en Egypte et dans tous les pays soumis à la menace islamiste, où le sort des femmes et des minorités sexuelles connaît une dégradation tragique.
Nos démocraties ne sont pas à l’abri de ce retour du religieux et de son cortège de crispations régressives. Il se manifeste de manière plus insidieuse, mais pourrait nous faire courir les mêmes dangers. Les signes les plus visibles en sont apparus d’abord aux Etats-Unis : Les débats sur la prière à l’école, ou sur l’interdiction d’enseigner la théorie de Darwin, font peser des menaces concrètes sur la liberté de conscience. On s’inquiète aussi de l’influence grandissante des mouvements ‘pro-life’, qui ont organisé ou inspiré des meurtres de médecins pratiquant des avortements. L’arrivée au pouvoir de G. W. Bush, ouvertement partisan de ces lobbies, ne peut que favoriser leur expansion.
En France, les mêmes tendances s’expriment désormais au grand jour, comme on l’a vu lors du débat sur le PACS et sur la reconduction de la loi Weil.
Enfin, ce retour du religieux n’épargne pas non plus les organisations internationales, où l’on voit se dessiner un front commun de la bigoterie, rassemblant fondamentalistes chrétiens et musulmans : L’an dernier, lors d’un débat aux Nations-Unies sur le SIDA, le vote conjoint des Etats-Unis et des pays islamiques a conduit à limiter les programmes d’aide aux victimes de la maladie, au motif que ces actions « risquaient d’ encourager la prostitution, l’homosexualité et l’usage de la drogue. »
Même si toutes invoquent la paix, les religions sont objectivement facteurs de guerre. Sikhs contre hindous, hindous contre musulmans, musulmans contre juifs, catholiques contre protestants, la liste est longue des tragédies de la planète où le fait religieux, même s’il n’en est pas la cause unique, joue un rôle capital dans la perpétuation du conflit. Sans parvenir à les éradiquer, les démocraties occidentales ont réussi depuis deux siècles, à limiter l’ampleur des conflits religieux, même s’il demeure quelques échecs tragiques, comme en Irlande. Cette pacification est due pour l’essentiel au statut qu’elles ont su imposer aux pouvoirs religieux, mis à l’écart, au moins formellement, du processus politique. La séparation des pouvoirs temporel et spirituel favorise à la fois le maintien de la paix civile, et le respect des Droits de l’Homme, si souvent bafoués en référence à des commandements religieux .
Or on ne souligne pas assez le retour massif du religieux dans la sphère politique. Explicite et catastrophique comme en Iran, où l’institution d’un régime théocratique abolit l’idée même de démocratie, moins visible mais tout aussi pesante en Egypte et dans tous les pays soumis à la menace islamiste, où le sort des femmes et des minorités sexuelles connaît une dégradation tragique.
Nos démocraties ne sont pas à l’abri de ce retour du religieux et de son cortège de crispations régressives. Il se manifeste de manière plus insidieuse, mais pourrait nous faire courir les mêmes dangers. Les signes les plus visibles en sont apparus d’abord aux Etats-Unis : Les débats sur la prière à l’école, ou sur l’interdiction d’enseigner la théorie de Darwin, font peser des menaces concrètes sur la liberté de conscience. On s’inquiète aussi de l’influence grandissante des mouvements ‘pro-life’, qui ont organisé ou inspiré des meurtres de médecins pratiquant des avortements. L’arrivée au pouvoir de G. W. Bush, ouvertement partisan de ces lobbies, ne peut que favoriser leur expansion.
En France, les mêmes tendances s’expriment désormais au grand jour, comme on l’a vu lors du débat sur le PACS et sur la reconduction de la loi Weil.
Enfin, ce retour du religieux n’épargne pas non plus les organisations internationales, où l’on voit se dessiner un front commun de la bigoterie, rassemblant fondamentalistes chrétiens et musulmans : L’an dernier, lors d’un débat aux Nations-Unies sur le SIDA, le vote conjoint des Etats-Unis et des pays islamiques a conduit à limiter les programmes d’aide aux victimes de la maladie, au motif que ces actions « risquaient d’ encourager la prostitution, l’homosexualité et l’usage de la drogue. »